‹ Histoire de PologneChapitre 212 sur 219 · Nuit du 15 âoûU · texte numérisé non relu

Nuit du 15 âoûU

Opprimé par une main étrangère, le peuple polonais s'insurgea le 29 novembre et chassa le tyran; cruellement trompé par ceux en qui il avait placé toute sa conflance, il prouva le 15 août qu'il n'avait pas donné sa démission. Il ne connaissait pas les véritables auteurs du mal, car ils portaient tous en public le masque du patriotisme, et ce n'est que clandestinement, dans l'obscurité de l'intrigue, qu'ils ruinaient la cause nationale. Ne croyez pas, mes amis, que ce fut le rebut du peuple, la populace qui s'agita dans ce moment d'extrême indignation : non, ce furent des citoyens honorables, exaspérés au plus haut degré; ce fut le peuple qui se fît justice lui-même. Il est bien difficile que, dans une crise pareille, on puisse agir avec sang- froid. Ordinairement, on ne prend conseil que de la colère ; et dans cette nuit du 15 août, la colère du peuple avait sans doute de justes motifs puisque même des étrangers, présents dans la capitale et amis de la cause polonaise, partagèrent les dispositions des habitants de Varsovie. Les autorités, voulant empêcher l'effusion du sang, se donnèrent beaucoup de mouvement, mais elle n'osèrent pas prendre de mesures violentes, et ne cher-

(64) Les deui autres compagnons de Czynski furent Tabbé Kazimir Palaski et Boski. — Il eiiste une relation des éyénements de la nuit du 15 août, rédigée par Czynski lui-même, et publiée plusieurs Tois en français et en allemand , chaque fois avec quelques modifications.

(65) Henri Dèmbinski , quelques mots sur les derniers événements de la Pologne, Paris 1833.

Bonaventure Niemotevski, derniers événements de la révolution polonaise (en polonais). Paris, 1833.

Jean Czynski, la nuit du 15 août 1831, à Varsovie, traduction et notes d'Ordtm>c, Paris, 1832.

chèrent qu'à calmer les esprits par lapersnasioR. Où eut tort sans doute de garder les prisonniers d'état dans le cbàteau où la diète tenait ses séances ; c'était là cependant qu'on avait enfermé les généraux Hurtig, lankovski et plusieurs autres. Le peuple se porta d'abord au cbàteau, d'où, après avoir enfoncé les portes, il fit sortir les prisonniers, les massacra dans la cour, et pendit leurs corps aux réverbères. De là, il courut au faubourg, où étaient détenus les anciens espions du grand-duc et les expédia de la même façon. Il pendit aussi à la lanterne quelques vils séides de Tancien régime qui tombèrent dans ses mains : trente et quelques personnes, parmi lesquelles se trouvaient des généraux prévenus d'intelligence avec l'ennemi, d'insignes criminels, de méprisables agents de l'ancienne police secrète, trouvèrent une mort ignominieuse. Une femme russe succomba aus i sous le glaive qui cbercbait des coupables, sa jeune fille fut blessée par basard. Quelques personnes, dont la culpabilité n'était pas prouvée tombèrent malheureusement victimes de Terreur et de la précipitation du peuple, car, dans ce moment d'exaspération, on ne sut pas distinguer les innocents d'avec les coupables. Les exécutions se prolongèrent jusqu'au lendemain du jour suivant (66). Krukoviecki, nommé pour la seconde fois gouverneur de Varsovie, arrêta cette vengeance populaire, et, quand le tumulte fut apaisé, on entendit répéter dans les rues que le peuple s'était fait justice lui-même. Le gouvernement publia une proclamation dans laquelle il déplorait que tant de monde eût péri sans

(66) On déplora la mort du général Fenshave^ancien aide-de-camp du grand-duc: quelques Tornialités Tavaient malheureusement retenu dans la prison. Dans le château périrent les généraux lankovski et Bukovski • Hurtig et Salacki ; Tespion Louis Bentkovski et la femme Bazanov. — La foule s*é(ant porté hors de la barrière, y assomma Szlei, Makrot, Szimanovski, les plus actifs espions du grand-duc, couverts d'opprobre el de malédictions , de nr.éme qu*un certain nombre de leurs collègues. Dans différents quartiers de la ville, furent pendus : Haokievicz, vil persécuteur du patriotisme; Birnbaum, fameux scélérat, dont les forfaits passent toute croyance ; un misérable étranger qui vomissait des injures contre la Pologne : on le disait prussien; enfin, on ancien espion , Kayeckl , déguisé en femme.

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JQgement ; que le peuple eût douté du zèle des autorités à remplir leur devoir ; euGn, en dirigeant l'attention du peuple sur Tennemi campé aux portes de la ville, il l'appelait aux armes (67). Cette proclamation ne fut pas mal accueillie, car il survint bientôt de nouveaux événements qui prouvèrent jusqu'à quel point la raison de certaines notabilités avait égarée.

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