‹ Histoire de Pierre Terrail, seigneur de BayartChapitre 19 sur 59 · H6 HISTOIRE · texte numérisé non relu

H6 HISTOIRE

» fer de sa lance » Il dit, et donna le signal du combat. Gonsalve se montra digne en ce jour du surnom de grand capitaine que lui avaient déjà libéralement octroyé ses compatriotes. Appropriant ses discours au génie de sa nation, il ranima ses soldats par d'éloquentes rodomontades , tandis qu'il suppléait à leurs forces épuisées par les plus habiles dispositions.

Pendant que les troupes françaises marchaient aux ennemis, un Espagnol armé de toutes pièces, et monté sur un superbe cheval , s'avança hors des retranchemens , présentant la jouté à tout venant. Bayartne le fit point attendre, et les deux adversaires se joignirent avec une telle violence, qu'ils semblaient devoir se briser l'un contre Fautre. Le Bon Chevalier atteignit l'Espagnol d'un coup si démesuré , que sa lance en fut brisée jusqu'à la poignée, « et homme et cheval renversés » en un monceau dont plus ne se relevèrent2. »

Mais le courage ne devait point décider de cette bataille. Engagés témérairement dans des vignes où Gonsalve avait encore ajoute aux difficultés du

1 Brantôme, Capitaines français, dise. 8, t II, p. 6 1 de l'édition 4e Paris, i8aa, in-8.

* Jehan d'Anton , Chroniques du Roy Très-ChrestUn Louis XII ,

folio i45.

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terrain, les gens d'armes français tombaient sans avoir combattu. Pierre Guiflfrey et Jacques de Clermont, ainsi démontés, se relevèrent bravement, et marchèrent aux retranchemens ennemis. Mais, faute de secours, ils moururent Pépée au poing, accablés par le nombre. Nemours, qui prodiguait sa vie en soldat , tomba lui-même , frappé d'un coup de mousquet. La mort du général devint le signal d'un débandement universel ; il ne restait qu'une demi-heure de jour lorsque l'attaque avait commencé , et les derniers rayons du soleil éclairèrent la déroute de l'armée française.

D'Alègre, le brave d'Alègre, dominé par la fatale prédiction du duc de Nemours, s'enfuit des premiers et courut chercher un asile dans Gaête. Louis d'Ars , couvert de blessures et à pied, rallia seul quelques hommes d'armes autour de lui , et fit sa retraite en bon ordre du côté de Venosa. Tandis que tous les autres capitaines ne songeaient qu'à leur salut, tournant sa bannière vers les pays ennemis , il rentra dans les terres que lui avait confiées son maître, le comte de Ligny *.

* Jehan d'Anton, ibuL, folio 146.

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