‹ Histoire de PologneChapitre 178 sur 219 · Gouvernement du dictateur Chlopicki · texte numérisé non relu

Gouvernement du dictateur Chlopicki

Chlopicki forma, pour s'en aider, un conseil suprême, où il appela les princes Adam Czartoryski et Michel Radzivill , Vladislav Ostrovski , Léon Dembovski et Stanislav Barzykovski. Ainsi , il y eut des ministres en non-activité et des ministres par intérim responsables ; un conseil suprême , sous les ordres du dictateur, un dictateur irresponsable» et à Pétersbourg un roi de Pologne irresponsable , avec lequel le dictateur parlementait. Chlopicki maintenait le royaume et sa constitution dans le meilleur ordre; bien qu'il souhaitât de pouvoir rétablir la censure, il disait que dans la commotion du royaume, il ne pouvait voir une insurrection nationale, mais seulement une émeute occasionnée par la violation de la constitution. Curieux de savoir ce que pensaient les Polonais dans les gouvernements et dans les régiments russes , il répondait à ceux qui venaient de l'autre côté du Bug ou du Niémen lui annoncer qu'ils étaient prêts à lever rétendard de l'insurrection, que pour eux, il n'avait pas de pierre à fusil. Plus d'un polonais qui avait quitté le service

Sis RÉVOLtmON.

russe pour venir défendre la patrie, se voyait repoussé par le dictateur; d'anciens militaires du temps de Napoléon n'étaient pas mieux accueillis. Gomme la nation voulait absolument s'armer, et que le dictateur ne pouvait s'y opposer , il laissait organiser, sur tous les points, des gardes de sûreté, des gardes nationales, de nouveaux régiments , et ajoutait aux anciens un quatrième bataillon : mais toutes ces troupes nouvellement levées formaient, d'après les dispositions du dictateur, un corps séparé qui ne pouvait se mêler à la vieille armée. Il faisait établir de grands magasins à Lomza , à Lublin , comme s'il se proposait d'aller chercher l'ennemi au-delà du Bug et du Niémen. En attendant, il disposa l'armée en forme de croissant et se garda, non-seulement de l'avancer vers les frontières pour ne pas provoquer l'insurrection dans les .bataillons russes, mais il déclara qu'aux premières hostilités il ferait un mouvement de retraite et concentrerait l'armée en triangle sous les murs de Praga, pour la vouer à une boucherie, parce que c'était son sort irrévocable, suivant son opinion et sa propre expression. Les antichambres et les salons du dictateur servaient d'échos aux mensonges et aux bruits les plus absurdes, qui l'effrayaient de plus en plus. Il prévoyait de prétendus complots révolutionnaires , des attentats à sa vie , ne se croyait plus en sûreté dans sa propre chambre et n'osait pas quitter Varsovie un seul instant pour se rendre à l'armée (36). Les négociations de Chlopicki avec son maître Nicolas n'eurent aucun succès. Tout en remerciant dans les termes les plus bienveillants le dictateur de sa fidélité et de ses services , l'autocrate russe foudroyait les Polonais dans ses manifestes , menaçait de les exterminer, et provoquait contre eux l'orgueil et la haine des Aloskovites. La politique du dictateur se dévoilait de jour en jour dans toute sa monstruosité, et quand la commission de surveillance lui faisait des représentations, il boudait, s'em-

i^û) Voyez accusation et arrestation de Lelevel, le 11 janvier ; Htvnt des deux Moiuies, vol. III, p. 405-406.

Dls éclaircb^menls sur cette affaire se trouvent dans les articles de la Kcvue des deux mondes, vol. III, mois d*aoùt et septembre da t'aanéc 183 t.

portait et tombait dans des accès de colère qui le privaient de l'usage de sa raison. La commission décida, le 18 janvier, de ne plus souffrir ce pouvoir monstrueux, et le jour suivant Ghlopicki déposa sa dignité.

5^. La diète proclame la déchéance de Nicolas; nomme un général en chef et établit le gouvernement national.

Aussitôt que la dictature fût abolie, la diète se réunit pour ranimer la révolution dont on s'efforçait d'empêcbor le développement. Après avoir annoncé qu'aucun citoyen ne pourrait refuser d'accepter les fonctions qui lui seraient confiées par les suffrages de la diète, elle appela le 20 janvier, le prince Michel Radzivill au commandement de l'armée. Cinq jours plus tard, le 25 janvier, après avoir entendu toute l'histoire des négociations entamées avec l'empereur de Russie, lesmembresde la diète s'écrièrent : «Plus deNicolas, à bas Nicolas. » C'est ainsi qu'on proclama la déchéance de Nicolas du trône de Pologne. Cet acte fut rédigé sur-le-champ, et signé par les membres de la diète. En même temps que la diète reprenait ses travaux, on ouvrait deux clubs : l'un, connu sous le nom de société patriotique, n'était que la continuation du premier club dispersé sous la dictature, et l'autre, celui des frères réunis de Litvanie, agissait au nom et dans l'intérêt de la bonne cause des Polonais qui étaient demeurés dans les gouvernements, et que le dictateur avaitmis tantd'entêtement à repousser et à renier .LesPolonais des gouvernements, qui se trouvaient alors dans la capitale, s'associant àlamotion des clubistes, présentèrent une adresse à la diète qui l'accueillit favorablement, et y répondit en ordonnant la formation des légions litvanienne et russienne (37). Le 1«' février, la diète établit le gouvernement national

(37) L'histoire des frères Ulvaniens réunis , et la formation des légions litvaniennes, a été rédigée dans un petit ouvrage et publié à Varsovie, par Léopold Savaszkiezvicz, un des délégués à la diète au nom de la Litvanie. La députation qui porta l'adresse aux chambres, fut composée d'Alexandre Vérészczinski , Léopold Sawaszkiezvicz , Antoine Bernatovicz, JeanToplicki, Adolf Giedroic et Louis Benlkovski.

composé de cinq membres qui furent : le prince Adam Czartoryski, président; Vincent Niemoïovski, Théophile Moravski , Stanislav Barzykovski et Joachim Lelevel. Il parut à cette époque quelques nouvelles feuilles périodiques, entre autres la Nouvelle Pologne , qui découvrit dans Pacte de déchéance de Nicolas les moyens secrets que s'étaient ménagés les partisans du système russe pour rappeler au trône sinon l'empereur Nicolas, qui en était déchu, du moins l'un de ses fils dont il n'était pas question dans l'acte de déchéance. On aurait dû croire que tous les partisans de la politique russe avaient enfin abandonné leurs illusions. Le prince Czart»ryski, qui n'avait pas regardé d'un œil favorable l'adresse que les frères-réunis avaient présentée à la diète, considérait la déchéance et la rupture définitive avec Nicolas comme prématurées : cependant, en acceptant la présidence du gouvernement national, il déclara solennellement à la nation, dans les deux chambres réunies, qu'il avait longtemps espéré que les autocrates russes rendraient àla Pologne sesanciennes limites et son antique nationalité, mais que la révolution ayant dissipé ses patriotiques espérances tant de fois trompées, il se réunissait à la volonté de la nation , et voulait en partager le sort et les dangers. Il semblait alors que le parti russe avait disparu pour toujours et ne trouverait plus de crédit auprès de personne. La suite des événements va nous faire voir comment il s'est transformé et avec quelle audace, il a relevé la tète.

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