Défaite d*Ostrolenka
Diebitch après avoir pénétré le projet et compris les opérations du général polonais, partit deSiedlcé, surprit Thomas Lubinski près de Nur, et tomba à marches forcées sur Skrzynecki qui ne se doutait de rien, au moment même où le reste de l'armée polonaise sortait d'Ostrolènka. Il ne lui fut pas difficile d'occuper cette ville le 26 mai^et de déployer sur ses hauteurs une nombreuse artillerie avec laquelle il commença à balayer la rive opposée de la Narev, qui lui offrait toute l'armée polonaise à découvert sur une basse plaine. Après un combat meurtrier^ il s'empara aussi du pont par lequel il fit déboucher ses colonnes en masse. Skrzynecki , opposant une résistance vigoureuse , faisait
(49) Sur ce point les partisans rendirent de grands services danscette guerre. Ils étaient conduits par Yalentin d'Hauterive, Puszet, Zalivski.
(50) Voir la note 41 et 28.
Jean Népomucène Uminski; récit des événements militaires de la bataille d'Ostrolènka. Paris 1S3$.
avancer des régimentsqai allaient fondresnr leurs adversaires et mourir sous le feu terrible de l'ennemi. £n combattant luimême aux premiers rangs, il montra toutes les qualités d'un brave soldat, malheureusement il lui manquait celles d'un bon général en chef. Pendant que les deux armées se disputaient le terrain avec un acharnement terrible, Bem acourut avec sa batterie, et les Russes furent à leur tour culbutés et rejetés de l'autre côté de la rivière. Skrzynecki, maître du champ de bataille, l'abandonna précipitamment, en écrivant au gouver nement national que tout était perdu. Il envoya Dèmbinskien Litvanie, et donna des ordres à Gielgud, coupé par l'ennemi, de se diriger vers cette province; lui-même se retira à Praga. Il périt à la bataille d'Ostrolènka autant de monde que dans tous les premiers combats de plusieurs jours, près de Grochov. Trois cents officiers furent tués; le jeune général Kicki, qui donnait les plus belles espérances, et le vieux général Henri Kaminski, y perdirent la vie ; )e général Pac reçut plusieurs blessures (51). Diebitcb, loin d'occuper le champ de bataille évacué par le général polonais, et de le poursuivre dans sa retraite, s'arrêta à Ostrolènka, sans oser rien entreprendre, en dirigeant toute son attention du c6té de la Litvanie. L'armée polonaise, après s'être reposée à Praga, fut bientôt prête à se mettre en campagne, seulement le général en chef ne se montra pas disposé à profiter de l'ardeur des soldats. C'est ainsi que Skrzynecki, après ses menuets dansés sous les remparts de Siedlcé, par sa galoppade jusqu'à Tikocin, ferma le bal et les branles lugubres. Maisavant d'expliquer de quelle manière il a quitté le festin, nous devons tourner notre attention sur différentes autres circonstances.
64* Insurrection, révolution*
Pour que la Pologne, morcelée depuis si long-temps par des partages successif, puisse réunir tous ses tronçons et rétablir son existence, il lui faut l'indépendance et la liberté;
(51) Les combaU de Grochov sont des joarnées de soldats et l'affaire d'Ostrulénka offre une journée d'officiers, tant il en périt.
318 RËYOLUTION.
des améliorations progressives, deTégalitë dans la jouissance des droits. On ne peut obtenir les premières sans soulever eu même temps les autres. Le moyen le plus sûr pour arriver à l'indépendance est Tinsurrection nationale; la conquête du droit d'égalité et les améliorations ne peuvent s'accomplir que par une réforme ou une révolution sociale. Ceux qui croient pouvoir terminer heureusement une insurrection nationale sans le secours de la révolution, compromettent gravement la cause de la patrie. S'il est des hommes qui s'embarrassent peu de l'indépendance du pays, qui ne se soucient guère quel maître lui impose le joug, pourvu qu'on les laisse exploiter sans obstacles les hommes de condition inférieure, pourvu qu'ils remplissent avec succès leur bourse avare , faut-il s'étonner que ceux qui n'ont aucun espoir d'améliorer leur position sociale par le rétablissement de l'indépendance, restent spectateurs indifférents et inactifs. On compte dans toute la Pologne vingt millions d'habitants, et dans ce grand nombre, l'immense majorité attend toutes sortes d'améliorations. Aussi long-temps qu*on ne lui assurera pas la jouissance de tous les droits et de tous les bienfaits sociaux qui favorisent le progrès, aucune insurrection ne pourra être couronnée de succès. Si tout ce peuple animé par l'espoir d'un meilleur avenir, venait à se lever comme un seul homme , il n'y a pas d'armées quelque nombreuses et redoutables qu'elles puissent être , qui ne soient écrasées par lui dans une guerre nationale allumée sur tous les points de l'ancienne Pologne. Ce peuple puissant ferait évacuer son pays à tous les dominateurs allemands, moskovites, et ne se laisserait point imposer de rois, d'empereurs, de joug étranger. Car, si les rois voisins qui ont partagé son pays, commandent à des millions de sujets, aucun d'eux ne saurait les arracher à leurs foyers et les jeter en Pologne; ils ne peuvent y introduire que des milliers de soldats. Mais que pourraient les bandes les plus nombreuses et les mieux aguerries, là où des millions d'hommes, réunis par une même pensée, manifestent la même volonté. Mais pour qu'un peuple opprimé soit poussé au combat, il faut qu'il soit électrisé par une grande idée, il faut que chaque individu ait la certitude de conquérir, en combattant, la
liberté, la propriété et Tégalité des droits, sans lesquelles il ne peut y avoir d'améliorations sociales. Or, eu examinant rétat social de la Pologne démembrée depuis tant d'années, on y découvre de nombreux obstacles qui s'opposent tant à rinsurrection qu'à la révolution, et qui dans ces derniers temps ont contribué à affaiblir et à renverser l'une et l'autre En commençant l'œuvre de la régénération, le premier soin sera de les écarter. Il y a en Pologne des classes d'babitants qui attendent dans des positions différentes et avant tout, des améliorations sociales.