EAistenee de la Pologne proclamée
Il se trouvait cependant des Polonais qui ne cessaient de compter sur la Russie. La création du duché de Varsovie i
avait jeté une telle épouvante dans Tâme des trois autocrates qui s'étaient partagé la Pologne, que bien loin de sévir contre les Polonais de leurs états, ils cherchaient à s'en rapprocher et à se les attacher. Ce fut Tempereur Alexandre, plus habile que les autres dans Fart de tromper, qui s'y prit le mieux. Prévoyant le moment d'une prochaine rupture avec Napoléon, il remit sur le tapis le projet du rétablissement de la Pologne. Mais ce n'était qu'un leurre habile pour gagner les dispositions des Polonais des divers gouvernements. Dans ce but, il s'entendit avec plusieurs notables citoyens qui préparaient les esprits et les proclamations (13). Mais il était trop tard. Napoléon approchait du Niémen. La grande armée, composée de plusieurs centaines de mille hommes, passa cette rivière le 24 juin. Deux jours plus tard, le vieux prince Adam Czartoryski, staroste-général |
de Podolie et feld-maréchal d'Autriche, ouvrit la diète à j
Varsovie, et le 28 juin, jour de l'entrée de Napoléon à Vilna, la diète annonça, au milieu des acclamations et de l'enthousiasme, Texistence de la Pologne composée des deux nations unies polonaise et litvanienne, confédérées pour recouvrer leur indépendance. Il serait ditFicile de décrire rémotion universelle et les transports de joie qui accueillirent cet acte national. On se félicitait de voir enfin arriver le moment de la renaissance de la Pologne. Le mot de confédération appelait chacun aux armes. Toute la population voulait se précipiter sur le champ de bataille. Mais après les premiers moments d'allégresse , vint l'incertitude -qui précède ordinairement le découragement. Napoléon ne donnait que des réponses vagues à ceux qui lui avaient annoncé ces heureuses dispositions de la nation. D'un autre côté, l'ambassadeur français ayant déclaré que Napoléon n'avait
(13) Oginski, Sulistrovski , Louis Plater, le prince Xavier Lubecki et plusieurs autres.
pas besoin d'une guerre nationale et qu'il ne comptait que sur son armée, l'enthousiasme du peuple se refroidit tout-àfait. Cependant la grande armée poursuivait sur plusieurs routes les Russes qui se retiraient et occupaieut les anciennes provinces polonaises au nom de Napoléon. Les Polonais et les Litvaniens faisaient sur tous les points de nouvelles levées de troupes et on ne pouvait leur reprocher la moindre négligence. Mais à mesure que Napoléon s'avançait dans le fond de la Russie, cette ardeur belliqueuse diminuait et il se répandait dans les esprits une vague inquiétude, une certaine anxiété et le pressentiment d'un funeste avenir. 11 en est toujours ainsi quand l'action ne répond pas aux sentiments qui lui ont donné Timpulsion.