‹ Histoire de Pierre Terrail, seigneur de BayartChapitre 14 sur 59 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Lettres de Bayart à Soto-Mayor et réponse» de celui-ci.

àlonso répéta publiquement ses plaintes et ses menaces dans une conférence qui eut lieu à cette époque entre le duc de Nemours et Gonsalve pour la délimitation des provinces contestées. Le Bon Chevalier ne tarda point à en être informé; et, aussi surpris qu'indigné d'une semblable imposture , il fit sur-le-champ assembler tous les soldats de la garnison de Minervino , et après leur avoir exposé les griefs de Soto-Mayor : « Il me semble, » leur dit-il, o que jusqu'à son » évasion prisonnier ne fut jamais aussi bien » traité, et depuis, si je l'ai fait resserrer, il ne • doit s'en prendre qu'à lui-même. » Il leur de-

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manda s'il n'aurait point éprouvé à son insu quelque outrage dont il s'empresserait . de lui donner satisfaction. « Capitaine,» répondirent-ils tous, « quand il eût été le premier personnage » de sa nation, vous n'auriez pu lui faire un meil- » leur traitement, et c'est mal et péché à lui de » s'en plaindre. Mais ces Espagnols sont telle- » ment gonflés d'orgueil , qu'ils ne trouvent ja- » mais qu'on en fasse assez ! — Par ma foi, » reprit Bayart , « quoique la fièvre quarte me » tienne 1 , je veux lui écrire que s'il ne rétracte » ses propos , je lui prouverai qu'il en a menti, à » pied ou à cheval, comme il lui plaira. » Encore que le Bon Chevalier signât fort bien son nom , il fit incontinent venir son clerc, et lui dicta la lettre suivante :

1 L'auteur d'un Voyage intitulé Londres, après avoir attribué au spleen les exploits les plus brillans des Anglais, voudrait assigner une semblable cause physique à la bravoure de Bayart II prétend que les sept années continues pendant lesquelles il fut affligé de la fièvre quarte furent celles précisément qui établirent sa réputation. Sans prendre au sérieux ce paradoxe du plaisant Champenois Pierre Grosley, nous nous contenterons de rappeler que Bayart eut non-seulement la fièvre pendant sept ans , mais presque durant tout le cours de sa vie , à partir de cette époque jusque trois mois avant sa mort. Nous ne voyons pas non plus que cette maladie ait produit en lui aucune de ces affections mélancoliques analogues au tœdium vitœ des gentilshommes d'outre-mer.

« Don Alonso , j'ai appris que depuis votre re- » tour vous vous êtes plaint de moi , et av*z semé » parmi vos gens que je ne vous ai point traité en » gentilhomme. Vous savez bien le contraire • » mais comme une telle charge me ferait gros » déshonneur, je vous écris cette lettre pour » vous prier de rhabiller autrement vos paroles » devant ceux qui les ont ouïes. Vous rétablirez » mon honneur en confessant le bon traitement * que Je vous ai fait , et le vôtre en rendant té- » moignage à la vérité. Et dans le cas où vous » seriez refusant, je vous déclare que je suis ré- » solu de vous faire dédire par combat mortel de » votre personne à la mienne, soit à pied ou à » cheval , ainsi que mieux vous plairont les ar- » mes. Et adieu. De Minervino, ce dixième de «juillet 1503. » Le seigneur de La Palice approuva fort cette lettre, et chargea son trompette, nommé La Lune , de la porter à Andria au seigneur Alonso de Soto-Mayor.

Celui-ci, après l'avoir lue, y fit sur-le-champ cette réponse sans prendre consed de personne : « Seigneur de Bayart, j'ai vu votre lettre, où » entre autres choses dites qu'êtes résolu de me » combattre si je ne me dédis des paroles par moi » semées , que vous ne m'avez point , étant votre

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» prisonnier, traité en gentilhomme. Je vous dé- » clare que onc ne me dédis de choses que j'ai » dites , et n'êtes pas homme à m'en faire dédire. » J'accepte le combat que vous me présentez de » vous à moi, d'ici à douze ou quinze jours, à deux » milles de cette ville d'Andria , ou ailleurs que » bon vous semblera. »

Le Bon Chevalier , malgré sa fièvre quarte, n'eût pas donné cette lettre pour dix mille écus. Il fit aussitôt réponse à Soto-Mayor qu'il serait exact au jour qu'il lui plairait d'assigner, et s'occupa d'avoir au plus tôt la permission et le champ du vice-roi , le duc de Nemours ; mais l'Espagnol ne montra pas le même empressement , et près de six mois s'écoulèrent avant qu'il se décidât à vider la querelle. Cherchant tous les moyens d'éluder l'instant fatal, il manqua à un premier rendezvous , et écrivit de nouveau a Bayart , le 26 novembre 1 503 , une lettre dont le sens était que : quel que fût h l'avenir l'obstacle qui empêchât l'un des deux combattans de se trouver au jour indiqué , il entendait que par cela même il se reconnaîtrait vaincu et prisonnier de l'autre Bayart

1 Champier (feuillet 18, verso) rapporte qu'il avait trouvé luimême celte lettre de Soto-Mayor dans la l>ourse de la mère du Bon Che>

lui répondit qu'il y consentait volontiers , et que peu lui importaient les conditions , pourvu qu'il vengeât son injure.

Gonsalve , informé de ce différend , gourmanda sévèrement Alonso , et lui ordonna de laver, sans plus de délai, les armes à la main, l'honneur compromis de sa nation et celui de son propre lignage ,. Voyant alors qu'il n'y avait plus moyen de reculer sans se perdre de réputation , Soto- Mayor donna jour au Bon - Chevalier , en le priant toutefois de trouver bon qu'il se portât « défendeur, » et lui Bayart a demandeur. » L'Espagnol le connaissait pour l'homme du monde le plus redoutable à cheval , et , en s 'assurant le choix des armes , par cette proposition

valier, qui l'avait prise à son fils; elle est d'autant plus authentique que nous la découvrons dans un autre de ses ouvrages imprimé du vivant même de Bayart. (Symphoriawi Chamferii, Tropheum Gallorum, Lugduni , iu-4 » 1^07, tractatus secundus.)

• El grand capitan Gonçalo Hernandez de CordoVa entendido la causa de la querella, repreliendio muy severamente à Soto Mayor por lo hecho , y le mando que saliese al campo : por con el juizio de las armas se purgase la infamia del mal tratamiento , o que d and o vencido, m eri lamente fuese cas ti g a do con deshonrado fin, por aver «1suziado con palabras , o obras descorteses la honra de la nacion espagnole y a su linaje. (Chronica del grand capitan Gonçalo Hernandez de Cordova y Aguilar. Atcala de Henares , i584 , in-4, C. CXX.V, p. i5*.)

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aussi captieuse qu'irrégulière , il se réservait d'en profiter en temps et lieu, a Sur une bonne que- » relie , » répondit Bayart , a peu me chault » d'être demandeur ou défendeur. » Et sans davantage s'en inquiéter , il accorda tout ce qu'Alonso voulait. Il fut décidé que le combat aurait lieu entre Andria et Minervino , la vigile de la Purification de Notre-Dame *•

* Jehan d'Anton , Histoire de Louis XII, ch. 27, p. x5i.

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