AUTRES CHARGES ET VEXATIONS; TRAITEAIEIVT SAUVAGE
Notre liquidation des charges que le paysan supportait , bornée à celles qui allaient au profit direct de son mattre , ne serait pas complète à raison des autres qui pesaient sur lui; ne serait point entière , si nous oublions les impôts publics» et la dime due à l'église. L'ancien impôt foncier de lan et de vloka , fut enfin supprimé à cause de sa presque nullité, à laquelle il fut réduit, tant par la dépravation de la monnaie et du gros, que par la diminution des terres imposables, continuellement soustraites aux cadastres sous différens prétextes. Cet impôt fut remplacé par l'impôt de cheminée,po(iimné , et quelquefois , par la capilation , poglovne, La dlme fut ordinairement perçue en nature par l'autorité ecclésiastique et c'était un péché mortel, si elle n'était pas rendue rigoureusement et avec abondance ; en outre le desservant se faisait bien payer pour le salut de Tâme ; les offrandes couvraient les autels et dans maintes fêtes le curé à l'office se vit enfoui sous le grain qu'on lui versait avec profusion. Le paysan lui donnait par habitude , quelquefois volontairement, ou par crainte, ou par scrupule. Partout il travaille, il donne, il s'épuise. Et s'il arrive une guerre , des passages de troupes , ou la traverse d'un voyageur peu raisonnable, le paysan se voit pillé et dépouillé de sa substentation annuaire, endommagé jusqu'au^ meubles. Ajoutons à ces accidents, l'industrie ininterrompue des juifs, qu'on nommait les sangsus du peuple, qui tenaient en bail des cabarets , des brasseries et fonctionnaient infatigablement dans le métier de faire éni-
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vrer toute la populatioa au profit du maître. Le paysan, vivant sous TimpressioD de la maxime , que lui et tout ce qu'il gagne appartient à son mattre , ne pensait guère à faire d'économie, aimait mieux consommer en buvant tout ce qu'il avait , que de se voir dépouillé de sa misère. S'il réussit à so procurer par son épargne , quelque fortune , quelque argent , loin de jouir de ce petit bonheur , il le dérobe à la vue des voisins et l'enfouit , sans le dire à personne. L'œil pénétrant des juifs , des intendants et d'autres substituts , épiait tous ses mouvements et avait main mise , sur ses biens et son corps. Les seigneurs de grands domaines , ne voyaient presque jamais leur serfs laborieux ; et les possesseurs de petites fortunes , se servant des juifs., des intendants et substituts, n'avaient pas besoin de cette classe laborieuse (409). Une grande quantité de la noblesse, rendue à Tindigence par la ruine du pays, au lieu de chercher quelque profession incompatible avec sa qualité nobiliaire , s'empresse à la surveillance chez les propriétaires, à l'administration de leurs biens, à la régie des domaines et forme une classe d'intendants , connue sous le nom d'économes , honorée quelquefois des titres plus élevés de vice-staroste , de commissaire , ayant à ses ordres des substituts, vlodarz, karbovy, assavuL Race impie, basflatteurs de leurs maîtres , voleurs de leurs biens pour faire leur propre épargne , tyrans envers les paysans qu'ils méprisaient et haïssaient. Si de bonnes dispositions personnelles n'anoblissaient ou n'adoucissaient les démarches de certains économes , l'état social et leur vocation leur imprimèrent à tous, ce détestable caractère. Sans pitié et sans remords, ayant un cœur insensible, l'àme sans compassion, ils ne lâchaient jamais de leur main le fouet correctif, en infligeant des peines selon leur bon plaisir. Les formes de l'ancienne juridiction communale, disparurent, l'arbitraire le plus sauvage du mattre ou de l'économe disposait du corps des paysans réduits à l'esclavage. Il n'y avait que des assemblées extraordinaires , gromada, gmina, que le seigneur convoquait quelquefois par caprice , ou pour témoigner une espèce de considération
(409) « Si le roi le savait » de môme le paysan répétait : pan daleko, hog vysoko, (le seigneur trop loin, et le dieu trop haut).
à ses sujets. Ombre des anciennes justices , administration et législation commnnale. Afais ces assemblées , dirigées par la volonté et la présence du maitre suprême, discutant certaines questions proposées par le seigneur, n'avalent d*autre issue» que d'entendre ses ordres et ses dispositions. Les fêtes de moisson , okènzné , et les assemblées communales , gromada , restaient les seules douceurs , les seules consolations , dant la condition misérable des paysans , dont on a peine à comprendre la résignation, a Des hommes si nécessaires, dit le roi Leszczinski , devraient j être considérés sans doute , mais à peine les distinguons nous des bêtes qu'ils entretiennent pour la culture de nos terres. Souvent nous ménageons moins leurs forces que celles des animaux, et très souvent , par un trafic scandaleux , nous les vendons à des maîtres aussi cruels, et qui bientôt par un excès de travail , les forcent à leur payer le prix de leur nouvelle servitude (410).. Je ne puis sans horreur rappeler ici cette loi qui n'impose qu'une amende de quinze francs à tout noble qui aura tué un paysan (411). Nous regardons ces hommes comme des
(410) Ils violaient toute fille qui leur plaisait, et répondaient par cent coups de bâtons à quiconque s'eû plaignait; il n'y avait ni loi ni justice pour un paysan (Voyage à Vitovo en 1781 dans Bernouilli, lY, p.- 129).
(411) Nous avons vu que Bodinus, vers 1590 disait qu'on payait 10 écus d'amende pour le meurtre d'un paysan, et Leszczinski n'en donne que 15 francs. Qu'on ne veuille pas y voir un désaccord ou y chercher quelque changement de législation tout-à-fait stationnaire sur ce point. Le fait est exact, concorde, et la législation ne toucha guère, les 10 marcs, de prix pour la tête d'un paysan tué, que les statuts visliciens, en 1374, soulevèrent et confirmèrent. Toujours, ces 10 marcs, sont la peine et l'amende pour le crime ; il n'y a que l'espace de temps qui défigure cette législation immuable par le changement de la valeur de ces marcs, dont la baisse descendait continuellement. C'est la détérioration des espèces qui en était la cause. Je donnne ici la note de cette diminution remarquable pour certaines époques, évaluant les 10 marcs en francs et centimes.
En 1347, les 10 marcs valaient 370 francs.
Vers 1500 150
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créatures d'uoe autre espèce (41â) et nous leur refusons presque Je même air, qu'ils resfHrent avec nous. Il est vrai que selon la constitution de notre royaume , nous pouvons nous passer de leurs conseils et ne pas les admettre dans nos assemblées » mais leur secours nous est nécessaire et par cela même p nous ne derrions point les traiter avec untd^ cruau-* té. Est*!! 6n effet y aucune loi, qui puisse autoriser le joug terrible que nous leur ayons imposé (413)? »
153. DISPOSITION PAISIBLE DBS PAYSANS ET GONDlTlOlf HOINS MISERABLE: QUE CELLE DE LEURS VOISINS.
a Gomme il est naturel de secouer le joug rude et pesant , continue le même Leszczinski, ne peut-il pas arriver que ce peuple fasse un effort pour s'arracher à notre tyrannie. C'est à quoi doivent le mener tôt ou tard ses plaintes et ses murmures. Jusqu'à présent, accoutumé à ses fers, il ne songe point aies rompre^ mais qu'un seul de ces infortunés, esprit mâle et hardi, vint à concerter à fomenter leur révolte , quelle digue assez forte pourrait-on opposer à ce torrent (414) t » Et comment se faisait-il que ces prédictions menaçantes ne se réalisaient pas 7 — a C'est une race abâtardie , dit un étranger (en 1781), ignorante , adonnée à l'ivrognerie. Mais il avoue que la vie physique du paysan polonais était plus agréable que celle du cultivateur allemand (de cette môme époque) ; une nourriture très-abondante, des vêtements grossiers, mais propres à résister au froid ; une chaumière sale , mais bien couverte; un lit de plumes, la liberté de danser, chanter et s'eni-
Vers 1607, 70 francs.
En 1588 lorsque les dix marcs ou la tète d'un paysan tué ne valait plus que 85 francs 62 centimes, on taxa un fugitif paysan et toute sa famille, de 500 marcs, ce qui donnait 4281 francs 25 centimes. En 1661, le statut doubla cette taxe, mais les 1,000 marcs ne faisaient plus que 1,800 francs.
(il2)Chlop Cham. Foi/ejsf chap, 150.
(413) OEuvres duphil. bienf., 1. 111. p. 4. 5, 6.
(414)Il»td.,p.8.
296 CONSroÉKATIONS, 1607 — 1 795.
vrer, voilà, dit-il , les conforts de ces esclaves (415). » Uo aotre étranger (ftolbière)» sans s'arrêter à leur vie matérielle, qui, bien que pauvre sans être misérable , parut suflBsante à l'observateur allemand ; Rulhière, étudiant leur génie » remarque a qu'aucune superstition n'altère dans ces esclaves le penchant naturel des hommes à la liberté: Ils ne connaissent point cette insensibilité stupide avec laquelle les Russes (Moskovites) se laissent ôter leur misérable vie dont ils ne croient pas avoir îa propriété. Ils ressemblent à cette multitude prodigieuse de serfs qui couvrentia terre, assujettis par la^rce, ployant avec douleur sous la dure nécessité de leur condition, habitués par leurs pareuts à supporter patiemment le triste hasard de leur naissance, et capables, par l'impulsion même de la nature, d'ouvrir leurs cœurs à l'espérance d'une révolu tioo. Mais les désordres, les pillages, les cruautés des troupes russes, empêchent ces esclaves de se joindre aux mouvements intérieurs, de sorte que cette partie de la nation restait véritablement neutre entre ses maîtres et les oppresseurs de ses maîtres, entre les factions qui déchiraient le pays, en présence des étrangers. & Elle ne voulait ni se soulever, ni agir en sa faveur, comme faisaient les protestants et différentes factions des magnats, qui sympathisaient avec Tétranger , imploraient son asssistance, écrasaient leur patrie en se déchirant mutuellement Au commencement du règne de Stanislav-Auguste , Lorsque les agitations prirent une attitude menaçante pour le nouveau roi, a quelques émissaires de fk famille royale y en 1766,tentèrent, pour prévenir le soulèvement général delà nation et retenir les nobles dans leurs terres, le plus dangereux moyen que la fureur pût imaginer, dit encore le témoin contemporain Rulhière ; ils répandirent dans les foires publiques nu manifeste destiné à exciter un soulèvement parmi tous les paysans du royaume, ou du moins à inspirer aux nobles la crainte que s'iis quittaient leurs châteaux pour se confédérer, leurs sujets, pendant leur absence, ne prissent les armes contre eux. Ce manifeste qui paraissait composé au nom de tous les esclaves polonais, était une déclamation éloquente sur la liberté, à laquelle la nature appelle également tous les
(415) Voyagea Vitovo, dans Bernouilli , t. IV, p. 129.