‹ Histoire de Pie IX le Grand et de son pontificatChapitre 49 sur 81 · OSSA. ET. CINERES · texte numérisé non relu

OSSA. ET. CINERES

Pli. P. IX. SUM. PONT.

VlXIT. ANN

In. pontificatu.

Ann

Orate. pro. eo.

« Pour écusson, la tiare avec une tête de mort et des os en croix. »

ô@alaote et mort ne Pie ir.

Cet homme, qui fut le plus grand de son époque, dont la vie et les œuvres firent l'édification des bons, l'étonnement des méchants et l'admiration de tous, a voulu être enterré modestement dans cette église Saint- Laurent, rebâtie par sa munificence, située auprès du cimetière de Rome.

Ainsi le pape le plus populaire et le plus vénéré, reposera près de sa chère ville, il dormira près de ses enfants, à côté de sa chère Rome et des Romains qu'il a tant aimés.

Un jour, d'ailleurs, nous l'espérons, la tombe du grand pape deviendra glorieuse à l'égal de celle des saints. Déjà le peuple se prosterne devant le sépulcre qui contient sa dépouille, il y fait ses prières et répand ses larmes, et Dieu seul connaît ceux qui se relèvent consolés et guéris. Les pèlerins, après avoir adoré le Saint-Sacrement et prié le prince des apôtres, viennent s'agenouiller devant le tombeau du pontife défunt, sous les voûtes de Saint-Pierre, le priant de les bénir comme s'il était encore vivant. On parle de nombreuses grâces obtenues par son intercession, on se partage les objets qui lui ont appartenu, l'on raconte des merveilles, des guérisons inattendues et subites opérées au contact de ces précieuses reliques. Nous ne raconterons pas ces événements extraordinaires sur lesquels l'Église seule a le pouvoir et le droit de se prononcer. Mais le chrétien peut faire des vœux pour voir se multiplier et se confirmer ces faits surprenants et, en remerciant Dieu des grâces qu'il a accor-

364 iftigtoitc De ]§>iz ix.

dées à Pie IX, lui demander de glorifier sa tombe et de lui préparer des autels.

L'Eglise toujours sage et prudente a tracé des règles qu'elle ne saurait violer : en attendant l'heure où il sera permis de procéder à l'examen des procès, que le cardinal-vicaire de Rome ne cesse de recueillir, sur les miracles attribués à l'intercession de Pie IX, les fidèles continuent à manifester par tous les moyens que leur suggèrent l'amour et la foi, la croyance qu'ils ont en la sainteté de cet immortel pontife. Nous ne parlerons pas des lettres collectives adressées par les évêques d'Italie à Léon XIII pour lui demander d'introduire la cause de canonisation de Pie IX, afin « qu'autorisés par votre infaillible parole, nous puissions, disentils, nous prosterner publiquement devant l'image du Père très aimé que nous admirons comme un martyr par la patience, un confesseur par la fermeté, un apôtre par la charité, un ange par tout l'ensemble de sa vie. Plaise à Dieu, et à vous-même, que nous puissions publiquement et solennellement l'appeler saint ; et que nous ayons un argument irréfragable pour démontrer aux âges futurs que nous étions dans le vrai lorsque, au milieu des traverses, des angoisses, des ingratitudes de cette époque rebelle, nous avons, comme des fils sincères et fidèles à l'Eglise, considéré Pie IX comme une bénédiction, un trésor donnés par Dieu à l'Eglise, à l'Italie et au monde entier (*). »

A l'exemple des évêques, le peuple chrétien mani-

I, Lettre des évêques de la Vénétie du 24 mai 1,878.

sgïalatrie et mort De Ipie ir. 365

feste publiquement ses sentiments envers le saint et grand pontife dont il pleure encore la mort. Sa dé pouille n était pas encore transportée à Saint- Laurent que déjà les murs de la vieille basilique constantinienne, à l'endroit où Pie IX sera inhumé, étaient couverts de touchantes inscriptions; on les comptaitpar centaines et nous pouvons affirmer que le nombre s'en accroissait chaque jour. Elles respiraient toutes les sentiments les plus nobles et les plus délicats : le regret, la douleur, l'amour, la reconnaissance, la confiance, la vénération, la piété et la foi y parlaient tour à tour et dans toutes les langues. On y voyait le tribut de la prière et des plus respectueux hommages d un américain à côté de celui d'un Italien; le français et l'allemand étaient d'accord pour remercier ou prier Pie IX; l'irlandais et l'anglais, le polonais et l'espagnol, le romain et le suisse, l'orient et l'occident s'unissaient ici dans un même concert de louanges et d'amour envers Pie IX. Tous les âges, toutes les conditions, le riche et le pauvre, l'homme fait et la vierge chrétienne, le vieillard et l'enfant, l'orphelin et la veuve, le prêtre et le soldat y sont venus tour à tour déposer l'expression de leur prière ou de leur gratitude. Ici, au milieu d'un cœur tracé au crayon nous lisions cette pieuse prière : Pio nono ! du ciel tu vois le misérable état de mon âme ; vois, combien je voudrais m arracher au mal, mais sa violence m entraîne. 0 Pie IX \ toi qui lis dans mon cœur, prie Dieu pour moi (B. 25 octobre 1879).

Là, ce sont des couronnes, des guirlandes au milieu desquelles nous lisons encore en lettres d'or :

366 histoire De Ipie ix.

A PlO NONO LA SUA RûMA

et encore : Italia

Al martire

INVITTO.

Toutes ces inscriptions formaient et forment encore comme un témoignage irrécusable de la croyance populaire en la sainteté de Pie IX, car toutes sont une invocation à son crédit auprès de Dieu. On implore son intercession et nul ne songe à prier pour lui. Et la plupart de ces inscriptions portaient "le nom de leurs auteurs. On nous saura gré, croyons-nous, d'en reproduire quelques-unes, prises au hasard. Nous les avons recueillies avant qu on les ait fait disparaître pour rendre ce lieu plus digne de la sépulture définitive de ce grand et saint pape.

O gran Pio,prega per A. Chiesa !

Pie IX prie pour moi qui suis orpheline ! (Maria Petrucelli.)

O Pie IX, priez pour nous sourdes et muettes! (suivent six signatures.)

Joseph et Clément se recommandent à vous afin que vous priiez pour les catholiques et que vous fassiez sentir vos saintes m%ins aux blasphémateurs /

Pericoli Raphaël prie Pie IX pour le retour de la liberté de £ Église et des Pontifes !

Un prêtre dalmate a écrit : Au martyr. Pie IX } tribut de filiale piété !

égalante et mort ne ipie tr. 367

A Pie IX le Grand, non des suffrages, mais des hommages ! Un zouave pontifical italien.

Pio IX mio, prega per me et per mia famiglia. (Adelaide.)

O Pie IX, saint, je te recommande, à toi, mon âme pendant la vie et après la mort. Ah ! toi, gtci le peux, bénis tes fils du haut du ciel!

O grand Pie, prie pour ton successeur Léon XIII afin qiïil voie le triomphe !

O Pie IX qui as fait parler de toi dans le monde entier, prie pour Loiris Alvino qui a eu la grâce de baiser ta main le ij septembre i8yy et qui aujourd'hui vient pour vénérer ta mémoire (19 octobre 1879).

Au plus grand despontijes, à [invincible et ange ligue Pie, les familles Lancellotti, Mariant et Perraguli se recommandent !

Il faut nous borner et ces quelques inscriptions suffiront pour donner au lecteur une idée de cette manifestation que [ Osservatore romano appelait « une épopée d'amour, de religion, de tristes et chers souvenirs; c'est toute une histoire de reconnaissance, de regrets et de vénération impossible à décrire. »

Il était bon de recueillir et de conserver ces touchantes inscriptions dictées par un véritable amour, inspirées par le sentiment intime de la sainteté de Pie IX. Elles ont disparu, en effet, au moment où Léon XIII fit transporter à St-Laurent le corps de son illustre prédécesseur, le 13 juillet 1881.

Pour compléter notre récit nous devons en peu de mots raconter cette translation du corps de Pie IX à

368 histoire De W>it iv.

la basilique de Saint-Laurent désignée par lui pour être le lieu de sa sépulture. La liberté de l'Église est réduite à un tel état en Italie, et à Rome surtout, qu'il a fallu transporter ces augustes et vénérées dépouilles au milieu de la nuit. Mais la grandeur de Pie IX est apparue en quelque sorte encore plus sensible dans cette nuit mémorable du 1 3 juillet où il avait été déclaré, d'après les dispositions du gouvernement italien, qu'on le conduirait à sa dernière demeure sans bruit, sans éclat, comme les restes d'un homme inconnu ou criminel. L'amour et la haine lui ont fait un cortège ; les enfants de Dieu et les fils du démon l'ont accompagné et, les uns et les autres, à leur manière, ils ont proclamé combien ce nom seul était encore vivant dans les cœurs. Les premiers l'ont béni, exalté et prié ; les seconds l'ont conspué, insulté et maudit : on eût dit que ses cendres seules suffisaient encore pour les faire trembler. Et ainsi cette nuit restera immortelle dans les fastes de l'Église de Dieu comme le nom de celui qui fut l'objet de manifestations si diverses, mais si éloquentes dans leur signification. Cette nuit fut, en somme, un vrai et réel triomphe pour Pie IX.

Nous n'entrerons point dans le détail des cérémonies religieuses accomplies dans l'intérieur de Saint-Pierre dont toutes les portes étaient closes. Il était minuit quand le char qui portait le corps du saint pontife partit de la porte Sainte-Marthe pour se diriger vers Saint- Laurent. Bien avant cette heure, l'immense place de St-Pierre avait été envahie par une foule pieusement recueillie et profondément émue. Les carrosses du

â©aîanie et mort De $ie ir.

patriciat romain occupaient tout l'espace compris entre la sacristie de la basilique et l'entrée du Borgo Nuovo. Le char funèbre était d'une remarquable simplicité, qui devait encore mieux faire ressortir les manifestations d'amour que le peuple romain rendit à celui qui fut son Pasteur, son Père et son Roi. Le char s'avança lentement, ayant à ses côtés les représentants du chapitre du Vatican et de la famille pontificale ; derrière, suivaient des milliers d'hommes et de femmes, portant à la main des torches allumées. Leur nombre était si grand que lorsque la tête du cortège avait pénétré dans le Borgo Nuovo on voyait encore briller les derniers flambeaux sur les degrés de la Basilique. Le cortège s'augmentait à chaque instant d'une foule nouvelle, unissant ses prières et ses louanges à celles des premiers arrivés. Partout, sur le passage du convoi, les fenêtres s'illuminaient et une pluie de fleurs tombait sur le char funèbre. A la porte des églises devant lesquelles il passait, le clergé se tenait sur le seuil avec des cierges allumés. Les serviteurs des princes et des patriciens se tenaient debout, en grande livrée, sur le seuil des palais pour rendre hommage à ce roi défunt, à ce pontife bien-aimé. Ces honneurs se multiplièrent ainsi sur tout le parcours et rien ne saurait donner une idée des sentiments de piété, de reconnaissance et d'amour dont les Romains firent preuve en cette circonstance. Tout se passait avec calme, on n'entendait que le bruit des prières psalmodiées lentement par ceux qui composaient le cortège ; on sentait, on comprenait que toutes les pensées de cette foule étaient

Page 1