‹ Histoire de Pologne (volume 2)Chapitre 139 sur 274 · Radzieiovski · texte numérisé non relu

Radzieiovski

Le roi Jean-Kazimir voulut faire divorcer Jérôme Radzieiovski avec sa femme, Elisabeth née Sluzek, mariée en premières noces avec Kazanovski. Cette femme, à la suggestion du roi , intenta à son mari un procès injurieux , et s'empara de vive force des biens et des palais qui appartenaient à elle et à son mari. Radzieiovski, piqué au vif par des procédés aussi violents, usant de représaille, recouvra par force le palais (Kazanovski), situé dans la capitale , à quelque distance du château royal. Cité suivant la volonté du roi , devant la justice du maréchal, il fut condamné à avoir la tête tranchée. Navré de douleur, plein de colère et de vengeance, il quitte la Pologne et se rend en Suède. Le roi, pour satisfaire sa haine, produisit en 1652, devant la diète, plusieurs lettres de Radzieiovski, excitant les Kozaks à de nouvelles révoltes ; sur ces preuves , il obtint de la diète un décret qui le déclarait traître et le condamnait à la mort et à 1 infamie. Radzieiovski nia l'authenticité de ces lettres , disant qu'elles étaient inventées pour le calomnier. Accablé d'outrages, il trouva une triste consolation dans une vengeance coupable au moment de la guerre de Suède, qu'il n'eut même pas besoin d'insinuer, car Charles-Gustave, roi de Suède, était lui-même trop-impatient de la recommencer : mais en accompagnant les Suédois, il les conduisit contre sa patrie. Un citoyen vertueux ne devait pas se servir d'un instrument étranger, dans le but de venger ses offenses personnelles.

1 70. Guerre de Moskovie et de Suéde.

Les Moskovites s'avancèrent en 1654 avec les Kosaks , s'emparèrent de Smolensk , bientôt après d'autres villes de la Litvanie, et même de sa capitale, Vilna. Sur un autre point, ils s'approchèrent jusqu à Léopol. En même temps, en 1655, Charles-Gustave entra par la Prusse dans la grande Pologne, où les nobles, cédant à la persuasion de Radzieiovski, se soumettent volontairement. S'avançant rapidement, il occupe Varsovie presque sans résistance, et s'empare

POLOGNE EN DÉCADENCE

facilement de la petite Pologne. Le reste de la Litvanie, qui n'était pas envahi par les Moskovites, suivant l'impulsion donnée par Janus Radzivill, se range sous sa domination; enfin, l'armée de la république, troupe quartuaire, le reconnut pour souverain. Jean-Kazimir , abandonné de tout le monde, privé de toutes ses ressources , se retire en Silésie. Les nobles, qui l'abandonnaient avec tant d'indifférence, donnaient pour motif de leur défection, que le roi Jean-Kazimir les avait dédaignés et avait violé le pacte contracté avec la nation ; ils pensaient que Charles- Gustave, qui, les armes à la main, promettait de jurer de conserver leurs lois, serait un meilleur roi pour eux. Charles-Gustave prêta en effet le serment de maintenir les lois de la république, ou plutôt les prérogatives de la noblesse, et se vit un moment maître de la moitié de la Pologne, l'autre étant occupée par les Moskovites. Un jour, lorsque maître de Krakovie, il visitait les tombeaux des rois de Pologne, le vieux Simon Starovolski qui le conduisait partout, lui fit remarquer le tombeau de Vladislav-le-bref, et lui rappela que ce prince, chassé trois fois de la Pologne, était trois fois remonté sur le trône. Charles-Gustave répondit à cette observation : Votre Jean-Kazimir, une fois chassé ne reviendra plus. Qui sait, répartit le vénérable vieillard, Dieu seul est tout puissant, et la fortune est inconstante. Le roi de Suède se tut et continua de visiter les autres tombeaux dans un silence respectueux. Bientôt il éprouva qu'il était plus facile de faire des conquêtes que de les conserver.

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