Catherine II se ttre d'embarras
La position delà Russie pendant cette marche si diverse de la politique, était à la vérité embarrassante et Ton était fondé à croire qu'elle empirait : mais Catherine II n'en parut pas effrayée. Occupée d'une double guerre, elle parvint à en terminer une, par la paix conclue le 14 août 1790, à Véréla, avec la Suède. Tournant alors ses forces dans une autre direction, elle poursuivit heureusement ses victoires sur les Turcs. En même temps elle eut le bonheur de voir que les changements survenus dans la politique européenne tournaient à son avantage; car la ligue anglo-prussienne abandonnait ses plans, ainsi que Frédéric-Guillaume II, si actif dans ses démarches quelquetempsauparavantcontrerimpératrice, chercha depuis son amitié (59). La convention de Pilnitz^ où I^éopold II et Frédéric-Guillaume II se réunirent, au mois d'août 1791, eut pour but principal de surveiller les événements de France. Ces souverains y reconnurent et y garantirent l'indépendance de la Pologne et l'inviolabilité de sa constitution. Bientôt Catherine II, sans aucune médiation, signa le 9 janvier 1792, le traité de lassy, qui termina la guerre avec la Turquie, et Léopold II, cet ami de la paix, mourut le l.» mars de la même année. Délivrée de la guerre avec les Turcs, l'impératrice tourna ses vues sur la Pologne. Pour réaliser ses projets, elle commença par lever les entraves qu'elle pouvait rencontrt^r de la part des autres puissances ; elle fit ses ouvertures à chacune d'elles séparément : cette manière d'agir offrant plus de chances de succès à ses négociations. Bientôt, par suite de démarches particulières auprès du cabinet de Vienne, l'Autriche renonça aux articles de la convention de Pilnitz , relatifs à la Pologne. Il était plus facile encore de s*entendre particulièrement avec Frédéric-Guillaume II, qui s'était déjà engagé bien avant dans les affaires de la France. Catherine II lui fit entrevoir les avantages immenses qu'il pouvait tirer de Thumiliation de la Pologne, et elle le dé-
(59) Voyez la noie 57.
cîda entièrement à renier et à démentir les traités qui le liaient à la république. Par un fatal concours des circonstances et de la perfidie , la diversion que la France opérait, contribua dans ce moment décisif, à priyer la Pologne de ses alliés. La Grande-Bretagne et la Prusse, allaient tourner leurs forces contre la France. La Grande-Bretagne abandonnait la Pologne, la Prusse la trahissait. L'impératrice, rassurée du côté des puissances qui se disaient alliées de la Pologne, put alors facilement employer toutes ses forces contre ce pays. Et quoique son empire fut affaibli par les guerres, qu'elle venait de terminer récemment^ elle déploya cependant toute son activité pour rétablir son influence et sa prépondérance sur la république.