IV. PERTURBATIONS
me aucan des peuples ses frères ne rétait , ils eurent une humeur plus affable , plus enjouée, plus gaie et plus portée aux plaisirs; cependant le naturel mécancolique y perce toujours dans la plus joyeuse distraction. Par le progrès de l'aisance et de la civilisation matérielle , l'hospitalité engendra chez eux la générosité dans laquelle ils montrèrent cette inclination au luxe et à la dissipation qui fit disparaitre leur sobriété , et les disposa au relâchement de l'austérité de leurs mœurs antiques. Ce n'était pas tant la vanité , ni l'envie de Ja gloire , qui les poussait dans leur vie politique; c'était plutôt l'attachement à la nationalité , et l'amour de la liberté et de l'indépendance ; ni l'orgueil , ni l'ambition ne les emportaient autant y que la fierté de ce qu*ils étaient et de ce qu'ils possédaient; dans leur embarras et leur.détresse , c'est plutôt l'incertitude et l'indécision qui les déconcertent, que la timidité ou la crainte y encore moins sont-ils sujets à la ter« reur panique. Dans le malheur, lorsqu'ils se voient humiliés, ils se montrent résigné s, ils ne désespèrent pas; s'ils deviennent dociles, ils ne sont pas serviles. Propres à tout , aux études ,aux arts, aux métiers ils y parviennent à une certaine perfection , rarement ils y excellent ; ils apprennent avec la même facilité toutes les langues; doués d'adresse et de dextérité à imiter tous les modèles. On leur reproche leur paresse, leur dédain pour les métiers et Tindustrie , leur insouciance, leur inconstance , leur inconséquence et leur légèreté : mais si l'on observe qu'ils s'étaient absorbés dans le civisme et dans l'agriculture , il faut avouer qu'ils étaient des gens de profession , qui travaillaient et ne changeaient pas de vocation. Presque méconnaissant l'avarice , ils étaient bons économes ou dissipateurs. Désintéressés sans envie , ils n'en voulaient à personne et ils étaient effectivement peu conséquents , s'ils pensaient de trouver leurs qualités chez les autres et ne se souciaient de leur avidité. Braves , sans témérité ; emportés sans passion ; ils étaient portés à un dévouement extrême. Il est bon d'observer leurs manières faciles et dégagées, fruit de leur extrême indépendance ; leur simplicité soumise à la gravité et leur politesse qui conserve la rus^ ticité républicaine. Et s'ils imitent quelques étiquettes de l'occident , ils leurs donnent plus de dignité ; s'ils adoptent la
pompe ou quelques formes serviles de Torient , Us les anoblissent et effacent leur origine (301).