SI^AV^ZBOR
Tel a été l'état du nombreux peuple Slave, daiis un temps reculé qui échappe aux investigations de Thistoire. Maintes fois, il a subi le joug et le passage des étrangers ; maintes fois il a été englobé dans des gouvernements éphémères qui s'élevaient dans le sein de son vaste pays; toujours il a su recouvrer ses antiques libertés, toujours on l'a vu reprendre le progrès interrompu et s'avancer vers cette dangereuse civilisation qui devait finir par le priver de son indépendance.
Les Grecs , qui appelaient les Slaves barbares, remarquèrent chez eux l'état social , constitué sur des bases radicalementopposées à celles de leur empire, mais bien plus avancées dans la civilisation que chez les autres barbares leurs voisins. Leurs peuplades vivaient éparses , leurs habitations étaient disséminées, chaque famille isolée, et s'il arrivait qu'il fallût repousser un ennemi , ou une invasion , c'était la multitude qui se réunissait pour y faire face. Malgré l'isolement générrfl, on remarquait chez eux cette grande idée de fra-
ternîtéy qui n'en faisait qu'un seul tout appelé par eux mêmes s'hv (2) , affluence de la multitude , d'où vient le nom de Sloves ou Slaves , lorsqu'il allaient combattre. Ils nommaient aussi leur affluence, leur concours, leur réunion, zhor, sobor, sobranie , synode , comices , assemblée , lorsqu'ils se réunissaient pour discuter leurs affaires politiques , et tous ceux qui habitaient isolément, ayant le droit d'assister à ces assemblées , étaient js5orafite, zborovi (3), gens de l'assemblée : d'où vient le nom de Sporot, chez les Grecs (4). Malgré le sentiment fraternel qui unissait les peuples slaves, souvent des dissensions se manifestaient parmi eux. Mais par différentes causes, des familles nombreuses, des peuplades entières allaient quelquefois s'établir ailleurs et empiétaient sur les possessions de leurs confrères. Il s'ensuivit çà et là des relations variées entre les habitans , slaves sbores. Les frères plus forts , s'acquirent dans différents cantons une domination et assuj étirent leurs confrères qui ne surent point repousser leurs aggressions. C'est ainsi que les anciens sbors, sehrs, se trouvèrent soumis aux Kroates Serbiens , qui s'établirent au sud de la Save et y instituèrent leurs zupans et leurs zupanies (5).
(S) Colluvies gentium, confluctut, L'étymologie de la dénomination de Slaves, est expliquée de différentes manières. On croit qu'elle vient de Slatva, gloire. Les autres pensent qae tlovo, parole, lui donne l'ori-^ gine , pour désigner que les indigènes se comprennent entre eux ;. comme les étrangers , et particulièrement l'Allemand, est appelé nie^ miec, muet, parce qu'il ne sait pas parler avec un Slavon. Les autres encore supposent que slavon, slavak, ne signifie rien que czlovek^ homme ; la transmutation d's et de c , dans la prononciation , et dans les dialectes slavons n'étant pas sans exemple , comme on le voit par le mot sad, soiid, sud, jugement, que les Bohèmes prononcent, cud.
{3) Comitiales homines.
(4) Procope explique ce mot par l'étymologie grecque, en le rappot;mt à sporadein, être dispersé.
(5) Un sebr, dans la législation de Duschan, roi ou tzar des serbs, est considéré comme sujet de vlastelin-serh , c'est-à-dire des propriétaires , et il est puni plus sévèrement qu'un vlastelin. Ce dernier paie pour la tète d'un sebr tué , 100 perpères , et s'il arrivait qu'un sebr tuHit un vlastelin , il payait 500 perpères, et perdait les deux mains.
Macieiovski, hist. de la législ. slave, t. Il, p. 150.