IV. PERTURBATIONS
foag imposé malgré eux. Oui , ils le supportent patiem* meDt^ car ils y sont forcés, et la gravité de la servitude y est telle , qu'à ces hommes malheureux , aucune plainte , aucun gémissement, ne sont permis; or, c'est une fatalité contre laquelle aucun d'eux n'ose combattre. Il faut d'autant plus réprouver le raisonnement de ceux qui disent que les paysans se sont soumis de bon gré à leurs seigneurs, qu'il est trop notoire qu'ils ne se sont jamais livrés à leurs maîtres pour la glèbe qu'ils possèdent, mais qu'ils ont fait avec eux des con* ventions emphytéotiques ou à condition. Or , la comparaison qu'on fait ordinairement avec les serfs ascriptices des Romains est fausse, car ceux-ci, sortis de l'esclavage et attachés à la glèbe, avaient par ce moyen leur servitude adoucie. Et s'il faut comparer les paysans polonais à quelque classe de l'ancienne Rome, ils ressemblent plutôt aux payants un cens , aux colons établis à condition , censiti , conditionales coloni. Aussi, les paysans polonais sont libres, et les conventions qui existent entre eux et leurs seigneurs, en sont une preuve évidente. Les seigneurs leur donnent des portions de terre avec obligation de remplir certaines redevances et de labourer les champs. Ni ces obligations, ni ces conventions n'enchainent les paysans à perpétuité , puisqu'on voit dans les domaines royaux qu'ils s'y engagent autant qu'il leur platt. Or , ce n'est que la violence la plus inique qui priva de cette liberté les paysans dans les domaines de la noblesse ; comme le droit de vie et de mort effrontément proclamé par des seigneurs est le plus faux, est le plus mensonger (365} .d Ce passage d'Olizarovius console au moins ; il prouve qu'à cette époque ensanglantée, la voix de la vérité s'élevait au milieu des tumultes et d'affreuses confusions ; qu'à cette époque encore, les abus des starosles n'ont pas enlevé toutes les franchises aux paysans des biens royaux, comme elles étaient javi es dans les biens des magnats et de la noblesse bien possessionnée , bene posseséionati.
(365) Olizarovius, chap. a, S 17. p. 218, 219.— Olizarovius, natif d'Ing<^tadt en Tyrol, était professeur dans l'université jésuitique de Vilna.