Cour suprême du signât
L'affaire des prévenus de crimes d'état ayant été instruite à Varsovie par une commission composée de Russes et de Polonais, sous la présidence du président du sénat Stanislav Zamoïski , fut déférée à la chambre des sénateurs qui devait la juger en sa qualité de haute cour nationale. Le palatin Stanislav Zamoïski , son président , ayant perdu le droit de siéger comme juge, parce qu'il avait accepté la présidence de la commission d'instruction , le vieux palatin Pierre Biclinski , fut nommé président de la cour des sénateurs ,
(20) Le prince Antoine lablonovski fui le premier ré?élaleur de la connivence des Polonais avec les conspirateurs russes , et il nomma plusieurs de ses compatriotes qui à mesure de sa déposition furent conduits en prison : Stanislav Soltyk , Sévérin Krzyzanovski , André Plichta, rabbéDembek,NeméseKozuchovski, Prollie Lelevel, Stanislav Zablocki , Pierre Lagoski et bien d'autres personnes. Mais les dépositions de Jablonovski furent bientôt épuisées. Dans le cours de l'enquête , celles d'Oglnski et d'Alexandre Oborski ouvrirent une mine plus riche à exploiter. Au reste , des questions compliquées cl captieuses compromirent beaucoup de monde , et ûrcnt plus de coupables que n'en eût pu découvrir l'enquête la plus minutieuse, et pour la plupart des prévenus leurs talents et leur importance politique furent tout leur crime.
et le général palatin Vincent Krasinski vice- président. La commission d'instruction faisait transporter à Varsovie une foule de citoyens des parties les plus reculées de l'ancienne Pologne, de la Litvanie, de la Galicie (21), de l'Ukraine, du duché de Posen (22), de tous les palatinatset les écrouait dans différentes prisons, sur lesquelles veillait le grand-duc Constantin. Après de longues recherches, la commission ayant découvert l'existence des sociétés secrètes et des conspirations dont le but était le rétablissement de l'antique Pologne, accusa du crime de haute trahison et mit en jugement huit citoyens, parmi lesquels on remarquait un vieillard octogénaire , le sénateur palatin Stanislav Soltyk (23). La plupart des Polonais, domiciliés dans les provinces incorporées à la Russie , furent envoyés à Pétersbourg , pour être jugés par le sénat impérial. Les sénateurs polonais, après avoir examiné les chefs d'accusation et entendu la défense des accusés, ne trouvèrent pas de preuves suffisantes pour établir leur culpabilité, et déclarèrent à l'unanimité, moins une voix, que les accusés n'étaient pas coupables. Cettevoix uniqueétait celle du vice-présidentVincenl Krasinski, elle le couvrit d'opprobreauxyeux de toute la nation. Il a dit depuis, qu'il avait voté affirmativement parce qu'il savait de source certaine, que les accusés étaient coupables. S'il en était ainsi, il aurait du descendre de son siège déjuge et se présenter comme accusateur, les f>reuves à la main. Il ne l'a pas fait, parce qu'il aima mieux manquer à l'honneur, et charger sa conscience de juge, que de laisser échapper celte occasion de gagner les faveurs de l'oppresseur de sa patrie. Quand on lui reprochait cette honteuse complaisance, il répondait que le sénat, comme corps politique, aurait dû condamner tous les accusés, même à défaut de preuves, pour complaire à Nicolas, et sauver le royaume des suites probables de la colère impé-
(2i; Strzelbicki^Jean Stadoicki.
(22) Jean Népomucéne Uminski, Louis Szczaniccki, Malhias Miclzynski , Joseph Krzyzanovski.
(23) Les huit jugés sont : Sévérin Krzyzanovski , Stanislav Solljk. François Maïevski, l'abbé Dembek. Stanislav Zablocki, Albert Grzy.mala, André Plichta ^ Romain Zaluski.
202 ROVAUME DE POLOGNE.
riale. Mais comment un sénat polonais aurait-il pu déclarer coupables des Polonais qui avaient voulu travailler à Taffrancbissement de leur patrie? aussi le président du sénat, Pierre Bielinski, déclara-t-il franchement dans son rapport à Nicolas, qu'il ne pouvait trouver de crime, là où il ne voyait de la part des accusés que les preuves des plus grandes vertus. Le décret du sénat, n'ayant pas convenu au grand-duc Constantin , il en arrêta violemment la publication. L'empereur Nicolas, de son côté, le soumit. à l'opinion du conseil d'administration, qui n'osa pas inOrmer la décision de la baute cour nationale , et Nicolas , voyant qu'il ne trouverait plus personne en Pologne qui se prêtât à ses désirs de vengeance , permit , après neuf mois de délai , de publier le décret, en signifiant à tous les sénateurs en général, et à chacun en particulier, son mécontentement impérial. Il n'y eut d'exception que pour Vincent Krasinski , qui fut comblé d'éloges, faible compensation du blâme unanime de la nation. L'indignation générale que son vote souleva contre lui monta à un tel point, qu'il s'en est peu fallu , qu'il ne fût * massacré pendant la révolution qui ne tarda pas à éclater. . Après une détention de quatre ans, les accusés furent mis en liberté, et le vénérable Soltyk sortit de sa prison, mais ses infirmités et son grand âge l'obligèrent de garder le lit pendant le reste de ses jours. Quant aux Polonais qui furent envoyés à Pétersbourg, pour y être jugés par le sénat impérial , ils furent tous condamnés, conformément à la volonté de l'empereur, et envoyés en Sybérie (24).
i!i0. Olisèque. Gouronnement.
Je ne xx^ns ai pas parlé, mes chers amis, du convoi funèbre de l'empereur, qu'on a fait promener par les rues de Varsovie. C'était un très-joli spectacle, qui attirait beaucoup
(2i) Furent condamnés à différentes peines : St<inislav Tyszkovski, Louis Sobanski, Martin Tarnovski.FtMlxCiszevski. AnloineCzarkovski, Jean Chodzko, Stanislav Joleiko, Victor Ossolinski, Vincent KarvicKi, Joseph Gruszecki, Thomas Czarkovski, Michel Romer, Nicolas Worce'l, Slanislav Karvicki, Anselme Ivaszkievicz, Pierre Moszvnski, AnaslaseGrcdecki.
de monde aux fenêtres On porta devant le cercueil vicîo la couronne royale ( on ne vit pas figurer les culottes de Fempereur défunt, car ce ne fut que plus tard que Nicolas en fit présent au sénat). Je passe sous silence le reste de la description , mais je ne puis m'empècher de vous rappeler les convois de Stanislav Staszic et du palatin Pierre Bielinski , parce qu'ils réunirent plusieurs milliers d'hommes, qui, en conduisant les dépouilles mortelles de ces illustres citoyens à leur dernière demeure voulaient rendre un hommage sincère à leurs vertus civiques. L'un ayant consacré sa longue vie à combattre des préjugés , laissa après lui de beaux souvenirs; l'autre, dernier président de la cour des sénateurs , donna des preuves de courage et de patriotisme. Tous deux s'étaient rendus te.lement recommandables auprès de leurs concitoyens, que le prince palatin Gzartor} ski regagna quel que popularité par les discours qu'il prononça sur leur tombe. -Après les cérémonies funèbres, il me reste à parler du couronnement de Nicolas. Le gibet et la Sibérie lui ayant frayt^ le chemin du trône, il partit pour Moskou, où il fut couronné empereur de toutes les Russies. De retour de cette capitale il confirma le décret qu'il avait fait rendre par le sénat russe centre lesPolonaisaccusésde crimes d'état, et songea à se faire couronner, à Varsovie, roi de Pologne. Il envoya , à cet eflet , une petite couronne impériale, qu'il appelait couronne de famille^ il ordonna au grand-duc de rendre la liberté à tous ceux qu'il retenait en prison sans jugement , et le força à cet acte tardif de justice (25). Il n'y eut que Vincent Niemoïovski»
(25) Nicolas recevait des ari:; clandestins; en les confrontant avec les réponses officielles, il ne trouva pas, dans celles-ci entre autres, lesdeui coupables dattentat à la vie du grand-duc Constantin,quin*étaient point traduits devant la justice. Nicolas ordonne qu*on les juge ou qu'ils soient élargis. Le grand-duc s*oppose au jugement à moins que son nom ne soit tenu secret On a peine à lui expliquer que Tanonyme serait contre toutes les régies de la justice. En attendant, les auguslos frères échangent leur correspondance, s*argumen tant de part et d'autre avec des maximes évangéliques, l'un ne voulant pas profaner son nom devant la justice et familiariser Topinion avec cette sorte de délit l'autre, persuadant son frère de faire juger les coupables, ou en bon
2î>i ROYAUME DE POLOGNE,
qui ne cessa d'être prisonnier dans sa campagne. Devant le château à Varsovie , Nicolas s'arrêta et embrassa cordialement son frère Constantin qui lui avait cédé la couronne. On fit assister, à la cérémonie du couronnement , les séna leurs, les nonces, les autorités civiles et militaires , et l'on plaça autour du trône polonais quelques soldats russes, dont Tuniforme rappelait le régiment de Smolensk, qui, sous les ordres de Souvarov , avait massacré les habitants de Praga. C'était un beau souvenir, le jour d'une pareille solennité. Au milieu d'un silence lugubre , l'empereur et l'impératiice montèrent sur les degrés du trône. L'empereur répéta à genoux un long serment terminé par une prière et s'étant revêtu de son manteau impérial, il plaça sur sa tête la couronne mosko\ite. L'archevêque-primât , s'écria trois fois, « Vivat rex » et, quoique il y eût une grande foule dans la salle, aucune voix ne répéta cette exclamation ; un silence glacial la suivit. Après la cérémonie , les spectateurs quittèrent leurs places et suivirent leurs majestés à l'église. Vn grand nombre de dames , placées sur un amphithéâtre élevé devant le château , ce qui faisait un tableau magnifique, regardaient tranquillement défiler le cortège impérial, et ne témoignaient d'autre sentiment que la satisfaction de la curiosité; pendant ce temps, le grand-duc Constantin faisait la police. Enfin , ces jours-là , il y eut beaucoup de grands dîners , de spectacles, de divertissements publics, de bals , où l'empereur et l'impératrice daignèrent danser. Les rues et les édifices publics furent illuminés on ne peut pas mieux. Peu s'en fallut, cependant, que toutes ces réjouissances ne fussent terminées par une scène tragique. Quelques jeunes Polonais avaient arrêté entr'eux de fairemain basse sur toute la famille impériale réunie à Varsovie, sans en excepter le petit Alexandre, héritier présomptif de la couronne, pensant qu'ils rendraient en même temps un grand service à la Pologne, à la Russie, et à toute l'Europe qui serait délivrée tout d'un coup d'un si grand fardeau. Plusieurs personnes
cIirélieD de leur donner la liberté. Celle correspondance est curieuse. Le grand-duc, preasiS par son frère, céda et fil ouvrir les portes de la prison a ses assassins.
paralysèrent leur plan; et tout le monde se sépara en paix : la f.i mille impériale retourna saine et sauve à Pétersbourg (26).
^1. Diète sous Nicolas.
La diète convoquée sous Nicolas en 1830 ; commença d'abord par marchander avec le ministre des fmances, pour retrancher quelque chose de la somme qu'il avait demandée pour le monumentqui devait être élevéà la mémoired'Alexandre, restaurateur de la Pologne. Puis elle s'occupa d'une loi sur le mariage et le divorce. Celle qui avait été votée cinq ans auparavant; ayant été trouvée mauvaise, le parti jésuitique, présenta par l'organe du gouvernement de nouveaux projets de loi pour lesquels Nicolas se prononça ouvertement. ilïi de ces projets fut adopté à l'unanimité par le sénat qui croyait qu'il n'y avait pas un grand inconvénient à remplacer une mauvaise loi par une autre qui n'était pas meilleure. La chambre des nonces ne fut pas du même avis : elle manifesta le vœu de revenir aux dispositions du code français : mais Fempereur-roi , espérant trouver dans la chambre des nonces la même docilité qu'il avait trouvée dans le sénat, dit aux nonces dans un entretien, que le code français était un code diabolique. 11 fut cruellement détrompé : la chambre des nonces sachant que son devoir était d'améliorer la législation , et non pas de remplacer de mauvaises lois par d'autres qui n'étaient pas moins en désaccord avec le besoin du pays , rejeta par quatre-vingt-douze voix contre vingt-trois le projet que Nicolas approuvait et que le sénat avait adopté à l'unanimité ! Nicolas en fut courroucé,
(26) On raconte au sujet de ce voyage, une élrangc anecdote concernant le petit prince royal, qui fait voir comment il se prépare à gouverner plus tard. En traversant la Litvanie et la ville de Riga, le peuple était d'autant plus curieux de le voir, qu'on avait répandu le bruit que c'était le petit roi de Pologne qui voyageait. La grande afflurnce déplaisait au petit roi, au point que maintes fois il arrachait le fouet des mains du cocber, et dispersait le peuple en frappant aux yeux et à la tête tous ceux qu'il pouvait atteindre de ses mains royales.
mais il n*y eut pas moyen de faire passer les mauvaises lois , car le pouvoir législatif appartenait aux chambres (27). Dans la dernière séance qui eut lieu le 28 juin , quelques membres de cette cbambre déposèrent sous le bâton du maréchal des accusations contre les ministres pour avoir violé la constitution , et il s'en fallut peu qu'ils ne fussent mis en jugement. Mais c'était moins aux ministres qu'il fallait s'en prendre , qu'aux deux monarques qui s'étaient imposés rois (.le Pologne.
/^2. les Polonais provoqués à rinsurrection par leurs ennemis mOmes.
Il n'y a que les ennemis mortels de la nation polonaise, qui puissent imputer aux Polonais comme un crime de réclamer le droit imprescriptible de tous les peuples , celui de conser-
(27) Les nouveaux projets de loi sur le mariage et le divorce devaient élre présentés par le gouvernement à la cbambre des nonces; cependant, lorsque le premier fut unanimement repoussé par les commissions de la diète, les ministres en improvisèrent un autre et le présentèrent d'abord au sénat. Il y eut dix sénateurs qui parlèrent contre; pas une voix favorable ne s* éleva en sa faveur; cependant, par une complaisance inexplicable, le sénat vota pour la loi. Ctiic condescendance d'un corps respectable n'en imposa aucunement aux nonces; le projet fut, le 24 juin, vivement attaqué: le discours du député François Wolowski, en particulier, qui traitait celte matière à fond, disposa suffisamment la chambre à le rejeter. On criait : à la clôture de la discussion! aux voix! Ceux qui étaient inscrits pour prendre la parole, y renoncèrent, et toutes les formes usitées exigeaient d'aller aux voix immédiatement, quand les ministres proposèrent d'ajourner le vote jusqu'au lendemain. Le maréchal se montra docile à y consentir, mais plusieurs nonces, surtout Jean Ledochovski, s'y opposèrent avec force et emportement. Départ et d'autre, on interprétait diversemenljes règlements. Les ministres espérant gagner beaucoup par les intrigues (le la nuit, recoururent encore à un nouvel expédient, ils envoyèrent demander l'opinion du roi Nicolas. Ce roi, qui voulait hautement que la loi proposée fut acceptée, donna son assentiment k l'ajournement. La chambre dut céder et remettre le vote. Tout fut remué dans cette soirée, crainte, flatterie^ espérance, promesses de chaires sénatoriales, de baux
ver rmtégritë et Tindépendance de la patrie. Aassi les usurpateurs et les protecteurs qui sont venus régner sur la Pologne, sans y être appelés, savaient-ils qu'il ne pourraient maintenir leur domination, qu'autant qu'ils feraient semblant de déférer aux vœux de la nation, en lui promettant de réunir tous les lambeaux de l'ancien ne Pologne, et de leur rendre une existence et une indépendance politique; Napoléon connaissait cet art de s'attacber les Polonais; Alexandre s'en servit avec quelque succès au commencement de son règne : mais le masque qu'il . prit tomba bientôt , et découvrit dans toute sa nudité la politique bypocrite, qui ne pouvait supporter la moindre étincelle de liberté, la moindre manifestation de Tesprit national. Le soi-disant restaurateur de la Pologne devenu son persécuteur , trahissant à chaque moment la peur qu'il avait des Polonais , par les violences
des biens nationaux, de fonctions, ^our gagner les esprits des nonces, on les suivait dans leurs demeures, dans les réunions particulières, au bal qui avait lieu ce jour-là. Certes, toutes ces menées n* ébranlèrent point la conviction universelle, n'affaiblirent que peu les dispositions de plusieurs ; cependant il convenait, il était même nécessaire, qu'à la séance reprise le lendemain 25 juin, il y eût une manifestation prononcée de la part des nonces et de la commission de la diète, contre le projet que lés ministres allaient encore motiver et défendre. C'est alors que le nonce Lelevel, comme un des commissaires, prononça un discours qui devait avoir son effet. Il y signala l'origine du projet gouvernemental, il remonta vers le principe de la question et le considéra sommairement sous tous les rapports, historique, ecclésiastique et légal, en observant ce qui se passait dans toute la chrétienté et en Pologne: il avoue que de graves inconvénients existent dans la loi établie depuis peu, parce que cette loi s*éIoigne des principes du code el > des dogmes des premiers siècles de la chrétienté ; mais que ce n'est pas une raison pour la remplacer par d'autres inconvénients plus graves peut-être; il demande enûn que le gouvernement explique les empé« chcments occultes qui entravent l'exécution de la loi existante. En dernier lieu, on laissa parler les ministres, qui évitant toujours dos explications franches, chantaient la palinodie, ou comme on disait, le requiem à la loi. Au vote, la cinquième partie de la chambre donna son approbation, les quatre cinquièmes furent contre. Ces votes réunis avec l'unanimité du sénat, donnaient encore plus de dix voix contre ic projet.
t98 ROYAUME DE POLOGNE.
qu'il commettait, et les précautions dont il s'entourait, leur rappelait, pour ainsi dire , ce qu'ils avaient à faire, et leur faisait entrevoir la possibilité de se délivrer d'une protection qu'ils n'avaient pas demandée, et qui manifestait tant de frayeur. En multipliant les arrestationsetlesprocès politiques, le restaurateur prit à tâche de leur persuader qu'ils étaient on conspiration permanente , et par cela même , il les provoquait à se compter, à serrer leurs rangs, et les forçait, en quelque sorte, à préparer les moyens d'une prochaine insurrection. Les opprimés , ne pouvant échapper à l'oppression, cherchent nécessairement à la repousser par la force; et une nation qui aurait la patience de supporter sans fin son abaissement , serait lâche et indigne d'occuper une place dans la grande famille des peuples.
!i3. Conspiratiou (28).
Le procès du vieux Soltik et de ses co-accusés , fit voir qu'il y avait des hommes , qui , voulant secouer le joug imposé à leur patrie, complotaient dans ce but, conjoin-
(28) Il y a déjà beaucoup de publications sur la révolulion de Pologne en différenles langues. Elles touchent souvent à ce point obscur de conspiration.
On a des histoires en allemand par Hund Radovski, Spazier et fiiitres; en anglais par ITorcii/nsfci; en Amérique, à New-Yorck, par fletcher, traduit en français par Alphonse Yiollet.
RomanSoUyky}di Pologne, précis de sa révolution. Paris, 1833, deux ^Tt)lumcs.
Louis Mieroslavski, histoire de la révolution de Pologne, précédée J'une étude des mœurs et de la servitude du peuple polonais depuis 1815. Ghàteau-Xhierry, 1836. trois volumes. Une nouvelle édition doi^ paraître.
Maurice Mochnachi^ insurrection de la nation polonaise en 1830, ({^n polonais), Paris, 1834, le premier et le second volume. L'ouvrage n'est pas terminé; Louis Mieroslavski en a promis la continuation*
Joseph Siraszevicz, les Polonais et les Polonaises de la révolution (lu 29 novembre, ou cent portraits et biographies des personnes qui ont
CINQrlÈME PÉRIODE, DE 1814 A 1830. 299
teraent avec les Russes, mécontents de leur gouvernement despotique. La non-réussite de Tinsurrection préparée par les patriotes russes , et les malheurs qu'éprouvèrent ses chefs, ne découragèrent point les Polonais. Depuis long-temps , les hommes les plus recommandables par leurs lumières et leur patriotisme, entretenaient entre eux des relations secrètes , et en provoquaient parmi la jeunesse que la politique protectrice des restaurateurs de la Pologne avait aussi honorée de ses persécutions. Plus de quatre cents officiers de Tarmée polonaise entrèrent dans la conspiration que dirigeaient les sous lieutenants Pierre Vysocki et Joseph Zalivski. On y comptait aussi l'école des porte-enseignes, soumise à la discipline la plus rigoureuse, et le quatrième régiment de ligne, que le grand-duc comblait de faveurs. En se déclarant avec la plus grande énergie pour la cause de la liberté, ce régiment prouva que les faveurs d'un tyran rappellent à rhomme le sentiment de sa propre dignité. Dans le civil, Tasfiguré dans la dernière guerre de TindépenJance. Paris, 1832-1837, infolio ou m-8.o
Jean Czinski, biographies des homoies du jour ; celles des Polonais séparément Urées.
Quelques réflexions générales se trouvent dans des brochures : Thaddée Krempoviecki, discours prononcé à Paris, à Tanniversaire du 29 novembre, en 1832. — Potulicki^ coup-d*œil sur la révolution de Pologne, en 1830. Avignon, 1832. — /osep/i Za26$/d, révolution de Pologne (en polonais). Toulouse, 1834.
Joseph Zalivski, la révolution polonaise du 29 novembre 1830, Paris 1833.
Michel Podczaszinski rédigea quelques arlicles sur la révolution polonaise, et les inséra dans la Revue des Deux-fHondes, des mois d'août et de septembre 1831. Ces articles, rédigés sur les noies de Leievel. n'embrassent que jusqu'à la fin de la dictature.
Le général Proudzynski, qui traça tous les plans des opérations militaires, avait donné, sur la demande de l'empereur Nicolas, une description de ces opérations, qui fut communiquée à Frédéric von Smitt. Celui-ci publia en allemand Thistoire de rinsurreclion et de la guerre de Pologne, Berlin, 1839. Histoire dans un sens contraire aux insurgés. Une réfutation de son ouvrage est publiée en allemand, aussi, par le général Vminski. Beleuchtung, à Bruxelles, 1840.
sociation secrète était encore plus répandue. Tout ce mouvennent entretenu principalement par la jeunesse se concentrait en partie, dans les murs de Varsovie, et ne dépassait pas à cette époque les limites du royaume établi par le congrès de Vienne. La jeunesse comptait sur les ressources de ce petit pays de quatre millions d'habitants, sur celles du trésor et de la banque, sur Irenle mille hommes de troupes qui devaient former le noyau d'une grande armée nationale , et enfin, sur les bonnes dispositions de la nation polonaise sousquelque gouvernement qu'elle se trouve. Elle espérait aussi que les patriotes russes ne négligeraient pas de profiter d^ cette occasion pour renverser le despotisme de leurs empereurs , et proclamer la liberté de leur patrie, Elle comptait enfin sur les événements favorables dii dehors. Un mois après la clôture de la diète par Nicolas, une révolution éclata à Paris et les Français chassèrent un roi qui avait abusé de son pouvoir; bientôt après, les Belges en firent autant , et il se manifesta, sur plusieurs points de l'Allemagne, des soulèvements populaires. Nicolas se préparait à comprimer et à punir les révolutions de l'ouest, Les armées russes et polonaises reçurent l'ordre de marcher vers le Rhin. Il parut urgent de prévenir le déplacement des troupes, et le jour du 29 novembre fut fixé pour commencer la révolution. Les patriotes polonais pensèrent, qu'en suivant le mouvement révolutionnaire de la France , de la Belgique , ce serait mettre ces pays à l'abri d'une brusque invasion projetée par le despote du nord, et leur donner le moyen de venir eux-mêmes au secours de la Pologne, qui voulait aussi reconquérir son indépendance et sa liberté. Cependant il eût été plus utile de s'entendre avec les Russes, si à cette époque, on eût pu renouer avec eux le fil des négociations rompues depuis la non-réussite de la révolte de Pétersbourg.
/i!î. 29 Novembre : Conseil d'administration. (29).
Les événements de la nuit du 29 novembre, n'ont pas répondu au plan arrêté. Le signal convenu ne fut pas aperçu,
(21)) Hichel PodczaszinsM, la nuit du 39 novembre 1830, àVarsovic. ParîS 1833.
Vincent i\'îC?softoc, l'école des Bombardiers dans la nuit du 29 novembre fcn polonalf) . Mont-de-Marsan, 183i..
ce qui mit du troubledans les mouvements insurrectionnels ; les troupes russes qui devaientètre désarmées, ne furent que délogées de leurs casernes, et forcées de sortir de Varsovie. L'intrépide jeunesse s'empara du Belvédère, en chassa le grand-duc,mais elle neput s'y maintenir,etlegrand-ducentra encore une fois dans son château (30). Il ne périt que peu de monde des deux côtés; quelques-uns furent tués par hasard; quelques généraux, qui avaient été les instruments dociles des violences du grand duc, furent mis à mort : cependant Rozniecki, le plus vil séide du tyran, échappa à la colère des insurgés (31). Ceux qui étaient à la tète du soulèvement devaient établir un gouvernement provisoire, ce qui aurait tout de suite tranché la question concernant le pouvoir de Nicolas, et donné aux affaires une impulsion révolutionnaire, mais n'ayant pu se retrouver par suite de la décomposition qui s'était introduite dans les opérations qu'ils dirigeaient^ il leur fut impossible de prendre cette mesure (:'oà dépendait peut-être le salut de la révolution. Le conseil d'administration, nommé par Nicolas, dépourvu de toute considération publique, profitant de cette circonstance, se mit à délibérer et à gouverner la révolution. Le prince Lubecki, ministre des finances, qui jouait le premier rôle dans le conseil, et le prince Adam Czaztoryki, se rendirent dans la nuit au Belvédère, auprès du grand-duc
(30) Joseph Zallvski, Pierre Vysocki et Pierre Urbanski, sont les chefs de la coospiration et du mouvement. Florien Dorabrovski fit le premier pas, en faisant entrer des munitions dans la ville au grand jour, à 4 heures de relevée. Trzaskovski, Kiekicrnicki, Szlegcl, etc. Ole. — Arthur Zavisza, était chef des étudiants de l'université.
(3 Ij II périt huit généraux, Novicki, par accident ; Slas Potocki, à lu suite d'une trop longue et trop obstinée hésitation; Slemionlkovskî, Trembicki, à cause de la servilité, de l'honneur mal entendu; Blumer et Ilauké, décrétés pour leurs méfaits; avec ce dernier, son chef d*élatmajor Ménciszevski. Les deux généraux russes Zass et Gendre, fidèles sat Ilites du grand-duc. Le président de la police, Mathée Lubovidzki, fut percé de treize coups de baïonnette. Dés qu'il fut guéri, il s'évada un peu avant la nouvelle année. Son évasion renversa le crédit et la dangereuse influence de la famille de Lubinski. — Plusieurs généraux russes sont restés prisonniers de guerre.