LES BOIS NE S'OPPOSENTPAS AU PROGRÈS
Il est important d'observer , que l'organisation de la république, marchait sans résistance de la part des souverains, qui semblaient plutôt diriger le grand œuvre, que montrer quelque intérêt particulier pour eux mêmes ou pour leurs successeurs présomptifs, qui ne pouvaient pas leur être indifférents , étant leurs enfants ou leurs plus proches parents , d'après le choix longtemps suivi en Pologne. Ils étaient les vrais modérateurs de l'esprit civique qui développait graduellement son système , qui gagnait d'abord ses droits et son pouvoir par des privilèges. Les premiers privilèges donnés par Louis en 1355^ 1374 , et par lagello en 1380, i 388 , 1422.,
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1430 , n'étaient point de la nature de quelque grAce ou liberté accordée par la bonté d'un souverain absolu; ils étaient plutôt une sorte de concession mutuelle, une espèce de convention qui allait déterminer les droits des citoyens et l'obligation du roi pour qu'on eût à les observer à l'avenir. lagello» éprouva que toute résistance serait inutile (*), Son fils Vladislav en 1438 , confirma les droits. Les contrariétés excitées sous le règne de Kazimir le Iagellonide>ne prenaient point origine dans la malveillance du roi, mais plutôt dans les tracasseries fomentées par Taristocratie litvanienne. L'ouverture de la guerre de Prusse , dévoila une facilité extrême de Kazimir pour les privilèges et les concessions. Cependant la première année de cette guerre 1454 fut une année très orageuse dans la législation polonaise. On rédigeait des privilèges on décrétait desstatuts dans les diètes très confusément. De cette confusion, surgii une autre marche pour le progrès. Désormais, la législation nationale seule règle lesdroits, et peut se passer des privilèges. Kazimir pouvait accorder et répéter quelques privilèges particuliers aux prussiens en 1454, aux russiens en 1456, aux krakoviens en 1456, aux litvaniens en 1457 , à la grande Pologne en 1484 et 1488, qui rapprochaient ou éclaircissaîentla coéquation à Tavantage de l'ordre équestre : mais les diètes seules se saisissaient de la tâche législative sans retour. Leur organisation arrivait à sa maturité, contraire aux privilèges, et leur pouvoir faisait des progrès, lorsque l'alarme que le projet de fiuonacorsi répandit parmi la noblesse , mit fin à Tincertitude qui pouvait encore naître relativement à l'autorité législative (137). En 1493 on reproduisit et on sanctionna les statuts défi-
[*] Voycjjf la note 36 de l'histoire du premier vol., p. 92, 93.
[137] Plusieurs écrivains modernes, fâchés contre le pouvoir démocratique, que la noblesse s'arrogea, accusent les rois Jean Albert et Alexandre d'indolence, et Buonacorsi de lâcheté, lui qui osait projeter, mais se montrait pusillanime pour l'exécution de ses plans ; ils pensent qu'un peu d'énergie et de violence aurait arrêté la prépondérance de la noblesse , et que l'autorité l'aurait soumise. S'il leur convient d'élever cette hypothèse, je pense qu'ils se trompent , il n'y avait plus de force qui put résister à la vigueur de l'ordre équestre; ceux qui auraient voulu tenter quelques démarches avanturouses, auraient expié par des suites fu-
gurés de Nicszava (de l'an 1454), où Ton relroura, dans une des copies nombreuses , et on admit dans le corps de la législation un article, qui dit, qu'aucune nouvelle constitution ne sera décrétée , ni le ban annoncé . sans la convention comniune, convoquée dans chaque terre particulière (i38). Celte disposition exige des assemblées particulières dans chaque province , mais bientôt en 4505 , le roi Alexandre à Radom, dit plu» explicitement , que rien ne devait être décidé par le souverain , sans le commun concours du sénat et des nonces terrestres (130). L'esprit civique n'était plus contrarié , ni
nestes leur insolence, et la royauté aurait été abolie. Lesprojets de Buenacovsi n'étaient qu'un charlatanisme qui mit à découvert la puissance de la noblesse.
[138] Pollicemur quod nullas constitutiones faciemus , neque terrigenis ad bellum moveri mandabimus, absque conventione communi in singulis terris instituenda. — Cet article ne se trouve pas dans la copie de 1458, ni dans les éditions de 1491; or, on a cru qu'il était de l'invention postérieure des législateurs de 1493 et de 1496, ou mémede la législation de 1506 et de l'artifice du chancelier Laski qui publiace statut en 1506. Mais si l'on réfléchit qu'en 1496 et 15 5 il convenait mieux d'avoir une diète générale que des conventus particulares; que cette sorte de conventions provinciales était encore très ordinaire vers 1454: qu'alors la guerre de Prusse fesait appel au ban plus important qu'à une autre époque ; qu'au milieu du tumulte delà guerre, lorsqu'on détruisait le privilège de Czerkvic on allait décréter les lois à Opoczno, et que sans délai on les répétait à Nieszava; qu'il y a entre les articles nombreux de cette législation précipitée et hâtée, bien des différences dans les différentes copies connues aujourd'hui : il faut convenir que cet article fut inséré dans les statuts effectivement à Nieszava ou Opoczno. et qu'il se trouvait dans une copie bien ancienne qui fut reproduite en 1496 et 1606. Au reste, cet article n'aurait été d'aucune utilité pour le législateur de 1496 et 1503. qui irrité décrétait une loi plus importante touchant la puissance de la diète générale, qui agissait ouvertement de bonne foi, avec vigueur, et n'avait pas besoin de subterfuges.
(139) Quoniam jura communia et constitutiones publicaB non unum sed communem populum aflSciunt, itaque in hac Radomensi conventione, cum universis regni nostri praelatis, consiliariis, baronibos et nuntiis terrarum, aequum et rationabile oensuimus, ac etiam statuimus. ut deinceps futuris temporibus perpetuis. nihil novi constitui debeat
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incommodé » que par les prétentions de l'aristocratie , et les deux Sigismonds faisaient sur tous les points des concessions pour écarter les empêchements à la coéquation et à Torganisation plus régulière de la république ; ils se dépouillaient de Tautorité suzeraine en Litvaniey de tous les avantages que leur dynastie pouvait y avoir , de leur droit d'hérédité et rien ne les décidait à ces actes que leur conviction , qui marchait d'accord avec l'esprit civique. Je dis que la seule conviction faisait marcher d'accord les rois avec l'esprit civique , car rinstruction qu'ils recevaient dès leur jeunesse dans le cercle des citoyens y rendait leur sentiment conforme aux vœux de la nation. Encore faut-il observer que l'esprit civique en transformant tous les emplois , en fonctions et dignités nationales et représentatives , inspira d'une manière remarquable les dispositions des chanceliers ,qui, dans leur position éminente» pouvaient entraver ou favoriser son progrès. Dans la longue suite de ces hauts fonctionnaires , aucun n'a encouru le reproche de l'entraver. Leur autorité grandissait avec le pouvoirdu civisme^dont ils devenaient les premiers gardiens; et la contenance ferme de ces respectables dignitaires, sauva la royauté des lagellons des fautes qu'elle eût pu commettre ; et dirigeant leur conscience , rassura l'harmonie inaltérable.