Querelles intestines
Il éprouvait plus de chagrins encore par les intrigues de sa femme et les discordes des seigneurs qui ne lui laissaient pas un moment de repos. Il eut contre lui les grandes familles de Litvanie. Afin de balancer leur influence , Sobieski releva la famille ruinée des Sapiéha.Les Brzostovski se déclarèrent contre elle, et la Litvanie allait être déchirée par des dissensions (59) , lorsque la reine retira sa faveur à T Au-
(59)Pertcrbatioms db la Litvanib. Les PacétaieDt les mattres de ia Litvanie; c'étaient deux frères également accrédités; fun, Christophe, grand -chancelier, Tautrc, Michel, grand général (hetman); tousdeai également ennemis du roi, à félection duquel ils avaient consenti après un long refus et beaucoup d* efforts inutiles pour fempécher.
La même année d€ cette élection, le grand général refusa de suivre le roi nouvellement élu dans son expédition de l'Ukraîne.Toutes ces manœuvres firent qae ce prince songea à prendre des mesures pour abaisser les Pac par Toppositlon d'une autre famille. II trouva ce qu'il cherchait en celle des Sapiéha, Cort mécontente de la première, souffrant avec peine l'abaissement où elle était contrainte de vivre, sans autorité, sans crédit, sans distinction, pUant sous la pesante domination des Pac. Ceux'-ci se disaient descendus des Pazzi de Florence, quoique Ton croie qu'il n'y eut aucune parenté entre les deux maisons. Le grand chancelier pour s'en faire honneur , avait bâti , prés de Yilna , un monastère de religieux camaldules, sous Tinvocalion de sainte Marie-Magdeleincde-Pazzi, sa parente, lequel lui avait coûté prés de deux millions et en eut coûté bien encore autant à ses héritiers s* ils eussent voulu l'achever.
Les Sapléha étaient quatre frères bien unis, fort riches, pleins de cœur et de fierté. On n'était pas d'accord sur leur origine, quelques traditions les faisaient descendre de race tatare. Le roi les engagea dans ses intérêts, leur donna des charges à mesure qu'il y en eût de vacantes r]ins le grand duché et les fit ainsi monter par degrés au niveau des aurrw. Tout d'un coup ils eurent l'artillerie, le trésor, l'armée; l'aînè, tasimir, fut fait, en 1680, petit général et eastellande Vilno; l'aulro, Benoit, grand trésorier ; un troisième. Michel, eut la charge de grand écajBTy ensuite le palatinat de Polock; le cadet, nommé Léon, riche de EUD chef par une tante qui le fit héritier, eut les charges de grand TTi^lue d'artillerie et de trésorier de la cour.
Avec ces dignités, les Sapléha se firent des eréatures et balancèrent
triche : les partisans de cette maison formèrent le projet de dépouiller Sobieski de la couronne, et ce prince essuya les désagréments dont il avait chagriné son prédécesseur Michel.
enfin i'aulorilé des Pac. La mort s'en mêla aossi. Le grand général de ce nom, en 1682, fit place à son ennemi Kazlmir Sapiéha, qui monta À son poste et eut le bâton arec le palatinat de Yilno, tout ensemble. Le grand chancelier, Christophe, mourut en 1684, peu de temps après son frère. Ainsi les Sapiéha se trouvèrent sans concurrents dans la domination despotique.
Mais le roi n'a pas tiré Tavantage quMl avait espéré de leur élévation. En occupant le poste des autres, ils en ont pris les sentiments, leur haine pour la cour, leur esprit d'indépendance, leurs liaisons avec la maison d'Autriche, comme si tout cela était attaché aui charges. Ainsi l'on a vu l'accomplissement d'une pensée prophétique qui échappa à un homme de la cour au commencement de la grandeur des Sapiéha; puisque le roi aregretlÀles Pac dans la suite, comme ce gentilhomme l'avait prévu. Il est certain aussi que c'était deux grands hommes, capables de grands desseins, susceptibles de nobles sentiments, touchés de raison et de vraie gloire : l'un habile sénateur, l'autre un des plus braves hommes de son temps. Les Sapiéha peuvent avoir eu de semblables qualités], mais elles restèrent obscures et sans pratique. Le trésorier avait un grand fonds de jugement solide et une dextérité secrète à manier ses intérêts; le grand général n'en avait que le titre et le faste, car depuis qu'il était revêtu de cette dignité, il n'availpasdoignéservir à la tête de ses armées; Léon, grand-mattre de l'arlUlerie, avait une bravoure brutale et vigoureuse; et tous, beaucoup d'ostentation^ de vaine gloire et un fond d'ingratitude inconcevable.
Il fallut donc chercher encore des seigneurs pour les opposer à ceuxci, comme on les avait opposés eux-mêmes aux Pac. Ceux que le roi choisit d'abord pour servir à son dessein et pour faire le contre-poids à la puissance de ces tiercelets de prince, ne répondirent point à son espérance. Les Oginski étalentdeux frères personnellement amis du roi, de noble famille, mais peu illustrée par les charges. Il fiti'atné, Marcien, palatin de Troki; ensuite, en 1604, grand chancelier; l'autre, Jean, eut en 1602 le bâton de petitgénéral avec la dignité de castellan de Yiina. Ces deux hommes ont molli dans ces charges et n'ont pris aucun ascendant. Le dernier est mort en 1684, la deuxième année de son élévation; l'autre traîna une vie obscure en Litvanie, traversée de beaucoup d'infirmités qui ont affaibli le peu de génie qu'il avait en partage, desorle que ce ne fut qu'un fantôme revêtu d'un nom et un seigneur léthargique succombant sous le poids de sa dignité. Il est mort en 1690.
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Cependant les plas grandes amertumes lui furent causées par son épouse. Cette femme hautaine et tracassière, envenimant les ressentiments qu'elle nourrissait contre différentes
Le grand général comte Kazimir Sapiéha» le plus riche et le plus puissant seigneur du grand duché, ne cacha point ses prétentions à la couronne » prétentions fondées sur le droit prétendu de son pays de donner le successeur du régnant. Il avait prés de quinze cent mille florins (125,000 fr.) de revenu, avec des terres jusque vers le Borysthéne; une cabale assez forte, soutenue encore de celle de la maison d* Autr!che,deva i$ le porter au trdne, slelle ne pouvait y placer un prince de Ncubourg. ou le mari d*une princesse de cette famille : tout au moins, si Sapiéba échoue dans ce projet, il est en étal de se rendre mattre de la LItvanie, en la séparant de la couronne de Pologne pour en faire un état souverain à part, comme il était sous les Jagellons; en quoi il serait bien souienu par les Moscovites.
Le roi qui connaît ce dessein et ce danger, se ménage une forte cabale pour opposer une puissante digue à ce torrent. Il compte en dernière ressource sur ses deux neveux, fils de sa sœur Sophie et d*un prince Radzivill, Micbel-Kazimir d'Olyka, vice-chancelier et pelU général de Litvanie, mort à son ambassade de Rome, en 1680. Cétait en effet deux jeunes seigneurs d*une belle espérance; leur éducation et leurs voyages avaient beaucoup ajouté au naturel et à la naissance. Le roi leur avait ménagé des alliances considérables avec les meilleures maisons d'Allemagne. L*atné, Georges, épousa une princesse de Saxe de la branche d Anhalt-Dessau ; il fut nommé palatin de Troki n*ayant encore que 32 ans, à la diète de 1688, mais la mort enleva toutes ces espérances, la même année, avec sa personne. Il a laissé son cadet, Charles, héritier de ses grands biens et de sa haine contre les Sapiéha. Le roi Ta fait vice-chancelier en Tannée t690. Mais ce n'est qu'une jeune tête sans expérience et sans autorité. Outre cela, le roi avait jeté les yeux sur la princesse de Radzivill Louise-Charlotte, fille de Boguslav de Brice, veuve du prince Louis Margrave de Brandebourg pour la faire épouser au prince Jacques son fils atné« lequel se serait trouvé aussi puissant que les Sapiéha en Litvanie, où cette héritière avait plus de huit cent mille livres de rente, avec des places fortes , des châteaux, des villes considérables. Nous verrons comment la cabale autrichienne a fait avorter ce projet de mariage, et comment les Sapiéha ont prévenu la cour qui voulait les prévenir. Car les Sapiéha régnent seuls en ce grand-duché, où ils sont plus absolus que le roi , comme on le ve rra dans le succès de la diète de Grodno. •»
personnes, ne cessa de le tourmenter par ses caprices, de le fatiguer par «es machinations. Enfin elle se prit d'une aversion implacable pour son fils Jacques, et empoisonna d'aigreur
« Leurs m^jeslés arrivèrent à Grodoo , vers la fia de janvier 1688 , la veille de l'ouverture de la diète , qui se fit avec les cérémonies accoutumées. Les Litvaniens y parurent en pompeux équipage ; mais le grand général Sapiéba ne s'y rendit qu'un mois après les autres, par un certain esprit de mépris ou de vaine gloire, afin que son arrivée eût pluj d'éclat et de distinction , car la coutume de ces pays est d'envoyer des gentilshommes et des carrosses au devant des seigneurs. On vit paraître un nouveau nonce extraordinaire» un prélat napolitain, l'archevêque de Césarée, Cantelmi, que le pape envoya. Le baron Jprovski, envoyé extraordinaire de Tempereur, fut le plus diligent : il s'y rendit e4) poste, un dos premiers, avec son gendre qui résidait [en Pologne et qui était accouru dans cecas extraordinaire pour profiter de l'habileté de son beau-père > le plus fin, le plus vigilant, le plus adroit ministre de Vienne. »
<c Le nonce du pape commença sa négociation par un point bien délicat , qu'il sut conduire avec finesse et bonheur; des Sapiéha , )k>ussés par la maison d'Alricbe, voulurent couper court aux prétentions de la cour pour le prince Jacques, qu'on voulait faire asseoir sur le trône, à côté de son père , comme il Pavait obtenu au sénat de Léopol, consulli, en 1686. LesSapiéha s'élevèrent contre ces'démarches et firent agir le nonce pour qu'on éloignât le prince. Ce ministre pressa leurs majestés par l'intérêt du bien public, par les considérations de runioii si nécessaire entre les membres de la république et le chef, par les besoins pressants de l'état, par la crainte de la rupture de la diète. Sur ces entrefaites arrivèrent des nouvelles que les Tatars avaient fait une irruption. Le nonce redoubla là-dessus ses instances et obtint enfin rélolgnement du prince atné, qui partit de G rod no le jour des cendres, troisième de mars, sous prétexte d'une partie de voyage au mont de Pazzi, pour voir ce célèbre monastère. Il fut delà àVilna , pour chasser dans les environs, ensuite il se retira loul-à-fait de la Litvanle et alla à Brodi. Mais cette complaisance de la cour ne fut d'aucune utilité pour le succès de la diète. L'empereur avait pris toutes ses mesures avec les Sapiéba et leurs amis, qu'il combla de présents « parmi lesquels étaient cent pièces du plus précieux vin de Hongrie et une confiscation de certains biens du comte Tekeli , situés sur les fronUéres de Pologne , donnée au grand maréchal de la couronne, Stanislav Lubomirski , affilié aux Sapiéba. Aussi la diète fut-elle cassée dés le premier mois , avant même qu'elle n'eût commencé ses travaux* »
tous les moments de son mari. Le roi Sobieski mourut (l'affliction par suite du scandale qui résultait de la haine de sa femme contre son fils, et il ne vit pas comment cette mère dénaturée empêcha l'élection de Jacques au trùne de son père.
» Pour comprendre celle circonstance, il faut savoir que la diète n'a point d'activité avant la nomination d'un maréchal. On travailla inutilement à le faire parce que d'abord on chicana l'entrée de certains nonces {rugi); les uns h cause de leurs affaires litigieuses Jes autres parce qu'ils éUient décrétés pour dettes ou crimes , les autres pour différents sujets d'exclusion. Les Litvaniens commencèrent à attaquer ceux de la couronne , principalement les amis de la cour ; les Polonais récriminèrent sur les partisans des Sapiéha, entr'autres sur un nommé Dorobroski, chef de parti et grand braillard.il retenait injustement un bien adjugé au casteilan de Yilna petit général de Lltvanie, Jean Oginski, créature de la cour. Dombroski fut mis hors de la chambre. Son collègue voulut le suivre et protesta de ne pas rentrer sans lui. On mania celle affaire épineuse avec toute la dextérité possible. Le castellan se relâcha de ses droits h la prière de leurs majestés, et rendit la voix à Dombroski en levant l'exclusion. Une pure chicanede formalité empêcha l'accommodement. Ce nonce et son collègue voulurent être priés par la chambre et demandèrent une députation dans les formes : les Polonais s'en moquèrent. Enûn, après cinq semaines de vaines contestations, on prévint les Litvaniens de vouloir travailler à Télection du maréchal. Ceux-ci s'obstinèrent à vouloir faire réhabiliter leurs collègues avec éclat, avant de parler d'affaires, de manière que le terme de la durée de la chambre basse étant expiré, les Polonais se levèrent et déclarèrent que la diéle n'avait plus d'activité. Ainsi elle finit , sans être commencée. Les deux partis se reprochèrent mutuellement la rupture , cl se séparèrent sans être convenus du fait. »
a Le roi tint ensuite un grand conseil ou sénat-consul le pour remédier au mal et réparer ce désordre : mais le même esprit d'aigreur et de division présida encore à cette assemblée. Chaque sénateur porta son voeu (votum) ou suffrage selon l'intérêt qu'il avait embrassé. Le palatin de 8iradie, Pienionzek, qui était la créature du roi et son pensionnaire à deux mille écus sur les salines de Krakovie , fut néanmoins le plus déchaîné à déclamer contre son bienfaiteur , qu'il traita de tyran , d'oppresseur du peuple , de violateur des lois et des constitutions, d'ennemi de la patrie^ de destructeur de la liberté,
QrATRIÈME PÉRIODE, DE 1587 A 1795- 199