Guerre avec l'empereur Henri II
Après le traité de Gniezno, OMon de retour dans son pays, envoya en présent à Boleslav un morceau de la lance de saint Maurice : cette relique richement enchâssée dans une sorte de lance, remplaçait alors le sceptre et servait de marque distinctive de la dignité royale. Donc, Boleslav, ayant reçu Otton comme son souverain, se sépara de lui comme ami et allié. On devait attendre beaucoup de cette amitié, mais elle ne dura pas long-temps. Otton mourut bientôt et son successeur Henri II devenu roi, ne put rester l'allié de Boleslav-le-grand, car celui-ci se lia avec ses ennemis de l'intérieur de l'Allemagne, attaqua les mark-graves des frontières et autres fonctionnaires commandants des places fortes, et conquit rapidement la Luzacc, la Misnie ou la Serbie, la Bohème et la Moravie, qu'il joignit à son royaume, comme pays Slaves, sans avoir aucun égard aux prétentions des Allemands et de leurs rois sur ces possessions. C'est ainsi que commença une guerre de plus de quinze ans, guerre onéreuse pour un état nouvellement fondé par Boleslav et qui était bien loin d'être aussi peuplé et d'offrir autant de ressources que l'Allemagne, tandis que Henri II roi d'Allemagne, qui était en même temps empereur, disposait d'une vaste puissance et commandait à des troupes nombreuses et bien armées. Cependant, Boleslav, avec l'aide de Dieu et par son génie, triompha, et Henri II le considéra comme un fléau que Dieu lui envoyait pour le punir de ses péchés.
PREMIÈRE PÉRIODE, DE 860 A 1139. 27 28. État et organisation du pays.
Tous les pays réunis sous le gouvernement de Boleslav, se composaient de différentes peuplades et communautés qui furent organisées, sans aucune distinction en districts ou terres (poviaty ziemié.) Dans chaque district on voyait çà et là, ou des chaumières dispersées et isolées, ou des hameaux et villages qui comptaient quelquefois des centaines de chaumières et maisons, dont les habitants furent tous occupés d'agriculture. Boleslav mit ses soins à augmenter ces villages et à les faire prospérer en bourg, fposada) pour que les gens de métier s'y établissent et que le commerce y développât comme dans les villes d'Allemagne. Il attira donc le peuple dans ces communes, hameaux ou bourgs, par des fêtes et surtout par des repas publics dont il faisait les frais. Toutes les habitations étaient en bois : à peine pouvait-on trouver de loin en loin une maisonnette ou une église en briques, cardans ce temps-là les églises mêmes étaient construites en bois. Près du chef-lieu ou bourg principal, qui tenait lieu de ville capitale de district, on construisait un château ou une place forte qu'on appelait castrum, caslellum, grod. Les constructions delà place étaient ordinairement en bois, mais elles étaient entourées de fossés difficiles à franchir et cernées quelquefois d'un mur et de palissades; de sorte que des remparts en pierre ou en terre à côté de larges fossés environnaient un espace assez vaste pour contenir beaucoup de monde. Ces places de défense aussi bien que les forêts environnantes, servaient de refuge et d'asile aux autorités et aux populations dans le cas d'invasion. Dans ces bourgs-forts grod, résidaient les premiers magistrats du district nommés châtelains, castellans ou comtes, titres et fonctions qui répondaient à ceux de graf ou mark-grave, fonctions allemandes. En temps de paix les châtelains administraient et rendaient la justice; en temps de guerre ils conduisaient les populations de leurs districts aux combats.