LA NAISSANCE DISTINGUE LES CLASSES, ET ABAISSE LES KMETONS
La noblesse ne se prouve guère par la naissance , dit dans le XVf siècle , un docte commentateur des hisloriens de Pologne, mais par le mérite. Les parents sans avoir fait quelque chose de louable , n'auraient été jamais anoblis. Tout le le monde a la même origine : il n'y avait qu'un seul père du genre humain; chacun est rejeton de la môme souche , de la lignée obscure ou brillante. La noblesse qui vient par naissance est empruntée ; faire parade avec le mérite d'autrui , est une ridicule jactance (199). Cette sage réflexion ne pouvait arrêter Tordre équestre dans le progrès qu'il faisait pour se constituer en monopole et en caste. Le nombre de la noblesse montaitimmensément dans cette période par la réunion de tant de provinces et particulièrement par l'admission des litvaniens et des russiens aux prérogatives de l'ordre équestre. Sigismond-Auguste se trouvait très occupé à désigner les propriétaires fonciers du grand duché et des provinces incorporées qui se qualifiaient aptes à entrer dans le rang de la noblesse et à prendre des armoiries parmi les populations nombreuses des petits propriétaires. Le service rendu à l'état recommandait aussi grand nombre de personnes du pays et d'étrangers aux honneurs de l'ordre équestre, qu'ils obtenaient sans difficulté. Cependant sous Sigismond le vieux, la noblesse se fâchait qu'aux dépens de son lustre on récompensât le mérite. A la rigueur ni la condition de la mère, si elle était plébéienne, ne dérogeait à la qualité de noble lors-
(199) Le docteur Jean Dombrovka , commentateur de la chronique de Vinceut Kadlubkonide, rédigea ses commentaires, vers 1440.
que le père était de i'ordre équestre (300) ; ni Teolréo récente dans l'ordre équestre , ne nuisait à i'égalité civique , mais il était mieux d'être noble , né , que créé ; et un descendant d'ancêtres nobles , né d'un père noble et d'une mère noble , était plus précieux et plus illustre. Cette importance donnée au principe de la naissance , traça moralement une séparation terrible entre la noblesse et les plébéiens tant bonrgeois que kmetons. L'ordre équestre évitant de contracter mariage avec des non nobles , s'isolait et se renfermait dans ses relations sociales en une caste qui ne pouvaitplus souffrir que les autres classes d'habitants lui ressemblassent. Aussi depuis ce temps, on voit, que môme par des règlements minutieux on voulait empêcher que les autres classes ne ressemblassent aux nobles. Gomme les juifs s'habillaient ainsi que les nobles, la chaîne au cou et l'épée attachée à la ceinture , on leur ordonna de porter la calotte jaune pour qu'on ne les prit pas pour nobles. D'abord cette ignoble disposition fut arrêtée en 1454, à l'instigation étrangère de Jean Capistran (201), et longtemps elle resta sans le moindre effet , négligée et oubliée; mais l'idée étant (comme tant d'autres) insinuée par l'occident fut goûtée et relevée dans la législationpostérieure (202). Elle resta encore presque sans exécution. La législation inspirée par Jean Capistran, traitait les Israélites , d'infidèles, de race servile, étrangère à la nation. Cette législation trouvait entre les chrétiens et les Israélites une séparation réelle qui ne pouvait disparaître même sous le costume identique, par conséquent elle n'avait pas de suites en touchant à cette apparence identique qui voilait trop légèrement Thétérogénéite: mais elle rencontrait plus d'inlimité sociale, entre la noblesse chrétienne et les classes plébéiennes des chrétiens, c'est ici qu'elle va, avec un succès effrayant jeter une séparation cruelle, et repousser les non-nobles bien loin de l'ordre civique. Nous avons déjà exposé la marche de cette rupture avec la classe bourgeoise , de l'assistance de laquelle dans les
(200) Statuta eccles, ad vota dominaB Elisabeth 1505; vol. I. p. 30-2 ; Kromeri descr. Pol.
(201) Stat. Nieszav. 1454. édition de 1491, art. 19 ; Dlugos, t. II, p. 157.
(202) Stat. 1533. vol. 1, p. 521, 525.
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affaires publiques, la noblesse se délivra en restant seule sur le champ politiqneet législatif. On ne distinguait dans la législation que les nobles ordo equestriê y et les ignobles, poT^luSy plebs : tous les bourgeois auxyeux des nobles étaient égaux aux kmelons, eivitalenses, oppidani et kmetones; une coéquation entre eux fut prononcée. Chaque noble fut maître dans ses terres. Par une ancienne fiction, le roi fut considéré, comme propriétaire de toutes lesterresqui n'appartenaient pas aus nobles et il y fut mattre à condition qu'il ne|pût aliéner, obérer, ni administrer lui même. C'était une possession différente de celle de la noblesse : mais une comparaison en était déduite. Comme le roi possède dans ses domaines des villes, des bourgs et des villages; aussi la noblesse érige et compte dans ses domaines des villes, des bourgs et des villages ; comme les civitatemes, oppidani et kmetones , sont sujets du roi , aussi ceux des domaines nobiliaires , sont sujets des nobles (203). Le roi administre par ses starostes; la noblesse par ses intendants qu'elle appelle vice-starostes, podstorosct. Le roi exerce la juridiction sur les bourgeois et kmetons de ses domaines, aussi la noblesse jouit de sa justice sur les bourgeois et kmetons des domaines qu'elle possède; le roi et la noblesse rendaient justice par des magistrats, scultètes, avoués, starostes, vice-starpstes et leurs lieutenants. Lorsque la législation arrêtait quelque loi concernant les bourgeois et les kmetons , elle prescrivait au roi et à la noblesse une règle qu'ils devaient suivre envers leurs sujets plébéiens. La classe bourgeoise était mise au niveau des kmetons. Qu'on ne pense pas que la condition de kmeton ait gagné par ce rapprochement des bourgeois et des vilains, elle va plutôt perdre son ancienne considération. Déjà l'antique gradation entre les indigènes nobles et les kmetons, allait se perdre par suite de l'égalité établie dans l'ordre équestre et effaçait beaucoup la fraternité morale entre les indigènes, qui ne sont plus inégaux seulement : mais séparés. La législation de 1420 , défendit aux kmetons de blâmer un noble (204) , ce qu'ils
(203) Plèbes urbanœ, oppidanae, vicanae et agrestes, partina principi parent, partim proceribus et equitibus, partira certissacerdotiis ait ributae sunt(Krorneridescr. pol. p. 169).
('■204) Statuta, 1420.
pouvaient autre fois commeétanttndigènesetdetaméme loi. Ses règlements, réprouvent en même temps la familiarité des noblesavecleskmetonsetconsidèrentcomme indigne du noble, de boire et jouer dans des auberges avec les knietons, et même de se placer sur le même banc trop près d'eux ; ses règlements, refusent de lui rendre justice» s*il y est blessé ou s*il y reçoit des coups (205). La noblesse désavoue son origine commune avec les kmetons, qui sont désormais pour elle étrangers comme les bourgeois : les kmetons cependant n'acquièrent point les droits et prérogatives^des bourgeois, n'entrent point sous la loi teutonique et perdent la loi terrestre ; ils ne sont plus indigènes, les nobles seuls le sont, terrigenœ ziemianie; les kmetons ne le sont plus ; les seuls nobles sont nés , hene nati , urodzeni , rodovici ; les kmetons ne sont que laborieux, laboriosi , pracovici. Les kmetons et les bourgeois , sont également appelés chlopi , et cette appellation , comme déshonorante , ne peut être donnée au noble sans le diffamer (200). Elle n'était pas nouvelje , mais elle n'était applicable qu'aux hommes réduits au servage , le langage vulgaire lui donna une extension terrible , surtout, depuis la mémorable époque (1493-1511) de la législation provoquée par les alarmes qu'excita le projet de Buonacorsi.