SociétC patriotique
A cette époque , la plus grande fermentation régnait déjà tant dans Varsovie que dans le reste du pays. Le conseil municipal déclara officiellement au gouvernement qu'il ne répondait point de la tranquillité de la capitale. On disait même qu'il se tramait une conspiration dans le but de
CINQUIÈME PËRi6D£» DE 1830 A 1831. 367
donner à la révolution un cours plus actif. Chaque membre du gouvernement en fut averti séparément , quoiqu*on n'indiquât à aucun d'eux le (il de cette prétendue conspiration. Le gouvernement, ne possédant point de pouvoir révolutionnaire, et composé d'éléments hétérogènes, n'avait pas le moyen de prévenir le mal. Il ne cessait de presser le conseil de guerre de prononcer un arrêt dans l'affaire des prévenus de crimes d'état, et des généraux arrêtés pour n'avoir pas fait leur devoir à Lysobyki ; il insistait auprès du général en chef pour l'engager à prendre l'offensive. En effet, il ne fallait qu'une seule victoire , que quelques avantages sur le champ de bataille pour dissiper l'orage qui se préparait, réveiller la confiance et sauver lankovskij juste objet de la sollicitude de Skrzynecki. Mais il n'était pas possible d'engager le général en chef à attaquer Fennemi, ni d'obtenir un arrêt du conseil de guerre. La société patriotique, qui, depuis longtemps ne donnait presque aucun signe de vie , sortit tout-à-coup de son assoupissement. A l'éiwque de l'arrestation de Hurtig, elle prit de nouvelles forces et présenta un grand intérêt. L'affluence du peuple devint imposante. La salle des séances n'était pas assez vaste pour contenir tout le monde qui s'y pressait en foule (63). Depuis ce moment, ce ne furent plus les seuls membres de la société, mais les citoyens de toute condition, les gardes nationaux , les insurgés des provinces les plus éloignées, qui venaient se communiquer leurs idées, leurs émotions, délibérer sur l'état déplorable de la patrie, remonter à la source du mal , et proposer des moyens de salut. En attendant, chaque jour accumulait les événements,et ceux-ci apportaient un nouveau levain à la fermentation générale , et quand la mesure du mal fut comblée , le peuple de Varsovie , exaspéré par une longue suite de revers, manifesta, par des symptômes nonéquivoques, qu'il allait se porter aux moyens extrêmes. Vers le soir du 15 août. Jean Czynski, délégué par la société, par suite des délibérations de ce jour, se rendit avec deux autres membres auprès du gouvernement pour l'informer du
(63) C'est dans rinterralle de cette nouvelle recrudescence , que la société célébra ranniversàire de la révolution de juillet.
368 RÉVOLUTiON.
danger imminent, et de la nécessité d'y apporter nn prompt remède (64). Il porta la parole au nom du peuple; la foule qui le suivit jusque dans la cour du palais du gouTemement s'écoula un peu satisfaite, mais Tayertissement donné par la société patriotique arriva trop tard.