IV. PERTURBATIONS. 24.V
suite sur eux (360). Les yices, en Pologne, ne sont pas impaniSy hors un seul point (continue le voyageur étranger), c'est qu'il était permis au noble qui avait tué un roturier , de faire périr et d'éteindre l'action des paysans par une petite somme d'argent ; mais l'on doit considérer qu'ils en usent rarement , et que s'il n'est pas expressément défendu , c'est une raison de politique pour conserver l'autorité qui, de tout temps, leur appartient sur le petit peuple, qu'ils sont obligés de tenir dans le respect et dans la crainte (361). » Cette explication étrange de l'impunité du meurtre était inventée par la noblesse ellemême. La législation punissait toujours l'homicide; le noble , quand il tuait un noble , devait être puni de prison et d'amende, et quand il tuait un paysan, il était puni de la seule amende ; bien qu'elle fût très-petite , la loi la considérait comme une punition, comme une peine pour le crime; mais le langage vulgaire de la noblesse qui s'arrogeait le droit dévie et de mort sur le bas-peuple , donnait cette scandaleuse interprétation que les étrangers répétaient.
131. LES PUBLIGISTES REPROUVENT LES USURPATIONS NOBI- LLAIRES SUR LE PEUPLE.
Les gens de loi cédaient à toutes les assertions de l'ordre équestre au sujet de ses droits sur les paysans , n'osaient pas combattre son usurpation , considéraient les anciennes lois favorables à la liberté des kmetons comme tombées en désuétude par leur vétusté. Quelques publicistes seulement attaquaient encore avec courage Topinion dominante. Olizarovius (362) et le vieux Sim.on Starovolski soutenaient hau-
(360) Laboureur, reiat. du voyage de Guebriant, vol. II, p. 105. — On trouvera certainement que ce tableau retracé par Laboureur, n'est que la répétition de la description de Eromer , mais il faut réfléchir qu'il le revêt des couleurs de son temps , et lui donne des raisons dictées par Topinion de son époque.
(861) Laboureur, II, p. 47, — Voyez la note suivante, 362.
(369; Olizarovius de politica hominum societa te , publiée en 1651, Jam vero si consideramus quid de facto miseri isti homines apud plurimos dominos patiuntur, miserrime illos servire comperiemus, inquos non tantuni doinini quorum illi agros colunt, vita? nccisque potestatera
a46 CDNSIDéRATIONS, 1807—1795,
tement (863) que la prétention du droit de mort est illégale, contraire aux lois générales et posîtires, Christophe Opalinski dans ses satyres (364), retraçant le tableau de Tarbitraire dont la classe laborieuse subit les effets , jetait dans de justes cooleursy le plus sanglant blâme contre Tordre dominant. Cet ordre» dont la domination ne pouvait être expliquée que par le droit du plus fort, cherchait cependant des arguments pour soulagersa conscience y pour justifier ses prétentions et ses usurpations. La conscience inquiète s'emparait des sophismes faciles à renverser par des écrivains judicieux. Je vais ici extraire un article assez remarquable d'un des publicistes de ces temps-là, qui renferme plusieurs questions de cette nature. «Si nous voulons considérer le droit de justice, dîtOli* zarovius» il est certain que les paysans ne sont point serfs, mais libres et francs citoyens, puisque ni le droit des gens, ni la loi civile ne peuvent prouver leur servitude. Dès l'origine , tous les hommes, et par conséquent les Polonais, étaient égaux entre eux, et n'avaient pas de chefs par la naissance , mais par leur mérite. Ceux qui accordent aux princes le droit djélever et de dégrader la position sociale des hommes , et soutiennent que les princes ont ôté la liberté aux paysans, doivent réfléchir qiie la Pologne ne se trouva jamais sous une semblable tyrannie, et que si elle l'était , une telle violence serait de la même nature qne la capture des prisonniers par des brigands et des pirates. Ceux qui pensent que les princes ont réduit leurs sujets à la servitude par les voies de la législation , doivent savoir que les lois divines, de la nature et des nations s'y opposent, car aucune loi ne peut légitimement faire injure, et rien de semblable ne devient légitime, ni par la pratique , ni par l'ancienneté. Il faut absolument repousser les argumentations de ceux qui disent que les paysans , en Pologne , ne subissent aucune injure , car ils supportent avec patience le
usurpant, sed etiam quivis nobilis ut vult ita in vitas illorom grassatur,. cum ab omnibus levi decem aureorum muleta occidi possint, a patronis vero impune (p. 219).
(363) Sim. Starovolski de la réformation de Pol.
(364) Les satyres d'Opalinski furent publiées pour la première fois en 1612.