La constitution est lue maigre ropposition
Dès le matin du 3 mai 1791 , les avenues , les corridors , les escaliers et la cour du château royal où la diète siégeait furent remplis par une foule immense de peuple. Chacun y accourait dans un recueillement religieux et pénétré de confiance dans le bonheur futur. Le maréchal Malachovski et le nonce de Krakovie , Stanislav Soltik, invitèrent la députation des affaires étrangères, à rendre compte de la politique extérieure. Son rapport ne passa point sans réclamation. Suchorzevski, nonce de Kalisz, interrompant la lecture à plusieurs reprises, parvint à faire une démonstration scénique. Ayant à son côté son fils, à peine âgé de six ans, il se traîna sur les genoux jusqu'aux pieds du trône, vociférant ses lamentations cohtre la contrainte qui lui était faite et déclarant plutôt sacrifier son petit rejeton, que de permettre
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dans ce jour-là, d'immoler la liberté nationale. Après avoir obtenu la parole , par cette démarche théâtrale , il s'efforça d'accuser le parti qui allait proposer la constitution de sédition et de complot contre sa \ie. Lorsqu'il eut terminé son discours, on poursuivit la lecture du rapport de la députation. Son contenu montrait de tous côtés de sinistres augures : on était à la veille de voir la paix conclue entre la Russie et la Turquie ; on s'était convaincu de la perfidie et la mauvaise foi d'une puissance, qui* se disait amie de la Pologne; on était sur les traces de la trahison de quelques Polonais dégénérés , soudoyés par les étrangers. Ignace Potocki, maréchal de la cour, s'adressa à Stanislav- Auguste et l'engagea à proposer le moyen le plus efficace pour sauver le pays. Le roi l'indiqua dans la publication et l'acceptation de la constitution préparée. Après de courtes discussions, on procéda impi^diatepient à sa lecture..
9i7; La coiv^tUutloii est proclamiie et acceptée le S et le 5 nml 1791. .
La lecture terminée, l'opposition éclata en murmures, et tout en argumentant contre le projet, elle fit perdre plusieurs heures d'un temps précieux. On lui répliqua laconiquement et avec précision. Quelques vois contraires se faisaient encore entendre faiblement, lorsque Za^biello, nonce de Livonie, sollicita le roi* et les états assemblés de prêter serment à la nouvelle constitution» sans délai. Des acclamations universelles accueillirent cette proposition. En même temps tous les membres de la diète se précipitèrent spontanément vers le trône pour témoigner leur émotion et leur respect pour la majesté de leur chef. Le roi manda de suite l'évèque de Krakovie, Turski, pour qu'il reçut son serment. Après avoir juré, il descendit et quitta le trône se dirigeant vers réglise; avec lui, le sénat, les nonces, les dignitaires , les employés^ la cour et une foule immense de peuple se pressèrent vers l'autel de Téternel où les représentants de la nation prêtèrent solennellement leur serment : une douzaine d'entre eux à peine héritèrent, et restèrent dans
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la salle évacuée par tout le monde (53). Mais ceux-là mêmes donnèrent leur approbation, par un acte particulier, lorsqu'à la séance du 5 mai, Joseph Kossakovski, évèque de Liyonie, proposa de faire passer aux voix la nouvelle constitution. Conformément à sa demande, trois fois elle fut mise en question ( ad turnum ) et trois fois elle fut sanctionnée à l'unanimité, sans qu'aucune voix osât s'élever contre elle. La. joie et le bonheur de la capitale se répandirent avec rapidité dans tout le pays. L'accomplissement d'une œuvre aussi grande qui devait démontrer aux yeux de l'Europe et du monde entier que la nation polonaise pouvait par ellemême opérer sa grande régénération politique , qu'elle comprenait parfaitement ses droits et savait maintenir et conserver sa liberté en harmonie avec le principe monarchique auquel elle se montrait disposée à rendre hommage (car telle a été l'opinion du moment ), remplissait le cœur de tout Polonais des plus hauts sentiments. Après que neuf mois se furent écoulés depuis l'époque de la proclamation temps destiné à un mûr examen de l'opinion générale , les citoyens réunis le 14 février 1792, aux diétines, acceptèrent partout unanimement la nouvelle constitution, et jurèrent de la défendre. Hugues Rollontaï, vice-chanceli^ de la couronne, et Ignace Potocki , maréchal de la cour de Litvanie, avaient contribué le plus activement , non-seulement à la rédaction de cette constitution; mais aussi à former l'opinion autant dans Tenceinte de la diète que dans le public et à diriger l'exécution de ce grand acte.