Les confédérés goavernent
Une doulear inexprimable saisit la nation. Les maréchaux .de la diète constituante Malachovski et Sapiéha , signifièrent leur protestation; à leur exemple Ignace Potocki, Kollontaï et plusieurs membres delà diète qui se trouvaient à Varsovie, quittèrent cette capitale et se rendirent à l'étranger. L'armistice fut conclu et le général Russe Kakhovski entra dans Varsovie. Les communications entre les troupes polonaises furent interrompues. Les confédérés de la couronne et delaLitvanie se rassemblèrent, le 11 septembre 1792, à Brzésc-Litevski , d'où trois jours après on expédia une ambassade à Pétersbourg pour remercier Catherine II qui avait renversé la nouvelle monarchie et arrêté l'esprit monarchique. Le 25 octobre 1772 les confédérés s'établirent définitivement à Grodno, où ils formèrent leur généralité : c'était le centre de leur gouvernement. Félix Potocki se chargea de la rédaction d'une nouvelle constitution , dans laquelle la liberté dorée de la noblesse, et le trésor précieux de ses prérogatives devait être particulièrement conservés. Cependant il eut soin de promettre protection aux autres habitants du pays. Des mesures de vigueur fiû'ent proclamées contre la désobéissance et contre les citoyens qui n'auraient pas fait acte d'adhésion avant le 15 août. Les Kossakovski , gouvernaient la Litvanie au nom de la confédération, ils se livraient au pillage et à la violence à l'aide des sancitsou ordonnances lancés.
113. L'épo^Ue révolatioimaire crée un langage pour les opérations des cabinets contre la Pologne.
Partout en Europe , les nations se préparaient depuis un certain temps à des changements qui devaient tôt ou tard amener une forte commotion. Les lumières une fois répan-
par une épreuve terrifiante, contraints À voir Témotion des bommes loyaux, qui forcés par une violence barbare à désavouer leur foi civique, perdaient connaissance, s* évanouissaient, tombaient malades; plusieurs même ne purent survivre à leur honte et à leur liumiliation.
DE TÀRGOVtCA. 161
daes, pénétrèrent dans toutes les positions sociales et aucune force ne fut plus capable de les arrêter dans leur marche rapide. La masse des préjugés invétérés se trouva confondue et sapée jusqu'en ses fondements ; de nouvelles théories , des opinions variées se communiquaient à toutes les classes, emportaient les esprits; la voix de la liberté et de Tégalité retentit aux acclamations de l'enthousiasme et ne put engendrer qu'une aversion décidée pour toutes les institutions surannées et dépravées , dont les forfaits parurent dans toutes leurs formes hideuses; le machiavélisme monstrueux et pervers de la politique des cabinets ne pouvait être désormais couvert d'un voile de mystère et agir sans produire du scandale, les abus mercantiles dans les relations commerciales et industrielles ne se commettaient plus sans irriter et révolter Topinion. Les révolutions devenaient immanquables. Contrariées ou favorisées par des circonstances locales et des positions particulières , elles dépendaient d'événements inattendus capables de hâter leur explosion. L'Amérique, la Belgique, la Hollande, enfin la France, en donnèrent l'exemple. Une lutte terrible s'ouvrit pour l'humanité ; l'intérêt animé qu'on y prenait, les publications les plus véhémentes , les esprits les plus ardents, qui attaquaient sans réserve l'ancien ordre social, qui s'acharnaient contre des institutions autorisées par l'usage , mais trop longtemps respectées ou soutenues par des préventions stupides et obstinées, faisaient une impression inexprimable sur la multitude déjà avide de nouveautés, et excitaient au plus haut point un terrible embrasement. En France, où les circonstances accélérèrent l'explosion qui amena un bouleversement complet -, on vit d'horribles ébranlements. Le parti prépondérant, quoique peu nombreux des jacobins, renversant et foulant aux pieds l'autel de la superstition et le trône de la servitude, élevait l'épouvante au sein de la nation , accomplissait la métamorphose sociale et menaçait du même régime les autres puissances de l'Europe. La frayeur saisit les souverains, auxquels leur conscience terrifiée faisait entrevoir le calice inévitable de l'expiation et de l'amertune. Ils entreprirent de s'opposer au débordement révolutionnaire ; ils conspirèrent et se coali-
TOIIB II. 11
sèrent contre le mouyement populaire : et désormais de part et d'autre la guerre sanglante des principes fut proclamée et transmise aux générations prochaines. Les circonstances locales amenèrent aussi en Pologne une espèce de révolution , mais d'un autre genre, sans commotion , calme^ avouée et appuyée par les cours monarchiques, elle fraternisait avec la politique de leurs cabinets^ cependant cette politique dirigée par Tavarice et la plus noire perfidie va renier sa propre connivence et sa coopération , elle va jeter le blâme sur ce qu'elle trouvait naguère excellent , et la charger des mêmes reproches qu'elle faisait à la révolution de France. Aussi la constitution du 3 mai, accusée de monarchisme par les targovicions et l'impératrice , est de rechef incriminée comme démagogique et jacobine par la même impératrice et par Frédéric-Guillaume II, qui admirait auparavant cetteœuvre. Lorsque Vintérèt changea, leur langage se démentit et consomma l'infamie. Ainsi il serait difficile de trouver dans les fastes du monde une autre époque qui fpurntt à l'histoire plus de mensonges , plus de mauvaise foi , de faussetés , de fourberies.
11 &. Invasion prussienne, 1793.
Le cabinet de Berlin , malgré les fâcheux résultats de l'expédition armée qu'il avait poussée jusque près de Paris , n'avait pu cesser de faire partie de la coalition. Néanmoins , il pouvait ^plutôt compter sur les avantages qu'il voulait remporter sur la Pologne, déjà subjuguée. Or, il publia une déclaration du 6 janvier 1793 , dans laquelle il dit , que pendant sa guerre avec la France, il lui était nécessaire de pourvoir à sa sûreté ; d'un autre côté , les factions des jacobins et la fermentation continuelle des esprits pouvaient devenir dangereuses. Immédiatement après cette déclaration , le 16 janvier , les troupes prussiennes franchirent les frontières, et entrèrent dans la grande Pologne. Les confédérés effarouchés par cette irruption, apprirent avec indignation qu'elle était effectuée du consentement de la Hussie. Le 2 février ils formèrent le projet de faire une piotestation énergique contre l'invasion des troupes prus-
DE TARGOYICÂ. 163
siennes, et le 3 février, ils déclarèrent par nn manifeste qu'ils ne consentiraient à aucune usurpation et qu'une seule vue les animait^ celle de transmettre à leurs descendants une république libre et indépendante , que ne pouvant la conserver intacte , aucun d'eux ne survivrait à son désastre. L'ambassadeur de Russie, Sievers , arrêta sans difficulté cet emportement par des menaces et par la dislocation des troupes polonaises dans diverses positions , où elles restèrent inactives, et en privant les hetmans de leurs armées. La plus grande partie fut envoyée dans FUkraïne où les Russes la firent disperser.