‹ Histoire de PologneChapitre 281 sur 369 · MALHEUnS, CALAMITÉS · texte numérisé non relu

MALHEUnS, CALAMITÉS

Après les quarante années (1607 — 1648; de la désorganisation de la république, nous avons vu l'aristocratie^ dans l'anarchie naissante se constituer et jeter l'éclat loin des frontières de l'état ; les vingt-cinq années (1648—1673) des deux règnes suivans , au milieu des désastres , du désordre , et de l'anarchie qui arrive à son comble , dans lesquels, tout se replie vers le centre de l'état et ébranle toutes ses forces vitales : l'ordre équestre montra encore une vigueur remarquable. Il y a trois siècles , du temps de Yladislav Lokétek^ la Pologne , poussée à son péril extrême, appela ses enfants à sa défense et une classe guerrière , répondant à ses cris de détresse , se constitua en ordre équestre. C'était son âge plein d'avenir , l'âge de la jeunesse qui, élaborant de nouvelles conceptions, sauve l'édifice de sa patrie , en l'organisant: et celte édifice devait grandir. Trois cents ans plus tard sous Jean KazimirYaza et Michel Visnioviecki, appelé de nouveau par une crise non moins dangereuse de sa patrie , il accourut avec la même ardeur et

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le même déirouement, sauver les ruines de l'immense édifice poar le conserver, dans sa décadence, dans sa désolation. C'était son âge viril, saisi du mal du siècle, mais plein de force , d'expérience , instruit par le passé , riclie de grands souvenirs; Page, qui n'avait plus d'avenir que la stabilité perplexe. Il prolongea son existence avec tout son esprit intraitable , avec ses idées arriérées , avec ses habitudes invétérées. Il pouvait se glorifier , qu'à Textréme détresse , il ne recula pas devant le danger épouvantable, ni devant l'anarchie atroce , et qu'il s'assit victorieux sur les décombres. Je ne sais pas , si la Pologne aura une plume assez habile , assez capable de retracer tous les maux qui l'ont accablée à cette époque: une guerre cruelle entre la classe civique et le peuple ; Tinvasion simultanée de cinq ennemis, qui ont à la fois occupé tous les pays , suivis de Tirruption des turcs ranimés par l'esprit des conquêtes ; les secours perfides et ruineux , l'acharnement des sectes poussé jusqu'au fanatisme; l'état lâchement livré aux étrangers par intérêt de religion, de principe , de haine , d'animosité personnelle ; le roi déclaré eunemi de la république, assouvissant ses petites vengeances, victime d'une jalousie ambitieuse ; la royauté trafiquant avec des cours étrangères , prostituant sa couronne par des pactes illicites , compromettant la paix par ses droits héréditaires , poussant en avant la question de succession au mépris de ses serments, des lois fondamentales et de la sécurité publique ; la séduction et l'égarement , l'abandon et la désertion de la cause nationale; la félonie , l'infidélité et la trahison ; des révoltes et des factions se déchirant entre elles; des haines implacables, l'ambition scandaleuse, toutes les passions se dressant et se croisant dans le labyrinthe des éléments hétérogènes contradictoires et impitoyablement hostiles ; la perte des provinces, la ruine des autres; la destruction barbare, le pillage insatiable, la flamme dévorante changeant tout en désert; carnage, massacre , boucherie; des cruautés sauvages ensanglantant toutes les parties du pays dans ces jours de désastres ; enfin la peste, fléau terrible, ravageant les populations , fournissent d'innombrables objets à la réflexion (348).

(348) Pour donner une idée de la dévastation de cette époque de plu-

Le destin funeste, accamnlant tous ces malheurs sur la Pologne , offre pour un historien / un tableau de feu et de

sieurs années, je citerai quelques exemples qui sont plus connus. Ces exemples sont pris pour ainsi dire de sommités^ car les narrations historiques s'évertuent, ordinairement à détailler les aventures des hautes, classes dont elles déplorent les malheurs; sans pénétrei: dans le malheur plus étendu du peuple ; aussi lorsqu'elles parlent de la ruine du pays, elles comptent les pertes des grandes villes , des places plus considérables, et laissent en confusion les perles incalculables des campagnes. Aussi, croyait-on que la peste en 1652, enleva dans la Pologne 400,000 hommes, lorsqu'on comptait à Krakovie seule, qui était alors le concours et le refuge des indigènes fuyant les calamités de la guerre intestine, on comptait, dis-je, 173,000 chrétiens et 20,000 juifs qui y succombèrent de la peste.

En 1655, les Moscovites rasèrent la ville de Troki ; Grodno, Merecz, et Kovno subirent presque le même sort. Dans cette dernière ville, il ne resta que le temple paroissial qui résista au feu et à la démolition, tous les chemins entre ces villes furent jonchés de cadavres ; force habitants des deux sexes furent enlevés et emmenés au fond de la Moskovîe. A Yilno , le feu consuma plusieurs quartiers et 15,000 d'habitants furent égorgés (Augustin Limmerus, dans ses feuilles publiées alors à Leipzig, en donne les déta Is).

Les Suédois, en 1655 et en 1656, brulcrenl Lublm , Konin, Varka, . Fordon et autres villes, et les ruinèrent de fond en comble. Lenczica fut réduite en cendre par les Suédois et tous les habitants passés au fil deTépée. Sandomir éprouva le ravage du feu en partie par la méchanceté des Suédois, en partie par la faute des Polonais. Lesno et Vielun, sont incendiées et ruinées par les Polonais eux-mêmes, qui vengeaient rattachement de ces viUes protestantes au parti suédois. Les faubourgs de Krakovie, Kleparz, Stradom, Kazimifz furent consécutivement ravagés parle feu des Suédois. Les faubourgs de Varsovie, particulièrement la nouvelle ville, sont ruinés par les Suédois, ils en donnent euxmêmes les descriptions et le dessin de la destruction. Bien des villes ne se relever ent jumais de leurs ruines.

Les villes de la Russie rouge repoussèrent heureusement l'invasion et les attaques des ennemis, et furent sauvées dans leurs retranchements, mais leur paya plat fut ouvert à des incursions qui pillaient et enlevaient les habitants des campagnes. Les Transilvaniens» les Kozak*^, les Tatars, les Suédois y pénétrèrent. Les Kozakes dépeuplaient les pays qu'ils traversaient et bien des villes ouvertes, ou qui tombèrent fortuitement

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