CHAPITRE XXXIV
Guerre de Navarre. — Plaisante altercation entre ftayart et le»
lansquenets.
Âpres avoir encore passé quelque temps an Dauphiné, chéri et fêté de tous ses compatriotes, le Boa Chevalier alla rejoindre l'armée que le Roi envoyait en Navarre , pour reconquérir à sod légitime souverain ce royaume que Ferdinand-le- Catholique avait envahi, sous des prétextes aussi injustes que frivoles. Jean d'Albret, victime de sa fidélité a la France, s'était réfugié auprès de Louis XII qui, distrait par les guerres d'Italie, n'avait encore pu songer à son rétablissement. Le prince détrôné , à la tète d'une division que commandaient La Patient Bayart, pénétra par la vallée de Roncevaux, jusque dans l'intérieur de la Na-
varre, pour seconder, disait- il, le soulèvement général de ses anciens sujets. Les Français eurent d'abord quelque succès , et se rendirent maîtres de plusieurs petites places; mais d'Albret s'était fait illusion sur les sentimens des Navarrois , et à peine fut-il rejoint par quelques seigneurs de la faction de G rammont. Tandis qu'au lieu de mettre l'armée espagnole « comme une gaufre entre deux fers, » il s'obstinait devant une petite ville, le duc d'Albe se jeta à inarche forcée dans Pampelune, et en expulsa tous ses partisans. Jean d'Albret persista à tenter le siège de sa capitale, et La Palice et Bayart , engagés dans une entreprise dont ils prévoyaient la mauvaise issue, n'en déployaient pas moins de zèle et <fe courage.
A quatre lieues de Pampelune se trouvait un château important par sa situation, et dont la prise était indispensable aux assiégeans. lï netait pas défendu par une garnison bien formidable, mais les Espagnols réunissaient dans son voisinage des troupes nombreuses , sous la eonduile du duc de Najare. Le roi de Navarre et le seigneur de La Palice prièrent Bayart de se charger de cette expédition , et.il accepta en homme qui ne compta jamais les fatigues ni les dangers. Avec sa compagnie , celle du capitaine Germain
DE BAYART. 355
delkmneval , huit cents lansquenets et quelaues centaines d'aventuriers , il se rendit le jour même devant la place/Aussitôt il envoya sommer les Espagnols de la remettre à son souverain légitime, le roi "de Navarre; leur faisant déclarer qu'il les laisserait se retirer vies et bagues sauves; mais que s'ils étaient emportés , ils devaient s'attendre à être tous mis en pièces. La garnison était composée de vieux soldats; ils répondirent qu'ils ne rendraient point la place et encore moins eux.
Bayart fit sur-le-champ mettre en batterie quatre grosses pièces de canon , et commença à battre vivement la muraille. Les assiégés, qui étaient environ cent hommes munis d'arquebuses à croc et de fauconneaux , ripostèrent vigoureusement à l'artillerie française. Mais leurs efforts furent vains , pour empêcher qu'en moins d'une heure la brèche ne se trouvât assez grande pour donner l'assaut. La position élevée du château en rendait l'accès encore fort difficile ; mais , en semblable occasion, il ne fallait pas y regarder de si près. Bayart fit sonner l'assaut, et donna ordre aux lansquenets de marcher. Pas un ne bougea. Ils lui firent réponse par leur trucheman que, suivant les articles de leur capitulation, ils devaient avoir double paie toutes les.fois qu'ils
3£t HFSTOFRE
prenaient une place d'assaut, et qu'ils ne marche>
riait rien à leurs prétentions; toutefois, comme les
cher toujours, et que s'ils prenaient la place , ils remment des promesses sonnantes qu'il leur fol-
Il lt dtïlhlf* ^1 lin *if*llr IrTIsi T. t 1 ftït't VPI111131
Les aventuriers français se précipitèrent pa^Hai*"dément à la brèche, mais ils lurent vigoureusement repousses jusqu'à trois fois par les assiégés qui n'étaient pas gens à reculer.
Le Bon Chevalier, reconnaissant quïl lui serait impossible de les forcer avec si peu de monde y fit sonner la retraite. Il recommença à battre la place, dans l'intention apparente d'agrandir la brèche , 11 ^ais en effet pour exécuter une idée qui lui était venue. Il appela un de ses hommes d'armes nommé Petit Jehan de La Vergne, dont il îivait éprouvé la bravoure et l'intelligence , et lui dit : « La Vergne , si vous voulez me rendre » un bon service , je vous en garantis une meil- » leure recompense. Vous voyez là -bas cette » grosse tour qui forme l'encoignure du château ; » pendant que je vais recommencer 1 assaut, vous » prendrez deux ou trois échelles avec quarante