‹ Histoire de PologneChapitre 328 sur 369 · IV. PERTURBATIONS · texte numérisé non relu

IV. PERTURBATIONS

tiïrres labourables à condition de 12 journées de corvée dans l'année , 12 autres pour la construction des chemins, et un cens modique, ce qui attirait une population nombreuse. Pour la sécurité du pays, outre le cantonnement ordinaire de troupes régulières , on avait organisé des régiments de kozaks formés de gens du pays. L'activ^ité et le progrès extraordinaires appelaient le clergé latin et du rit grec-uni, à soigner avec plus de zèle cette nouvelle vigne. Rylo, évéque-uni de Ghelm, visita les fidèles, et la ferveur du clergé-uni commençait à alarmer les non-unis. Gervaise Linovski, évéque non-uni de Periaslav, intervenait de son côté, de part et d'autre on essaya la conversion; on s'impatientait; on s'irritait. Le métropolitain-uni, Félicien Volodkovicz, se fâchait contre l'activité de Melchisedech Javorski , ihumen (supérieur ] du monastère non-uni de Motrcnin , situé dans les forêts de Tasmin. C'est dans une semblable disposition des esprits, que les confédérés de Bar, en 1768, parcoururent les terres des seigneurs qui ne s'empressaient pas à s'associer à leur entreprise patriotique.

Après la retraite des confédérés et le déplacement des troupes régulières, une frayeur se répandit en Ukraine, et un pressentiment sinistre. Maxime Zelezniak kozak zaporoge, pénitent, au service du monastère non-uni de Medvedovka, secondé parl'ihumen Melchisedech, commença à organiser les bandes, qui réunies avec les zaporoges ouvrirent le pillage et le massacre, proclamant au nom de l'impératrice Catherine II, que le moment de l'émancipation est arrivé, et que toute l'Ukraine polonaise va être organisée en milice kozake;on exhiba un oukaz de la tzàrine, on répandit le bruit des secours formidables de 50,000 hommes , et on appela le peuple au nom de la religion menacée par la confédération. A cet appel, la population s'ébranla sur différents points , et la force de Zelezniak grandit à mesure qu'il avançait sur la direction de Medvedovka, Zabatin, Smila, Zvinigrod. Le château Lisianka se trouvait en Tétat de défense , mais son commandant Kuczevski, confiant dans la promesse des haïdamaks, que la vie de ceux qui se sont réfugiés dans le château sera respectée si l'on voulait se rendre , ouvrit la porte, et tout le monde y fut passé au bout des piques. Bialocerkiev,

place assez forte repoussa leur tentative (419). Cependant» ils avançaient, répandant le carnage ; les paysans nombreux accouraient se joindre. Les zaporoges fournissaient les armes aux paysans, et ceux-ci les conduisaient de maisons en maisons. D Tout ce qui n*était pas de la religion grecque, vieillards, femmes , enfants , gentilshommes, valets, moines, artisants, juifs et luthériens, tout fut massacré. Toute la noblesse éparse dans ses maisons en Ukraine, y fut égorgée. Les juifs plus haïs, à cause de leurs concussions , furent presque tous brûlés vifs. Ces scélérats s'amusaient à pendre aux mêmes potences, un gentil-homme, un moine, un juif et un chien, avec cette inscription , c'est tout un. On vit à un même gibet, une mère entourée de ses quatre enfants. Une de leurs troupes, enterra tout vifs, et près les uns des autres, plusieurs centaines d'hommes, de manière que les têtes de ces malheureux passèrenthors de terre, et ensuite ils les fauchèrent comme les herbes d'un champ. Ils ouvraient le ventre des femmes grosses, et à la place des enfants qu'ils en arrachaient, ils y enfermaient des chats vivants. Il y en avait d'âgés à peine de dix ans, ils étaient conduits à ces meurtres, par leurs pères ; ceuxci tenaient les mains des malheureuses victimes liées derrière le dos, pendant qu'ils exerçaient ces enfants à égorger, à poignarder, à faire souffrir des morts lentes. Si un inconnu leur tombait entre les mains, et qu'ils le soupçonnassent de cacher sa naissance ou sa religion, ils le forçaient à massacrer de ses mains des gentilshommes et des prêtres. Tout ce qui pouvait fuir prit la fuite. On ne rencontrait plus dans les villages que femmes égorgées, enfants écrasés sous les pieds des chevaux. Un malheureux, échappé de ce carnage, traversa des villages dont les puits étaient comblés de cadavres d'enfants. Trois villes, cinquante bourgs et plusieurs milliers de maisons éparses dans les campagnes, furent brûlées (420) o

(419) Il existe en Polonais plusieurs relations de ce soulèvement sanguinaire. De Tuczapski, de Kvasnievski. de M" Krebs, fille de Mladanovicz. Cette dernière est publiée à Posen dans le journal littéraire intitulé : Ôrendovnik. Celle de Lippoman et de deux anonymes sont aussi publiées à Posen en 1842, par E. Raczinski, sous le titre : Bwtt hmàamakov.

(420) Ce tableau de sauvagerie, est tiré de Rulhière, Anarchie de Po

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