Changements opérés chez les Israélites
LesIsraélites,comme toutes les autres nations,ont subi dans notre siècle des révolutions ou des transformations sociales. Depuis la chute de la Pologne, différents gouvernements se prirent à les réformer et à combattre à force ouverte leurs préjugés. En Galicie, où ils ne sont pas exempts du recrutetement, on emploie souvent des mesures violentes pour les forcer à fournir leur contingent. Dans les provinces polonaises incorporées à la Russie, l'empereur Nicolas en a ordonné tout autant, et foulant aux pieds tous les sentiments
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de rhumanlté, il leur faitenlever leurs petits enfants pour les envoyer au service d^ la marine, ce que les Hébreux n'ont même pas fait sous leur roi Salomon. Dans le royaume de Pologne on supprima leurs comités administratifs appelés l^ahal, et on limita le pouvoir des rabbins. Cela leur apporta quelque soulagement en les délivrant d'une foule de vexations qu'ils a valent ,à supporter de la part du kahal et des rabbins. Mais en même temps, on les écrasa d'impôts et on leur défendit d'avoir des distilleries, des cabarets, des débits de boissons, ce qui enleva à la plupart d'entre eux leurs moyens d'existence et les réduisit à la misère. On voulait les forcer par là à se livrer à l'agriculture; toutefois on vit, après plusieurs années, qu'au lieu d'accroître le nombre des cultivateurs , on avait augmenté celui des malheureux couverts de haillons , qui ne voulaient pas entendre parler de travaux agricoles (52). Cependant, il parut parmi les Israélites des hommes vraiment éclairés, qui, comprenant mieux les relations sociales et se rapprochant sincèrement des chrétiens, furent accueillis en frères. Ils sentaient» qu'outre la science de l'ancienne loi, cultivée avec tant d'ardeur par leurs co-religionnaires, il y a d'autres connaissances qui relèvent la dignité de l'homme. Aussi on méditait beaucoup dans le royaume sur la meilleure organisation des écoles israélites ,'et on commença par en établir une pour former les rabbins. Quoique les israélites éclairés dirigeassent eux-mêmes ces améliorations, il y en avait d'autres plus attachés à leurs anciennes préventions, qui s'en offensaient, pensant que les lumières qu'on se proposait de répandre parmi eux, finiraient par affaiblir et renverser leur doctrine, tandis que celle-ci ne pouvait que s'éclaircir,se purger des interprétations mensongères et se mettre en harmonie avec les besoins du siècle.
(52)Outre les publications polonaises d' Antoine OstrovskifdeGadon et autres, relativement aux Juifs, on peut consulter Touvrage de Tavorat Lubliner, publié en 1839« à Bruxelles, en français, sous le titre : les Juifs en Pologne, 1839. On y trouve l'analyse raisonnée de outes les vexations et des inconvénients qui résultent de fisoieroent social de la population Israélite.
67. Conduite des Israélites dans rinsurrection et la révolution de Pologne.
Dès que la révolution de novembre fut un fait accompli^ des Israélites éclairés, jugeant par leurs dispositions de celles de? autres, demandèrent de suite les droits de citoyen, en assurant que leurs co-religionnaires prendraient une part active au mouvement national ; mais ils rencontrèrent à cet égard des obstacles insurmontables. Les gouvernements révolutionnaires qui se succédaient, leur apportèrent quelque soulagement en abrogeant les dispositions illégales et oppressives du gouvernement déchu, mais ils ne pouvaient pas leur accorder les droits politiques, et n'osaient pas en prendre Tinitiative, voyant que Topinion publique n'était pas disposée à approuver cette innovation. A cette époque, le premier devoir du citoyen était de défendre sa patrie, et pendant que des hommes éclairés de la race Israélite ne se montraient pas éloignés de remplir ce devoir, la foule imbue de vieux préjugés se révoltait à la seule idée de prendre les armes. Les Israélites se prêtèrent à faire le service de la garde nationale, ce qui souleva dans Varsovie même d'étranges questions touchant les barbes et les tresses en cadenette dont la plupart ne .voulaient pas se défaire, tandis que ceux qui les avaient coupées se refusaient à admettre dans leurs rangs ceux qui en portaient. Il arriva aussi pendant la guerre de l'indépendance, que plusieurs Israélites polonais se montrèrent dévoués à l'ennemi et lui rendirent tous les services qu'il leur demanda. Gela aigrissait et indisposait contre eux les autres habitants et provoquait des mesures répressives par suite desquelles plusieurs d'entre eux, déclarés coupables ou prévenus seulement d'espionnage, furent condamnés à être pendus. De leur côté, des haines invétérées se réveillant finirent par les rendre totalement indifférents, si ce n'est hostiles à la cause nationale. Ainsi, rinsurrection et la révolution né se trouvèrent pas appuyées par cette portion considérable de la population juive de la Pologne, comme elles auraient pu l'être si l'on avait voulu faire quelques concessions aux intérêts exclus
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qui la composent, conformément à la demande exprimée par quelques hommes éclairés. Quelle difficulté y avait-il à accorder aux Israélites les droits poliliques avec tous les avantages et toutes les charges qui y sont attachés, en laissant à chacun la faculté de profiter du droit en remplissant les devoirs qui en découlent, ou de continaer à rester simple habitant et non pas citoyen? Alors ceux qui auraient mieux aimé garder leurs préjugés et croupir dans llgnorance, seraient restés dans leur isolement, tandis que les hommes du progrès, en augmentant le nombre des citoyens, auraient apporté de nouveaux secours à l'activité nationale. Cela n*a pas eu lieu. Pieu n'a pas encore animé le sentiment fraternel de ses peuples. On vit cependant quelques Israélites apporter de riches offrandes sur l'autel de la patrie commune; quelques autres combattre courageusement dans les rangs de l'armée; il y eut même des localités où les populations entières faisaient des vœux sincères pour le succès de la cause nationale. Cela fait espérer qu'à l'avenir le peuple d'Israël s'identifiera avec la nation polonaise, contribuera à relever son indépendance et méritera les droits politiques qui lui seront accordés en récompense d;^ ses ser* vices.