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Interrègne, confédération des dissidents

L'interrègne suivant démontra bientôt combien il s'en fallait encore qu'on pût organiser la république. On n'avait pas de règlement pour les interrègnes. Ce n'est qu'à la première diète de l'interrègne actuel , qui prit le nom de la diète de convocation , qu'on statua que le primat-arcbe> véque de Gnezne était en droit de convoquer les diètes pendant l'interrègne. En ce qui concerne le mode du cboix, l'opinion de Jean-Zamoïski fut applaudieavec allégresse. Il se prononça en faveur du vote universel des citoyens, qui, ainsi que chaque noble , devaient avoir le droit de choisir le roi ; cette prérogative étant considérée comme l'indice le plus certain de l'égalité de la noblesse; par . conséquent, outre les membres ordinaires de la diète chacun pouvait assister personnellement à la diète d'élection et donner son suffrage. On statua aussi que dans la diète de convocation on déterminerait l'époque de la diète d'élection. — En même temps, des symptômes dangereux pour la tranquillité publique se dévoilaient et on voyait que ce n'était que la sollicitude des Sigismondqui parvenait à les calmer et à les assoupir , sans pouvoir les amortir. C'étaient les dissidences, tant personnelles que religieuses, des seigneurs . Pendant le règne des deux Sigismonds, les sectes religieuses se multiplièrent en Litvanie et en Pologne : différentes doctrines des protestants, calvinistes, luthériens; celles des sociniens que l'animosité des protestants voulut persécuter; grand nombre du rite grec méconnaissant la puissance du pape, adoptèrent les doctrines des protestants. Sigismond-Augusle assura également la liberté des cultes et sa protection à toutes les religions. C'est pourquoi , plusieurs évoques et même l'archevèquerprimat Uchanski étaient sur le point de rompre avec le pape ; le sénat avait dans son sein un grand nombre de protestants, et le pape craignit de voir lui échapper le roi et toute la république, Après la mort de Sigismond-Auguste , lorsqu'on proposa d'élire Ernst prince de la maison d'Autriche, ou Henri de Valois, duc d'Anjou, prince royal de France, les protestants ne voyant

i3î POLOGNE FLORISSANTE.

point de garanties certaines[dans les deux princes, tous deux très-zélés catholiques, voulurent prévenir les conséquences et le malheur qui pouvaient résulter pour leur sécurité , et formèrent pendant Pinterrègne, sous la direction de Firley , une confédération dont le but était d'assurer à tout dissident, c'est-à-dire à celui différant en matière de religion, le libre exercice de sa croyance. Le primat Uchanski, personnellement fâché contre Firley, en détacha plusieurs évoques, sénateurs et nonces qui avaient déjà signé l'acte, et il les décida à protester contre la confédération. Cette affaire suscita de grandes difficultés dans rélection , ce qui faillit faire verser le sang et allumer la guerre civile.

i(iO. Lois fondamentales.

Avant d'élire un roi dans la diète élective, la noblesse usant du droit de la souverainté , s'occupaient de la république et de ses propres intérêts , afin de garantir à l'avenir ses libertés, par des lois claires et précises. Or, elle prescrivit les lois fondamentales de la république qui depuis formèrent la base de la constitution. D'après ces articles, le roi ne peut ni désigner ni proposer qui que ce soit pour son successeur; ni se marier, ni se divorcer sans le consentement du sénat; ni déclarer la guerre , ni envoyer des ambassadeurs à l'étranger sans le concours de la diète; ni lever de nouveaux impôts sans le consentement des états. Il est obligé, de donner la paix aux dissidents ; d'avoir à tout mojnent auprès de lui un conseil de plusieurs sénateurs etnonces terrestres; de convoquer tous les deux ans, une diète, qui durera sixsemaines.Danslecas où le roi y contreviendrait, la nation serait dégagée de toute fidélité et obéissance. Chaque roi, à son élection , devait jurer d'observer ces articles.

l/îl. Henri de Valois.

Cette fois on laissa de côté l'autrichien Ernst , pour donner la couronne à Henri de Valois, duc d'Anjou , qu'on envoya chercher en France. On déploya dans cette ambassade polonaise ]>eaucoup de magnificence , ce dont furent émer\ cillés les Français qui ne connaissaient pas la Pologne. Le roi Henri jura les pacta conventa par lesquels il promit

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de grands avantages, il prêta serment ^observer les articles fondamentaux (48). Mais deux mois apfès son arrivée et son couronnement, lorsque le roi son frère vint à mourir, il s'enfuit de la Pologne et courut prendre possession du trône héréditaire de France. Ainsi la Pologne se vit de nouveau sans roi.

(48) Les relations de rhistorien de ThoQ, dont la gravité est incontestable, de Montluc, de Pibrac, témoins occulaires et d'aatres écrivains contemporains qui écrivirent en latin, donnent une notice exacte et détaillée de l'élection et du régne de Henri de Valois. H nous est agréable de rappeler deux événements qui se passèrent à Paris. L'entrée de l'ambassade polonaise dans la capitale de France, dont on trouve une description succincte dans le livre lvi de deThou.a Ils firent leur entrée par la porte St-Martin, avec cinquante carosses à quatre chevaux. Toute la ville accourut à ce spectacle: TAge, le sexe, le mauvais état même de la santé n'arrêtèrent personne. Les fenêtres qui se trouvaient sur leur passage étaient garnies; les toits même étaient si chargés de curieux, qu'il étaità craindre qu'ils ne s'enfonçassent. Enfin Icsrues regorgeaient; et cesnouveaux hôtes voyaient avec étonnement que l'aflluencc des spectateurs leur laissait à peine le passage libre. Les Parisiens, de leur G6té,regardatent avec admiration ces hommes d'une taille avantageuse, leur noble fierté accompagnée d'une giavité extraordinaire, ces longues barbes brillantes, ces bonnets garnis de fourrures précieuses, ces cimeterres ornés de pierreries, ces bottes garnies de fer, ces carquois , ces arcs, ces tètes rasées par derrière et ces grands brodequins à galoches de fer. Il n'y en avait pas un parmi eux qui ne sût parler latin, et plusieurs savaient encore l'italien et l'allemand : quelques-uns même parlaient notre langue avec tant de pureté, qu'on les eût plutôt pris pour des hommes élevés sur les bords de la Seine et de la Loire, que pourdes habitants des contrées qu'arrose la Yîslule ou leNieper; ce qui fit grande honte à nos courtisans, qui non-seulement ne savaient rien, mais qui sont ennemis déclarés de tout ce qu'on appelle science. Aussi quand ces nouveaux hôtes les interrogeaient, ils ne répondaient que par signe, ou en rougissant. »

L'autre événement dont nous voulons parler, se relate à la capitulation signée par Montluc, au nom de Henri, que le roi Henri devait Jurer. A peine ces articles furent-il divulgués, que les Français en furent indignés, croyant que leur prince serait plutôt premier ministre que roi et ils croyaient déjà le voir esclave dans le pays même de la liberté. Ils étaient révoltés encore plus par la réponse d'un des ambassadeurs au

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