‹ Histoire de Pierre Terrail, seigneur de BayartChapitre 53 sur 59 · GÉNÉALOGIQUES · texte numérisé non relu

GÉNÉALOGIQUES

La maison Terrai! 1 réunit tous les caractères qui constituent les races d'ancienne chevalerie, ou , pour nous servir d'une dénominalion plus moderne, la noblesse d'extraction. Une tradition commune à quelques familles dauphinoises lui assigne une origine germanique , et c'est les armes à la main que nous trouvons le premier Terrail dont fassent mention les chartes contemporaines. Dans un temps où la moindre dérogeance excluait de la chevalerie et des tournois , on apportait le plus grand scrupule au choix des alliances. Celles des Terrail annoncent qu'ils tenaient rang parmi la plus haute noblesse du Dauphiné \ Leur prouesse héréditaire y était devenue pro-

1 Terralius , Terralii ou de Terrajrllio , quelquefois de Terrail , mais ordinairement Terrail, telles étaient les signatures qu'avait vues Cl. Le Laboureur sur des actes et contrats originaux.

a Voyez d'Expilly , Louis Videl , ouvrages cités dans les Préliminaires bibliographiques, et Les Maxures de V Abbaye de V lslt*Barbet

verbiale , comme nous rapprennent ces vieux dictons qu'un généalogiste rapporte avoir lus à la. suite d'une vie manuscrite de Bayart * .

Parenté d'Alleinau. Amibe de Beau mon t.

Prouesse dk Tkr&ail. Bonté de Granges.

Charité d'Arces. Force de Commiers.

Sagesse de Guifirey. Mise de Theys.

Loyauté de Salvaing. Visage d'Arvillars.

« Telles sont les épithètes que le temps a données à ces » familles, par la remarque que Ton a faite de leurs qua- • lités plus ordinaires. » Toutes habitaient cette riche vallée du Graisivaudan , aussi féconde en braves gentilshommes qu'en fruits de la terre, et pour la plupart étaient alliées aux ancêtres du Bon Chevalier.

Plusieurs Terrail occupèrent la charge de châtelain ou de gouverneur des châteaux delphinaux, qu'il faut distinguer des châtelains particuliers des barons et des seigneurs. Les prérogatives et les fonctions militaires attachées à ces offices les faisaient rechercher de la première noblesse , et les Groslce , les Aynard , les d'Hostun, les Alleman ne dédaignaient point de les remplir 3. La

par Cl. Le Laboureur ( Paris, 1681, a vol in-4), t. II, p. 591. Os auteurs servant de base à cette généalogie , nous nous contenterons de cette indication sommaire pour ne point multiplier les renvois.

1 La Science héroïque ( on plutôt héraldique ) , par Marc Wulson de la Colombière, deuxième édition. Paris, Cramoisy, 1669, in-folio, p. 5i3.

* Histoire de Dauphiné, par Piètre Moret de Boni chenu, marqui* de Valbonnais, a vol. in-folio, Genève, 1722; t. I, p. io3 , etc.

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faveur et les grandes charges qpt plus illustré certaines familles de cour que leur*

services réels ; les Terrai, satisfaits d'un peu d'honneur, prodiguaient, leur sang et leur patrimoine pour leurs princes , mais s'ils mouraient pauvres, leur succession de père en fils s'ouvrait sur le champ de bataille.

Aubert ou Humbert Terrail fut blessé Tan i3a5 à la journée de Varey dite aussi de Sain t-Jean-le- Vieux , où Guignes VIII défit le comte Edouard de Savoie. Son nom ne se trouve point dans « la liste des gentilshommes qui » combattirent pour le Dauphin ' ; » mais au contraire , dans un compte des rançons que lui payèrent les prisonniers faits à cette même journée.

Les usages du régime féodal nous expliquent cette particularité. Les comtes de Savoie comptaient à cette époque un grand nombre de vassaux sur les frontières et même au sein du Dauphiné , et comme plusieurs de ses compatriotes , Humbert fut tenu, à ce titre, de suivre la bannière de son suzerain. Toujours est-il certain que sa conduite n'avait rien de condamnable, puisque lui et ses compagnons payèrent simplement leurs rançons comme les autres prisonniers étrangers

1 Inventaire des tares de la Chambre des Comptes de Dauphiné, xo vol. in-folio (Billots), Mss. de la Bibliothèque royale; t. I, Dauphiné en général , folio 3ga.

3 Extraction eomputi Rosseti de Heriis , CasteUani Castillionis in Cervellà, anni i3a6. Subsequenter computavit de his vmnibus uni versis et singulis quat habuit et recepit ratione nonnullorum captorum in

bello de Varey, ut sequitur. Ab Humberto de TerrayUio,

IV lib. Vienn. (Valbohwais, Histoire de Dauphiné, t. II , Preuves, p. ao4.)

Il eut de sa femme Jeanne de Theys 1 , Robert et Marguerite Terrait, dont on ne sait autre chose que le nom.

Robert Terrail , châtelain du château delphinal de la Bussière , fut tué au service du Dauphin , Humbert II , dans un combat près de Marches* , en1 t337, laissant d'Alix de Morard:

Philippe. ^ ^

Pierre Terrail moine d'Ambourney et prieur de Saint- Jean-de-Meximieux , vivant en i38i.

Philippe Terrail fut tué à la bataille de Poitiers, en t356. 11 eut d'Aloyse Cassard , de la même famille que le cardinal François Cassard , archevêque de Tow en 1200 : * u -

Pierre Terrail.

Jean Terrail , né posthume , et tué à la journée^de Verneuil, Van 1^4, sans avoir été marié.

Pierre Terrail fut lieutenant de nohle Jean de Monslecher, châtelain d'Avalon , et rendit *, en ce{te:t|u alité, les comptes de cette chateJlenie de 1378 à i38a '. L'an

1 Cette famille, dont l'ancienneté remonte à Tan ia5o, tire son nom d'un château voisin de Grenoble, appelé dans les anciens titres Tœdiurn, à raison de sa triste position. Nous citerons, entre les personnages distingués qu'elle a produits, le seigneur dUerculez, dont il a été parlé dans cette Histoire, et Pierre de Theys, dit le capitaine La Coche , lieutenant du baron des Adrets , non moins célèbre que son chef dans les guerres de religion.

* Marches, forteresse bâtie entre MontmeiUan et Aspremont par le comte Edouard de Savoie , dans ses guerres contre le Dauphin , en i333.

3 Inventaire de la Chambre des Comptes de Dauphinc, Graisivaudan, folio 3 14.

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1 4o4 , il avait fait jeter les fondations d'une tour carrée sur une éminence appelée Bayart , dans le mandement d'Avalortj frontière de Savoie, lorsque Aymeri de Brisay, bailli du Graisivaudan , survint, et lui fit défense de continuer avant d'en avoir obtenu la permission du gouverneur de la province. Les libertés delpbinales accordaient à tous les gentilshommes le droit de bâtir des forteresses sur leurs possessions, « à la réserve des lieux » de frontière, » où l'usage de ce droit aurait pu compromettre la sûreté du pays A la demande de Pierre Terrail , le gouverneur ordonna au bailli de se transporter de nouveau sur les lieux , et d'examiner si la position de cette tour, située à un mille au-dessous du château d'Avalon , ne pouvait causer aucun préjudice au Dauphin. Son rapport ayant été favorable , Geoffroy le Maingre, dit Boucicault, gouverneur du Dauphiné, frère du célèbre maréchal de ce nom , fit expédier, le 4 mars de la même année i4<>4> des lettres patentes portant permission à noble Pierre Terrail de faire parachever et construire une tour au lieu dit de Bayart, sous l'offre , faite par lui , de reconnaître du fief delphinal et sous hommage lige, ladite tour et ses dépendances La clause de cet acte exige une interprétation historique. Rodolphe III , dit le Fainéant, dernier roi du second

' Dummodb dicta domus fortes non fiant in locis esponderiis seu limitrophis. Statutum solerane Humb. Dalphini quo continentur Franchesis et Privilégia Dalphinatûs , tam antiqua quam de novo concessa. Cap. i5. ( Valbohhais , t. II , p. 586 à 5ga. )

* Traité de l'Usage des Fiefs, par Denis de Salvaîng de Boissieu, troisième édition. Avignon, 17.Tr , in-folio , p. 209 et a 14.

royaume de Bourgogne, mort sans enfans, Fan to33, avait légué «es Etats à son neveu Courad-le-Salique, empereur d'Allemagne. Profitent de l'éloignement de ce prince, et des guerres dans lesquelles il se trouvait en*, gagé y ses vassaux du Dauphiné usurpèrent en . toute souveraineté les terres qu'ils tenaient en fief ou qui étaient à leur convenance. Ce ne fut qu'à la longue, et par une politique adroite, secondée de circonstances heureuses, que les comtes d'Àlbon parvinrent à1 une espèce de suprématie à peu près semblable à celle que Hugues Capet avait conquise en France sur ses pairs, anciens vassaux , comme lui , des Carolingiens. Il est facile de juger combien les terres allodiales devaient être nombreuses dans une province où, par une conséquence immédiate et naturelle, le francralleu s'établissait sans titre, et par possession immémoriale '. Les Dauphins, et après eux. les rois de France, leurs dona<~ taires , s'appliquèrent à aobejter , par toutes sortes de concessions , l'hommage et le plart » seigneurial. Les registres de la Chambre des Comptes de Grenoble? sont remplis d'actes, conçus dans une même! politique, et nous voyons par l'exemple précité, que l'on? ne dédaignait pas les moindres conquêtes de ce genre.

Pierre, Terrail se distingua à la bataille; de Rosebecq, en i38a, et mourut avant son frère, à la bataille d'Azin-

1 Traité de F Usage des Fiefs , ch. 53 , que le Dauphiné cet de franc-alleu, p. 269. > ,

* Le plait, en latin plackum, était le droit de mutation que payait le vassal ou tenancier à son seigneur.— Prestabatur, quasi novi possessoris admittendi et suscipiendi causé, f i

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court, en i4i5, laissant quatre fils de Marguerite d'Arces, fille de Louis d'Arces, seigneur de la Bastie 1 :

Thibaud Terrail , qui embrassa l'état ecclésiastique ;

Antoine Terrail, prieur d'Alamont, grand- vicaire de GaufridUis Vassal y, archevêque de Lyon, en 4 435 » , ensuite abbé d'Ainay ; mort en 1457, après avoir résigné son abbaye à son neveu Théodore Terrail , et son prieuré à Pierre, frère . de Théodore, tous deux de la branche de Terrail-Bernin ;

Pierre Terrail ;

Jacques Terrail, seigneur de Bernin ou Bregnins ,

' L'ancienneté de la maison d'Arces remonte aux temps les plus reculés, et il u'est point d'illustration qui lui ait manqué.

Antoine d'Arces, dit le Chevalier Blanc, dont il a été question dans cette Histoire, passa sa vie à courir les aventures de royaume en royaume. C'était un véritable héros de roman , plein de bravoure et de galanterie, toujours prêt à rompre des lances en l'honneur des dames et de la France. Sa réputation le fit élever à la dignité de lieutenant-général et de vice-roi d'Écosse , qu'il remplit avec gloire jusqu'en i5i7, qu'il périt en trahison, victime de la jalousie, des grands seigneurs du pays. Sou petit -fils Guy d'Arces, plus connu sous le nom de Livarot , tua Schomberg dans ce fameux duel de trois contre trois, qui eut lieu le a7 avril i578 , entre les mignons d'Henri in et les affidés de la maison de Lorraine.

I/Entragnet et mi compagnons (Ribcyrac et Livarot) Ont bien étrillé les mignons, Chacun dit que c'est grand dommage Qu'il n'y en est mort davantage.

(Journal de Henri III, par Pierre de l'Estoile, année i578 )

* De La Mure, Histoire ecclésiastique de Lyon , 167 1 , in-4 , p. 196.

qui forma la branche de ce nom , dont il sera fait men-

tion à part.

Pierre Terrail , seigneur de Bayart, prêta hommage en cette qualité, le a6 septembre i446 Il profita des dissipations de deux seigneurs de la maison de Beaumont pour acquérir diverses portions de terre, qu'il joignit à sa seigneurie de Bayart , dont le premier il porta le nom s. Il fut avec Raoul de Gaucourt, gouverneur du Dauphiné , l'un de cem qui contribuèrent le plus au gain de la bataille d'An thon en i43o, et par un sort héréditaire dans sa famille* il périt aux pieds du roi Louis XI , à la journée de Montlhéry en t465. 11 eut de sa femme Marie de Bocaozel :

Aymon ou Aimé TerraiL

Jean Terrail religieux de Tordre de saint Benoit, prieur de Sainfr-Triviers-en-Dombea.

Antoinette, aliàs Gabrielle Terrail, mariée à Louis de Beaumont, seigneur de La Tour s.

Marguerite , mariée à Philippe de Feugères , seigneur deThézé dans le Lyonnais.

Aymon Terrail , seigneur de Bayart, acquitta le plait de mutation le dernier mars i484 4 > et prêta hommage au Roi-Dauphin le 27 novembre de la même année. Il

' Inventaire des titres de la Chambre des comptes de Duuphiné, folio ao7.

* Histoire généalogique de la maison de Beaumont , par l'abbé Brizard, a vol. in-folio. Paris , 1779. T. II, p. 3 a 8.

3 Ibid., Z I , p. a56.

4 Inventaire des titres de la Chambre des comptes de Dauphiné, folio 334.

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fut châtelain d'Avaion en i46i , et rendit, en cette qualité, le compte des revenus de ladite châteftlenie Il acheta également plusieurs fonds dans la paroisse de Grignon, ainsi qoe l'office de forestier du bois de Coise , et se trouva avec son coaain Yves Terrail de Bernin au nombre des exécuteurs testamentaires d'Aymon de Beaumont l'an i48i Après avoir long -temps guerroyé, les blessures qu'il reçut à la journée de Guinegate en i479 le forcèrent de se retirer à l'âge de soixante-cinq ans au château de Bayait où H mourut Tan 4496. Il laissa d'Hélène des Alleman**Laval 3 quatre fils et quatre filles : Pierre Terrail , troisième du nom , seigneur de Bayart,

' Inventaire des titres de la Chambre des comptes de Dauphiné , folio 349*

a Histoire généalogique de la maison de Beaumont, t. II, p. 34 1. 11 serait superflu de répéter ici , sur l'ancienne maison de Beaumont , ce qui se trouve détaillé au long dans l'ouvrage que nous venons de citer. Nous nous bornerons à dire que ce nom, illustré par Amblard de Beaumont et le célèbre baron des Adrets , est encore aujourd'hui porté avec honneur par MM. de Beaumont d'Autichamp.

1 La maison Alleman ou des AUeman ( Alamandi), l'une des plus anciennes du Dauphiné, a donné un cardinal à l'Église romaine, plusieurs évêques, un gouverneur et quatre lieuten ans-généraux à la province. Le proverbe : Gare la queue des Alleman, était si vrai, qu'une querelle survenue entre cette famille et celle des Aynard , l'an i335, mit en feu tout le Dauphiné, et ne put être apaisée que par le roi de France, quinze années après. Elle était si puissante qu'elle se donna elle-même des statuts et des lois particulières pour l'ordre de ses successions, témoin le pacte qui fut juré et signé l'an x445, dans le palais épiscopal de Grenoble , sous la présidence de l'évéque Siboud AUeman, entre vingt-quatre seigneurs de ce même nom. Cette famille,

MX) RECHERCHES

dit le Bon Chevalier, sans Peur et sans Reproche. Selon le Loyal Serviteur, il ne serait que le second fils d'Ajroon; mais Expilly et Le Laboureur lui donnent la primogéniture. En effet, il porta le nom du principal fief de sa famille , et en hérita après la mort de son père ;

Georges Terrail , le seul qui se maria ;

Philippe , doyen de la cathédrale de Sainte-Marie de Grenoble, et mort évêque de Glandevès en Provence l'an i532 *.

Jacques , abbé de Josaphat-lès-Chartres , succéda à L'épiscopat de son frère * , après quelques difficultés qui se trouvent expliquées dans une lettre du roi François I*'' à Tévéque d'Auxerre son ambassadeur près la cour de Rome. (fov. cette pièce dans les Mélanges historiques de Camusat. Troyes, i6ic), in-8, p. 4*-)

aussi guerrière que nombreuse, fut tellement décimée pav les campagnes d'Italie et les guerres de religion, qu'elle était éteinte an siècle dernier. (Sai,vaing de Boissiic, Traité des Fiefs, p. 443. — Cbohier, Estât politique du Dauphiné , t. III, p. 43. — Valbohhais, Histoire du Dauphiné, t. II, p. 56a. — Généalogie de Beaumont, p. 475-)

1 Philippus de Terrail Delphinas , Pétri strenuissimi equitis dont. Ray ardi f rater, Ajmonis ex Helend Alejnandà de Laval filius, nepos <vero Laurentii Allemandi episc. Gratianop. in cujus contubernio educatus et ab eo canonicatu Ecclesiœ B. M. donatus , fit postea episcopus hujus sedis Ç Glandatensis J ex decano Gratianop. quemadmodum notât hist. Bayardi, cap, I. Decessit anno i53a.

1 Jacobus de Terrail, Philippi germanus, primum decanus Gratianop. dehinc post fratrem Glandatensis Antistes ; obiit Carnuti 1 5 maii 1 533, ubi abbas erat Josaphati propè urbem. (Gallia christiana, ^S&mmarth., episcopi Glandatenses, t. III, p. 1*46.)

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Marie Terrail épousa Jean du Pont, seigneur dudit lieu en Savoie, et fut mère de Pierre du Pont, connu dans l'histoire de son oncle sous le nom du capitaine Pierrepont. Le mariage fut célébré le 17 octobre i484 dans la tour de Bayart, en présence de plusieurs gentilshommes savoisiens , pareus de Jacques du Pont, et de Jacques de Salvaing de Boissieu et de Claude de Bectoz, parens de Marie Terrail *.

' Jacques de Salvaing , dont il est ici question , était frère d'Aymon. de Salvaing , seigneur de Boissieu , célèbre sous le sobriquet de Tar* tarin , comme le Bon Chevalier sous celui de Piquet. Il était son cousin par Catherine Terrail, fille d'Yves Terrail, seigneur do Berain, mariée à Arthaud de Salvaing , son aïeul. Cette maison, ori^ ginaire de Savoie, mais établie de temps immémorial en Dauphiné, comptait dix-huit générations à la fin du dix-septième siècle. Denis do Salvaing, dit le président de Boissieu, fut l'un des hommes les plus éloquens et les plus érudits de son temps. Ses Commentaires sur l'Ibis d'Ovide, sa Harangue au pape Urbain VIII t ses Sjrlves latines sur les merveilles du Dauphiné, méritent les éloges qu'ils ont reçus de ses contemporains , et son Traité de l'Usage des Fiefs a fait loi au Parlement de Grenoble jusqu'à l'époque de la révolution. 11 mourut en i683 , ne laissant qu'une fille unique , Christine de. Salvaing , mariée à Charles-Louis- Alphonse de Sasseuage. {De vitâ Dionysii Salvagnii Boessii, curiœ Delphinatûs Prœsidis, liber unus ; auctore Nicoi.ao.Choribr. Gratianopoli , 1680 j in-ia. — La Biblioûièqu* du Dâuphiné, dressée par Guy Allard. Grenoble, 1680, in-ia, p. 199. — Mémoires du P. Mcéron, t XXIII, p. 334. — Miscella Djonisii Salvagnii Boessii. Lugduni, Anisson , z66i , in- 8. )

La maison de Bectoz , alliée à celles de Beaumont , des Alleman., de Salvaing, de Conflans , etc. , n'est pas moins illustre par son ancienneté que par les personnages distingués qu'elle a produits.

Pierre de Bectoz fut tué lt 7 mai 1 3 48 au siège de Miribel., et \%

Catherine Terrail fut religieuse à Premol ; Jeanne , à l'abbaye des Hayes, près Grenoble; Claudine fut mariée à Aniboine de Theys, seigneur de la Babette.

il nous a été impossible de découvrir la date précise de la naissance de Pierre Terrail ÏW du nom, dont nous donnons ici l'histoire ; et il paraît qu'à cet égard il

Dauphin fit une pension à sa veuve , en mémoirV des services de sou mari. Jean de Bectoz se signala dans les guerres contre les Anglais , et fut Pan 1400 l'un des treize chevaliers de l'Emprise d'armes du maréchal de Boucicault :

Le Bon Maréchal , dit son histoire , ayant grand'pitié de maintes dames «t danaoisellcs qui se complaignoient de plusieurs torts qu'où leur faisoit, sans que nul chevalier se déclarât leur champion, entreprit l'ordre de la Dame BlancJie m Vécu vert, par lequel, lui treizième» il s'obligea à soutenir leurs justes causes et querelles contre qui que oe fat. Il choisit pour ses compagnons et frères dudit ordre, ses plus especiaux amis , Charles d'Àlbret , frère do roi de Navarre , Gaucourt, Château-Morand, Bectoz, Colleville , Torcy, etc., lesquels pour signe et dcmontrance de l'emprise qu'ils avaient faite et jurée, portèrent liée autour de leur bras une targe d'or , émaillée de vert , à l'image d'une Dame Blanche. Les Règles de cette association furest publiées de par le roi Charles VI dans tout le royaume, et le renom des galants chevalier» intimida tellement les discourtois offenseur» des dames, que onc depuis elles n'ont renouvelé semblables plaintes en France. Les statuts de4 cette emprise ( Susceptio, entreprise) seront relatés dans Y Histoire du maréchal de Boucicault , qili fera partie des Chroniques des Preux de France.

Claudine Seholestkrue de Bectoz, abbessa de Seint-Honorat de Tarascon , fille de Jean de Bectoz et d'ÀymoneUe de Salvaing , se rendit célèbre au seizième siècle par son esprit et l'étendue de ses connaissances. Elle était en correspondance suivie avec François 1er, qui portait ses lettres avec lui et les lisait o ses courtisans. Sa scrur,

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n'existe aucun document authentique. Dans l'édition de sa Vie , publiée à Grenoble en i&to-i , par Louis Videl , sous les yeux du président de Boissieu, on trouve à la fois imprimés : les Mémoires du Loyal Steviteur, d'où Ton doit inférer qu'il naquit vers i4j3 ; le Supplément de Claude Expjjily , qur4e fait positivement naître en i4^9 i le Panégyrique de Symphorien Champier, et l'épitapbe inscrite surson tombeau, énonçant qu'il mourut Tan i5a4> âgé de quarante-huit ans. Les éditeurs se sont contentés de reproduire ces pièces et ces dates , sans établir entre elles aucune concordance. Les bistoriens modernes sont un peu plus d'accord : Lazare Bocquillot et Guyard de Berville fixent sa naissance à Tan 14769 et d'Àuvigny à l'an i4y5. L'époque de sa mort nous est suffisamment garantie par l'Histoire générale ; >pour celle de sa naissance, nous en sommes réduits à des indices. Voici ceux que nous avons tirés de quelques faits incidens et des réeitsdu Loyal Serviteur, reconnus généralement pour les plus complets et les pins véridiques de tous ceux qui nous restent sur se vie. Selon cette Histoire, Bayart, âgé

la reine Marguerite de Navarre , fit exprès le voyage d'Avignon à Xarascon pour lui rendre visite et jouir de son entretien. Elle mourut en 1547 t «t ses ouvrages ont été malheureusement perdus dans les saccagemens réitérés des îles de Sainte - Marguerite et de Saint- Honorat. (Olivikr , dit Hilariou de Coste , Éloges des Dames illustres. Paris, i63o, in-4, p. 755. — Gulielmt Paradiwi, Memoriœ nostrœ. Liigduni , in-4 , i548, I. III, p. 78. — BibUothbque du Dauphiné , par Guy Allaru, p. a6. — Dictionnaire historique des Femmes françaises, etc. , par Mademoiselle Briquet. Paris, 1804, in-8, p. 47 .)

de treize ans ou peu plus, entra à la coup de Savoie, sous un duc nommé Charles, dont la femme s'appelait Blanche.

Ce prince ne peut être que Charles Ier, né en t46*8, et mort en i49<>. Le jeune Bayart lui fut présenté par son oncle, Laurent Alleman , évoque de Grenoble , élu à cet évêché l'an i4$4 *• C'est donc dans Tinterva^Je de i4#4à <49o > que Bayart, disons-nous, âgé de treize à quatorze ans, entra à la cour de Savoie. H y demeura bien f espace d'un demi-an , puis il passa au service du roi de France h Lyon , et deux ou trois ans après , sur la dix - huitième année de son âge , il fit ses premières armes au tournoi du sire de Vaudrey, dans la même ville où se trouvait Charles VIII. Nous sommes obligés de convenir qu'il n'est fait mention de ce premier voyage de Charles, ni dans les registres consulaires de La ville de Lyon, ni dans Y Itinéraire des Rois de France. Mais , sans donner aucune date, selon sa coutume, le Loyal Serviteur entre dans des détails tellement circonstanciés , que les faits qu'il rapporte n'ont pu se passer qu'à Lyon. C'est l'opinion , non-seulement de tous les biographes de Bayart, mais encore celle du savant et judicieux Samuel Guichenon. Cet historien, si délicat sur le choix de ses autorités, rapporte, d'après le Loyal Serviteur, qu'effectivement le duc de Savoie, Charles Pr, rendit visite au roi de France à Lyon en 1487 a- Cette date se concilie trop heureuse-

♦ > m iti»J|f.*i*M;/

1 Gallia christiana , Sammarth. , episc. Gratianop. , p. 604. — Chorier , Es fat politique du Dauphiné , 4 vol. in- 12. Grenoble, 167 r, t. II, p. 1 3 r. f . Swi*-i» .,r\

a Histoire généalogique de la maison de Savoie, par Sam. GuirJifrnon. Lyon, 1660, in-folio, p. 5 79.

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ment avec celles que nous avons alléguées ci-dessus, pour que nous hésitions à l'adopter. Bayart, âgé de quatorze a ns en i 4$7 , était donc né vers \ £y3 . Nous fixerons à Tan 1 490 ou 1491 le tournoi du sire de Vaudrey, ainsi que le second voyage de Charles VIII à Lyon1. Nous trouvons à l'appui de cette date un passage incident de S. Champier, suivi d'une lettre de défi adressée au même sire de Vaudrey, escripte à Saint- Prix y à deux lieues de JLjron, Fan de gtâce 1 49* *•

Nous avons taché de remplacer une date incertaine par une date probable. Faute de documens positifs, et selon leur justesse, les probabilités deviennent forcément des vérités historiques. L'on ne peut exiger davantage des biographes de ces hommes dont la vien'appartenait point à l'histoire avant leur naissance. L'honorable médiocrité des ancêtres de Bayart ne leur avait point permis de fonder ou d'enrichir des monastères, dont les cartulaires reconnaissans eussent enregistré les naissances et les décès

1 Charles fit son entrée à Lyon en mars 1 490 ( Tannée suivante commençait le 3 avril). {Éloge historique de la ville de Lyon, par le père Mknestrier, deuxième édition, revue par Brossette.

a Celte lettre est du seigneur Alleman de Motard , cousin de Bayart , dont il est si souvent fait mention dans son Histoire. Symphoricn Champier rapporte que ce jeune Dauphinois, indigné qu'uu chevalier bourguignon fût ainsi venu braver la noblesse française, lui écrivit pour lui proposer un combat à outrance. Il ajoute que le sire de Vaudrey lui répondit qu'il était venu à Lyon oomme ami et voisin, sous le bon plaisir du roi de France , pour instruire les jeunes gentilshommes au fait des armes et non pour les meurtrir. (Champier , Gestes de Bayard, folio 77.)

de leur pieuse famille. Il n?est d'ailleurs aucune province où les anciens registres soient plus rares que dans le Daupbiné, ravagé par les guerres de religion depuis les Vaudois jusqu'aux Calvinistes 1 .

Bayart fut tué l'an i5«4> laissant pour toute postérité une fille naturelle nommée Jeanne, qu'il avait eue d'une noble damoisdle milanoise , de la maison de la Tfréca. Elle fut mariée, l'année qui suivit la mort de son père, à François de Bocsozel, seigneur de Chastelard, dont les ancêtres s'étaient déjà alliés à la famille Terrail. Jeanne eut deux fils :

Soffrey de Bocsozel, dont les descendans ont perpétué jusqu'à nos jours cette illustre race;

Pierre ou Peyraut de Chastelard, célèbre par son amour pour Marie Stuart, et sa fin tragique en Kco&s* ».

« Ce Chastelard fut, » dit Brantôme , «un gentilhomme » de Dauphiné de bon lieu et de bonne part , car il (ut » petit-neveu, du eosfcé de sa mère, de ce brave M. d«

• Bayart; aussi disait-on qu'il lui ressemblait de taille,

• car il l'avait moyenne et très-belle et maigreline , ainsi » qu'on disait que M. de Bayart l'avait5. •

Madame d'Athenas, née Bocsozel, fut invitée, en sa qualité de descendante en ligne directe de Bayart, à venir assister, le 9 juin i8a3 , à l'inauguration de la statue de

' Plaidoyers de Claude Expilly, président au Parlement de Grenoble, 1 vol. in-4. Lyon i636, p. 5.

* Les amours de Chastelard ont été le sujet de plusieurs de ces nv inam, soi-disant historiques, du siècle dernier; mais c'est dans Brantôme qu'il faut lire celle bizarre et touchante aventure.

} Brantôme, Dames illustres, dise. 3, Marie Stuart. — Mémoires

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son illustre aïeul aur la place Saintr-André, à Grenoble.

Georges Terrail, frère du Bon Chevalier, épousa Claudine d'Arvillars , dont il n'eut que deux filles : Barbe Terrail, morte sans alliance, et Françoise, mariée à Charles Copier, seigneur de Poisieu, dont le père avait épousé en secondes noces Claudine d'Arvillars, devenue veuve de Georges. Elle et son mari prêtèrent hommage Tan 1 54i pour la seigneurie de Bayart, ses appartenances et dépendances 1 . Françoise passa une partie de sa vie à soutenir des procès au parlement de Grenoble , et les désagrémens que sans doute elle avait éprouvés, la portèrent, n'ayant point d'enfans, à vendre le château de Bayait à Jean de Saint-Marcel, seigneur d'Avançon. Son fils, Guillaume d'Avançon, archevêque d'Embrun, fit conserver et réparer avec un soin religieux la tour « carrée » où était né le Bon Chevalier. Cétte seignéurie passa en i58i dans la maison de Simiane, ptarle mariage d'Anne d'Avançon , fille unique de Laurent d'Avançon, avec Baltbasard de Simiane , marquis de Gordes. Plusieurs de leurs descendans ne dédaignèrent point de joindre à leur nom celui de seigneur et de comte de Bayart*. Pauline de Simiane porta cette terre dans lu famille Durey de Noinville qui la possédait à l'époque de la révolution. Son dernier propriétaire, M. N. de Noinville, ayant émigré, elle fut vendue nationalement,

de Castelnau, édition de Jean Le Laboureur, t. I , p. Si 8-547, etc.

c Inventaire des titres de la Chambre des comptes de Dauphiné , folio 236.

* Généalogie de k maison de Simiane , par le Père Dominique Robert, Lyon , in-n, ïW«.

et it faut que les acquéreurs ne se soient point trouvés à leur aise dans la demeure du Chevalier sans Reproche, puisqu'ils l'ont laissé tomber en ruine.

BRANCHE DE TERRÀlL-BERNIN.

Jacques Terrait, seigneur de Bernin, fils puîné de Pierre Terrail Ier du nom, et de Jeanne d'Arces, eut d'une femme qui n'est pas connue :

Pierre Terrail, et Guigues Terrail nommé dans un acte de i466.

Pierre Terrail, seigneur de Bernin et de Grignon, eut d'une alliance également inconnue :

Yves Terrail ;

Théodore Terrail, abbé d'Ainay, auquel Bayart joua le tour de page raconté dans son Histoire. Il régit cette abbaye durant quarante-huit ans , et fut enterré dans la chapelle de Saint-Sébastien , qu'avait fondée son prédécesseur et son oncle Antoine de Terrail , au milieu de la nef de l'église d'Ainay. On lisait cette épitaphe sur son tombeau : Theodorus natione Âllobrogic. patriœ Gratianop. gentibus Terrallinis , loci hujus summus AnUstes r hic situs est. Prafuit ann. 48 • mens. 4. dieb, 18. decessit anno salutis i5o5. prid. 9 maij. atatis veto sua 73. Vivat Deo;

Pierre Terrail, aumônier d'Ainay, ensuite prieur d'Alamont.

Yves Terrail, seigneur de Bernin , prêta hommage en cette qualité l'an i484- Ici les généalogistes s'embrouillent, et lui donnent trois et jusqu'à quatre femmes : Alix

GENEALOGIQUES. 509

eL'Hostun, Louise de Genost, Claudine de Ri voire et Françoise de Jossard.

D'Alix d'Hostun il eut :

Gaspard Terrail et Magdeleine , mariée à Claude de Varey de Lyon, pannetier de la Reine, vivant en i5a6.

De Louise Genost : Marguerite ou Claude Terrail , mariée en premières noces au seigneur de Beaumont- Saint-Quentin, et en secondes au célèbre médecin Symphorien Champier'.

Catherine, sœur utérine de Marguerite, épousa noble Geoffroy Guyot, seigneur de la Garde. Le contrat fut passé le 3 août de Tan i5o4> dans l'abbaye d'Ainay, en présence de Théodore Terrail, de Jacques Terrail cidessus nommés, et de Mathieu de Feugères, sacristain de Chazey , frère de Philippe de Feugères , qui avait épousé Marguerite Terrail , fille d'Aymon et sœur de Bayart.

De Françoise Jossard : Urbain Terrail , décédé avant son père , qui hérita de lui d'une portion de la terre de Cbastillon d'Azergues qui venait de sa mère, et qu'il vendit en

Il paraîtrait qu'Yves Terrail eut encore une autre fille du nom de Catherine , puisque la généalogie de Salvaing rapporte positivement qu'Arthaud de Salvaing , seigneur de Boissieu , épousa Catherine Terrail , fille d'Yves Terrail.

' Généalogie de la maison de Beaumont , t. I , p. 35o. Quant à Symphorien Champier, il n'était pas moins glorieux de cette alliance aiie de sa prétendue parenté avec l'illustre famille italienne de Campegit à laquelle il tâchait de s'affilier en changeant son nom latinisé de Champerius en celui de Campegius.

Gaspard Ter rail , seigneur de Bernin , suivit son cousin dans la plupart de ses campagnes , et fut fait prisonnier à la bataille de Pavie. Il laissa de Charlotte de Bosse vin, dame de Pignan :

François Terrail, seigneur de Bernin, capitaine-général desterres de l'église de Lyon en «53o. Bernin se distingua en Piémont, sous le maréchal de Brissac, et, ayant embrassé les nouvelles doctrines, devint lieutenant do baron des Adrets, et gouverneur de Vienne. Il fut tué à la Saint- Barthélémy , par la perfidie d'un parent contre lequel il plaidait au parlement de Paris.

Il eut d'Anne de Saint-Félix, dame deSaussans :

David Terrail ;

Marie Terrail , mariée au sieur de Frize ;

Dauphine Terrail, femme du seigneur de Merargues en Languedoc.

David Terrail, seigneur de Bernin , se signala, à la bataille de Pontcharra, gagnée le 18 septembre 1691 sur les Savoyards, par le maréchal de Lesdiguières , sous les murs du château de Bayart , comme nous l'apprennent les vers que composa en cette circonstance le président Claude Expilly :

Tel se montre Bernin recherchant d'égaler Les gestes de Bayant dont son estoc il tire : Ce valeureux Bayard , à qui fors qu'un Àmpire Rien de grand ne manqua ; Dieu que <f aize il resort Quant son brave neven du ciel il apersoît Tout noircy de poussière en la raze campagne Proche de son château froisser l'orgueil d'Espagne. Heî s'il fut an ses jours servant trois de nos rois ,

GENEALOGIQUES. 5U

L'estonnemaut fameux des soldats Iberois ,

Qui doute qu^ujéurd'huy, son bon démon qui rette

A l'antour de ces lieux ne leur soit tout funeste ' !

David Terra il était mestre-de-eamp d'un régiment d'infanterie , lorsqu'il fut tué au siège de Cavours en IHcmont , laissant deux fils de sa femme Clémence de ¥>onnat.

François Terraii, qui prit \e titre de seigneur de Saussons, en qualité d'héritier de sa grand'mère, auprès de laquelle il se retira et mourut sans postérité;

Thomas Terrail, seigneur de Bernin , qui mourut de même sans alliance et sans postérité, vers 1660. En lui s'éteignit un de ces noms aussi glorieux à porter, que difficiles à soutenir , et dont la mémoire est à l'abri de toute chance de postérité.

Nous voyons donc qu'il n'appartenait qu'aux seuls Bocsozel de se dire les descendans de Bayart et des Terrail. Mais cette parenté était trop flatteuse pour qu'une illustre famille ne se prêtât co m plaisamment à la méprise qui lui en faisait honneur. Àïmar, le premier, dans la dédicace de son Histoire de Bâtard à Joseph Joachim D'Estaing, évéque de Saint -Flour, lui fit de grands complimens sur sa prétendue parenté avec le héros chrétien de son livre. Cette erreur, accréditée par Du Belloy , dans sa tragédie de Gastop. et

1 Lu Pcesmes de messire Claude Ejcvilly, Grenoble , in - folio , i6a4,-fol. 199.

Bâtard 1 , a été répétée plus tard à l'occasion du comte d'Estaing, amiral distingué du siècle dernier , qu'un auteur9 a qualifié de dernier descendant du Bon Chevalier. La maison d'Estaing trouve assez d'illustration dans ses propres fastes, sans avoir besoin d'en emprunter une qui lui est étrangère 5.

Une ressemblance de nom a donné lieu à cette méprise. Il existait près de La Mure, en Dauphiné, un fief appelé le Terrail , appartenant à la famille Combourcier de cette même province, qui,selonl'usage,joignaitàson nom celui de du Terrail. Jacques d'Estaing, marquis de Saillans, ayant épousé Claudine de Combourcier, dame du Terrail,

1 Acte V, scène IV.

SA.Ï4.KD.

(Au chevalier.) Ecoute, 6 mon élive, e»poir de U pétrie, D'Estaing, cœur tout de flemme à qui le sang me lie, Toi, ne pour être un jour, par te* hardis exploits. Ainsi que ton aïeul, le bouclier des Rois.

Et dans les Notes historiques qui accompagnent sa tragédie, Du Belloj ajoute : C'est de cette branche (Terrail, seigneurs de BerninJ que descendant, par les femmes, M. le comte d'Estaing, lieutenant-général des armées du roi, et M. le marquis du Terrail, qui est fils d'une d'Estaing.

1 M. Dureau de la Malle , dans les notes de son poëme de Bayart et dans une lettre insérée dans le Conservateur, t i , page Soi.

1 Dieudonné d'Estaing sauva la vie à Philippe Auguste , renversé de cheval à la bataille de Bovines , et obtint en récompense de porter dans son écu les armes de France, brisées d'un chef d'or. L'origine de eette honorable concession n'avait point été laissée dans l'oubli par Joarhirn, comte d'Estaing, auteur de divers ouvrages sur la noblesse,

GENEALOGIQUES

héritière des biens de cette maison, lui et ses descendons joignirent à lenr nom celui de cette seigneurie*. Une substitution la fit ensuite passer, à la charge de prendre le nom et les armes du Terraii , à Joseph Durey , fils de Marie-Claire d'Estaing, qui porta avec honneur et distinction le titre de marquis du Terraii.

La Chesnaye des* Bois est tombé dans une erreur semblable , en avançant que le dernier descendant de la famille du Bon Chevalier avait été tué devant Mardick en i64*> *• Le sieur du Terraii ou le Terraii, maréchal de camp, qui reçut en effet le a3 août, à l'attaque de cette ville , un coup de mousquet dont il mourut sur-lechamp 3, était fils de Louis de Combourcier, seigneur du Terraii , auteur et victime d'une entreprise sur la ville de Genève, où il fut décapité en 1609 *•

Ces deux maisons , entre lesquelles il n'a jamais existé

aucun rapprochement, différaient à la fois en leurs

et contemporain de Boileau , qui parait y faire allusion dans sa Satyre à Dan g eau , sur la noblesse :

Je veux que la valeur de ses aïeux antiques Ait fourni de matière aux plus vieilles chroniques, Et que Ton des Capets, pour honorer leur non». Ait de trois fleurs de lis doté leur écussoo.

* Généalogie d'Estaing , dans les Recherches sur la Noblesse de Champagne, par M. de Caumartin. Châlons , 1678, in-folio.

a Dictionnaire de la Noblesse. Paris, 1770, ia vol. in-4. T. H.

* Mémoires du marquis de Monglat ( douzième campagne , année 1646 ).

* Œconomies royales de Sully, année 1609, ch. — Pierre de 'Kstoile, Registres journaux (avril et may i6o<,).

r>\\ RECHERCHES GENEALOGIQUES.

noms de famille et en leurs armoiries. Celles des Combourcier étaient de gueules, à la bande d'argent chargée d'une molette d'azur en chef1, tandis que les Terrail portaient d'azur , au chef d'argent chargé d'un lion naissant de gueules, au filet d'or brochant sur le tout J.

« Il est assez surprenant , » dit l'historien Dammartin , « de voir une lettre de François Ier contresignée Bavard , • puisque l'illustre chevalier n'avait laissé qu'une fille » naturelle et qu'un frère, etc., etc. 3. » La moindre recherche lui aurait appris que ce nom était porté par Gilbert de Lafont, seigneur de Bayard ou Balliard, en Auvergne , secrétaire d'Etat sous François Ier, et disgracié le règne suivant ,#pour s'être permis quelques plaisanteries sur l'âge de Diane de Poitiers.

M. Aimé Martin n'a sans doute voulu qu'ajouter une petite circonstance romanesque à ses Mémoires sur la vie et les ouvrages de Bernàrdin de Saint-Pierre , en y introduisant une comtesse Bernardine de Bayart qui comptait parmi ses aïeux le héros dont elle portait le nom.

On voudra bien pardonner ces recherches assez étrangères au goût de notre siècle , à l'obligation que nous nous sommes imposée de ne rien omettre de tout ce qui appartient à Bayart.

' Chorier , Estât politique du Dauphiné , t. III , p. a 08. — Guy Allard, Nobiliaire du Dauphiné, p. 110.

* Voyez le fleuron du titre.

3 La France sous ses Rois, t. II, p. 399 de la première édition.

Lettre de Bayart à Laurent Âlleman, son oncle , sur la

bataille de Ravenne.

Monsieur, si très-humblement que faire puis à vostre bonne grâce me recommande.

Depuis que dernièrement vous ay écrit , avons eu , comme ja avez peu savoir, la bataille contre nos ennemis. Mais pour vous en advertir bien au long , la chose fut telle. C'est que nostre armée vint loger auprès de cette ville de Ravenne : nos ennemis y furent aussi tost que nous, afin de donner cœur à ladite ville ; et au moyen , tant d'aucunes nouvelles qui couroient chaque jour de la descente des Suisses, qu'aussi la faute de vivres qu'avions en nostre camp , M. de Nemours se délibéra de donner la bataille ; et dimanche dernier passa une pelite rivière qui estoit entre nosdits ennemis et nous. Si les vinsmes rencontrer ; ils marchoient en très- bel ordre, et estoient plus de 1700 hommes d'armes les plus gorgias et triompha ns qu'on vîd jamais; et bien 14,000 de pied, aussi gentils-galands qu'on sçauroit dire. Si veindrent environ mille hommes d'armes des leurs , comme gens désespérés de ce que nostre artillerie les affoloit ,

4PPENDIX.

ruer sur uostrc bataille, en laquelle estoit M. de rîemoura en personne, *a conîpagnie , celle de M. de Lorraine, de M. d'Ars et autres , jusque» au nombre de 400 hommes d'armes, ou environ, qui receurent lesdits ennemis de si grand cœur , qu'on ne vit jamais mieux combatre. Entre nostre avant-garde , qui estoit de mille hommes d'armes , et nous, il y avoit de grands fossez, et aussi elle avoit affaire ailleurs que nous pouvoir secourir. Si conveint à ladite bataille de porter le fais desdits 1 000 hommes ou environ. En cet endroit M. de Nemours rompit sa lance entre les deux batailles , et perça un homme d'armes des leurs, tout à travers , et demie brassée davantage. Si furent lesdits 1 000 hommes d'armes deffaits et mis en fuite ; et ainsi que leur donnions la chasse, vi usines rencontrer leurs gens de pied auprès de leur artillerie avec cinq ou six cens hommes d'armes qui estoient parquel; et audevant d'eux avoient des charretes à deux roues, sur lesquelles il y avoit un grand fer à deux aisîes , de la longueur de deux ou trois brasses ; et estoient nos gens de pied combattis main à main. Leursdits gens de pied avoient tant d'arquebutes-, que quand ce vint à l'aborder , ils tuèrent quasi tous nos capitaines de gens de pied , en voye d'esbranler et tourner le dos. Mais ils furent si bien secourus des gens d'armes , qu'après bien combatre , nosdits ennemis furent deffaits, perdirent leur artillerie, et sept ou huit cens hommes d'armes , qui leur furent tuez , et ta plupart de leurs capitaines , avec sept ou huit mille hommes de pied. Et ne sçait-on point qu'il se soit sauvé aucuns capitaines que le vice-roi ; car nous avons prisonniers les seigneurs Fabrice Colonne , le cardinal de Médicis , légat dn pape ; Petro Navarre, le marquis de Pesquiere, le marquis de Padule, le fils du prince de Melfe , dom Jean de Cardonne , le fils du marquis de Bétonde qui est blessé k mort , et d'autres dont je ne sçais le nom ; ceux qui se sauvèrent furent chassez huict ou dix mille , et s'eavont par les montagnes écartez ; et encore dit - on qne les vilains les ont mis en pièces.

Monsieur , si le Roy a gagné U bataille , je vous jure que Us pauvres gentils hommes l'ont bien perdue ; car ainsi que nous donnions la chasse , M. de Nemours vint trouver quelques gens de pied

<jui se rallioient ; si voulut donner dedans : mais le gentil Prince se trouva si mal accompagné qu'il y fut tué , dont toutes Us desplaisances et dueils qui furent jamais faits , ne fut pareil que celuy qu'on a démené et qu'on démène encore en nostre camp ; car il semble que nous ayons perdu la bata'dle. Bien vous promets- je , Monsieur , que c'est le plus grand dommage que de prince qui mourut de cent ans a; et s'il eust vescu âge d'homme, il eust fait des^choses que oncques prince ne. fit. Et peuvent b{cn dire ceux qui sont de deçà qu'ils ont perdu leur père : Et de moi , Monsieur, je ne sçaurois vivre qu'en mélancliolie ; car j'ai tant perdu que je ne le sçaurois écrire.

En d'autres lieux furent tuez M. d'Alègre et son flls, M. du Molar, six capitaines alemands, et le capitaine Jacob , leur colonel ; le capitaine Maugiron , le baron de Grand-Mont , et plus de deux cens gentils hommes de nom et tous d'estime , sans plus de deux mille hommes de pied des nostres ; et vous asseurc que de cent ans le royaume de France ne recouvrera la perte qu'y avons eue.

Monsieur, hier matin fut amené le corps de feu Monsieur à Milan, avec deux cens hommes d'armes , au plus grand honneur qu'on a sceu adviser ; car on porte devant lui dix-huict ou vingt enseignes les plûs triomphantes qu'on vid jamais, qui ont esté en cette bataille gagnées. Il demeurera à Milan jusques à ce que le Roy ayt mandé s'il veut qu'il soit porté eu France , ou non.

Monsieur , nostre armée s'en va temporisant par cette Romagne , en prenant toutes les villes pour le Concile. Ils ne se font point prier d'eux rendre , an moyen de ce qu'ils ont peur d'estrc pillez , comme a esté cette ville de Ravenne , en laquelle n'est rien demeuré. Et ne bougerons de ce quartier, que le Roy n'ayt mandé ce qu'il veut que son armée face.

Monsieur , touchant le frère du Poste , dont m'avez écrit ; incontinent que l'envoyerez , il n'y aura point de faute que je ne le pourvoye. Puisque cecy est despéché, je croy qu'aurons abstinence de guerres : toutesfois les Suisses font quelque bruict tousjours ; mais quand ils sçaurout cette defl'aite , peut-être ils mettront quelque peu d'eau en leur vin. Incontinent que les choses seront un peu appai-

sées , je vous iray voir. Priant Dieu , Monsieur , qu'il vous donne trèsbonne vie et longue. Escrit au camp de Ra venue, ce x 4e jour d'avril.

Vostre humble serviteur.

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