‹ Histoire de Pierre Terrail, seigneur de BayartChapitre 36 sur 59 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Bayart, a la tète des coureurs de l'année française , défait les troupes vénitiennes. — Il est blessé à mort à la prise de Brescia. — Grande courtoisie du Bon Chevalier.

Les confédérés étaient devant Bologne depuis un mois, et ni leur artillerie ni les mines de l'invention de Pietro Navarro n'avaient encore produit de grands effets. Les assiégés firent prévenir N emours que jamais occasion plus favorable ne s'était présentée de forcer l'ennemi dans ses lignes et de lui faire honteusement lever le siège. Gaston part un soir de Finale , marche en bataille toute la nuit , et malgré la neige et la pluie il était dans Bologne le lendemain à neuf heures du matin. L'impétuosité de ce mouvement intimida à ce point les confédérés, qu'abandonnant leur camp , ils se retirèrent ou plutôt s'en-

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fuirent vers Immola. Nemours n'avait pas le temps de les poursuivre , car il venait d'apprendre que l'armée vénitienne était rentrée par surprise dans Brescia le 4 février.

« C'était un vrai jeu de barres que nos guerres » d'Italie, tantôt villes prises par les uns, et puis » par les autres reprises *. » Le provéditeur André Gritti, introduit dans Brescia par le vindicatif comte Advogaro, l'un des principaux habitans de cette puissante cite , avait surpris et massacre une partie de la garnison française. Le gouverneur Daillon Du Lu de, réfugié avec le reste dans la citadelle , se hâta d'informer Gaston de l'impuissance où il se trouvait de tenir long-temps contre les assauts des Vénitiens et des habitans réunis. A la réception de ces fâcheuses dépêches, Nemours jura que le roi son oncle n'apprendrait la perte qu'il avait faite qu'avec la nouvelle qu'elle était réparée. Il part de Bologne à. marche forcée , avançant chaque jour avec toute son armée « autant que le meilleur chevaucheur sur un » courtaud de cent écus. » Jean- Paul Baglioni , capitaine général de la République, à la tête d'un corps de troupes considérable, ne mettait pas ■*

* Pasquier, Recherches de la France, h VI , ch. 18.

moins de diligence a rejoindre Gritti dans Brescia. Mais instruit de sa marche , Gaston résolut de le couper, et fit faire ce jour-là même quarante milles d'Italie, sans débrider, à sa cavalerie. Baglioni , ne pouvant le soupçonner aussi près, s'amusait sur sa route à battre le château de Valeggio, dont la prise eut enlevé aux Français le seul gué du Mincio.

Le Bon Chevalier et le seigneur de Télignv conduisaient les coureurs de l'armée qui devançaient constamment de plusieurs lieues le gros de l'avant - garde. Bayart, quoiqu'il eut eu la fièvre toute la nuit , n'avait point quitté son poste , et était à cheval , sans armure , enveloppé dans son manteau. Soudain, apercevant les ennemis, il emprunta le halecret d'un de ses gens d'armes, monta sur son bon coursier , et marcha droit à Valeggio. >T onobstant que l'avant-garde française parîit. à peine dans le lointain , il ne laissa pas de charger vigoureusement les Vénitiens, et soutint plus d'un quart - d'heure avec sa petite troupe les efforts de l'armée de Baglioni. Un coup de fauconneau emporta à ses côtés un brave gentilhomme, porte -enseigne du seigneur de Téligny , et le combat n'en devint que plus animé. Cependant, au bruit de l'artillerie, les gens d'ar-

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mes les mieux montés de l'avant-garde accoururent au secours de Bayart, et les Vénitiens, croyant avoir affaire à toutes les troupes de Gaston, commencèrent a plier et à tourner le dos.

On les poursuivit jusque sur les bords du Mincio , où il s'en noya un grand nombre. Jean- Paul Baglioni ne dut son salut qu'à la vigueur de son cheval , qui le porta heureusement à la rive opposée. La plupart des gens de pied et quatre-vingt-dix hommes d'armes restèrent sur la place; le comte Guy Rangoni , lieutenant de Baglioni , et plusieurs autres capitaines se trouvèrent au nombre des prisonniers. Cette victoire , aussi profitable que glorieuse , priva la ville de Brescia d'une armée assez nombreuse pour en disputer les approches aux Français. Nemours félicita Bayart de cette heureuse rencontre, non sans quelque regret de n'avoir pas été attendu.

La nouvelle de cette déroute parvint rapidement au château de Brescia, et la garnison , certaine de l'arrivée du secours , alluma des feux de joie qui ne réjouirent guère les pauvres bourgeois de la ville. A ce signal de leur prochaine destruction , ils eussent bien voulu revenir au roi de France , mais il était trop tard , Gritti repoussa leurs prières et leurs supplications.

Le jour suivant , Gaston rencontra un corps de cavalerie légère vénitienne, sous les ordres «le Méléagre de Forli ; il le mit en déroute , et sans s'arrêter , le neuvième jouf de son départ de Bologne, il campa dans les faubourgs de Brescia. Nemours fit aussitôt monter au château quelques capitaines pour reconforter le comte Du Lude et son lieutenant le capitaine Hérigoye. La garnison, par manière de réjouissance, tira vingt coups de canon sur la ville qui se fut bien passée de cette sorte de fête. Le duc le lendemain monta lui-même au château , suivi d'une partie de son armée ; on tint un conseil de guerre et l'assaut fut décidé.

L'entreprise était audacieuse ; outre huit mille gens de pied et cinq cents hommes d'armes vénitiens , il y avait encore dans la ville quatorze mille hommes de milice, et plus de vingt mille bourgeois sous les armes. Un large fossé, surmonté d'un boulevart garni d'artillerie , séparait la ville du château. Il fallait ensuite traverser un pont étroit avant d'arriver sur une esplanade , où l'armée de Gritti , rangée en bataille, présentait un front de cavalerie, qui devait infailliblement arrêter les Français que la rapidité des lieux obligeait à descendre à pied. Enfin tout

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avait été préparé pour la plus vigoureuse résistance. Aussi le provéditeur Gritti affectait une grande confiance ; il laissait en souriant plaisanter ses soldats sur l'âge et la bonne mine de Gaston , et disputer si Ton inhumerait les cadavres ennemis en terre sainte.

Les secours laissés dans Bologne avaient réduit l'armée française a douze mille hommes, mais le nombre était compensé par le choix , « c'était » toute fleur de chevalerie. » La valeur et les qualités brillantes de Gaston lui avaient dévoué les cœurs et la vie de tous ses soldats ; jamais capitaine n'avait mieux possédé l'art d'amener les Français à ce degré d'exaltation où l'impossible ne les arrête plus.

L'ordonnance de l'assaut fut disposée ainsi : le seigneur de Molard ferait la première pointe avec ses gens de pied et les Gascons du capitaine Hérigoye. Après eux marcheraient les deux mille 4ansquenets du brave capitaine Jacob d'Empser, récemment passé au service du roi de France. Les capitaines Bonnet , Maugiron , le bâtard de Clèves , et autres avec leurs compagnies au nombre d'environ sept mille hommes, viendraient ensuite. Sur leurs ailes, marcherait le duc de Nemours a la tète des gens d'armes et des gen-

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