La Pologne était une Bépublique
Batori fit preuve d'un talent supérieur pendant le petit nombre d'années qu'il régna. Dans ce court espace , il conduisit la noblesse avec une habileté remarquable à des combats et à des victoires -, il décela sa valeur et sa bravoure et il termina la longue suite d'années de félicité et de bonheur de la Pologne. Il eût été difficile d'exécuter le projet de Batori ayant pour but la transformation de la république de Pologne en une monarchie. De pareils changements ne
peuvent se faire partout ailleurs sans violence et sans effusion de sang. Dieu seul connaît quel en aurait été le résultat. Ce qui est certain, c'est qu'à cette époque la Pologne et la Litvanie n'étaient pas une monarchie , mais une véritable république dominée par la noblesse. Elle Tétait comme celle de Venise ou de Hollande, comme était dans l'antiquité Athènes et Rome, comme sont aujourd'hui les États- Unis de l'Amérique. L'état équestre ou la noblesse seule jouissait en Pologne de tous les droits politiques; les autres habitants bourgeois ou paysans étaient entièrement sous sa dépendance, et le bonheur de la nation dépendait de la bonne conduite de la noblesse. Mais vous le savez déjà , mes amis, que cette noblesse, dans sa -bonne humeur, dépassait les bornes de la raison, commettait des extravagances, dont se ressentaient les bourgeois, les paysans et la république elle-même , chère patrie de la noblesse. Le penchant aux excès se manifesta singulièrement pendant plusieurs interrègnes qVii se suivaient à des époques très-rapprochées. C'est alors que les extravagances dépassaient toutes les bornes; la noblesse se réjouissait et faisait du brouhaha, contente de ce qu'elle pouvait faire du tapage , parce qu'il n'y avait plus personne qui la maintînt ; et comme si elle eût perdu la raison : elle se permit toute sorte de torts , de dommages, de violences; ce qui était corrigé et ramené à une marche régulière par les efforts de longues années, était dérangé en quelques mois d'interrègne. Mais elle se permettait aussi des extravagances, même pendant la vie de ses rois. Quelques citoyens l'avertissaient des malheurs qui en résulteraient; ils démontraient que la république était exposée à périr; mais ces avis furent méprisés. Semblables à ces enfants qui , avertis par les hommes sages de ne point gâter leurs jouets, refusent d'écouter un avis salutaire , continuent à les gâter et à les détruire , et pleurent lorsqu'ils n'ont plus rien pour leur amusement. Nous allons considérer celte malencontreuse noblesse sous cepointjde vue , dans la longue période qui suit , de la Pologne en décadence.