‹ Histoire de PologneChapitre 122 sur 219 · Les dissidents mécontentés · texte numérisé non relu

Les dissidents mécontentés

Le zèle infatigable des jésuites contribua à consolider la religion catholique et à la propager par des conversions^ autant dans la Pologne que dans la Litvanie. Plusieurs familles notables, les Radzivill même, renonçant au protestantisme, devinrent de zélés catholiques. Toutes ces conversions s'alliaient avec l'intolérance et la persécution, et le nombre des citoyens diminuait dans la république. Jean- Kazimir obtint de la diète, en 1650, l'expulsion du royaume de tous les ariens ou sociniens ; plusieurs protestants s'expatrièrent volontairement. Aucun dissident , cahiniste ou luthérien, quels que fussent ses talents ou ses qualités, n'était admis à un emploi et ne pouvait servir la patrie. Ces différents actes, non-seulement privaient la république de citoyens* capables, tant nobles que non-nobles, mais ils en mécontentaient une grande partie, au point que beaucoup d'entre eux faisaient cause commune avec les étrangers, au détriment du pays. Si vous remarquez, mes amis, cette noblesse fougueuse indisposant les Kosaks, les habitants du rit désuni, toutes les das^^s inférieures, repoussant des hommes qui pouvaient bien servir le pays, vous reconnaîtrez facilement les causes qui altérèrent les sentiments nationaux, qui firent naître des discordes, des mécontentements, dont le résultat fut l'affaiblissement de la Pologne. Enfin, la masse de la noblesse^^ victime du préjugé et de la politique du temps, devenait incapable de discerner habilement ce qui pouvait être avantageux au pays, car elle était privée de l'instruction et devenait ignorante.

186, Ecoles.

La plus grande partie des anciennes écoles n'existait plus. La Pologne était déchue de cette renommée qu'elle s'était acquise par ses lumières et son goût pour les sciences. Le

im POLOGNE EN DÉCADENCE.

mauvais style et les goûts dépraTës s'emparèrent de toutes les publications, et il n'y eut plus d'ouvrage de quelque importance. Les écoles des protestants furent renversées à rexcepUon d'un très-petit nombre où Tinstruction était meilleure. Quant aux écoles catholiques, celles que dirigeaient les jésuites étaient les mieux dotées, les plus nombreuses et les plus fréquentées; elles jouissaient de la plus brillante renommée. On voyait aussi naître les collèges des piaristes. Dans un pays en décadence, où la lumière était presque éteinte, Tinstruction pouvait difficilement avoir une bonne direction. On ne travaillait pasdans les écoles à former un bon citoyen, mais on consumait le temps de la jeunesse à l'étude d'un mauvais latin. Un jeune homme à grosses moustaches, sortait à peine des basses classes des collèges, qu'on appelait inftma ou les classes de la grammaire, où il apprenait par cœur les règles grammaticales; et passait à la rhétorique ou à des classes d'éloquence, où l'on enseignait à pérorer d'une manière ampoulée; dans la philosophie, enfin, où l'on apprenait à discuter par des jeuxde mots oudessophismesqui prouvaient aussi bien le faux que le vrai. Les sciences utiles furent presque entièrement négligées. Un jeune homme passait rarement par toutes les classes jusqu'à la philosophie. Dès qu'il avait retenu, comme un perroquet, la grammaire et la rhétorique, il faisait son entrée dans le monde, ignorant bien discipliné, habitué aux rixes et aux voies de fait, exercé dans l'escrime du bâton. Les étudiants, animés parla haine des collèges, se faisaient mutuellement la guerre, bataillaient entre eux, insultaient et battaient les dissidents, lorsque la moindre occasion se présentait favorable à leur agression. Le jeune homme avait ordinairement plus de 30 ans lorsqu'il quittait les études. Il entrait entre les praticiens du barreau, qu'on nommait palestre, ou dans quelque chancellerie, ou enfin à la cour d'un seigneur où il allait prendre son instruction civique. Sachant qu'il était noble, avant d'être informé qu'il avait une patrie, il ne comprenait pas ce qui était utile pour le pays. A cette époque, apparut l'honneur chez les nobles, imitation baroque de l'honneur français inconnu à la langue nationale. Cet honneur, envenimait les rixes sanglantes qu'on appelait improprement

QUATRIÈME PÉRIODE, DE 1587 A 1795. f«f

duels. Mais il était avéré, qu'un tel, querelleur^ duelliste^ sabreur, qui se présentait audacieusement devant son adversaire, était le premier à lâcher le pied devant l'ennemi, au champ de bataille. Cet honneur mal entendu, menait à des complots, à des intrigues avec les étrangers qui parvenaient à s'immiscer de plus en plus dans les affaires de la république. Elle était dérangée, tombait en décadence, et personne ne se trouvait capable de la relever ni de la réformer. Jean-Kazimir sentait toute la grandeur du malheur et pouvait prédire sa chute prochaine.

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