‹ Histoire de Pie IX le Grand et de son pontificatChapitre 6 sur 81 · LES VILLEGIATURES DE PIE IX · texte numérisé non relu

LES VILLEGIATURES DE PIE IX

Castel-Gandolfo. — La visite à Genazzano. — Frascati reçoit le saint père. — Les jésuites de Mondragone. — Voyage du saint père dans les provinces de Frosinone et de Velletri. — Porto d'Anzio. — Séjour de Pie IX dans cette petite ville. — Les pêcheurs de Porto d'Anzio. — Une visite à la villa Nettuno des princes Borghèse. - — « Je vais lui envoyer ma bénédiction, ce sera plus tôt fait. » — Bénédiction des drapeaux.

OUS venons de voir Pie IX au milieu des pauvres et du peuple de Rome, mais on se ferait une idée fort imparfaite de la douce et majestueuse simplicité de ce roi, si nous ne le montrions au milieu des habitants de la campagne. Presque chaque année, Pie IX allait se reposer quelques semaines au château de Castel-Gandolfo ou dans quelque autre de ses villas, située dans les environs de Rome. Dans ces villégiatures, Pie IX ne changeait rien à sa vie ordinaire de prière et de travail.

Castel-Gandolfo est un vieux château élevé par Urbain VIII : l'air y est pur, la vue s'étend au loin sur la campagne et la ville de Rome. De vieux arbres, au feuillage touffu, longent le lac d'Albano et forment une promenade délicieuse, désignée sous le nom de Galeries. C'est là que Pie IX, après son tlîner, se promenait, entouré de ses prélats.

C'était le moment aussi où la foule des visiteurs et

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des villageois pouvait s'approcher de lui plus facilement. Un jour, cetait en 1862, une femme octogénaire s'est approchée de lui, et, lui présentant deux œufs frais, elle lui dit : « Santo Padre, je ne puis vous donner que cela ; mais, vous le voyez, j'ai pensé à vous. Priez pour moi. » Pie IX, touché de la simplicité de cette pauvre femme, a accepté ses œufs frais et a répondu qu'il prierait pour elle.

Mais quelques sectaires cherchèrent parfois à se glisser au milieu de cette foule respectueuse et dévouée et, la même année, les gendarmes pontificaux arrêtèrent près du palais un homme qui s'était informé des heures de sortie du pape et du but de ses promenades. On trouva sur lui un revolver, un stylet et une forte somme d'argent. Il chercha vainement à expliquer la possession de ces armes par la nécessité de veiller à sa sûreté personnelle ; son trouble trahissait ses intentions criminelles. Combien de fois la révolution n'at-elle pas ainsi tenté de faire assassiner le souverain pontife ! mais Dieu le gardait.

Pie IX parcourait les villages environnants, il assistait à leurs fêtes, il couronnait leurs madones, il visitait leurs écoles, jugeait par lui-même des besoins de son peuple et ordonnait les travaux nécessaires.

En 1864, il manifesta le désir de se rendre, le 15 août, à Genazzano, sanctuaire dédié à la Vierge du Bon Conseil, dans le diocèse de Palestrina: l'accès en était difficile, car la route était mauvaise. On en prévint le saint père.

« Il est important, dit le pape, de faciliter aux fidè-

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les l'accès de ce sanctuaire. Qu'on achève de suite la route. Je ne renoncerai certainement pas à aller visiter notre Mère immaculée à Genazzano, et mon voyage servira les intérêts de ce pays montagneux qui manque de voies de communication. » Et aussitôt il fait appeler les ingénieurs. Ceux-ci exposent au saint père la difficulté de l'entreprise et la déclarent impossible à exécuter dans le court espace de temps qui leur est donné.

<l C'est bon, reprit Pie IX ; j'ai sous la main quelqu'un qui triomphera de ces difficultés. Si vous y renoncez, je dirai à Mgr de Mérode de se charger de ce travail et la route sera faite avant le 1 5 août. »

Devant la volonté souveraine, les ingénieurs s'inclinèrent ; ils se mirent à l'œuvre, et la route fut achevée à l'heure dite. Mgr de Mérode, il est vrai, avait mis deux cents soldats à leur disposition.

Le 12 octobre 1862, le saint père visita Frascati : les dames de cette petite cité, vêtues de blanc, ayant à leur chapeau une plume blanche et jaune et deux dahlias de la même couleur à la ceinture, étaient échelonnées de chaque côté de la rue qui va de la porte de la ville à la cathédrale. Lorsque Pie IX passa, elles le couvrirent de fleurs ; de leur côté les hommes, portant des drapeaux et des guidons, entouraient et accompagnaient Sa Sainteté, au milieu des acclamations enthousiastes de : Vive le pape-roi !

Quelques semaines plus tard, Pie IX visitait le collège des Jésuites établi à Mondragone, se plaisait à interroger les enfants sur l'histoire, la géographie,

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l'arithmétique, et pendant quelques instants, il assista à leurs jeux, semblant heureux de contempler cette jeunesse qui lui avait promis, quand l'âge serait venu, de s'enrôler sous la bannière de l'Eglise pour défendre les droits du saint siège.

Pie IX, écrivait le Morning-Post en 1867, est radieux dans ses excursions à la campagne. C'est une véritable joie de le rencontrer à pied, marchant plus vite que son âge ne donnerait à le supposer. L'autre jour, comme j'étais à Aricia, il cheminait vers Genzano, suivi de ses gardes et de sa voiture. L'ex-reine de Naples et l'infante marchaient dans une direction opposée, suivies de leurs équipages et de leurs domestiques. Au tournant de la route, juste au-dessous de la Villa Chigi, les deux groupes se rencontrèrent. En une minute, Leurs Majestés royales furent à genoux. Sa Sainteté pressa le pas pour aller les relever. Les paysans qui rentraient chez eux, revenant de leurs vignes et de leurs vergers avec leurs femmes, leurs filles et leurs ânes robustes, étaient dans l'admiration. Ils s'avancèrent aussi et s'agenouillèrent de chaque côté du groupe central formé par les illustres personnages en criant à pleine poitrine : « Santo Padre, la benedizione ! Saint Père, la bénédiction.» C'était un tableau parfait. Des scènes semblables se renouvelaient souvent.

En 1863, Pie IX visita les provinces de Velletri et de Frosinone. Ce voyage, qui dura huit jours, fut un triomphe continuel pour le saint père. Plusieurs des villes qu'il parcourut n'avaient jamais été honorées de la visite d'un pape.

A Ceprano, Pie IX touchait la frontière napolitaine. L'ambassadeur de France, M. de la Tour-d'Auvergne, s'était rendu dans ce village pour complimenter le saint père. Un des secrétaires de l'ambassade, M. d'Ideville, l'accompagnait : il nous a conservé le souvenir des paroles du pape, exprimant la joie qu'il avait ressentie en voyant toute la population des villages qu'il avait traversés accourir sur ses pas.

« J'ai été bien touché de cet empressement, disait Pie IX. Ce matin, vous auriez assisté à un spectacle émouvant en voyant toutes les populations des villages napolitains, accourues sur l'autre rive du Liri, s'agenouiller de loin lorsqu'elles m'ont aperçu. Le Liri, vous le savez, sert de barrière entre les Etats de l'Eglise et ceux de Naples ; mais nous ne sommes point conquérant, nous, et notre puissant voisin n'a rien à craindre. Voilà pourquoi j'ai été affligé d'un incident qui vient de se passer tout à l'heure. Mgr de Mérode vous montrera le héros de l'aventure ; c'est un jeune paysan d'une quinzaine d'années. Au moment où je rentrais ici, nous entendîmes des coups de feu de l'autre côté du Liri, et en môme temps on apercevait, gagnant le bord de la rivière, à la nage, un petit napolitain qui bravait les balles des soldats italiens pour venir saluer son pape. Il n'a point été atteint, et sa foi ou, si vous voulez, sa curiosité imprudente, a été récompensée. »

En sortant de l'appartement, continue M. d'Ideville, nous aperçûmes, en effet, dans la cour, le petit napolitain, dont les vêtements étaient encore humides, et qui mangeait gaiement en racontant son aventure

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aux gardes. Les autorités italiennes avaient craint, bien à tort, une manifestation hostile et politique de la part des populations napolitaines ; tout s'était borné à une pieuse démonstration en faveur du pape, et rien de plus naturel et de plus touchant que l'empressement de ces pauvres paysans à recevoir de loin la bénédiction de ce pontife, dont ils avaient si souvent entendu parler.

En 1862, après les longs et fatigants offices de la semaine sainte et des fêtes de Pâques, Pie IX, cédant aux instances de son entourage, se rendit à Portod'Anzio pour prendre quelques jours de repos et se préparer à supporter les fatigues extraordinaires des solennités auxquelles il avait convié tout l'épiscopat catholique.

Porto-d'Anzio est une petite cité, assise admirablement sur le bord de la mer, à trente-six kilomètres de Rome. Les papes y possèdent une villa, dans le voisinage de la mer, sans ombrages et sans parc, il est vrai, mais attenant aux magnifiques forêts des Borghèse, dont le prince Marc-Antoine avait offert la jouissance à Pie IX. Le saint père arriva à sept heures du soir, le 23 avril, dans sa villa, salué par l'artillerie pontificale campée dans le voisinage et parles salves d'honneur de la corvette Y hnmaculata concezione mouillant dans le port. Les zouaves pontificaux étaient rangés dans la cour.

« La nature, l'histoire et la vie présente s'unissaient dans ce petit coin du monde, pour composer un tableau d'un effet saisissant. La nature avait fourni les couleurs,

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l'azur du ciel, l'aspect changeant de la mer, la sombre ceinture des falaises entremêlées de riantes villas. Tous les plus anciens souvenirs de la Rome païenne, les Volsques, Antium, Néron, sa naissance, les ruines de son palais avancé dans la mer, l'Apollon découvert dans ces ruines, le triomphe de l'Eglise sur l'Empire : voilà la part de l'histoire. Sur cette scène décorée par tant de splendeurs naturelles, agrandie par tant de réminiscences historiques, figurez-vous, au déclin du jour, des groupes animés, remuants, pleins de joie: ici des enfants, là des pêcheurs, à l'horizon les zouaves pontificaux faisant retentir les clairons, pendant que leur drapeau flotte sur les tentes de leur petit camp; au centre, enfin, de tous les regards, le pape revêtu de sa soutane blanche et de son chapeau rouge à franges d'or, marchant gaiement au bord des flots, suivi et entouré de la foule, comme l'était autrefois son Maître sur la rive lointaine des lacs de Judée.

« Au grand galop de leurs chevaux, les membres de la famille des princes Borghèse et Barberini s'approchent, mettent pied à terre et demandent la sainte bénédiction. Sur la même poussière, des enfants en haillons s'agenouillent auprès d'eux, des pêcheurs présentent leurs filets avant de les jeter à la mer. Quelques instants après, ils reviennent confus de n'avoir rien pris. « Mes enfants, leur dit gaiement le pape, voyez comme la Providence fait bien ce qu'elle fait. Il n'y a pas de poissons et je ne les aime pas ; vous aimez les écus, et en voici (I). »

Le dimanche, 27 avril, il célébra la messe dans

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