‹ Histoire de Pologne (volume 2)Chapitre 257 sur 274 · Espérances des diplomates et de leurs ageuts · texte numérisé non relu

Espérances des diplomates et de leurs ageuts

Cependant les diplomates de Varsovie et leurs agents croyaient toujours qu'à force de pénétrer les intentions des cabinets pour s'y conformer, à force de sollicitations infatigables, ils parviendraient enfin à éveiller leur intérêt pour l'insurrection. A ces importunités, dans tous les cabinets, on témoignait d'abord une grande peur de la Russie et l'on finissait par déclarer que ce que les Polonais avaient de mieux à faire était d'implorer leur pardon de Nicolas et de se rendre à discrétion. Il n'y avait que l'opinion publique qui se manifestait favorablement. En France, en Allemagne et presque dans tous les états, les sympathies les moins équivoques furent témoignées par les populations pour la cause de la Pologne. Cétait particulièrement en France qu'elles éclataient avec une émotion presque exaltée. A Paris, plusieurs personnes formèrent, le 28 janvier, sous la présidence de Lafayctte, un comité qui devait agir de concert avec d'autres qui se formaient dans différents départements pour soutenir la cause de la Pologne. Le nom de Lafayette, connu comme un nom historique intimement lié au mouvement de la liberté des peuples, n'avait eu jusqu'alors aucun rapport avec la cause polonaise ; depuis ce moment, il s'y rattache par un lien indissoluble. Mais le nom du grand citoyen n'était pas du goût des diplomates de Varsovie et de leurs agents, car il n'était d'aucun cabinet et avait déjà été repoussé par celui qui donnait le conseil de se rendre à discrétion. Après quelques mois d'attente, les agents diplomatiques poussèrent des cris de joie quand ils découvrirent quelques communications entre les cabinets au sujet de la Pologne insurgée. Mais quel fut leur étonnement quand ils apprirent la disgrâce des plénipotentiaires français et anglais, à Constantinople, rappelés par leurs cours pour avoir adhéré aux insinuations qui avaient disposé le sultan à se déclarer en faveur de la Pologne. Les diplomates de Varsovie croyaient toujours que leurs représentations pourraient à la longue triompher de la peur que les cabinets de Londres et de Paris manifestaient à l'égard de la Russie, et surmonter la répugnance qu'ils avaient pour notre révolution. Ils ne cessaient de se bercer

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de l'espoir d'attirer quelqu'un des princes de l'Europe par l'offre de la couronne de Pologne, constituée en monarchie constitutionnelle-représentative. N'a-t-on pas vu les Belges choisir pour leur roi le duc de Nemours, un des fils de Louis- Philippe roi des Français? Ne se pouvait-il pas que le même duc ou quelqu'autre de ses frères voulût accepter la couenne de Pologne? Et si Ton ne trouvait pas d'amateurs à Paris , peut-être en trouverait-on à Vienne? Peut-être l'archiduc Charles daignerait-il l'accepter, ou quelqu'un de la nombreuse famille autrichienne? Telles étaient les propositions qu'on colportait de cour en cour et qu'on cherchait à insinuer adroitement à ceux qu'on croyait disposés à y prêter l'oreille. Mais personnen'osa accepter une chose qui devait déplaire à Nicolas,chocunfuyaitcctte couronne commeonfuitun pestiféré. Cependant les diplomates et leurs agents conçurent de nouvelles espérances fondées sur quelques paroles qu'ils réussirent à surprendre à Vienne, et plus encore sur les entretiens particuliers et sur les promesses des ministres français. Ils en conclurent que l'Autriche ou la France, peutêtre même les deux pays ensemble, étaient déjà prêts à venir au secours de la Pologne. Metlernich aurait fait entrevoir depuis longtemps la probabilité de ce concours et le représenterait maintenant comme pouvant se réaliser; la constitution du royaume lui paraissait un peu trop libérale, mais on pourrait la refondre en y introduisant des principes aristocratiques. Voilà les Hongrois qui déclarent solennellement qu'ils sont prêts à accourir aù secours de la Pologne. Metternich ne s'en offense pas, car c'est lui sans doutequien a suggéré l'idée. C'est ainsi qu'on croyait approfondir les mystères de la politique autrichienne. Quant à la France,on se disait à l'oreille, que non-seulement le cabinet des Tuileries avait fait quelques démarches auprès de celui de Pétersbourg, mais que le roi Louis-Philippe avait résolu de prendre en main la cause de la Pologne, qu'il avait lui-même écrit au roi d'Angleterre pour l'engager à agir de concert avec la France, et qu'il c tait sûr du succès. L'existence de la Pologne serait donc reconnue, et ces deux rois deviendraient ses auxiliaires. Seulement, il faut prendre patience, ne fût-ce que pendant deux mois, et ne pas s'exposer aux chances d'une bataille,

que peut-être on pourrait perdre. Ces espérances semblèrent te changer en réalité, quand on apprit que Sébastiani, pour donner plus de poids à ses promesses, avait envoyé un courrier à Varsovie (61). On n'attendait enfin que la réunion des chambres françaises où le roi devait se prononcer ouvertement en faveur de la Pologne.

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