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INSURRECTION

pour l'engager à se servir de son pouvoir discrétionnaire, pour faire punir les perturbateurs : le grand-duc leur répondit qu'il ne voulait pas se mêler dans la querelle des Polonais , et sortit de la ville. Le ministre des finances réunit alors le conseil d'administration , et appela à y prendre place les princes Adam Czaztoryski et Michel Radzivill , ainsi que Niemcévicz et Kochanovski , jouissant d'une grande considération publique qu'ils devaient à leur âge et à leur mérite, et il essaya d'apaiser l'insurrection par une proclamation publiée dans la nuit, laquelle révolta tous les esprits. Au point du jour, soit peur, soit qu'il comprit mietix la nature du mouvement , Lubecki entra dans les vues des insurgés, et commença à faire des concessions à la révolution. Le conseil d'administration , changeant de caractère , allait se dissoudre, parce que plusieurs de ses niembres , repoussés par l'opinion publique , se retiraient. Lubecki, afin de lui donner plus d'activité , dans le sens de la révolution, appela à partager ses travaux, Léon Dèmbovski, sénateur castellan, et trois nonces, Gustave Malachovski, Yladislav Ostrovski et Joachim Lelevel , qui , pendant la dernière session, avaient présidé les commissions de la diète.

Ub. Incertitude le lendemain de la révolution. (32).

Le grand-duc Constantin, le lendemain, avait avec lui toutes les troupes russes, au nombre de huit mille hommes, trente canons, beaucoup de munitions et quelques détachements de Polonais ; il campa dans les allées et sous les murs de Varsovie. Modlin, qui renfermait toutes les munitions de guerre, avec une garnison composée moitié de polonais, moitié de russes, n'avait de communication, ni îi\i.x le grand-duc, ni avec la capitale. Les insurgés, à Var^-o- ^ie, n'avaient que quatre mille hommes de troupes et trèspeu de munitions. Les maisi ns et les boutiques étaient

(32) Charles UeffmannM grande semaine des Polonais; Paris, 1 83 1 . Louis Mierosîovskif lableau de la première époque de la révoliUion d4? Tolognc; Besançon, IS33.

CINQmËME PÉRIODE, DE 1830 A 1831. 303

fermées, le peuple avait pris, à l'exemple des militaires, la cocarde tricolore, (amarante, blanc et bleu); muni de toutes espèce d'armes, il faisait grand bruit dans les rues, en tirant en l'air et répandait l'épouvante dans le camp ennemi et au quartier-généraldu grand-duc. Le général Gblopicki, appelé par le conseil d'administration au commandement de Tarmée, se cachait sans qu'on pût le trouver, et pendant que Tarmée était sans chef, le conseil attendait des nouvelles des palatinats et des régiments cantonnés loin de la capitale. Le conseil, sans désavouer Nicolas , passait sous silence son nom ; cependant il était facile de voir qu'il ne voulait pas rompre irrévocablement avec lui. Les proclamations publiév s au nom du conseil , avaient pour but d'inviter les habitants à se calmer, à rentrer dans l'ordre, mais il fut impossible d'obtenir des princes Czartoryski et Radzivill , et de ceux qui suivaient leurs avis, de rien publier au nom et dans l'intérêt de toute la nation. Il y eut des personnes qui , s'apercevant de la mauvaise direction qu'on imprimait à la révolution , en prévoyaient les suites funestes. Dans le club formé le premier décembre, des plaintes menaçantes s'élevèrent contre les personnes princières, et contre Gblopicki, qu'on signalait à la méfiance publique : mais ces justes accusations, n'étant appuyées par aucune démonstration active, restèrentsans effet, et le conseil d'administration continuait à délibérer sans obstacles.

i^6. Retraite du grand-duc Constantin. — Gouvernement provisoire. ■

Le grand-duc Constantin, logé dans une petite auberge appelée Yierzbna, s'Informait de tout ce qui se passait en ville. Ayant manifesté le désir d'être éclairé verbalement par quelqu'un du conseil d'administration , les princes Lubecki et Czartoryski, accompagnés de Vladislav Ostrovski et de Lelevel, se rendirent auprès de lui. Dans cette entrevue, Lubecki, prétendait que la révolution de Varsovie n'était qu'une émeute contre les ministres et autres fonctionnaires publics, ayant pour but la défense de la constitution^ Lelevel soutenait que c'était bien plutôt une insur^

3(14 BÉVOLUTIW.

rection nationale, et qne la nation entière n'attendait que ce signal pour se lever et réclamer les armes à la main ses droits imprescriptibles. Après cette explication, le grand-duc déclara que, pour éviter Teffusion du sang, il ne ferait aucune démarche hostile envers le royaume, ni contre la capitale, et permit de rendre publique sa déclaration. Il se peut bien que dans Tentrevue de Vierzbna, les princes qui étaient de la députation se soient concertés avec le grandduc sur ce qu'ils devaient faire. Ce qu'il y a de certain, c'est que pendant qu'Ostrovski et Lelevel lui représentaient la nécessité de quitter immédiatement la Pologne, les princes rengageaient à rentrer à Varsovie, et quand ils furent de retour au conseil, ils lui écrivirent pour l'engager à sortir du royaume (33). 11 suivit leur avis. Le lendemain, 3 décembre, le grand-duc congédia les détachements polonais qui étaient avec lui, en déclarant qu'il se mettrait en marche avec les troupes impériales, et qu'il espérait de la loyauté polonaise qu'ils ne seraient pas inquiétés dans leur retraite. Il marchait à petites journées, n'étant tourmenté que parle mauvais temps. Après le retour de la députation de Vierzbna, il se lit un grand changement dans le conseil d'administration. Aussitôt qu'on eût décidé d'établir un gouvernement provisoire, Lubecki déclara qu'il se retirait du conseil et qu'il ne garderait que le ministère des finances. Il lui tardait de se rendre en mission à Pétersbourg, et il se mit à rédiger des rapports sur ce qui s'était passé à Varsovie. Avant que la nuit fut arrivée, le conseil d'administration se sépara pour ne plus se réunir. Le prince Czartoryski, Léon Dèmbovski et Lelevel, formèrent dans la nuit le gouvernement provisoire en y appelant Niemcevicz, Pac, Ostrovski et Kochanovski, auxquels se réunit bientôt le princeMichel Radzivill. Jevous cite les noms de ces citoyens, parce que dans le cours des événements politiques, plusieurs d'entre eux reparaissent plus d'une fois sur la scène. Ce fut Lubecki qui les appela d'abord, en grande partie, comme ayant la confiance de la nation, confiance qu'ils possédaient en efiet, puisqu'il leur

(33) La descriplion de Tentrevue à Vierzbna, rédigée par Lelevel ci retouchée par L'Iad. Oslrovski, availélc publiée à Avignon, 1832.^

fût permis de s'imposer ainsi de leur propre chef sans qu'aucune voix ne s'élevât contre eux. Bien que plusieurs d'entre eux aient obtenu plus tard les suffrages de la diète, il n'en résulta rien de bon pour la cause nationale. Le premier soin du gouvernement provisoire fut de convoquer la diète.

Ul* Insurrection générale. Allégresse.

La nouvelle de la révolution qui venait d'éclater à Varsovie, se répandit dans le pays avec la rapidité de l'éclair j et partout où elle arriva, il n'y eut ni ville ni canton où les sentiments nationaux ne se manifestassent dans toute leur force. L'armée se montra animée du même sentiment, prête à voler à la défense de la patrie. En deux jours, tout le royaume fut en pleine insurrection. La nation sentit que, depuis la chute delà Pologne, jamais une occasion plus favorable ne s'était présentée pour essayer de combattre ses tyrans et de se relever par ses propres forces. Pénétrée de là grandeur de son devoir et prête à tous les sacrifices, elle appelait avec confiance le jour du combat, et se livrait aux émotions que lui inspiraient le bonheur d'être délivrée du joug qui pesait sur elle, et l'espoir de \mv renattre de ses cendres une Pologne libre et indépendante. Tout le monde se livrait aux transports de la joie, se félicitait. Chacun 'voulait transmettre ses âans aux autres. Les membres du gouvernement recevaient les assurances d'une foule de citoyens qui accouraient de tous les points du royaume pour exprimer tout ce que leur patriotisme et leur enthousiasme leur inspiraient dans ces jours de bonheur. Quel cœur eût été assez dur pour rester indifférent à la vue de toute une nation qui, s'étant levée pour défendre la cause sacrée de la liberté, et à la veille de commencer une guerre à mort, se livrait avec le plus touchant abandon aux espérances de l'avenir. Aussi, ce n'est pas sans un pénible sentiment de regret, que je me vois obligé de vous dire, mes enfants, qu'au milieu de l'allégresse générale, Chlopicki, qui sortit enfin de sa cachette pour prendre le commandement de l'armée, fut le seul qui se montra sombre et mécontent. Un jour, les membres du gouvernement furent frappés d'étonnement par

so

lin autre événement. Ils virent entrer d'un pas léger un officier qui venait déclarer froidement qu'il accédait à la révolution, mais qu'il n'oublierait jamais le serment de fidélité qu'il avait prêté à Nicolas. C'était un colonel, et ceux de mes lecteurs qui le connaissent, qui se rappellent son nom, qu'ils le nomment.

A 8. Ghlopicki prend la dictature.

Ceux qui ne croyaient pas que la Pologne pût jamais se relever par ses propres forces étaient divisés d'opinion sur la puissance dont on pouvait espérer des secours. Les uns comptaient sur la France, les autres sur la Russie, et, depuis la chute de Napoléon un troisième parti s'était forméplaçantses espérances sur l'Autriche. Cette diversité d'opinions fit avorter l'insurrection nationale. Pendant les quinze années de l'existence du royaume depuis le congrès devienne, les hommes du système russe se multiplièrent. Ils se glissèrent dans le parti du mouvement révolutionnaire, et, possédant quelque crédit dans le pays, ils surent s'emparer de la révolution et l'entraîner dans des voies opposées aux vœux et aux besoins de la nation. Nous avons signalé que le coryphée du système russe était le prince Lubecki. Il n'avait jamais déclaré avoir changé d'opinion, et s'en cachait si peu, qu'au moment de partir pour Pétersbourg avec les rapports qu'il avait préparés, il diait qu'il espérait gagner Nicolas à la révolution. On ne peut pas douter, qu'avant son départ, il ne se fût concerté avec les partisans russes , sur les meilleures mesures à prendre pour étouffer l'insurrection, et l'apparition de la dictature ne fut que le résultat dtt plan qu'ils avaient adopté. Chlopicki, qui n'avait pas encore déridé son front, que la nouvelle de la révolution avait couvert de nuages, s'abandonnait aux plus violents emportements quand on venait lui 4tnncncer que des citoyens se rassemblaient pour délibérer sur les affaires publiques, que des plaintes s'élevaient contre ht mauvaise direction imprimée à la révolution ; mais ce qui enflammait sa colère, c'était le club patriotique, où des orateiïîti dévoués exposaient avec beaucoup de justesse leur iiwiiière de comprendre la situation du moment, et propo-

saient des mesures énergiques pour sauver la révolution. Le 5 décembre, il ordonna une revue de Tarmée rassemblée autour de la capitale. Revêtu de son ancien uniforme, coiffé d'un chapeau à la Napoléon et entouré d'un petit cortège d'officiers, il se rend d'abord à la salle des séances du gouvernement, où il déclare qu'il s'empare de la dictature, et qu'il la gardera jusqu'à l'ouverture de la diète. De là, il se dirige vers la place où il devait passer la revue; la foule qui le suit, ne se possède plus de joie à la vue du chapeau qui avait alors un charme indéfinissable. Le gouvernement provisoire, en partie complice du mystère qui couvrait l'origine de ce nouveau pouvoir, ne s'oppose guère à cette usurpation, et le peuple croit que le dictateur est institué par le gouvernement.

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