Les légiODS détruites pour la seconde fols. St-DomiDgue
Ainsi , chaque nouvelle campagne faisait espérer aux Polonais qu'avec la coopération étrangère, la Pologne serait rétablie. Le chant que les légionnaires avaient composé loin de leur patrie exprimait cette pensée consolante , que Dombrovski les ramènerait un jour de l'Italie en Pologne (5).
(5) Marsz marsz Dombrovski z ziemi Wloskiéi do Polski.
2i2 POLOGNE DÉMEMBRÉE.
Quelle fut donc leur douleur quand ils virent leurs illusions patriotiques se dissiper à chaque traité de paix, à chaque stipulation faite avec les puissances qui avaient démembre leur pays. Ce qui fut pis encore, c'est qu'après la paix de Lunéville, les légions polonaises, qui, en combattant avec les Français, avaient versé tant de sang et rendu à la France de si grands services , commençaient à lui être à charge. Le premier consul, qui aspirait déjà au pouvoir suprême voulut en tirer parti dans son intérêt personnel, les prendre à son service et s'en composer une garde. Dès que les ouvertures en furent faites, le général Kniazievicz donna sa démission, et il se manifesta un mécontentement général dans les légions. Le gouvernement consulaire voyant qu'elles refusaient de se soumettre à ses vues, en fit cadeau au nouveau roi d'Etrurie, après en avoir détaché quelques parties pour les partager entre les divers corps d'observation. Quoique réduites de moitié par le découragement qui s'était emparé de tous les esprits, leur présence même était un reproche vivant pour ceux qui avaient négligé de relever la cause de la Pologne, malgré tant de services rendus par les émigrés légionnaires. On résolut donc de les renvoyer de l'Europe. Le premier consul avait conçu le projet de réprimer l'insurrection des nègres de Saint-Domingue qui venaient de conquérir leur liberté. Il envoya pour cette expédition lointaine un corps d'armée français et y joignit la plus grande partie des légions polonaises. Toutes leurs protestations et la résistance qu'elles opposèrent ne changèrent rien au sort qui les attendait -, menacées du feu de l'artillerie, elles furent embarquées à Gênes et à Livournc et s'en allèrent faire la guerre à des hommes libres qui n'avaient fait aucun mal aux Polonais ou à leur cause. Dans cette île de l'archipel américain, où le climat est aussi meurtrier que l'ennemi, les légionnaires polonais trouvèrent presque tous leur tombeau. Ceux qui échappèrent à la mort^ retournèrent en Europe et dans leur pays, le cœuf navré de Uoulour et plein du regret d'avoir été inutilement sacrifiés CM servant une mauvaises cause (6). Une partie de la légion,
(G) Plustcur» aimèrent mieai prendre le parti des nègres et &\'tabl]roni à Saint-Domingue.
gunquiëme période, de 1795 a 1807. si3
sous Tes ordres de Dombrovski, dissoute et dispersée sur plusieurs points de l'Europe, vit paraître des jours un peu meilleurs. Mais avant de dire ce qu'elle était devenue, nous allons voir ce qui se passa en Pologne, après le dernier partage.
1 0. Etat de la Polofrne sous le gouvememeot prussien ' et autrichien.
Des trois despotes qui avaient partagé la Pologne, deux étaient allemands et un russe. Le roi de Prusse donna le nom de Prusse, et l'empereur d'Allemagne, celui de Galicie, aux provinces polonaises tombées sous leur domination. Leur but principal étant de germaniser ces paysj ils ordonnèrent que l'enseignement dans les écoles fût fait moitié en allemand, moitié en polonais; que tous les actes publics fussent rédigés en allemand; ils introduisirent leur mode d'administration et les lois allemandes, qu'ils firent exécuter par des fonctionnaires allemands. Les Polonais semblaient indignes d'obtenir aucun emploi -, à la vérité, il y en avait peu qui eussent voulu s'abaisser jusqu'à en solliciter. Ainsi, les Polonais subirent le joug allemand. Il y avait cette diflérence entre le gouvernement autrichien et celui de Prusse, que ce dernier, plus ami de la paix, plus économe, favorisait la propagation des lumières , augmentait le nombre des écoles primaires, afin que l'instruction fut à la portée des clauses les plus pauvres, et tolérait la manifestation des sentiments nationaux que les Polonais ne surent jamais comprimer. Sans parler de liberté, le gouvernement prussien respectait la liberté individuelle et la propriété. La justice était également administrée aux nobles et aux paysans, sans aucune distinction de classe -, les uns et les autres étaient soumis au service militaire, il n'y avait d'exception à cet égard qu'en faveur des juifs. On permit, à Varsovie, d'avoir un théâtre national, et la société philotechnique ou des amis des lettres, fondée par quelques patriotes, dans le but de conserver la nationalité polonaise, fut autorisée par le roi de Prusse II n'eu était pas de même %n Galicie. Là, l'empereur proclama la liberté des paysan»
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oubliant que bien avant la chute Ce la Pologne, la diète quatriennale ou constituante la leur avait garantie. Mais il érigea en principe^que tout appartenait à l'empereur, les biens et les personnes, et qu'il pouvait en disposer selon son bon plaisir, comme d'une chose qui était à lui. Occupé de guerres continuelles avec la France, l'empereur épuisait ses états et surtout la Galicie, sa nouvelle acquisition. Dans cette province, tout ce qui était en état de porter les armes, égyptiens (bohémiens ou tziganiens), juifs, chrétiens, étaient enrôlés et forcés de servir comme soldats; on leur donnait pour chefs des comtes et des barons allemands. Ayant toujours besoin d'argent pour réparer les pertes immenses qu'il éprouvait dans chaque campagne, l'empereur écrasait ses sujets d'énormes impôts, leur enlevait leur argenterie et se proposait même de les dépouiller d'une partie de la propriété foncière. Pour subvenir aux dépenses de la guerre il avait souvent recours aux assignats ou papier-monnaie, dont il réduisait ensuite la valeur ou qu'il supprimait totalement; il mettait en circulation de mauvaises monnaies de cuivre qu'il qualifiait d'argent, et faisait recevoir au taux de 1 argent. C'était, en un mot, une odieuse spoliation et un esclavage avilissant. Pour s'attacher les magnats et les principaux habitants, il leur vendait des titres de comtes et de barons; pour prix de cette complaisance impériale, ils étaient obligés de payer très-cher le papier timbré. Il y en eut beaucoup qui ne rougirent point d'acheter ces honneurs et d'en souiller leur postérité, oubliant que les anciennes lois de la république privaient des droits de citoyen et déclaraient infâmes ceux qui acceptaient des titres des puissances étrangères.