‹ Histoire de PologneChapitre 70 sur 369 · La constitatlon approuvée par Frédêrlc-Gulllauine II · texte numérisé non relu

La constitatlon approuvée par Frédêrlc-Gulllauine II

L'électeur de Saxe, nommé successeur au trône de Pologne après la mort de Stanislav-Auguste, accepta en effet,

de leur patrie, avec une attentioD qui les conduisit à réfléchir sur son organisation future. Dans Tespoir de triompher un jour, ils se préparaient à créer des plans, ils discutaient s'il fallait corriger, réorganiser seulement où transformer. À ce sujet ils recherchaient les lumières des étrangers Yielhorski représentant de la confédération en France, pour faire connaître aux étrangers Tétat et les institutions de son pays, communiqua à plusieurs d'entfeux un tableau du gouvernement, de Pologne, etil demanda, au nom des confédérés, Tavis des publicistes, parmi lesquels: le Mercier de la Rivière, l'abbé Mably et Jean- Jacques Rousseau, écrivirent leurs considérations sur le gouvernement de Pologne. Les confédérés succombant, ces ouvrages restèrent dans les mains des Polonais, et leur servirent de conseil et de guide. Surtout deux d*enlre eux doivent fixer spécialement Toeil du scrutateur de la législation polonaise. Ces deux écrivains ont eu une immense influence sur la destinée de la Pologne ; leurs ouvrages sur le gouvernement de Pologne devinrent le point de départ des opinions divergentes qui se disputaient dans la législation nationale. Jean-Jacques Rousseau, auteur du contrat social, philosophe et publiciste, fut citoyen d*une petite république; Tabbé Mably , historien scrutateur et publiciste, fut le sujet d*une monarchie despotique. Ils portèrent leur jugement sur les institutions républicaines et communiquèrent leurs observations et leurs conseils vers 1771 , à la demande faite par Torgane de Yielhorski. La diction du philosophe est plus énergique, plus animée, plus concise; sans égard à la personne du comte Yielhorski , auquel il veut obéir, il analyse l'objet et le discute. L'abbé Mably, s'acquitte en homme de cour, plein de politesse, il s'adresse continuellement à Monsieur le comte, ce qu'il a l'honneur de lui dire, et il prend la liberté de le lui exposer, sans éviter des répétitions nombreuses; il est diffus, et malgré tout l'intérêt du sujet, faible et pâle. Tous les deux sont d'accord que la Pologne doit rester république et se consolider en république nobiliaire ; tous les deux veulent restreindre l'autorité royale qui leur semble être trop prépondérante en Pologne et établir l'élection des sénateurs ; tous les deux énoncent leurs vœux pour l'affranchissement du peuple humilié. Toutefois, ils allèguent pour excuse une connaissance insuffisante du pays.

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de la part des Polonais, cette proposition loyale, résultat de

Le républicain de Genève, admirant la grandeur du spectacle bizarre, que lui offre l'unique reflet des idées antiques sur une échelle aussi gigantesque, admirant !a profondeur de la pensée des institutions qui s'adaptent à sa théorie du contrat social , y remarque quelques imperfections dans les détails et certaines détériorations ; il cherchée maintenir et à améliorer les institutions, à animer et à donner de l'énergie à leur action. L'autre, content de ce qu'il y trouve une république, ne veut point déroger à son existence, cependant il en voit toutes les institutions vicieuses , il s'attaque à tout moment à ses mauvaises lois, à ses usages, à ses préventions; il discute, il combat, il trace une marche graduelle et douce pour améliorer tout,iI indique des moyens transitoires, il invente des plans qui doivent opérer une métamorphose radicale, il sape les bases nationales pour modeler et organiser une monarchie représentative.

Le publiciste Mably , établit un trône héréditaire , veut absolument séparer les pouvoirs, centraliser le mouvement de la machine, il abroge le veto , abolit les confédérations , réduit au silence les diétines antécomitiales, veut faire disparaître les dissentions, réprimer les passions. Le républicain philosophe , aime la liberté incompatible avec le repos, il soutient l'élection du chef de l'état, il veut organiser et renforcer les confédérations^ il cherche à utiliser le vélo, il est disposé à décentraliser l'administration , il ne s'effraie guère ni de ce qu'on appelle anarchie, ni des passions auxquelles il croit pouvoir donner une bonne direction. L'abbé cache des mœurs rigides sous une robe modeste; inconstant et sans fixité dans ses conceptions, aigri contre les forfaits politiques , il s'efforce à faire taire les méchants, sans songer àja perte de la liberté, qu'il estime. Le philosophe plein d'écarbi , de vice , d'incontinence, chérit l'espèce humaine, se réjouit de sa flexibilité, aitmire les sentiments élevés, et laisse bondir toute sorte de dispositions, bonnes ou mauvaises , pour issuAer le liber]^ , dont il est amoureux.

L'abbé , organisant la machine selon sa doctrine , désire y avoir de bonnes auberges pour les voyageurs , une industrie florissante ; il VQ reconnaître la situation diplomatique du jour et arranger les affaires citérieures. Rousseau dissuade d'avoir des places fortes qui sont les Tiids des tyrans, se platl dans la rusticité nationale, et descend aux élénaents de l'éducation primaire , aux mœurs et à l'appréciation des I es^rts civiques. Le premier parle avec une réflexion froide et débile ; l'autre avec un cœur courageux et ardent. Le premier soumet l'homme û La loi. l'autre fait agir sa vertu.

l^aflèction civique de la nation : mais à des conditions bles-

Or, Jean-Jacqaes Rousseau conjurait de ne fSiIre que corriger; Mably eudoctrinait de transformer. Malheureusement la Pologne se trouvait trop prédisposée à cette dernière mesure. La Toix du philosophe , Tamour des anciennes institutions ne suflSsaient déjà plus pour calmer répouvante qu'on en faisait que celle-ci causaient; et rien que la marche des événements depuis la chute de la confédération de Bar, n*a mieux prouvé cette assertion « que les Polonais rejetteront avec indignation elle loi que dans dix ou douze ans ils désireront et recevront avec acclamation , si on ménage leurs préjugés, si on les conduit avec prudence, et qu*on les encourage , à ne pas craindre et même à chercher la vérité, (Mably, t., 10). » Aussi, après vingt ans, ( 1771-1791) le jeu abusif des vains préceptes s*emparant de Tesprit des créateurs de la constitution du 3 mai, prévalut et séduisit toute la nation qui abjura ses croyances et sa vigueur devant les nouvelles formes qui devaient sauver l'existence de la patrie!

Les deux écrivains consultés ne vivaient plus, quand la constitution du 3 mai fut décrétée. Dans les temps plus rapprochés (1787) Benthara traversait la Pologne et il était satisfait d'être aussi consulté au sujet de la législation nationale. Je ne sais quels étaient ses avis, si on les a suivis, s*il était content des résultats que lui offrait ladite constitution. Peut-être Tabbé Mably en aurait-il approuvé la composition, peut-être Taurait-il considérée comme un modèle transitoire^ utile aux réformes ultérieures. Sous ce rapport, ce modèle trouva des approbateurs et des apologistes* « De toutes les constitutions établies depuis une cinquantaine d'années, celle-ci est la plus ancienne , à Texception de celle de l'Amérique du nord. Des fautes y seraient donc plus excusables, dit en 1830, Reumer, professeur de runiversité de Berlin, plus excusables que là où se rencontrent soit une longue expérience, soit des circonstances plus favorables; à où enfin des peuples plus avancés en civilisation se sontmis à l'oeuvre. Quelle gloire n'est-ce donc pas pour les Polonais d'avoir pu se tirer de la position la plus défavorable et la plus affreuse, position telle que les moyens les plus désespérés appelaient l'indulgence ; d'avoir sa se donner une constitution dans laquelle, mieux que dans tout autre essai plus récent, les véritables principes de la raison et de la science politique semblent réalisés, en conciliant à la fois le passé, le présent et l'avenir.

Les hommes modérés de cette époque-là rendaient hommage à cette œuvre législative. Le célèbre orateur de la Grande-Bretagne, Burke, disait : <c L'humanité doit se réfonir et se glorifier, quand elle considère

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santés la nouvelle constitution qui ne semblait'pas être tout-

le changement de la Pologne : rien D*y est honteui. Ce changement est d*ane nature si élevée , qu'il sera le bienrait le plus noble et le plus grand versé sur Tespcce humaine. Nous avons vu le trône affermi par Tamour de la nation sans offenser la liberté. ...» et il continue à lui donner son assentiment en détail , sous tous les rapports.

Fox nomme la constitution du 3 mai une œuvre à laquelle tous les amis d'une liberté raisonnable doivent être sincèrement attachés. L'ex-ministre prussien Hertzerg , dans un traité qu'il lut à l'académie de Berlin, le 6 octobre 1790, en fît remarquer la sagesse. Volney, dans ses ruines, félicite de bonne foi la Pologne, qui, seule des pays septentrionaux, s'est, dans la journée du 3 mai, soustraite aux reproches qu'entratne l'oppression incorrigible sous laquelle gémissent les paysans.

Le mérite de cette législation diminue aux yeux d'autres observateurs. Thomas Payne, considérant la constitution polonaise comme une tentative peu significative , convient que le gouvernement de Pologne et les citoyens polonais ont voulu donner l'exemple d'une réforme faite sur eux par eux-mêmes. En même temps, les orateurs, les publieistes et les écrivains, dont les idées absolues demandaient une transformation radicale de l'état social , se fâchaient contre les législateurs polonais. Ceux de la France particulièrement , qui ébranlaient l'état social et opéraient dans leur pays cette énorme métamorphose dont ils ne pouvaient ni calculer ni prévoir l'issue, ni toutes les conséquences ultérieures, réprouvèrent hautement ce monument de modération et de concessions. Un membre de la convention, Garrande Coulon (recherches politiques sur la Pol. V, li), oevit,^ en 1793 , dans l'ouvrage de Mably sur le gouvernement de Pologne , que de misérables projets de racommodage d'un édifice défectueux dans ses fondements, qui couvrira certainement de ses décombres les architectes à courte vue qui entreprendraient d'en rétablir les ruines. Au reste, dit-il, le système de l'abbé Mably n'était pas mieux calculé pour les nobles eux-mêmes, qu'il ne l'était pour le peuple polonais. Et ce qu'il dit de l'ouvrage de Mably , il le relate à la constitution de 1791 , qui a principalement adopté ses bases et que personne n'a trouvé intérêt à soutenir.

Ctile diversité d'opinion dépendait de la manière de voir des publLdslF!} sur cette constllution, et l'on peut remarquer qu'ils formaient laur jugement selon qu'ils voulaient y trouver l'amélioration brusqua dt; rélal social dans toute la population, ou qu'ils considéraient le mode et la marche du remaniement. Aucun d'eux n'a jugé les principes

à-fait du goût de Télecteur. Ses réserves dictées réelle-

qu'clle allait établir relativement à ceui qu'elle abrogeait. Certes la constitution de 1791, so s le rapport de Tétat social . ne nous présente que d'étroites ouvertures, des expectatives éloignées, de vagues promesses; sous d'autres rapports , elle est plus explicite et doit arrêter la réflexion avec pIusd*altention.

Makintosb admirait la tranquille et majestueuse réforme du gouvernement. Eflectivement, il "est presque impossible de trouver quelque ^chose de semblable dans les fastes du monde. Cette marche grave , longue et réfléchie , que la nation entière partage avec un accord et une conviction à toute épreuve ; cette habileté des créateurs de la constilutictnà diriger avec tant d'adresse la conscience nationale : sont assurément, si imposantes, si extraordinaires, quMl est impossible de ne pas être étonné, de ne pas s'incliner avec ses propres conceptions, devant cette force majeure qui prépare toute la nation, sa diète, ses diétines, ses publicistes, ses législateurs et toutes les classes d'habitants. Si l'on entre même dans les sentiments intimes de la nation^ on peut trouver que cet assentiment universel dérive plutôt de la résignation, mais on est encore ému à la vue de tant de sacrifices, de tant de grandeur; et tous les écarts, mais toutes les erreurs sont excusables et ne sont qu'à plaindre.

Or, c'est toujours avec un sentiment pénible que je recherche cette déviation de l'antique principe que la nation et ses représentants approuvaient et sanctionnaient par leur volonté suprême. Cependant le fait est qu'on métamorphosait la république en une monarchie , qu'on subordonnait les institutions républicaines à la domination dynastique. « Héréd^^é dans le trône et liberté dans la nation seront à jamais des choses incompatibles, » s'écriait le philosophe en avisant les Polonais du péril qu'ils couraient. Cependant bien des arguments furent épuisés à cette époque, bien des sophismes furent mis en circulation, pour saper les fondements deœlte haute maxime. C'était le danger des troubles et de l'influence étrangère au moment des élections qui parlait à la raison de la nation mise à l'épreuve : comme si los fastes du monde de toutes les époques n'ofl'raient pas le tableau de plus d'influence, de plus de calamités, de plus de désordres et de troubles de plus longue durée, à l'occasion des querelles dynastiques qui se perpétuent de génération en génération. « La défense de la chrétienté, observe Simonde deSismondi(dans ses études sur les constitutions), a été confiée aux deux monarchies électives , de Hongrie et de Pologne. Le droit électoral a porté sur l'un et sur l'autre trône quelques-uns des plus

ment par les prétentions monarchiques , semblaient en

grands princes qui aient Jamais gouverné les nations, et peut-être TEarope est-elle redevable de son existence même à cette constitution aujourd'hui si décriée. Le droit des rois de France à leur couronne , fut contesté. En additionnant la durée de leurs guerres avec les Anglais pour la succession , on trouve qu'elles durèrent 63 ans. En effet , les guerres de succession sont plus rares que celles d'élection : mais elles sont plus ruineuses. On pourrait conr\pter ainsi, comme conséquence du système héréditaire, les guerres des rois de France pour la succession à d*autres couronnes. Les chances de l'hérédité placèrent sur le trône Charles YI, qui fut fou pendant 30 ans, et dont la folie eut les plus fatales conséquences. La folie est un accident rare; la minorité est une conséquence nécessaire du système d'hérédité. Sur 520 années, la France fut gouvernée 82 années par des souverains qui avaient moins de vingtcinq ans. Cependant la régence d'une monarchie durant une minorité est peut-être la plus mauvaise forme possible de gouvernement. Nous trouverions à peine 13 années de guerres d'élection dans toute l'histoire de Pologne et 10 années dans toute celle de Hongrie , et cependant , ni dans l'un ni dans l'autre de ces deui pays , la constitution ne semblait propre à éviter les troubles. » Je ne veux pas compter les années de guerres de succession, quand le système héréditaire sous la dynastie de Piast désolait la Pologne , mais il est bon de remarquer que dans la période élective, durant laquelle il n'y eut que 13 années de guerres d'élection, le droit des rois élus à la couronne de Suède, créa à la Pologne, dans l'espace de 63 ans (1798-1660) 30 années de guerres de succes8ion,lesplusdésastreuses, qui contribuèrent puissamment à sa ruine. Rien ne pouvait mieux parler pour l'élection que ce chiffre statistique^ mais rien ne pouvait arrêter ceux qui pens^ent parce moyen sauver la Pologne. « Assurez-vous, leur disait le philosophe, qu'au moment que la loi de la couronne héréditaire sera portée, la Pologne peut dire adieu pour Jamais à sa liberté (chap. 8). » Ils sacrifiaient la liberté pour le salut de l'état, sans réfléchir qu'il est plus facile de perdre les libertés à l'amiable par des formesjégislatives, que de les recouvrer, ce qui ne se fait pas ordinairement sans commotion; qu'il était facile de laisser échapper paciGquement le droit de l'élection en y renonçant tout bonnement; et qu'il ne le serait pas autant en d'autres circonstances d'abolir l'hérédité et qu'on manquerait à cet égard de formes législatives. Ils rétablirent le principe contre lequel la nation combattit pendant quatre siècles (1370-1791) ; contre lequel elle s'était soulevée jadis (1338-1370) pour préserver son existence d'une ruine totale, pour sauver

même temps annoncer des symptômes de crainte et de

sa patrie. Et ce Diftlencootreux principe , eo altérant la république n*a pas soutenu la Pologne : la dynastie présomptive n*a été que spectatrice I indifférente , ou complice de l'opprobre. Ne tenant qu*à ses prétentions

I force qu*eUe devait posséder, n'intervenant, ni pour consolider le

pacte proclamé avec elle, ni pour sauver rexislence de l'état elle apprit encore une fois aux Polonais que l'hérédité du tréne est incompatible avec la liberté et l'eiistence de la nation.

On a voulu enfermer la royauté monarchique et héréditaire dans les ornières d'une stricte présidence des pouvoirs de l'état ; mais né- , cessairement on a délivré, non-«eulement la personne sacrée et in-

[ violable du roi, mais son autorité, de toute responsabilité : s'il violait

I Son serment et les pactes fixés par la loi, il ne dispensait point les

\ habitants de l'obéissance de la fidélité et de la soumission. Non-seulement

la protestation prohibitive, conservatrice, arrêtant l'activité du mal, le veto devenait, étant aboli sans effet, un scandale ridicule et même un crime; mais Taocienne rébellion légale , la confédération, abrogée aussi et défendue, devenait une révolte, une félonie un forfait, que la loi cendamiait comme un crime d'état. C'est en vain que la voix du philosophe faisait entendre que sans les confédérations , la république ne serait plus depuis longtemps; c'est en vain qu'il énonce sa grande peur que la Pologne ne dure pas longtemps après eUes si Von prend le parti de les abolir. Aussi au moment de la révolte de Targovica, il n'y avait pour faire face à celle-ci, ni royauté nouvellement établie, ni diète tout récemment accrochée à son char, ni confédération déconsidérée et abrogée par la législation : la nation se vit désarmée , ses armées et sa défense confiées à un lâche , parjure irresponsable devant la loi. Si l'on disait que c'était un traître, auquel malheureusement le sort avait remis le destin de la nation, un lÀche qui n'a pu conserver l'état pour la dynastie future : on répondrait, que c'était la loi, la nouvelle législation, qui avait assoupi et fait mourir toute la vigueur républicaine, pour livrer le peuple égaré et surpris à ce traître.

L'hérédité du trône défigurant la république dans le point essentiel, entraîna nécessairement la défiguration sous d'autres rapports, détruisit les éléments les plus vigoureux de la liberté et forma un état, posé sur des bases tout à (e\i différentes des anciennes. On disait que c'était un gouvernement mixte qui est le meilleur de tous les gouvernements, qui pouvait convenir à tous les esprits, garantir la liberté pour tout le monde; on avouait que c'était une monarchie modérée.

vacillation, inspirés par la politique (55). Cependant plusieurs

devant laquelle (oate la vigueur républicaine devait se retirer à jamais comme inutile et nuisible à une liberté raisonnable*

Cependant, si Ton revient à la constituCion de 1791, sans se relater à ces institutions antérieures qu*elle fit périr, on y remarque encore quelque chose d'imposant en voyant qu^elIe ne désavoue pas la dénomination de république, qu'elle conserve la souveraineté nationale dans tout son éclat, dans toute sa majesté et la laisse agir parlementairement et représentativeraent dans Texercice de toutes les branches des autorités. Les ministres enlacés avec leur pouvoir exécutif » par des combinaisons compliquées dans le fonctionnement des mandataires du peuple; les ministres, directement responsables, à la nation seule, soumis à chaque moment à l'autorité irrévocable de la diète, toute-puissante, toujours prête à se réunir et presque permanente; semblaient offrir toute sécurité au pays, être assujettis à la loi sans pouvoir y déroger impunément, ni exciter des collisions. Enfin, si la constitution du 3 mai 1791, se montre sous certains égards supérieurs aux autres règlements gouvernementaux qui lui sont comparés (à ceux de 1807 et 1815), si elle est plus favorable que toute autre à TactivKé populaire , et en a encore conservé des puissants éléments ; il est bon de remarquer , que ces éléments sont le fruit des anciennes institutions, le produit du génie nationale. (Voyez analyse et parallèle de trois constitutions polonaises , de 1791, 1807, 1815, traduit du polonais par Erasme Rykaczevski. Arras, octobre 1833, in-8.o)

(55) « Quelles grandes obligations les Polonais croient-ils avoir à la maison de Saxe. Auguste II a été accusé pendant son régne d'aspirer au despotisme. En effet on lui reproche avec raison d'avoir marqué trés-peu de respect pour vos lois et les pacta conventa , et moins encore pour vos mœurs qui avaient conservé jusqu'alors une certaine ftpreté , convenable h des républicains , et k laquelle il a substitué une mollesse recherchée. — Tous n'avez point donné votre couronne à Auguste m, elle a été un don de la Russie et l'ascendant que cette puissance a pris impérieusement sur vous est l'ouvrage de ce régne faible et malheureux. — Soyez persuadés que ce roi choqué malgré lui de vos prétentions et de vos formalités républicaines , vous haïra autant <4u'il aimera ses dociles Saxons. »

Ces paroles de Mably, (du gouv. de Pol. I, 5) étaient adressées aux Polonais au moment où les confédérés de Bar faisaient espérer à la cour de Saxe les suffrages de la nation en sa faveur aux élections prorhatnea , et la cour obligeante acceptant avec bienveillance ces pro~

cours témoignèrent leur approbation. Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume II, dans sa lettre adressée à son ministre Goltz en date du 16 mai 1791, applaudit à la constitution,

ifSemail ta discorde entre les confédérés. Celte nouvelle expérience fut encore insuflSsante , pour faire réfléchir et indisposer contre celte coar la noblesse qui n'oubliait pas le prorerbe chéri : « sous le régne du Saxon, desserre ta ceinture. » On disait qu'Auguste II avait soûlé la Pologne (quand Auguste buvait, la Pologne était ivre), Auguste IH l'assoupit, et la réminiscence de leur régne était pour la noblesse un doux souvenir. Elle voulait encore entrer sous le giron d*une maison, aussi pacifique, aussi douce, qui aimait tant la bonne chère; elle essayait encore de prolonger par l'hérédité ces bonnes dispositions saxonnes. Mais ce nouvel essai n'était qu'une rude épreuve, chèrement payée, •c Les Polonais eox-mémes (dit Garran de Coulon, rech. polit, sur rétat de la Pol. Y, 3.) doivent cesser pour jamais de compter sur les Secours des étrangers depuis la révolution de 1791 ; n*appelérent-ils pas la maison de Saxe sur le trône , qu'ils venaient de proclamer héréditaire » et n'eurent-ils pas l'heureuse humilialion de se voir refusés? » — Voici le refus et les conditions : « Son altesse électorale n'acceptera qu'aux conditions suivantes : lo qu'on aura l'assentiment des cours environnantes et la certitude qu'elles ne s'opposeront pas à ce que l'hérédité de la couronne de Pologne soit transmise suivant le mode de la nouvelle constitution ; So que l'on fera à cette constitution les chan- ' gements qui peuvent être nécessaires pour la détermination des pouvoirs et pour prévenir les troubles ou rivalités qui perdraient le gouvernement et détruiraient toute subordination ; 3o que la formule du serment de fidélité des troupes sera changée et qu'au lieu de le prêter I à la nation , mot vague , qui signifie tout ce qu'une faction dominante

veut faire signifier , on le prêtera au roi et à la république ; io que le roi aura la sanction des lois et le droit exclusif de déclarer la guerre ; 5» que l'éducation do prince royal sera absolument et entièrement confiée au roi , et , à son défaut , à la reine-mére , ou à ses plus proches parents , en cas de mort, et non à une commission , qui , outre qu'elle répugne au droit de paternité, peut avoir de grands inconvénients dans des moments d'intrigues et de factions ; 6o que le droit d'hérédité sera concentré dans les électeurs de Saxe , k l'exclusion des princesses; 70 que la république s'expliquera sur tous ces points de manière à les rcjconnattre comme conditions expresses de l'acceptation de son altesse électorale. Dresde, avril , 1798. »

félicitant surtout les Polonais du choix de la maison de Saxe et de l'abolition des élections (56). Quelques jours après, le 23 mai, le roi, Frédéric-Guillaume II, écrivit particulièrement à Stanislay- Auguste, se relatant à sa lettre précé. dente, dans laquelle l'empressement qu'il a mis à faire connaître sa façon de penser, à dû convaincre la nation polonaise de rintérèt qu'il prenait à elle; il se félicite d'avoir pu contribuer au maintien de sa liberté et de son indépendance; eufîn il y assure que ses soins les plus agréables seront d'entretenir et d'affermir les liens qui l'unissent à cette nation. Le 21 juin, dans une note diplomatique, il proteste encore qu'il lui est doux d'assurer de nouveau , que fidèle à ses obligations, il aura toujours à cœur de remplir celles , qui l'année précédente, ont été contractées par lui. Tant de manifestations avaient démenti plus que jamais, tous les bruits sinistres qui se répandaient de trames secrètes ayant pour objet un nouveau partage et avaient nourri chez les Polonais l'espérance que

(56) Lettre du roi de Prusse, Frédéric-Guillaoïne II, au comte Golii, datée du 16 mai 1791. — « J*ai reçu Totre dépêche en date du 3 mai, avec un supplément qui me fait part d'une nouvelle bien importante, celle que la diète de Pologne a proclamé Téleckeur de Saxe, successeur éventuel au trône de Pologne, en assurant ladite succession à ses descendants mâles et à défaut de ceux-ci à la princesse sa fllle et à Téponx futur que Télecteur, de concert avec les états de Pologne , lui aura choisi. Ensuite d'un penchant très-amical qui m*a toujours dirigé pour coopérer à la prospérité de ta république , ainsi qu*à consolide! sa nouvelle constitution, penchant dont je n'ai cessé de donner les preuves* qui pouvaient dépendre de moi; j'admire et j'applaudis cette démarche importante que la nation a faite et que j'envisage comme essentielle k consolider son bonheur. La nouvelle que je viens d'en recevoir m'est d^autant plus agréable , que je suis attaché par des liens d'amitié à ce prince vertueux, destiné à rendre la Pologne heureuse et que sa maison jouit avec la mienne des liaisons d'un bon voisinage et de la plus inlime union. Je suis persuadé que ce choix de la république affirmera à jamais cette harmonie et cette étroite intelligence entre elle et moi ; je vous recommande de déclarer de la manière la plus solenni*ile mes félicitations sincères an roi , aux maréchaux de la diète et à tous ceux qui ont contribué à une œuvre aussi importante. » (Voyez : Élude historique de Ségur, ou tableau politique de TEurope).

leur neutralité serait respectée et qu'ils pouvaient compter sur leur allié en cas d'invasion et de guerre avec la Russie (57). Dans le même temps le corps d'observation de Silésie, occupant toujours ses positions, fit entrevoir rintérèt que le cabinet de Berlin ne cessait de prendre à la guerre de TAulriche contre la Porte- Ottomane. L'Angleterre ne paraissait pas non plus abondonner ses plans une fois arrêtés, et conjointement avec Frédéric- Guillaume 11, elle offrait sa médiation aux puissances belligérantes.

iOO. L'Autriche contrarie les plans des anglo-prussiens, 1791.

Joseph 11 ne pouvait regarder d'un œil indifférent s'agiter de cette fa^n les démarches diplomatiques des puissances observatrices, surtout lorsque la révolution des provinces belges

(57) Antérieurement à toutes ces maolfestations, au mois de mars 1791 , lorsque par TorganedeGoltz, Frjédéric-Guillaame II adressait officiellement à la république les expressions les plus obligeantes, les plus rassurantes; U expédiait officieusement au même Goltz une instruction secrète de la conduite qtt*il devait tenir. Dans celle-ci il lui dit : « Youssuivrez, Monsieur, la marche des événements avec toute la sollicitude possible ; vos relations avec renvoyé de Russie deviendront tous les jours plus intimes ; en attendant mes nouvelles instructions , vous trouverez ci-joint quelques extraits des écrits de mon prédécesseur , de glorieuse mémoire, Frédéric II. Ceci vous servira de guide dans vos relations avec les Polonais, d Or, Frédéric II disait entres autres choses : « Lorsque nos

intérêts changent il faut changer avec eui .» Ceux qui condamnent

si fort cette conduite sont des gens qui regardent comme quelque chose

de sacré la parole donnée L*espéce humaine est moutonnière ,

elle suit aveuglément son guide : qu'un homme d'esprit dise un mot , cela suffît pour que mille fous le répètent» Il est donc important à un roi de s*écarter souvent des routes ordinaires , ce n'est que par le merveilleux qu'on en impose et qu'on se fait un nom ; toutes ses vertus ne sont appuyées que sur ses intérêts et son ambition. Qui veut passer pour un héros doit s'approcher hardiment du crime , qui veut passer pour un sage doit se contrefaire avec art. » (Voyez , Léonard Chodzko Pol. illustrée).

lui ôtait les moyens de profiter efficacement des avantiges, qu'il aurait pu tirer de là guerre avec la Turquie. Sur ces entrefaites, la mort vint le surprendre, et Léopold II , héritier du trône et de cette guerre infructueuse, accepta la médiation. Le congrès de Beichenbach s'en occupa et combina les bases de cette pacification désagréable à la Russie. Le ministre Hertzberg poursuivait ardemment ses projets, et ce fut d'après ses plans que la Prusse porta ses vues sur la possession de Thorn et de Dantzik que la république aurait cédés en échange de la Galicie; parce que Léopold II, en rendant cette dernière à la Pologne, aurait été indemnisé par les provinces bien plus considérables de l'empire Ottoman. La position militaire de l'Autriche, contrariait ces projets et présentait bien des difficultés à leur accomplissement : cependant le cabinet de Berlin était sûr d'y parvenir par de simples négociations, pourvu que Léopold II voulût se déclarer contre la Russie et agir de concert avec les autres puissances lorsqu'il serait question de prescrire des conditions. Pourtant ce système de politique tortueuse et confuse, qui entraînait avec lui les germes d'une nouvelle guerre et tendait surtout à offenser la Russie, avec laquelle l'Autriche était en paix depuis tant d'années, ne pût obtenir le consentement de Léopold II. L'Angleterre, unie à diverses époques par des liaisons intimas à l'Autriche, ne se trouvait pas assez hardie pour la pousser dans de nouveaux dangers; le peuple anglais surtout se rappelant d'anciennes alliances, témoignait des sympathies non équivoques pour cette puissance et s'impatientait visiblement de ses embarras, lorsque la Grande-Bretagne se concertait avec la Prusse contre l'Autriche et la Russie. Le ministre Pitt ne discontinuant point de seconder les plans du cabinet prussien, prit en considération ces sentiments nationaux, qu'il ne devait pas voir avec indififérence. Afin de ne pas perdre son crédit et de ne pas ruiner d'autres plans d'une grande importance pour la Grande-Bretagne, réfléchissant en outre sur les circonstances qui commençaient à ébranler l'univers, ce ministre devint moins empressé et moins actif au sujet de la

Pologne. Ainsi la Grande-Bretagne se refroidit envers laPrusse et la Pologne, et Pitt se montra très-facile à les abandonner, en se rapprochant du cabinet de yienne(58).

iOi. Les plans du cabinet de Prusse n'ont pas de succès.

Dans ces circonstances, Frédéric-Guillaume II parut être laissé à lui-même. Abandonné par l'Angleterre , il n'osait plus appuyer les propositions qui devaient compromettre sa médiation, et faire connaître seul à la Porte-Ottomane les intentions des puissances chrétiennes qui comptaient s'accommoder à ses dépens, en la dépouillant de ses possessions. D'un autre côté, la Pologne, malgré les insinuations de la Grande-Bretagne, ne se montra pas dans ce temps empressée à la concession des villes de Thorn et de Dantzik au roi de Prusse; et ce dernier ne pouvait pas trop insister sur cette cession, sans offrir aux Polonais quelque indemnité équivalente. Frédéric-Guillaume II, désappointé dans ses espérances, hésita dans ses plans et devint plus accessible aux manières engageantes et savoureuses de Bischofsverder. En même temps les événements se compliquaient : les troubles de la Hollande et de la Belgique , Teffervescence croissant en France et les travaux de l'assemblée constituante, faisaient une si profonde impression sur les cabinets européens, que leur inquiétude devenait manifeste. Enfin la franchise de Hertzberg fut entraînée et détournée par rhabileté de Bischofsverder, au point que la Prusse, en terminant ces négociations de Reichenbacb, abandonna entièrement ses plans. Pour tout résultat, elles n'ont eu, que la décision de l'Autriche, prise encore le 27 juillet 1790, de se désister de ses avantages sur la Turquie, en réalité peu importants. Sur cette base le traité de Schistova fut conclu le 21 août 1791 , entre l'Autriche et la Porte. De cette manière Léopold II se retirant du champ de guerre, laissa aux autres puissances le soin de suivre, selon leur bon plaisir, les plans entamés.

(58) Sur la défection de Pitt et da cabinet de la Grande-Bretagne Voyez Goxe« histoire de la maison d* Autriche ,chap< 130.

102. Les manifestations anglo-pnissieones contre la Russie sont illusoiFes.

En effet, quoique les événements arrivés en France eussent pris d'un jour à l'autre un caractère plus important et eussent demandé l'attention plus sérieuse; quoique les efforts du roi de Prusse par rapport à Thorn et àDantzick eussent échoué, auprès de la diète , dont la décision du 1 avril 1791 fut décidément contraire, ce qui contribua infiniment à refroidir l'intérêt que ce monarque feignait de témoigner à la Pologne : cependant les deux cabinets de Berlin et de Londres ne paraissaient pas encore se désister de leurs vues sur la Russie. Frédéric-Guillaume II admirait la constitution, et manifestait avec profusion ses amitiés (les 16 et 23 mai, le 21 juin) comme nous l'avons dit. Les armées prussiennes furent réunies et cantonnées dans la province acquise sur la Pologne, c'est-à-dire dans la Prusse occidentale, ci-devant Prùsse-polonaise-royale , pour être plus à la portée de secourir efficacement la Pologne, si les troupes de l'impératrice de Russie osaient l'attaquer. Dans le même temps une flotte anglaise se préparait et recevait ordre de couvrir avec ses vaisseaux la mer Baltique. La Pologne put donc augurer encore pour elle quelques chances favorables. Mais sous ce dehors, il y avait un autre esprit qui dirigeait et gouvernait ces mouvements. Au reste, tous ces projets contre la Russie, longuement ourdis et traînés, se perdaient dans des négociations fantastiques, dans des démonstrations apparentes et illusoires. On ne put même savoir si la Grande - Bretagne ou la Prusse avaient fait quelque ouverture à la Russie elle-même concernant la Pologne; s'il y avait eu de leur part quelques démarches directes à la cour de Pétersbourg qui put décidément les compromettre. Lorsque la politique générale commença à prendre un autre cours et un nouvel intérêt, les deux puissances alliées de la Pologne abandonnèrent leurs projets antérieurs et changèrent d'attitude : de sorte que la Pologne, excitée autrefois par ses alliées, sur l'appui desquelles elle devait compter, se vit isolée, peu préparée à repousser un agresseur et sans moyens suffisants pour résister, réduite à subir le sort qui lui était réservé.

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