Équipages. — DabiUements
Les Polonais, conservant toujours un attachement inaltérable à leur nationalité, adoptèrent cependant les manières italiennes. Quoiqu'ils ornassent leurs habitations de tentures
(46) Voyez les lettres d'Érasme de Rotterdam, de Ruarus, de Muret us et d*autres.
(47) RÉPUBLIQUE FACÉTIEUSE DE RABIN. — On cliercha le but civique jusque dans des plaisanteries. En 1548, un particulier nommé Pszonka, homme plein d'esprit et d'enjouement, forma dans le palatinat de Lublin une société joyeuse qui fut appelée la république des Babins, Baba signifie dans la langue du pays une vieille femme qui aime à caqueter, ce qui voulait dénoter une société de gens qui ne s'assemblent que pour jaser et débiter des contes d*enfant. Modelée sur la république de Pologne, celle des Rabins avait les mêmes charges et les mêmes dignités. On y voyait un primat, des évéqucs, des palatins, des casteilans, en un mot, des gens ornés de tous les différents titres qui furent
ilH POLOGNE FLORISSANTE.
et de tapis, leur pompe et leur grande dépense, surtout dans les familles plus riches, étaient consacrée à la toilette et au luxe extérieur. Ils avaient , pour les promenades et les
en vogae dans la patrie du Tondateur; mais pour montrer qu'on avait secoué le joug des préjugés nationaux , l*on admettait aussi les titre» étrangers quand quelque occasion valable l'exigeait.
Les diètes étaient fréquentes dans cette république, mais fort courtes car elles n'avaient ordinairement qu'une séance. Aucune loi n'empêchait de les tenir dans divers endroits ; néanmoins elles s'assemblaient la plupart dans un village qui, pour cette raison, fut surnommé guelda^ d'un terme allemand geld, argent, qui désigne un lieu où se réunissent les marchands et les négociants dans une ville commerçante. Dans ces diètes, on ne s'amusait pas à chercher la miraculeuse unanimité des sufTrages, c'était la pluralité des voix qui décidait de toutes les brigues et les manœuvres souterraines n'avaient point lieu : ainsi jamais de rupture, aucune issue inrructueuse.
On examinait les qualités des personnages les plus notables et, suivant le jugement que l'on portait sur leur compte, ils se trouvaient bientôt décorés de telle ou telle charge dans la république des Babins. Pour donner une idée de ta façon avec laquelle ces sortes d'emplois se donnaient, voici la sagesse des motifs qui faisait récompenser le mérite : quelqu'un montrait-il, en même temps, de l'ambition et du penchant à une vi» molle et Iranqnille, il devenait évéque. Un autre parlait-il continuellement de sa valeur sans en avoir donné des preuves , il était fait grand ou petit hetman, ou général. Ceux-ci parvenaient subitement au ministère pour prix de quelques dissertations politiques et de leurs vastes projets dressés sans ta moindre connaissance des intérêts de l'état. Enfin , chacun y était traité souvent selon son goût et toujours suivant son mérite. Un festin faisait l'heureuse clôture de l'assemblée et, comme on peut bien l'imaginer, il était de fondation qu'on y bût À la santé des nouveaux dignitaires et qu'on y cbanlâl leurs louanges.
Rien ne ressemblait mieux aux brevets que Ton donne en France, sous le nom du régiment de la calotte, que les patentes que la société des Babins expédiait à ses officiers. Par un pareil badinage, on donnait souvent des leçons frappantes touchant la distribution des grâces faites par la cour; car quelquefois des changements prodigieux avaient lieu dans le sort d'un seigneur qui passait de la république de Pologne dans celle des Babins. Par exemple, on y métamorphosait le primat intéressé en frère quêteur, le palatin ou staroste pillard en archer des
TROISIÈME PÉRIODE , DE 1333 A 1587. 1 tO
voyages, des calèches branlant sur des chaînes, surmontées d'un dais et de rideaux, ou bien sans dais et couvertes de précieux tapis dont les bords sortaient et pendaient en dehors de la voiture. Ils avaient quelquefois de superbes chars {ridvans) ornés de boules dorées , de franges , de clochettes, de pompons. Les chevaux garnis de grandes aigrettes, de plumes et richement caparaçonnés. De superbes équipages étaient suivis de trains nombreux, entourés de gens de service, de haïducs. Les maisons étaient peuplées de domestiques des deux sexes. L'habillement présentait une grande variété , ainsi il devenait difficile de distinguer le costume national. On s'habillait à Titalienne , à l'espagnole en modifiant et changeant la mode. Les habits moskovites et même tatars entraient aussi en usage. Ces nouveaux costumes exigeaient, comme l'ancien, du drap, du velours, d'autres étoffes et des fourrures. Les bonnets en renard cédaient leur place aux bonnets en zibeline. Les fourrures du pays, comme celles de moutons, de renards, de fouines qu'on employait sur les pelisses allaient être remplacées par les zibelines et l'hermine de grande valeur. Sur les chapeaux et les bonnets, on attachait un plumet de héron qui coûtait jusqu'à 500 du-
douanes, le général timide en courrier et le mauvais magistrat en marchand.
On parlait un jour de cet établissement en présence de Sigismond- Auguste, et ce prince ayant demandé si l'on y avait aussi créé un roi, Pszonka répondit gravement : « A Dieu ne plaise, sire! que nous concevions une semblable pensée du vivant de votre majesté; régnez heu* reusement sur nous comme vous régnez sur la Pologne entière. » Quoique, suivant les circonstances du temps, la réponse parût susceptible d*ane interprétation maligne« Sigismond -Auguste entendit raillerie et ne témoigna aucun mécontentement.
Pendant plusieurs années cette troupe d'observateurs badins fut le fléau du vice et du ridicule; on apercevait de tous côtés le fruit de leurs plaisanteries, car la crainte d'être exposé k la risée publique produisait un changement heureux dans les mœurs et dans la conduite des grands. La société ne tomba que sous les rois suivants. {Les loisirs du chevalier d^Eon de Beaumont, t. 1er, p. S52-256, de l'édition d'Amsterdam, 1774 ; Tableau historique et politique de la répuhli' que de Pologne, chip. 19.)
cats (6,000 fr.). Les maisons opulentes se distinguaient par un luxe extraordinaire que les moins aisées s'efforçaient d'imiter.