DE RAÏ&RT
» ou cinquante de vos caraajpacUs, et ir<* essayer » de l'escalader. Sur ma vie, vous n'y devez trou- » wer personne , et si vous nuirez tout a votre » aise dans la place, onc n'ayez confiance en moi. »
Il n avait pas besoin de lui en. dire davantage. Pendant que Bayai t faisait redonner un assaut plus vif encore que le premier, et que tous les Espagnols combattaient sur la brèche, La Vergne, sans être aperçu , exécuta a jnerveiUe ses ordres. Tout-à-coup les assiégés entendirent crier derrière eux : France, France! Navarre, Navarre! rôt furent à l'instant chargés par quarante ou cinquante Français. Ils essayèrent une inutile résistance, et , cernés de toutes parts , ils furent massacrés jusqu'au dernier. La place fut pillée , et Bayart, après y avoir laissé quelques aventuriers sous les > ordres d'un gentilhomme du roi de. Navarre , .se init en devoir de ramener ses gens au camp.
Comme il se disposait à partir , deux capitaines des lansquenets s'approchèrent , et lui firent demander par leur trueheman la <louhle paie qu'il leur avait promise si la ville était prise. Courroucé de leur insolence, le Bon Chevalier répondit à l'interprète : « Dites à vos coquins » de lansquenets que je leur ferai plutôt bailler » à chacun un licou pour les pendre. Les la-
» ches qu'ils sont n'ont jamais voulu monter à
» l'assaut , et ils demandent double paie ! J'en » instruirai monseigneur de La Palice et mon- » seigneur de Suffolk leur capitaine - général , » mais ce sera pour les faire casser; ils ne valent » pas les gourgandines de l'armée. » Le trucheman leur traduisit fidèlement cette réponse, et tous les lansquenets se mirent à jurer et a murmurer en agitant leurs piques d'un air menaçant. Bavait fit sonner à l'étendard , rassembla ses gendarmes et les aventuriers , bien décidés, si les Allemands venaient à bouger, à les tailler en pièces. Il pari it. au petit pas, et les lansquenets, doux comme moutons, suivirent, comme si de rien n'était, le reste de la troupe jusqu'au camp devant Pampelunc. Bayai t fut accueilli à son retour par le roi de Navarre , La Palice et le duc de Suffolk qui le félicitèrent à l'envi de son heureuse expédition. Il leur raconta la méthode des lansquenets pour avoir double paie, dont ils ne; purent se lasser de rire.
Bayart retint h souper plusieurs des principaux capitaines , et ent re» autres le duc de Suffolk , capitaine - général de tous les lansquenets qui se trouvaient dans l'armée française, au nombre de six m sept mille hommes. Sur la fin
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du repas , entra dans la salle un lansquenet plus qu'à moitié ivre, et ne sachant dire autre choSe", sinon qu'il cherchait le capitaine Bayart pour le tuer, parce qu'il ne leur voulait pas faire don-
parvenu à démêler ces paroles dans le mauvais jargon de l'Allemand , dit au Bon Chevalier en riant : a Monseigneur , voici un lansquenet qui » vous cherche pour vous tuer. » Bayart, qui n'avait garde de laisser échapper une aussi bfcnne occasion d'amuser ses convives , se leva de table l'épée au poing , et dit au lansquenet d'une voix terrible : « Est - ce vous qui cherchez le » capitaine Bayart pour le tuer"? Le voici , dé- » fendez-vous! » Les fumées du yin n'empêchèrent le pauvre diable d'avoir une belle peur, et il répondit en baragouinant : « Ce n'est pas » moi tout seul qui veux tuer le capitaine Bayart , » ce sont tous les lansquenets;^— Ah ! sur mon » ame , » dit le Bon Chevalier qui gardait le plus grand 'sérieux, « je quitte la partie, et ne me sens » pas de force à combattre à moi seul sept mille » lansquenets. Compagnon , je vous demande » quartier pour l'amour de Dieu. » Toute la compagnie riait aux éclats de ce dialogue, et le Bon Chevalier, voulant achever la scène , fil
asseoir son faomne à tabla ris-k-vis 4e lui. Puis , avant de le renvoyer , il compléta par de fréquentes rasades ce qui était déjà commet; le lansquenet, content comme un roi , promit qu'il détendrait jusqu'à son dernier soupir le capitaine Bayart envers et contre tous , et jura en se retirant qu'il était homme de bien et que son vin était bon.
Le lendemain du retour du Bon Chevalier, l'artillerie commença à
Pampelune , et ne tarda pas à ouvrir une brèdie suffisante pour donner l'assaut. Mais les Espagnols soutinrent deux attaques consécutives avec tant de valeur et de succès que les Français furent repoussés après avoir perdu beaucoup de monde. Le roi de Navarre se disposait à tenter un troisième assaut , lorsque le duc de Najare parut sur les hauteurs avec des troupes considérables. La disette la plus affreuse régnait dans le camp français ; il n'y avait plus d'espoir d'emporter Pampelune en vue de l'armée espagnole , et il fallut lever le siège et songer à la retraite. Le défaut de vivres la rendit extrêmement pénible ; plusieurs soldats moururent de faim , et à peine si les autres , sans chaussure et presque sans vètemens, purent se traîner à tra-
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vers ces montagnes escarpées 4L déjà couvsrtee de neige. Louis de BeaumooC 9 chef delà faeùou navarroise' opposée a Jean d'Albret,, «et Je fÇ&pitaine espagnol Villalba harcelaient eu ou&e les Français dans leur mvdw et leor faisfaiçat essuyer k chaque défilé de sanglantes escaroaiouches.
Un soir que le duc de Suffolk rentra fort tard au camp , harassé d'ujae journée entière passée les armes à la main , il alla trouver le Bon Chevalier ayec lequel il avait lié la plus intime wiitié 9 et lui «dit : « Capitaine Bayart, jnon *s*i, je » meurs de faim ; donnez-moi aujourd'hui à sau- » per , je vp»s en prie , car mes gens m'ont ré- » pondu «qu'il n'y avait pas un morceau de pain » chez moi. Volontiers, Monseigaeur, » h>i répondit le Bon Chevalier avec la plus comique assurance f « «t je vous promets que vous serez » hien traité ; qu'on appelle mon maître d'hôtel. » Milieu , » lui dit-il , « allez devant faine hâter » le souper , et que nous soyons servis comme » dans Paris ; » et Suffolk de rire à gorge déployée ; car depuis deux jours à peine pouvaiton se procurer quelques mauvais pains de millet.
Bayart se couvrit de gloire dans cette retraite ; il soutenait les attaques réitérées des ennemis ,
pressait la marche des siens, ralliait les traineurs , et ne se retirait jamais que le dernier. Toute sa vie son poste fut, dans les retraites, à la queue de l'armée, et dans les attaques, a Pavantgarde. Le Bon Chevalier avait coutume de dire et prouvait qu'il était trois choses opportunes en guerre : « Assaut de lévrier, défense de sanglier, » et fuite de loup. »
Ce ne fut pas sans une vive satisfaction que les Français rentrèrent dans Bayonne, où ils trouvèrent de quoi se refaire des fatigues et des privations qu'ils venaient de supporter. Mais un grand nombre de gens de pied qu'avait a peine épargnés la famine, moururent de l'excès contraire. Telle fut l'issue (Je l'expédition de Navarre, commencée sous les auspices les plus favorables, mais que l'incapacité de Jean bret termina d'une manière si désastreuse les Français et pour lui qui perdit à jamais la portion de son héritage conquise par Ferdinand.
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