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Luxe des Magnats

Les seigneurs jouissaient d'immenses revenus qu'ils retiraient soit de leurs vastes terres, soit des grandes starosties dont ils étaient gratifiés par les rois. Ils voulaient en partie suivre les traces de Jean Zamoïski, qui construisit la forteresse de Zaroosc et y fonda une université, laissant aux héritiers de son nom un majorât composé de domaines inaliénables, à condition de soutenir Tuniversité et de défendre la forteresse. Mais le peu de majoratsque d'autres seigneurs réussirent à établir n'eurent pas de motifs aussi élevés. Quel^ ques-uns fondèrent également des écoles, mais elles ne furent pas de longue durée, car ils aimaient mieux construire des hôtels, des châteaux, des palais pour leur usage; ils étalaient dans leurs résidences un luxe fastueux et une profusion excessive. On voyait partout leurs armoiries : sur les étendards, les armures, les portes cochères, les bâtiments, les églises. Dans l'intérieur de leurs habitations, les murailles et les meubles étaient couverts de riches tapis -, les salons étaient ornés de magnifiques horloges avec des carillons , de différentes petites figures d'ambre , d'argent , d'or , d'ivoire, chefs-d'œuvre des artistes du temps ou des inventions les plus recherchées. Dans une vaste salle se trouvait un Bacchusen or, de la grandeur d'un homme, assis sur un tonneau d'argent, et, au pourtour de la salle, d'autres tonneaux

n*appaisa point les rokoszans qui se réunirent de nouveau avec leurs chefs ZebrzidoTskI et Radzivill, sous les murs de Yarsovie. Ce n*est que finfatigable persuasion du roi qui les désarma. Zebrzidovskf, retiré à Zamosc accepta les conditions et fit sa soumission à Krakovie, en plein sénat. II fit seseicuses au roi et rétracta solennellement tous les soupçons qu'il avait répandus, et il fut réprimandé dans les discours des sénateurs et des ministres ; comme sénateur, il renouvela son serment de fidélité au roi et i la république, et obtint sa grâce. Jean Radzivill suivit cet exemple, et tous les autres imitant les chefs, furent graciés dans la diète suivante où ils firent acte de leur réconciliation {Lelevel, dans l'édition de Vhistoire d& Pologne, de Vaga, p. 258-262).

aux cerceaux d'argent, tous remplis de vin , afin de prouver qu'on était sincèrement hospitalier et que Ton était toujours prêta régaler ses hôtes. L'argenterie des tables, les pierreries, les vêtements prouvaient l'opulence des familles. Les armures guerrières , les harnais mêmes étaient ornés de pierres précieuses et de perles. Un train nombreux et des équipages superbes, composés de voitures, de carrosses, de coches, de calèches à six chevaux, de chevaux en laisse, de chariots chargés , à l'usage de la cour , suivaient les seigneurs lorsqu'ils se mettaient en route. C'estdans la célébration des noces qu'on étalait un luxe extraordinaire que l'on poussait jusqu'à l'extravagance dans les ambassades à l'étranger. On jetait alors au peuple l'or et l'argent à pleines mains; lès seigneurs faisaient sur leurs propres fonds des présents et de grandes dépenses, dans la persuasion qu'ils agissaient au profit de leur patrie. Ils se montraient d'autant plus prodigues, qu'ils se croyaient redevables à l'état, s'étant délivrés de tout impôt. C'est sous prétexte de servir le pays qu'ils entretenaient une suite aussi nombreuse et quelquefois même plusieurs milliers de soldats à leurs frais. (54).

(54) Luxe. On peut avoir Tidée du luxe de cette époque» par l'ambassade de Georges Ossolinski, dont rentrée à Rome, en 1633, est dessinée et gravée par Dolabella; ainsi que par la description de Laboureur, (jul suivit rambassade de M.me de Guébriant, en 1647 {Relation du voyage, vol. I, p. 134-140-141-154-210-214 ; vol. II, p. 52-54, etc.). vi par celle de Dalerac qui était en Pologne du temps de Sobieski. (A necdoctes sur la Pologne, vol. II, p. 293-306.) Nous extrayons quelques passages de ces deux ouvrages.

n J'entreprends de décrire, dit Laboureur, une chose dont je ne puis faire qu'une peinture morte, et que je ne saurais me vanter d'avoir bien vue, puisque j'en fus ébloui

» A la tête paraissaient, dans un lustre digne d'une admiration univer- *eUc, 200 gentilshommes de la principale noblesse de Pologne, tous auflsi héroïquement vêtus qu'ils étaient montés. Leurs habits étaient j>our la plupart de toile d'or p^slque à fleurs, ou de velours plein de liïverses couleurs les plus rares du levant, doublés de fourrures d'un ï»riï inestimable ; car elles étaient de pointes de zibelines ou de pe^ux U(^ pieds de panthères, qui sont autant, ou plus chères que les martres, ftfîlon la quantité des mouchetures qui s'y rencontrent. Sous ces vestes

1 60. Expéditions des seigneurs.

C'était un but très louable que d'entretenir à ses frais des régiments pour le service de la patrie? ces compagnons équestres delà noblesse, cette jeunesse ardente qui se formait pour

ou dolmans, ils avaient de riches tuniques qu'ils appellent joupan, presque toutes de drap d*or ou de brocatel, d'or, d*argent et de soie, dont les fleurs et les façons étaient faites à Taiguille, car c'était Tou- ▼rage des daines du pays. Les l)onnels étaient de même doublés de pointes de martres :1a plupart avaient leurs richesses dans des agraffes de diamants, de dix on vingt et même jusqu'à trente mille écus de valeur, pour attacher le bout de l'aigrette de plumes de héron, noires, ou pour la seule plume d'épervier.

B Les chevaux étaient caparaçonnés de velours de diverses couleurs, en broderie d'or et d'argent, avec des brides presque toutes d'or pur, et les autres d'argent doré, généralement couvertes de toutes sortes de pierreries. Ils portaient sur la tesliére et aux deux côtés du col de grandes aigrettes noires de plumes de héron, de plus de cent pistoles la pièce, les moindres; quelques autres montant à mille écus et rehaussées encore d'une agraffe d'or et de pierreries. Outre cela, pendait à l'arçon de la selle un grand cimeterre d'or ou d'argent doré, garni indifTéremment de]perles, de diamants, de rubis, de turquoises, d'ém^ raudes et autres pierres fines. Celui qu*ils portaient au cété était de même. Les carquois de ceux qui portaient des flèches étaient de chagrin, et les coins et le milieu de ces carquois, étaient garnis d'or et d'argent, fait à l'aiguille. Tous généralement avaient des boulons d'orfèvrerie, d'or, couverts de pierreries. Les haïducs aussi en avaient d'argent massif, avec de grandes agraires. Enfln^ tout ce que les Grecs ont écrit de la richesse et du luxe des Perses anciens n'égale point ce que nous vîmes, et ce que nous ne pouvons à présent nous persuader d'avoir vu.

» Lorsque ce royaume était en son lustre, dit Dalerac, sous Sigismond III et Yladislav lY, son fils, la cour polonaise surpassait en magnificence les plus augustes cours de l'Europe. Jamais nation ne porta si haut le faste, la vanité, la dépense, la grandeur. Les palatins étaient autant de rois, on les voyait aller aux diètes avec douze mille hommes à leurs gages, soldats ou domestiques, et quatre pièces de canon, dont ils ornaient les avenues de leurs palais. Tout suivait dans les démarches de ces seigneurs, festins, présents^ équipages. Un Jean Zamoïskl, qui fut grand général et grand chancelier tout ensemble^

être utile à sa patrie; tous ces gaerriers qai SDiTaienfc les drapeaux blasonés des seigneurs; ces hussards, habillés à la hongroise, et quelquefois des Allemands soldés; ces canons qu* serraient parfois aux réjouissances de même qu'ils étaient employés à la défense du pays pendant la guerre; enfln, ce grand nombre de serviteurs , domestiques, palefreniers, goujats. Zamoïski, avec son armée composée de semblables éléments, faisait des campagnes avec succès pour sa patrie, cet exemple trouva des imitateurs. Les seigneursse montraient empressés à entreprendre des expéditions particulières. On allait chercher à Fenyi la gloire dans les champs de la Valachie et de la Moldavie. C'est là que Zamoïski, en i5tl5, plaça sur le trône des hospodars la famille de Mohyla. Mais en 1616, les princes Korecki et Yisnioyiecki, dans la même entreprise, tombèrent entre les mains d>8 Turcs. De même, en 1605, Mniszech et les Yisnio\iecki allèrent placer sur le trône

foorDifisaità loule cette dépense avec profusion, et il lot restait encore cent mille dacats d'or tous les ans, de reste de son revenu. Le fils de ce seigneur poussa plus loin la prodigalité, car avec douze cent maie livres de rente (1,300,000}, Il ne pouvait aller au bout de la demi-année, aussi a-t-U enrichi un grand nombre de personnes attachées à son service. On remarque de ce prince quUI aimait la nation française avec passion , et quMl allait chercher à quinze lieues un voyageur de ce pays-là, dés qu'il en savait quelqu'un en Pologne, pour le mener chez lui et le régaler à sa mode : c'est-à-dire, le charger de présents et de ducats, après une chère extraordinaire.

» C'était l'esprit des Polonais de ce temps-là : on servait après le fruit, à la table de ces grands seigneurs, des pyramides de ducats d'or, qui se distribuaient entre les conviés ; et ce qu'on ne volt aujourd'hui que dans certaines actions principales de la vie des plus grands monarques, qui est la distribution des pièces de monnaie au peuple, était une action fort ordinaire parmi les seigneurs de Pologne.

» Revenons, poursuit Dalerac, à la donation de Brodi et de Podhorc^, faite au prince de Pologne par le dernier Koniecpolski, et l'on verra, dans l'exacte description de ces lieux, une idée parfaite de l'ancienne grandeur polonaise

» Le lecteur peut juger par ces deux terres de la grandeur et de Topulence des anciens Polonais, et se figurer un royaume habité par autant de rois qu'il y avait de chefs de maison.

moskovite le tzar Dimitr. Cependant ce nouveau tzar et sa femme Marianne Mniszech, ne jouirent pas long-temps de la couronne moskovite. En 1606, les princes Chouîski tuèrent ce Dimitr et délivrèrent la Moskovie des Polonais. Les seigneurs Polonais continuaient cependant à vouloir mettre sur le trône moskovite des faux Dimitr, car Marianne voulait absolument être tzarine, et le butin qu^on tirait de ces troubles excitait la noblesse et les.Kosaks à courir aux expéditions.

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