‹ Histoire de PologneChapitre 153 sur 219 · L'enipereur Alexandre. Adam Czartoryski. Tbaddée Czacki · texte numérisé non relu

L'enipereur Alexandre. Adam Czartoryski. Tbaddée Czacki

A peine les grands ducs Alexandre et Constantin eurentils appris la mort de leur père , qu'ils se prirent de querelle sur l'uniforme, les pantalons militaires et la coupe d'habits. La liberté du costume civil fut rétablie. L'empereur Alexandre ne songeait pas à reconstituer la Pologne, mais il se montra encore plus favorable aux Polonais que ne Tétait son père, et ils eurent leurs privilèges assurés. Pour preuve de sa faveur, il distribua des titres, des décorations , et même , à quelques-uns, des dignités sénatoriales. Plusieurs Polonais qui étaient encore en Sibérie furent rendus à leurs familles (8), et grâce aux soins d'Alexandre, l'illustre citoyen Hugues Kollontaï fut délivré de la longue incarcération dans laquelle l'Autriche le retenait, et trouva un asile en Russie. On fit tourner ces bonnes dispositions au profit de l'instruction nationale. Adam Gzartoryski, fils du prince Adam, staroste-général de Podolie, acquit une grande influence à la cour du jeune empereur et sut gagner son amitié et sa confiance. Il fut nommé ministre, sénateur et curateur de l'université de Vilna et des écoles de son ressort, c'est-à-dire de toutes les écoles dans les provinces polonaises incorporées à la Russie. N'oubliant pas qu'il était polonais » il assura l'existence des écoles nationales, les mita l'abr

(8) Qu*OD D6 sMmagine pas que tous les exilés de Sibérie , furen • rendus à leur patrie. La plupart y veillirent et y finirent leurs jours , privés de ressources et de communications avec leurs parents , ils ne purent entreprendre le chemin de retour qui les séparait de leur patrie. Il y a en Sibérie des centaines de familles qui tirent leur origine des confédérés de Bar et d'autres défenseurs de la patrie , déportés à différentes époques, par la violence des conquérants.

des spoliations russes et rendit par là de grands services à la jeune génération de son pays. L'université de Vilna, organisée par Jérôme Stroïnovski, ancien piariste et professeur , acquit bientôt une grande célébrité et devi.nt un foyer de lumières pour toute la Litvanie. En même temps Thaddée Czacki répandait Tinstruction dans les gouvernements du midi. Je le signale principalement à votre attention, mes chers enfants, car c'était un bon compatriote qui aimait sincèrement la jeunesse, faisait tout pour son bien et la préparait à relever un jour de ses ruines notre chère patrie. Profond écrivain , il jeta dans ses ouvrages un grand jour sur l'histoire et la législation de la Pologne. Il refusa la place de sénateur et les ordres russes qu'on lui offrait, mais il ne put éviter d'accepter le rang titulaire de conseiller intime. (9). Thaddée Czacki consacra tous ses moments et toute sa fortune à fonder le lycée de Krzemieniec , et employa son influence pour engager ses concitoyens à pourvoir à son entretien par des dons et des souscriptions patriotiques. Tout ce que fit cet illustre citoyen contribua beaucoup à ranimer les esprits abattus par tant de calamités publiques.

V2, lîapacitô de radministration russe. Misère du peuple , soD esclavage.

N'allez pourtant pas croire mes amis que la nation polonaise fut heureuse sous le gouvernement russe. Elle sentait toujours qu'elle avait perdu son indépendance et qu'elle ne pouvait pas être libre sous un gouvernement étranger. Les lois du

(9) Olizar et plusieurs autres refusèrent la dignité de sénateurs. Adam Rzevuskt, Vorcell, Michel Oginski, StroInovski, Tacceptérent. Ce dernier en fut bientôt dépouillé. Les plus anciens des sénateurs nommés encore par l'empereur Paul , furent Auguste llinski et Sévérin Potocki. Celui-là , fut le premier qui annonça à Paul , la raort de Timpératrice sa mère» et par cet empressement gagna sa faveur. L'autre, Sévérin Potocki» par son courage et sa probité, iUustra le sénat russe. Il était aussi curateur de runivcrsité de Charkov. Dévoué à rbumanité, il créa Tinstruction de la petite Russie , laissant dans la génération nouvelle un souvenir inefTaçabic.

pays auxquelles on avait en apparence restitué leur ancienne vigueur étaient chaque jour renversées par des oukazes que l'empereur publiait ordinairement selon son bon plaisir où d'après les suggestions des intrigants ou des parties intéres sées. Des oukazes contenant pour la plupart des dispositions diamétralement opposées sur une même matière, bouleversaient toutes les conditions d'ordre et de sécurité sociales, et faisaient sentir l'absence totale de bonnes lois. Les soldats et les fonctionnaires russes, mal rétribués, ne pouvant subsister de leurs appointements, étaient un véritable fléau pour le pays et ses habitants , surtout les fonctionnaires civils, qui, habitués de longue main à la vénalité et aux prévarications, étaient toujours prêts à commettre les plus grandes injustices si l'on négligeait de les gagner par de l'argent. Cette vénalité et cette corruption, dont on ne trouve pas d'exemple ailleurs,s'étendaient jusqu'aux membres du sénat et jusqu'aux dignitaires qui occupaient les rangs les plus élevés dans la hiérarchie judiciaire, militaire, administrative. C'était surtout le recrutement qui ouvrait un champ libre à toutes sortes d'abus et de vexations. La perception de l'impôt personnel ou la capitation, devenaient aussi excessivement oppressives. L'un et l'autre pesaient uniquement sur la classe laborieuse des paysans , dont le sort peu amélioré du temps de la république, devint plus déplorable sous le gouvernement russe. Ces malheureux étaient serfs de leurs seigneurs , qui les regardaient comme une espèce extra-humaine, que Ton pouvait compter par àme, vendre comme un troupeau, forcer au travail comme des bêtes de somme, et à qui l'on pouvait arracher la fortune et la vie. Tout ce que les seigneurs étaient obligés de payer au fisc ou aux employés pour acheter leurs faveurs , était extorqué aux paysans , dont la situation devint si malheureuse que même les paysans de Samogitie, qui, de tout temps avaient vécu dans i'aisance et joui d'un meilleur sort, tombèrent dans la plus grande misère. Les hommes libres , non-nobles, étaient également opprimés; ils payaient la double capitation , et étaient exposés à toutes les conçus ■ sions des fonctionnaires russes en matière de recrutement , d'octroi et de contrebande. Aussi, les petites villes furent

réduites à un état déplorable; il y en eut plusieurs qui présentèrent dans leur appauvrissement un spectacle effrayant (10).

(10) Si Ton veut avoir Timage d'une ville prise d'assaut et saccagée, il ne faut qu'aller voir la perquisition russe, en quéle de marchandises de contrebande. Tout est calme et confiant, lorsque tout-à-coup, sur plusieurs points, les bataillons russes font subitement une irruption et prennent possession de toutes les maisons du quartier où sont les boutiques. Toutes les familles sont chassées de leurs habitations; hommes, femmes, vieillards, enfants ; heureux s'ils peuvent emporter un matelas pour coucher en plein vent, dans une rue éloignée qui n'est pas gardée par des baïonnettes. Les seuls marchands sont saisis et attachés à des piliers comme à des piloris, pour quMIs soient spectateurs du brigandage et victimes en cas qu'on voulût absolument trouver de la contrebande. Personne ne peut pénétrer dans celte partie de la ville, militairement occupée, un voyageur passant est forcé de faire un long détour^ par des chemins vicinaux ou par des ruelles encombrées de familles expulsées de leurs foyers. On rencontre parfois des agents ou courtiers de négociants, qui jouent le rôle d'espion et vont se concerter avec les agents du pouvoir, avec lesquels ils ont de mystérieux entretiens. Trouve-t-on de la contrebande ou non, il faut s*arranger^ il faut payer à l'amiable la fatigue et le zèle des perquisiteurs. Le marchand recouvrant sa liberté et sa boutique est toujours spolié, subit une exaction, qui, réitérée plusieurs fois, le ruine enfin. C'est surtout dans les années 1823, 1824 et suivantes, que ces perquisitions sont devenues plus fréquentes et ont appauvri ou ruiné les villes les plus commerçantes, comme Berdiczev, Yilna.

Outre ce grand brigandage, de petites extorsions tourmentèrent sans cesse et exténuèrent au dernier point les commerçants. Chaque menace de perquisition est suivie de dons gratuits aux fonctionnaires, que les négociants sont obligés d'apporter spontanément afin d'apaiser leur colère. Cependant ces fonctionnaires sont ordinairement complices de prévarications Indispensables et de contrebande. En Yolynie, le gou. verneur même de cette goubcrnic , Roramebourlei, était protecteur et chef des contrebandiers, et l'intègre sénateur russe Siévers, n'a jamais pu parvenir, malgré toute sa sévérité, à terminer l'affaire et h punir les nombreux coupables. Si les fonctionnaires sont compromis, ils choisissent ordinairement quelqu'un d'entre eux, le moins important, pour victime, qui périt par quelque accident, emportant tout le secret avec sa vie. La contrebande est punie par la Sibérie ou par le knout; si

1/i. Kosciuszko républicaio; Napoléon empereur.

Kosciuszko se trouvait parmi les Polonais auxquels Paul rendit la liberté. Ce sauvage empereur honora les vertus du grand citoyen en le visitant dans sa prison, il lui fit

donc un marchand est saisi sur le fait, il dépend des fonclionnaires do le faire périr ou de le sauver. Une sentence condamnant effectivement un marchand détenu au knout et à la Sibérie, à cause de la contrebande, il fallait donc qu'un individu fut kuouté et partit en Sibérie. Les fonctionnaires voulant sauver les marchands, substituaient lé pauvre conducteur de chariots, qui réellement était knouté et conduit à sa triste destination. C'était au grand jour, et quand on demandait au capitaine-commissaire de police : « Comment se fait-il que le conducteur est exécuté a la place du marchand? » Il ripostât tout naïvement : « Et comment voulez-vous queçà soit le marchand? moimême je profite sur lui de raille roubles par an. » Cette scène a eu Ueu à Vilna, capitale de la Litvanie. Quelques années après, en 1824, plainte a été portée par la famille du conducteur, au grand-duc Constantin. Mais on a reconnu par Texamen, que le marchand portait sur son corps les marques évidentes du knout. La famille plaignante se vit donc heureuse d'échapper à la poursuite de la fausse accusation de l'autorité.

L'oppression retombe spécialement sur les classes inférieures qui sont graduellement réduites à la misère. En Volynie, le sol manque de pierres ; or, au lieu de paver, on couvre les principales rues des villes et des bourgs de Iravons, ainsi une espèce de pont continu et ramifié, traverse les villes et les bourgs. Chaque propriétaire du terrain touchant à la rue, doit couvrir la moitié du chemin qui s'étend devant sa propriété, sans égards ni à la largeur de la rue, ni à ses moyens. CeUe construction ruine, réduit à la misère les pauvres propriétaires. Lo fîouveincur Andrzeikovicz, transféré à cause de ses prévarications, de la §oul>ernie de Grodno dans celle de Volynie, voulant prouver son zèle, ordonna dans un court délai le renouvellement du travonage de la tTpJlale gouberniale Zitomir. La police le fit exécuter, mais on vit des fiïnlilfs fJépossédées de tous leurs meubles et immeubles, mendier et 4liori;lier un asile jusque dans des trous creusés dans le terrain argileux. Lî\ Ville de Luck, dans la même goubernie, présente depuis une vitigtftlno d'années plusieurs rues, formées par ces espèces de l'oist's liumides, où les misérables familles subissent de nouvelles

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remettre une somme d'argent , mais dès que Kosciuszko, hors de la Russie, se vit en Amérique libre d'agir, il renvoya à Paul tout l'argent qu'il en avait reçu. Il visita l'Amérique,

Dans la capitale de Yilna, le général-gouTerneur Korsakof (assez connu par l'affaire de Zurich contre les Français), roalant embellir la cité, traça un plan de promenade sur les bords de la Yilenka. Il fallait y démolir une centaine de maisonnettes qui étaient Tunique refuge de pauvres et nombreuses familles. La police offre aux propriétaires 200 à 300 roubles d'assignats (de francs) pour Texproprialion, s'ils voulaient démolir eux-mêmes et emporter les matériaux de leurs bâtiments. Gomme cette somme n'était guère suffisante k la démolition et au déblaiement, la police elle-même se chargea de le faire à ses frais et Ot partir les familles dépossédées, le sac au bras. Des plaintes sont présentées au général-gouverneur, mais le borodniczt ou directeur de la police, Scblykof, prouva par des actes officiels que tous les propriétaires avaient été expropriés en droit et suffisamment récompensés, et qu'ils n'étaient que des obstinés (buntovszcziki) s'ils se plaignaient.

Le pauvre paysan conduit-il du bois de chauffage ou quelque sorte de céréales, les fonctionnaires russes aux barrières, lui en enlèvent tout bonnement une portion pour leur propre usage. Sur les marchés, la police russe surveille avec empressement la qualité des légumes, des fruits, et s'en empare sous prétexte qu'ils ne sont pas mûrs et sont nuisibles à la santé. Le pauvre paysan veut-il vendre ses poussins nouvellement éclos, ses œufs tout récemment pondus, la police intervient, reconnaît que les œufs sont vieux, gâtés, les poulettes malades; elle les confisque, cependant ce paysan doit payer sa capilation argent comptant. Ce n'est pas assez pour lui de perdre son petit avoir, s'il vient dans la ville au moment où l'on raccommode le pavé, ses poulettes malades sont confisquées, et lui, il est arrêté et condamné à travailler plusieurs jours au pavage. Biais la police russe, à laquelle la sécurité publique est confiée, est en droit de saisir tous les vagabonds (prajno szataTuszczi) , et de les envoyer pour la colonisation (posélénié), dans la Sibérie. Or, chaque homme [sans papiers ou dont les papiers ne se trouvent pas en règle, sous mille prétextes, peut subir ce sort. Effectivement, chaque année, il y a surdifférentes direcj^ions, plusieurs convois de paysans dirigés vers la Sibérie, avant que leurs propriétaires soient à même de faire des réclamations ; cependant ces propriétaires sont obligés de continuer à payer la capitation des paysans enlevés. Tout cela se passe dans les bourgs aussi bien que dans les villes les plus considérables, qui finissent par s'appauvriret par se dépeupler.

puis revint passer quelque temps en France? Les Américains , pour reconnaître les services que Kosciuszko leur avait rendus pendant la guerre d'indépendance , lui firent présent

On demande si la ville de Yilna veut laisser le kabak (régie), en bail ou le prendre sous son administration directe, moyennant telle ou telle somme, la ville étant responsable autant pour les bâillants que pour sa propre administration. Afin d'avoir une déclaration plus universelle, la police fait une ronde et offre sa demande à signer aui propriétaires, aux locataires, aux voyageurs. Elle décide cette fois que la ville administrera elle-même. A la fin de l'année, le compte étant fait, il y manque une somme considérable qu'il faut couvrir; elle va être exigée des signataires; d'un te] qui, en signant, refusa de donner son avis faute de connaissance des choses, d'un autre, voyageur retenu par une maladie grave qui ^'emporta de ce monde; mais lo propriétaire de la maison est obligé pour lui. Par suite de mesures semblables le malheur toucha particulièrement quelques famille? d*un faubourg enclavé dans les barrières. Elles ne furent pas en état de payer; or, leurs meubles furent vendus, leurs maisons saisies et leurs matériaux vendus. C'est ainsi que les environs de la cathédrale et la rue qui conduit à Antokol, ont vu consécutivement, disparaître les habitations. Et quand on faisait remarquer au directeur de la police, Schlykov, qu'il ruinait la capitale, il répondait qu'il suffisait qu'il restât quelque chose de la ville, jusqu'à la fin de ses fonctions.

Nous avons vu quelques exemples des vexations et des excès, dont se rendait coupable chaque jour l'administration de la police russe ; nous allons en citer quelques autres de l'opprcésion et de l'asservissement de la classe des cultivateurs , dont la siluation généralement a empiré, mais le sort de plusieurs s'est aggravé d'une manière affreuse. Bien des fois , la qualité nobiliaire même ne put mettre le pauvre cultivateur à l'abri des persécutions. La violence décide, sans que l'opprimé soit en état d'obtenir justice; si la justice prend sous sa sauve-garde la cause de l'opprimé , cette cause est irréfragablement perdue dans la haute instance du sénat.

Zoubov, un des meurtriers de l'empereur Paul , avait été doté des grandes starosties de l'économie de Szavlé en SamOgitie, où le paysan i:Uiil libre, redevable seulement de quelques charges déterminées : Zoubov leur imposa de nouvelles corvées xt un joug impitoyable. Les tjlaintes portées aux tribunaux, la résistance la plus ferme, la plus

opiniâtre , tout fut sans succès. Les défenseurs les plus courageux de la bonne c^uso fiqire«t leur oxistence sous le fouet ou daps les

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d'une somme d'argent considérable, qu'il accepta comme don d'un peuple libre. Pendant le séjour de Kosciusko en France, le consul Bonaparte prit le titre d'empereur et chan-

tourments de la torture. Cette affaire se prolongea plusieurs années , elle comptait encore des martyrs, en 1807, quelques centaines de ramilles furent enfin réduites en esclavage. Zoubov, à force d'intrigues, ayait obtenu le dessus.

Cependant il ne manque pas d'exemples où le gouvernement, prend les paysans sous sa protection directe. G*est ainsi qu'il a ôté aux fils de Plater, castellan de Troki, les slarosties que Catherine II avait données à leur père ; c'est ainsi qu'il a pris en 1816, sous son administration , les biens de Czaplicki , situés daus l'arrondissement de Sluck , parce qu'il était reconnu que les propriétaires polonais opprimaient les paysans, mais il n'en était pas ainsi quand les propriétaires^ russes, ' se rendaient coupables de la même oppression ; ils tyrannisaient , ilsasservissaientdes populations impunément.

En Ukraine, dans le district de Radomils le russe Kikin, secrétaire de l'empereur Alexandre, fut mis en possession de grandes terres où il trouva beaucoup de cultivateurs propriétaires, libres où nobles. Il les força à la corvée. De leur côté, en 1825, ils eurent recours à la justice iocale,eIleleur fut favorable; le procureur impérial en fut effrayé et ne put concevoir qu'on eût osé contrarier, dans un tribunal polonais, le secré-* aire Kikin ; craignant sa propre destitution : celui*ci menace les juges; le tribunal est cependant inflexible. L'affaire va au sénat , là c'est Kikin qui a raison» Les cultivateurs de toutes les conditions sont donc asservis , et la force armée rétablit l'ordre. Le procureur n'éprouva aucun étonnement à ce revirement inique; mais seulement de ce qu'il lui fut permis de continuer ses fonctions , et le tribunal ne fut pas amendé c«tte fois-ci.

En Ukraine, dans le district de Taraszcza, un grand procès intenté par la population de Staviszcze contre la veuve du dernier hetman de la couronne, comtesse Branicka, née Engelhard, nièce du fameux Potemkine , se termina en 1819 en faveur de la population , devant les tribunaux polonais; mais la comtesse gagna devant le sénat, et les cultivateurs furent réduits à l'esclavage.

Lorqu'on régla les affaires des Radzivill et de leur majorât de Nlesvicz en faveur du prince Antoine et les droits de Witgenstein mari de la fille de Dominique Radzivill, en 18S2, 1823 « il surgit un grand procès, qui devait prononcer sur le sort d'une nombreuse population de cultivateurs et propriétaires des environs de Sielec , situé dans la

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gca la république française en empire. Il y avait alors dans l'émigration polonaise des hommes véritables amis de la liberté, qui furent profondément affligés par cet événement.

gouvernement de Grodno»porlion deTancien palatioat de BrzesclileTski près de Pruzany. Elle était obligée à quelques redevances et prestations résultant de Tancien état féodal de la Litvanie , sans jamais être assujettie à la corvée ; elle pouvait même prétendre à la qualité nobiliaire. {:ile trouva des défenseurs ardents ; mais déjà dans les tribunaux de Yilna leur cause chancelait , elle était perdue dés qu'elle était portèo au sénat. Ils furent donc assujettis et réduits à Tesclavage.

Sur les confins de rUkraïne et de la Podolie , dans le gouvernement de Kiiov aujourd'hui , anciennement dans le palatinat de Braclav , près de Lipoviec , existe un village, très-populeux nommé Podvysokte. En 1771, ses habitants, non-seulement repoussèrent toutes les tentatives qu*on 6t pour les engager à concourir au carnage provoqué par < la tzarine à celte époque, mais réprimèrent ceux qui se montraient disposés au massacre. Le propriétaire du domaine Félix Potocki , on des plus renommés aristocates, depuis le fameux maréchal de Targovica, en récompensant les habitants de Podvysokic, abolit la corvée, et en signe d'émancipation leur donna un drapeau. Après la mort de Félix Potocki , Podvysokie échut en partage au brave Yladimir Potocki, qui mourut en 18 12. Sa veuve. Thécle , née princesse Sanguszko, jugeant à propos de les réduire à leur ancien état, invoqua en 1818 les autorités russes pour y introduire Tordre. Les habitants résistèrent , la juridiction polonaise les protégea , car ils déposèrent leurs diplômes et leurs chartes. On a donc recours à un autre expédient. On y fait cantonner des troupes nombreuses , qui réduisent les paysans libres à la misère ; alors on eut pitié d>ux, on déplora leur obstination qui en avait étéla cause, on leur persuada de rentrer dans leurs anciens devoirs, en les assurant qu'ils seraient mieux. Ils résistent cependant malgré leurs infortunes ; mais les empiétements sur leurs libertés faisaient des progrès. Il ne leur restait que le drapeau , objet de leur vénération. De longues investigations apprirent enfin qu'il était caché dans une muraille de la chapelle. C'était déjà après l'insurrcctiou, en 1831. Les autorités russes, ordonnent qu'il leur soit remis. Les paysans refusent ; aux baïonnettes ils opposent leurs corps. Les baïonnettes s'arrêtent gardant seulement .la chapelle. Quelques instants après , la porte de la chapelle s'ouvre , l'archimandrite sort , portant le drapeau et le livre aux autorités russes ; la désolation at les cris de désespoir , terminent cette scène.

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Kosciuszko fat le premier qui comprit qu'un pareil changement dans rétat politique de la France n'annonçait pas le prochain rétablissement d'une Pologne libre et indépendante : car il n'admettait pas que celui qui foulait .lux pieds la liberté de la France , voulût respecter celle de la Pologne et voir ce pays indépendant. Cependant , Kosciuszko ne fit aucun reproche aux Polonais qui s'attachèrent à la fortune de Napoléon ; ceux-ci comptaient sur Napoléon fondateur d'une nouvelle dynastie, obligé de faire la guerre à la vieille race des rois qui avaient partagé la Pologne et ils espéraient qu'il les ramènerait un jour sur les bords de la Vistule sous les auspices des aigles françaises. D'un autre côté, des patriotes polonais qui étaient restésjdans leur pays, voyant avec quelle facilité l'empereur Alexandre se prêtait à tout ce qu'on lui demandait sous le rapport de l'instruction publique, crurent pouvoir l'engager à rétablir la Pologne, comme son père Paul l'avait projeté ; et lorsqu'Alexandre conduisant une armée au secours de l'Autriche , vint visiter Pulavy, ils accoururent pour lui représenter] que le moment était venu de réaliser la pensée de son père. Sans promettre , sans refuser , il ne leur donna qu'une réponse équivoque et insignifiante. Ils virent donc leurs espérances trompées, aussi bien que ceux qui comptaient sur Napoléon. Après avoir vaincu à Austertitz deux puissances qui avaient concouru au partage de la Pologne , Tempereur des Français conclut une paix avantageuse , mais sans songer à la Pologne, quoiqu'il se trouvât sur les frontières de ses anciennes limites. Il retourna à Paris, pour disposer de ses conquêtes en faveur des princes de sa famille qu'il plaça sur les nouveaux trônes qu'il érigait en Allemagne et en Italie. Cependant quelques mois s'étaient à peine écoulés, que de nouveaux triomphes de Napoléon firent naître de nouvelles espérances. Il déclara la guerre au roi de Prusse, le défit dans une bataille décisive , et au moment d'entrer victorieux en Pologne, il jeta les yeux sur Kosciuszko, voulant obtenir sa coopération et regagner par là la confiance des Polonais tant de fois trompés. Kosciuszko, toujours pénétré du plus vif amour de la liberté , ne voulait pas servir de prète-nom à Napoléon. Il avait une telle aversion

pour sa politique, qu'il répondit à ses envoyés : « Despotisme pour despotisme! Les Polonais n'en manquent pas chez eux pour aller lecberchersi loin et l'acheter au prix de leur sang. » Napoléon , dévora ce reproche en silence, mais il ne se fit point scrupule d'inventer et de publier des proclamations au nom de Kosciuszko.

15. Campagne de Prusse ; Kapolêon érige le duché de Varsovie.

Après la bataille d'Iéna , Napoléon s'avança rapidement, et les débris des légionnaires polonais entrèrent sur le territoire national , avec Dombrovski. Dix ans s'étaient écoulés depuis la chute de la Pologne, et dans cet intervalle la plupart d'entre eux étaient morts ou vieillis; la nouvelle génération, pouvait à peine se rappeler l'ancienne Pologne et ses vieux patriotes qui revenaient cicatrisés et mu tilés : cependant rien ne pouvait se comparer à l'allégresso et à l'enthousiasme général avec lequel on reçut les Français et les vieux légionnaires polonais. A Poznan, à Varsovie, dans toutes les villes et villages, hommes et femmes, enfants et vieillards, se pressaient sur leur passage et se réjouissaient de voir arriver des libérateurs. Après dix années d'attente, le moment était enfin arrivé où les Polonais pouvaient combattre sur leur sol natal pour l'indépendance de leur patrie ; chacun volait aux armes, et l'armée polonaise, créée comme par enchantement, courut aifranchir la vieille Prusse et assiéger Dantzick. Les Russes allèrent au secours du roi de Prusse, et les Français sebattirent de nouveau contre les deux spoliateurs delà Pologne, à Pultusk, à Eylau, à Friedland. Les Polonais croyaient que Napoléon passerait le Niémen et qu'il outrerait en Litvanie, mais il en fut autrement. Il eut une entrevue avec l'empereur Alexandre, à Tilsit, et le 7 juillet 1807, il signa avec lui un traité de paix. Une partie considérable de la Pologne fut enlevée au roi de Prusse et érigée en duché de Varsovie j en outre, la ville de Dantzick devait former un état libre. Mais ce n'était plus cette liberté dont elle jouissait quand république ellemême, elle faisait partie de la république de Pologne. Ce qui parut aux Polonais plus étrange et plus douloureux, c'est que

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Napoléon, loin de reprendre au roi de Prusse tout ce que celui-ci avait acquis dans les trois partages successifs de la Pologne, en détacha une grande partie appelée le cercle de Biaiyslok,qu'il donna à la Russie. C'est ainsi que Napoléon disposait des terres de la Pologne au profit de la Russie ; c'était le quatrième partage.

10. Les Polonais chassent les Autrichiens de la Galiele. Napoléon augmente le duché de Varsovie*

On disait que Napoléon n'osait pas se hasarder au-delà du Niémen, de peur que TAutriche ne tombât sur les derrières de son armée. Peu de temps après, il en vint aux mains avec cette puissance. Cette fois la Russie était l'alliée de Napoléon. Les Polonais se trouvèrent dans leur petit payF, n'ayant que quelques mille hommes de troupes et tout-àfait séparés de la grande armée. Pendant que Napoléon, remportant en Allemagne de brillantes victoires, se frayait le chemin de Vienne, l'archiduc Ferdinand marchait sur Varsovie avec une armée quatre fols plus nombreuse que celle des Polonais (*). Huit mille Polonais combattirent courageusement à Raszin, le 19 avril 1809, et restèrent maîtres du champ de bataille. Cette étonnante résistance engagea l'archiduc à accepter une convention en vertu de laquelle Varsovie lui fut livrée, à condition qu'il n'entreprendrait rien contre Praga.Dombrovski courut alors dans la grande Pologne, pour y lever à la hâte de nouvelles troupes, et le prince Joseph Poniatovski passa la Vistule avec une partie de ses forces. Sa petite armée, gardant toute la rive droite du fleuve, détruisit le pont de Gora par où les Autrichiens tentaient de passer, et inonda la Galicie. Alors s'ouvrit une campagne dont on ne trouve que peu d exemples. Quelques milliers de guerriers polonais dispersaient sur tous les points les masses autrichiennes, occupaient plusieurs villes et une grande étendue de pays. Les Autrichiens fuyaient de tous côtés sans pouvoir opposer de résistance, ils étaient

(*) CeUe guerre de 1809 a trouvée tont récenoment un écrivain dans la personne du général Sollik, qui en a publié Thistoire en français, k Paris en 1840.

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battus et chassés. Cette poignëe de braves prit, dans un mois de temps, Lublin, Sandomirz, Zamosc, Léopol, et devint bientôt une grande armée, égale en forces à celle de Tennemi. Pressé de tous côtés, Farchiduc Ferdinand jugea nécessaire d'abandonner Varsovie, qu'il quitta précipitamment le ±^^ juin, et marcha avec toutes ses forces sur Sandomirz. Il s'en empara après plusieurs batailles acharnées, mais il ne put s'y maintenir. Informé des succès de la guerre, l'empereur Alexandre, engagé par une alliance avec Napoléon, se décida enfln à envoyer, vers la fin de mai, des troupes auxiliaires, pour entraver plutôt que pour seconder les mouvements des Polonais (11). Les Busses occupèrent Léopol, et suivant de près Tarmée polonaise, ils couvrirait la région montagneusfe de la Galicie pour la mettre à l'abri d'une invasion ultérieure. A peine encore le prince Joseph Poniatovski eût-il occupé Krakovie, que les Russes y entrèrent. C'était la dernière conquête, car le lendemain arriva la nouvelle d'une suspension d'armes. Par la paix de Vienne, du 14 octobre 1809, les pro\inces polonaises appelées par les Autrichiens la Nouvelle-Gaticie, avec le district de Zamosc et la nx)itié des salines de Vieliczka , furent réunies au duché de Varsovie. Napoléon laissa à l'Autriche l'autre moitié des salines, ainsi que la vieille Galicie, après en avoir seulement détaché, pour le donner à la Russie, le oercle de Tarnopol qui faisait partie de l'ancienne Podolie. Cest le cinquième partage de la Pologne.

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