Faction diplomatique croyant & la coopération étrangère
La révolution du 29 novembre n'a produit personne qui sût écarter tous les obstacles qui s'opposaient à l'insurrection
(55j La société patriotique comptait au nombre de ses présidents plusieurs membres de la diète, Cantorbéry Tymovski, Yalentin Zvierkovski, Romain Soltyk, Joachim Lelevel; elle fut dirigée on certain temps par ia présidence de Maurice Mocbnackl, Xavier Bronikovski et autres.
générale du pays et à la transformation sociale qu'on en attendait; mais puisque la nation entière l'appelait de tous 3es vœux, elle en serait certainement venue à bout ellemême, s'il ne se fût trouvé des hommes capables et habiles, malheureusement très-habiles à arrêter tout le mouvement, à le paralyser et à le faire rétrogader. Pour cette œuvreinique, les égoïstes ne manquèrent pas , et ils jouissaient d'une funeste considération dans le pays. Ils se firent d'abord connaître par leurs coupables tentatives pour maintenir la domination de Nicolas, et quand leurs efforts échouèrent, ils s'adressèrent aux cabinets des autres rois , cherchant à obtenir leur appui, et pour mériter l'approbation du ministre de tel cabinet, ils n'hésitaient point à diriger la révolution de la manière la plus conforme à ses insinuations. Ils s'en promettaient de grandes choses, bien qu'ils dussent savoir que chacun de ces cabinets, dont ils imploraient la protection, avec une soumission indigne de la nation dont ils se disaient les représentants, eât mieux aimé en sa qualité d'allié fidèle de Nicolas, pousser la Pologne à sa ruine que de s'attirer la disgrâce de l'autocrate par une démonstration quelconque. On expédia une bande d'agents diplomatiques à Paris, à Londres, à Berlin, à Vienne, partout où ils pouvaient réussir à s'introduire, et on les chargea d'ouvrir des négociations avec les puissances étrangères qu'on se proposait d'engager dans la cause de la Pologne, en invoquant les dispositions des traités de Vienne. Ces agents recueillaient avec soin tous les bruits d'antichambre et de salons et les transmettaient à Varsovie, où Gustave Malachovski, ministre des affaires étrangères, les répandait à son tour parmi les mem* bres du gouvernement et de la diète, dans la capitale et dans les provinces.
77. La diète proclame une monarehle consUtutionnelle représentative.
Quand la diète n'interrogeait que ses sentiments nationaux il lui arrivait souvent de prendre des décisions qui contrariaient les vues du parti diplomatique. Elle avait déjà rompu les liens qui unissaient ce parti à Nicolas, et quoi-
3ii BÈVOLUTION.
qu'elle continuât à se conformer à la constitution octroyée par Alexandre, sous prétexte qu'il fallait avoir des formes quelconques, cependant elle fit tant de fois acte d'indépendance, elle parla si haut de sa souveraineté que les diplomates en furent effrayés; aussi se bâtèrent-ils de l'attirer dans un piège. Pour ne pas provoquer de dissensions sur la future forme de gouvernement et la future constitution de l'état, la diète évita de se prononcer à cet égard, et se servit dans tous ses actes du nom de la nation. Ce moyen fort simple d'éluder la question était en harmonie avec les idées les plus populaires et ne pouvait nullement blesser les susceptibilités diplomatiques. En partant de ce principe, la diète établit un gouvernement sous le nom de gouvernement national, qui devait battre une monnaie portant l'inscription de monnaie nationale. Mais le prince Adam Czartoryski demanda, dans l'intérêt de la diplomatie, que cette inscription fut remplacée par celle de royaume de Pologne, ce qui lui fut accordé par condescendance. Il fallait dès-lors que la diète proclamât aussi la monarchie. Le nonce (Constantin Svidzinski, un des membres les plus actifs de la diète, et associé aux intrigues de la diplomatie, imagina une loi décrétant qu'à l'avenir la Pologne serait une monarchie constitutionnelle-représentative. Cette décision escamotée à la chambre, le 8 février, ne pouvait avoir aucune valeur, parce qu'on répétait dans la diète même, que ne représentant qu'une faible partie de la Pologne, elle ne pouvait s'arroger le droit de faire des lois qui devant être une expression de la volonté générale, ne pouvaient être votées que par une assemblée constituante choisie dans toute l'étendue du pays. La diète avait donc dépassé son mandat. Quant à la loi qui en était la suite, bien qu'on en fit peu de cas, elle provoqua la question prématurée de savoir si la Pologne serait à l'avenir une monarchie ou une république, ajoutant un sujet de division à ceux qui existaient déjà, et transformant la diète en un parti en opposition duquel il s'en forma un autre qui commença à parler de la république. Cette décision illégale rappela ce triste souvenir que l'ancienne république avait été déchirée par des rois, qu'elle avait succombé au moment où les aristocrates voulaient en métamorphoser le chef électif portant le
titre de roi en un véritable roi héréditaire ayant une cour, distribuant des ordres, des titres de famille et beaucoup d'autres faveurs capables de tenter la vanité et l'ambition des grands. C'était au reste un sujet de triomphe pour le parti diplomatique qui s'en vantait à chaque occasion à la chambre. Le nonce Svidzinski, voulant faire prévaloir dans les discussions les titres pompeux du futur état, appuyait toujours dans ses discours sur les mots : monarchie constitutionnelle-représentative, royaume de Pologne, et les prononçait avec emphase. Les diplomates s'applaudissaient de leur ouvrage, en voyant que la diète, entravée par sa décision , ne pouvait plus s'élever à la hauteur de sa mission, ni proclamer des principes révolutionnaires , car elle devrait être oblige de défendre la constitution et le trône imaginaires qu'elle avait elle-même élevés, et que les négociateurs polonais parcourant les antichambres ministérielles, la décision de la diète à la main, et la monnaie royale de Pologne en poches, offraient comme une mauvaise marchandise au premier acquéreur qui voudrait l'accepter.