DÉPÉRISSEMENT ET DIHINIPTION DE LA NOBLESSE
La diminution de la population était sensible dans toutes les classes, et trop évidente sur plusieurs points du pays. Les steppes de ITkraïne sont en partie déserts, privés de cultiratcurs ; par l'invasion des Turcs, la Podolie se dépeupla et resta inculte. Les bois sombres s'élevèrent sur le pavé des villes naguère florissantes , et sur des foyers de villages dont les noms se transmettaient aux forêts. Tout près de la capitale, la
(139) Dalerac, Anecd. de Pol., t. U. chap, 8. p. 208.
basse plaine qui s'étend vers l'Orient du faubourg de Praga, «e couvrit de haute futaye. Dans tonte la Pologne, on voit des forêts sillonnées par ta charrue, des traces d'habitations en décombres. La peste, le fer, l'émigration enlevèrent au pays une masse d'habitants. Dans la classe nobiTiaire se déclara une diminution très grave. Les émigrans de Smolensk, de la Livonie , de Czerniechov , qui, après fa perte de ces vastes provinces, se réfugièrent dans la Pologne , et continuaient à Tes représenter, à tenir leurs diétines, leurs élections, à conserver les titres des fonctions terrestres, les émigrans, dis-je, ne purent remplir le vide immense qui s'ouvrait dans les rangs éclairés de la noblesse. L'histoire ne parle plus de la petite noblesse de deux Polognes, et n'offre plus d'exemple de ces réunions nombreuses de Tordre équestre qui formaient Tes rokosz et les pospolites. Pour le ban général , dorénavaiH on comptait à peine 150,000 combattants de deux nations , encore on doutait si Tordre équestre était en état de mettre sous les armes un nombre aussi considérable. Les hussards , do 20,000 autrefois, à peine étaient-ils au nombre de 4,000. On se demande qu'est devenue cette masse nobiliaire? a-t-elfe péri? ou bien a-t-elle subi quelque métamorphose fa^ cheuse? effectivement, Tun et l'autre avait lieu. L'éc^uipement des hussards demandait des dépenses qu'un assez grand nombre ne pouvait plus supporter comme jadis. L'apauvrissement interne empêchait de plus en plus une foute prodigieuse de l'ordre équestre d'avoir des armes et des chevaux comme elle en avait autrefois, pour être prête à marcher dès que le bien de la patrie le demandait. Par la suite d& la même ruine, les revues de la noblesse devenaient plus rares et tombaient en désuétude > de sorte qu'avec le temps, si l'on avait convoqué l'arrière ban, plus de la moitié de cette multitude n'avait plus offert qu'un ramas de gens désarmés. Si d'un côté les fortunes immenses étaient en souffrance , allaient en dissolution ou diminuaient, de l'autre côté les très-petites possessions de la petite noblesse disparaissaient en masse. Du délabrement des premières» et de la ruine des autres, se for^ maient des fortunes nombreuses plus considérables, cultivées par des serfs; ces fortunes devenaient grandes dans certainea familles , sans pouvoir créer des fortunes de l'ancienne opu^