IV. PERTURBATIONS
coup moins de nuances locales. Dans tous les deux , point de patois. Partout c'est la m^me langue , et la langue polonaise unique pour toutes ces populations indigènes , nobles ou non nobles , car elles sont de la même origine. Aussi leur caractère est le môme. Mais l'asservissement plus ancien des populations rnssiennes et plus récent des populations polonaises, placées depuis tant de siècles dans une humble condition , devait, si non les corrompre, au moins affecter leur tempérament. Endurcis dans le travail , endurcis dans leurs privations ou leurs souffrances, conformément à leur douceur naturelle , ils étaient résignés et se montraient insouciants à Tamélioration de leur sort. Les paysans russiens moins productifs , plus tristes , se consolaient par des chants plaintifs , les paysans polonais, plus intelligents , riaient , dansaient , criaient et cherchaient des divertissements. Si Ton attribuait quelque idiotisme aux mazoviens, c'était qu'on les plaisantait sur leur obstination dans les idées acquises , sur leur méfian-^ ce , sur celte persévérence laborieuse , que le sol aride leur recommande; cependant ils ne sont pas moins bruyants et aiment la réjouissance. Les montagnards , lestes, agiles, gais, dans leur pauvreté , sautent et chantent (305). Les litvaniens
(305) Us paraissent fonner une race particulière, distinguée des autres races slaves par une taille plus svelte, une physionomie plus marquée, un nez plus allongé, des lèvres plus fines, leurs yeux plus petits, et leurs os zygomatiques plus saillants, les rapprochent néanmoins de la race slave. Plus vifs, plus agiles, plus robustes, plus dociles et plus rusés que les slaves de la plaine, ils portent à ceux-ci une ancienne haine. La stérilité du sol se refuse à produire du froment, l'orge et Tavoine y croissent ainsi que le sarrasin ; le chanvre et le lin que l'on cultive dans ces montagnes sont si gros, si durs, et d'une si petite hauteur, qu'ils ne méritent pas d'être travaillés, quoique l'indigence des habi* tants les force à s'en occuper. L'avoine est ainsi à peu près la seule fromencée qui leur donne du pain ; ils la broient eux-mêmes, pour la plus part, dans un moulin à main, et de la farine grossière qu'ils en retirent avec la petite paille, ils se font une pâte sans levain et sans sel , ils lui donnent la forme d'un gâteau rond, d'un pied de diamètre, et haut d'un demi-pouce, qu'ils font cuire sous la cendre, ils l'appellent piaf jritt (Schultès chez Malle-Brun, précis de la géogr., édit. de Huot, t. VI, p. 57 -,571).
194 CONSIDÉRATIOjyS. 1607—1795.
peu nombreux , contemplant dans des cantons boisés , leur condition pénible , souriaient silencieusement et regardaient avec calme le meilleur sort de leurs frères de Samogitie , pays y où les paysans libres . enrichis par le commerce et la culture se montraient hospitaliers, pour leur seigneur ; modèles delà douceur, contents de leurs retraites reculées, mais commerçantes (*) ; ce qui était un contraste frappant avec la population lettone, et plus encore avec celle des Tcouchons de la Livonie , soumise à un joug pesant et réduite à Tesclavage par les allemands , superstitieuse , vindicative , et respirant la fausseté. Aussi est-il bien de distinguer la population russienne de rUkraïne, d*une contrée ouverte et riante lorsque les rayons de Tété dardent sur les pâturages et les champs peu cultivés, mais très fertiles. La population y est plus animée , plus mobile , son imagination mélancolique est poète dans ses chants populaires , dans ses émotions ; ses passions peuvent s'enflammer plus facilement et se porter à des violences. C'est de là que doit partir la terrible émotion populaire , qui va ébranler la Pologne (306).
(*) Voyex ci-après la note 355.
(306) Lorsque je dis que le peuple en Pologne danse , c*est de ses danses nationales que je parle. Ce peuple, effectivement, possède les mêmes danses qui sont connues et en usage chez les nobles ; elles prennent leur origine à Tépoque où les classes indigènes furent plus rapprochées, plus confondues entre elles, aussi offrent-elles le caractère relatif aux dispositions locales et résultant du tempérament commun des nobles et des paysans. La Polonaise tire certainement son origine, comme elle en porte le nom, du berceau de l'état, de la Grande-Pologne. C'est une danse de conversation, éminemment civique, grave et imposante : on avance à grands pas, on se mêle et on ralentit ; un léger frétillement lui donne une certaine cadence; c'est une longue procession qui marche deux-à-deux et suit la première paire, qui dirige et tient en ordre (rei-vodzi, voyez ci-dessus note 290) . Le chef n'y est pas toujours le même, il cède sa place au premier venu qui, par une tape des mains, l'avise de se retirer. Le chef dirige la danse, et lorsqu'il reparaît de la mêlée , tout rentre dans l'ordre pour le suivre et faire de nouveaux ronds. La mazure suit la même marche (car les figures variées sont d'une invention pi us récente), avance à petite trotte sautilleuse avec trépignement à mesure inégale ; les danseurs deux à
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