Anarchie
L'anarchie n'eut alors aucun frein. Les nombreux colons composés d'hommes des pays conquis ou dévastés dans les guerres précédentes et établis dans différentes parties du royaume, s'étant réunis aux paysans, se révoltèrent et prirent les armes contre leurs seigneurs qui s'armèrent aussi entre eux. Les païens reprirent leur haine contre les chrétiens, détruisant les églises et massacrant les ecclésiastiques. L'assassinat était à l'ordre du jour. Les Russiens d'un côté et de l'autre les Bohèmes profitant de ces circonstances, firent une irruption dans le pays et le pillèrent. Ils commirent d'affreux ravages. On voyait les habitants sans défense, dépouillés de tout ce qu'ils possédaient, arrachés à leur patrie et vendus à l'étranger; les villes et les villages incendiés; les trésors de l'église et de l'état pillés et emportés; une partie
POLOGNE CONQUÉRANTE
considérable du pays entièrement dépeuplée et changée en un désert. Personne ne se trouva pour défendre une patrie désolée, pour arrêter l'ennemi, parce que la discorde était implacable. Ces mêmes guerriers, ces mêmes hommes qui, réunis d'un commun accord, avaient déployé tant d'énergie sous Boleslav-le-grand, se montrèrent sans force dès qu'ils furent divisés. Dans cette déplorable perplexité, dans une province reculée de la Pologne, se trouva un chef nommé Maslav, qui défendit la vaste Mazovie contre les invasions étrangères. C'est là que le peuple chercha un refuge, et trouva la sécurité sous les ordres de Maslav qui y établit sa domination.
Al. Kazimlr-le-rcstaurateor.
Plusieurs années passées dans ces^tourments firent sentir aux Polonais la nécessité de la concorde. On demanda d'une commune voix le retour de Kazimir. Il fut appelé au trône. Ce prince tout jeune encore, ayant repris la couronne déposée par sa mère chez l'empereur, fut salué et reçu partout avec des cris de joie. Il n'éprouva aucun obstacle pour se mettre en possession des pays dévastés et dépeuplés de la Pologne : le seul Maslav, confiant dans ses forces, ne voulut point le reconnaître et Kazimir eut beaucoup de peine à le vaincre. Il obtint aussi des Bohèmes la restitution de Vrotslav et d'autres places de la Silésie. Kasimir gouverna avec habileté, rétablit les évèchés, les abbayes, les couvents et les écoles; il consolida la paix dans tout le pays et lui donna ainsi le temps de se refaire des pertes éprouvées dans les derniers revers; il fit refleurir la Pologne et mérita ainsi d'être nommé le restaurateur ou le rénovateur de cet état.