‹ Histoire de Provence (volume 2)Chapitre 35 sur 44 · J30 HISTOIRE · texte numérisé non relu

J30 HISTOIRE

qu'on eût pris toutes les mesures convenables, lorsqu'on eut fait tous les préparatifs nécessaires, le maréchal de Chabannes sortit de Marseille pour se joindre à Jean de Pontevès, comte de Garces , qui s'était mis à la tête des gentilshommes d'Aix et d'Arles •

Cependant le connétable de Bourbon , se disant comte de Provence , titre qu'il avait obtenu de Charles-Quint, s'avançait vers le Var avec son lieutenant le marquis de Pescaire , tandis qu'une flotte impériale de seize galères, sous le commandement de Hugues de Moncade, longeait le rivage pour protéger l'armée et transporter sa grosse artillerie. Cette flotte aborda à Monaco où elle fut reçue par Augustin de Grimaldi , évêque de Grasse et abbé de Saint-Honoré de Lerins. L'escadre française , commandée par Lafeyette, était supérieure en nombre. Elle sortit du port de Marseille et vint attaquer la flotte impériale à la hauteur de Nice. Lafayette fit échouer trois galères ennemies que Pescaire brûla aussitôt pour qu'elles ne tombassent pais au pouvoir des Français, et il contraignit Hugues de Moncade de s'enfermer de nouveau dans le port de Monaco. De plus , il s'empara de Philibert de Châlons, prince d'Orange, qui était parti de Barcelone , avec un assez grand nombre de seigneurs français et espagnols, pour se joindre au connétable dont il était un des plus chauds partisans. Lafayette envoya tous ces prisonniers à Marseille.

Au commencement de juillet 1624, Charles de Bourbon passa le Var pour entrer en Provence avec sept mille lansquenets , six mille fantassins espagnols, deux mille italiens, et six cents che^ vaux légers. Le général Lannoy avait promis de les suivre de près avec mille hommes d'armes. Claude de Tende , gouverneur et sénéchal de Provence, avait confié la défense de la frontière à son lieutenant Ludovic de Grasse , seigneur du Mas . Ses troupes , presque entièrement composées de paysans levés à la hâte , se débandèrent aux premiers coups de fusil . Jean de Pontevès de Carces , son frère Honoré , seigneur de Flassans , et tous les gentilshommes qui marchaient sous leurs enseignes , ne furent pas plus heureux. Les impériaux , ne trouvant aucune résistance, eurent bientôt franchi cette faible barrière .

Le connétable Charles de Bourbon voulait profiter de l'épuisement où les Français avait été réduits par la dernière campagne , pour marcher sans retard sur Avignon ou sur Lyon ; il espérait qu'en même temps une armée espagnole pénétrerait en Guienne, une anglaise en Picardie, et peutêtre une allemande en Bourgogne . Mais Charles- Quint et Henri YH! ne songeaient point à accomplir à cet égard les promesses qu'ils lui avaient faites ; et le marquis de Pescaire , ne voulant pas compromettre le sort de ses troupes en les conduisant au cœur du royaume de France, insista pour

borner ses opérations au siège de Marseille, (i). Le connétable s'empara d'abord sans aucune difficulté des bourgs de Saint*Laurent et de Villeneuve, puis des villes d'Ântibes et de Grasse, et successivement de Fréjus, de Draguignan, d'Hyères, de Toulon , de BrignoUes et de Saint-Maximin. Il arriva à Tretz dans les premiers jours du mois d'août , plaça ses chevaux-légers aux villages voisins, à Peinier, à Fuveauy à BouCy à Gardane, et fixa son quartier-général au plan d'Âillane , près du hameau des Milles. Par trois fois il envoya un héraut pour sommer la ville d'Aix de se rendre. Quelque confusion y régnait , et le parlement avait porté son siège ailleurs ('a). Le 7 du même mois, à la troisième sommation, le premier consul. Honoré de Puget, seigneur de Pras , monta à cheval , et, suivi des deux autres consuls et d'un grand nombre d'habitans notables , il alla présenter à Charles de Bourbon les clés de la capitale de la Provence , le suppliant de vouloir bien lui conserver ses franchises et ses privilèges . Le connétable en promit le maintien et donna la charge de viguier à Honoré de Puget Le nouveau magistrat fit pendre à l'un des arbres de la place des Trois-Ormeaux un pauvre paysan qui, revenant du travail, ne voulut jamais crier: Vive Bourbon (3).

(i) De Sismoudi , ibid.

(a) On ignore quel est le lieu où il se réfugia.

(3) Pitton , Hist. d'Aix , liv. iv.

Le connétable y après avoir reconnu Marseille le i3 août 9 j mena, le 19 , toute son armée pour en Caire le siège. Le marquis de Pescaire se logea avec les siens à l'hôpital Saint*Lazare ; leslansque* nets occupèrent Portegalle , les Espagnols et les Italiens campèrent au chemin d'Aubagne. La tràn* chée fut bientôt ouverte; et, le a3, l'artillerie ennemie commença son feu. L'artillerie de la ville riposta vivement et fit de grands ravages dans le camp des impériaux. Ceux-ci pourtant poussèrent la tranchée assez près des remparts pour pratiquer une mine redoutable. Les assiégés lui opposèrent une contremine, et les femmes, qui déjà s'étaient distinguées «par un zèle admirable, y travaillèrent avec tant d'ardeur , avec tant d'héroïsme , qu'on appela cette fortification la Tranchée des Dames (1). Tous lès Marseillais firent leur devoir en ce pressant danger. L'histoire, leur en rend le flatteur témoignage; elle ne laisse pas que de citer plus particulièrement le viguier Antoine de Glande vès, seigneur de Cuges; les consuls Pierre Vento , Pierre Comte et Mathieu Tjauze ; l'assesseur Sabatérîs ; Carlin Blanc, Charles de Monteoux, Cosme Araaud et Julien Beissan , capitaines dé quartier et chefs de la milice bour* geoise; Jean de Caux et Gabriel Yivaud , commandans de l'artillerie. On a aussi conservé le souvenir de Charles de Forbin , Nicolas d'Arène, Honoré

(i) Là où est aujourd'hui le boulevart des Dames.

de Valbelle, Antoine d'Âlbertas, Bertrand de Candole, Thomas de Montolieu, Riquetty, Aurias, Gras de Gérente, Bricard, Bourguignon , Pierre de Cépède y et plusieurs autres gentilshommes ou bourgeois qui méritèrent bien de leur patrie et acquirent , par leur dévoùment et par leur courage, des titres éternels à la reconnaissance publique. Cependant les impériaux battant avec succès les remparts de Marseille , y firent une large brèche . Le a4 septembre, au soleil couchant, le connétable, de l'avis de son conseil de gu^re , mais contre l'opinion du marquis de Pescaire , résolut de donner Tassant. Ses troupes s'avancèrent en bon ordre vers les remparts ; mais la garnison et les citoyens les repoussèrent au milieu d'une mêlée horrible , où les femmes combattirent à coté de leurs époux et de leurs fils (i). Dès ce moment la délivrance de Marseille et de la Provence entière fut assurée. Le connétable de Bourbon se vit dans la nécessité de lever le siège et de battre en retraite. Sa posi* tion en effet n'était plus tenable. Les munitions et les vivres commençaient à lui manquer. Les maréchaux de Chabannes et de Montmorency, maîtres d'Avignon avec une artillerie formidable, se préparaient à lier leurs opérations militaires à celles du comte de Garces , qui avait fait de nombreuses

(i) Voyez y sur toutes les opérations de ce siège, mon Hist.de Marseille, t. ii, p. 46 et suiv.

levées. Les troupes du roi se concentraient sur la Durance , et bientôt l'on apprit au camp impérial que l'armée française avait poussé son avant-garde jusqu^à Salon. Charles de Bourbon , abandonné du marquis de Pescaire et forcé de fuir à travers la Provence si rapidement conquise, fit embarquer sa grosse artillerie ; mais comme la mer n'était pas libre , la plupart des pièces furent brisées et l'on chargea le bronze sur des mulets. Dans la nuit du ^S au ^9 septembre y après quarante jours de siège, le connétable leva son camp et prit à marches forcées le chemin du Yar, poursuivi par les paysans , par les milices des Yigueries , les bandes du comte de Garces, les troupes des maréchaux de Chabannes et de Montmorency. L'armée impériale eut beaucoup à sou£frir dans sa retraité au milieu d'un pays aride et montueux. Elle repassa le Yar dans un tel délabrement, que leè consuls de Nice osèrent lui refuser l'entrée de la ville. Les impériaux se jettèrent sur les faubourgs et sur les campagnes environnantes , pillant les maisons , coupant les arbres , se livrant à tous les excès qu'ils avaient déjà commis en Provence. L'approche de l'armée française précipita leur fuite.

Le connétable de Bourbon avait à peine levé le siège de Marseille , que des bandes , sorties de cette ville, allèrent piller celle d'Aix pour la punir de la facilité avec laquelle elle avait ouvert ses portes au connétable. Les Marseillais donnèrent à leurs voi-

sins le nom de Bourbonnais , et œtte expression injurieuse était encore en usage deux siècles après (i). François P^ ne tarda pas à faire son en* trée dans la capitale delà Provence. Voulant donner un salutaire exemple, il priva les consuls de la robe rouge pendant douze ans et fit trancher la tête à Honoré de Puget (a), sur la place des Prêcheurs, comme coupable de trahison et de révolte. Cet acte de sévérité ne fut pas approuvé par tout le monde. Un écrivain nous apprend (3) que lé gouverneur Claude de Savoie , le comte de Chabot et le baron Renzo de Céri soutinrent que la conduite dii pre* mier consul d'Aix avait été plus digne d'excusé que de blâme; que la capitale du pays s'étant trouvée sans garnison j sans moyens de défense , sans espoir d'être secourue, avait dû se rendre à Tarmée impériale, et que son premier magistrat n'avait été que l'organe de ses concitoyens, aux vœux desquels il ne pouvait résister. Au contraire le maréchal de Montmorency pensa que bonne justice avait été faite par le supplice d'Honoré de Pùget.

François P^, ayant ensuite passé les Alpes, reprit Milan. Mais la funeste journée de Pavie le fit pri* sonnier de Charles-Quint. Il obtint plus tard sa

(i) Hou. Bouche, qui éciiirait Ters rannéé 1730, assure que, de son temps, le peuple 4e Marseille donnait encore ce sobriquet aux habitans d'Aix.

(a) Le 3 octobre de la même année i524.

(3) Gaufridi , liv. X.

liberté, et recommença la guerre au lieu d'exécuter les conditions de son rachat. Le pape Clément VII i qui redoutait la puissance impériale , souleva contre elle tQute l'Italie. Le roi de France eut quelques succès dans cette péninsule; mais vaincu , peu après y dans le royaume de Naples et dans la Lombardie , il fut obligé de battre en retraite sur les Alpes. Le traité de Cambrai suspendit le cours de la guerre^ et le Pape unit sa nièce, Catherine de Médicis, à Henri, duc d'Orléans, second fils du roi. La ville de Marseille fiit choisie pour la célébration du mariage. François P*" s'y rendit , le 8 octobre 1 533, avec ses trois fils, la reine son épouse^ le duc et la duchesse de Vendôme. Il avait été précédé par le chancelier Duprat, les ministres^ les grands officiers du royaume et les ambassadeurs des puissances européennes. Le 1 1 du même mois , une flotte de dix-huit galères et de six vaisseaux y sous le commandement du duc d'Albanie , entra dans le port de Marseille. Elle portait le Souverain Pontife et une partie du Sacré Collège. Clément VII fut reçu par la Cour de France, dans tout l'éclat des pompes triomphales. Il eut avec François P' plusieurs conférences sur les affaires publiques, et principalement sur l'état de l'église romaine en lutte avec les réformateurs.

Cette église portait la peine de son orgueil et de sa trop longue puissance. Luther et Mélanchton (i)

(i) CaWin ne commença à débiter sa doctrine qu'en i534'

lui fesaient éprouver des déplaisirs mortels* Les abus du catholicisme avaient d'abord excité leur colère; ses dogmes exercèrent ensuite leur témérité.

Le a8y le Pape consacra l'union de Catherine et de Henri au milieu de nouvelles fêtes. Après avoir nommé quatre cardinaux français , il donna la bénédiction et l'absolution générale au peuple marseillais. S'embarquant le lo novembre sur la galère du grand-maître de France, il partit escorté par vingt-deux autres galères; et quelques jours après , le roi quitta aussi Marseille , suivi de toute sa cour.

Depuis long-temps François 1^ s'occupait de l'amélioration de la justice en Provence. Des commissaires choisis dans le sein du parlement d'Aix , préparèrent Tédit de i535 qui consacra les bienfaits de cette réforme désirée, i^ Le grand sénéchal , par cet édit , cessa d'être le chef du parlement, et ne le fut plus que des officiers subalternes de la province ; a° on ordonna que les expéditions des arrêts ne seraient délivrées à l'avenir qu'au nom du roi; 3^ que toutes les sentences seraient rendues au nombre de sept juges , lorsque le président assisterait y ou de huit , dans le cas de son absence ^ et qu'alors le plus ancien conseiller laïc pourrait expédier les affaires, tant à l'audience que dans la chambré; 4^ que le gouverneur ne pourrait avoir rang au parlement qu'avant le premier conseiller de la cour ; 5^ que la place des lieutenans serait au-

dessous de celle des conseillers ; 6^ qu'ils ne pourraient entrer dans la chambre les jours de conseil que lorsqu'ils y seraient mandés par la cour; 7^ que 9 pour ce cas, il leur serait donné un lieu honnête et convenable^ 9^ Que les charges de jugemage et de juge d'appeaux, autrement appelé le juge des premières appellations, celles des viguiers (i), clavaires et sous-clavaires, seraient supprimées et remplacées par cinq tribunaux subalternes, pour rendre la justice en première instance» Ces tribunaux furent fixés à Aix , Arles, Draguignan, Digne et Forcalquier. Le roi en érigea plus tard un sixième à Marseille. Le nombre fut successivement porté jusqu'à douze. Les six derniers furent placés à Hyères , Toulon , Grasse^ BrignoUes , Sisteron et Castellane. On les appela sièges, parce que le gmnd sénéchal devait y siéger; 9^ enfin, le roi révoqua tous les offices extraordinaires qui avaient été donnés aux évéques, afin que ces prélats pussent mieux s'acquitter des fonctions épiscopales.

Jean Feu , président au parlement de Rouen , fut chargé de faire exécuter l'édit qui sanctionnait ces utiles innovations. Il le porta à l'audience du parlement d'Aix, le publia en présence des consuls, de la noblesse et du peuple, et ordonna ensuite de le transcrire dans les registres de la cour. Le con-

(i) Les viguiers , supprimés par cet cdit, furent presque immédiatement rétablis.

seiller Claude de Gérente, doyen de la compagnie , prit la parole au nom de ses collègues. Il déclara qu'ils avaient toujours été bons serviteurs du roi , et qu'ils étaient disposés à garder ses commanderaens en toute occasion. Xe lendemain le président Feu se rendit au sein des états-généraux^ assemblés dans le réfectoire des Prêcheurs, Après avoir exalté les soins que le roi prenait à distribuer la justice à ses sujets avec le moins de dépense et le plus de célérité qu'il était possible, il fit lire l'édit, et puis il exhorta les représentans de la nation provençale à veiller à sa stricte observation. Antoine Filholi, archevêque d'Aix et président des états , répondit que l'assemblée remerciait le roi de la faveur qu'il accordait au pays.

Le parlement vérifia y le 5 janvier i536, un autre édit qui statuait sur les vacances (i), et les officiers

(i) Le commencement en fut fixé au premier joillet , et la fin au dernier septembre.

Il n'existait aucune disposition relative aux fériés du cours de l'année, et , pour y suppléer, l'avocat -général Garçonnet remontra à la cour, le 3o octobre i537, que les euttres parJemens du royaume ne tenaient point d'audience les pigUes des Fêtes annuaux , et qu'il serait çQmen«hU de se conformer à cet usage. La cour l'adopta en effet» et depuis cette époque elle ne siéga plus, la veille des Fêtes solennelles^ ni le jour suivant ; ce qui s'appelait antè et post. Mais la veille de Noël et le samedi qui précède le Dimanche de Rameaux , la chambre de la Tournelle , assistée de deux députés de la grand'chambre, allait visiter les prisons, pour y recevoir les plaintes des détenus, pourvoir à leurs besoins, et en élargir quelques-uns en l'honneur des Fêtes.

subalternes , créés par le premier édit de réformation , prêtèrent leur serment avec solennité en présence de rarchevéque et des procureurs nés et joints. Le parlement détermina ensuite le temps de l'année où il s'occuperait de l'appel des jugemens de chaque siège ; ce qui s'appelait les audiences du rôle. Le siège d'Aix, nommé le siège général ^ obtint les mois d'octobre et de novembre ^ et le reste de l'année fut partagé entre les autres.

. Les lieutenans des sièges. étaient obligés d'assister à laudience où les appels de leurs jugemens étaient portés. On voulait ainsi les instruire de la jurisprudence de la cour souveraine. Mais cet usage devint bientôt une simple formalité de bienséance; et les juges des tribunaux inférieurs, après avoir assisté à deux audiences , obtenaient la permission de se retirer.

L'établissement des grands jours suivit de près celui des sièges. C'était une chambre ambulante qui se transportait dans les principales villes de la province, pour y tenir des assises chargées d'expédier les affaires urgentes et recevoir les plaintes qui pouvaient être portées contre les officiers subalternes.

Un président et six conseillers devaient tenir chaque année ces assises à Marseille. La session durait vingt jours. Toutes les appellations des juges ordinaires y étaient portées, et la ville vit ainsi donner une nouvelle sanction au privilège précieux

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dont elle avait toujours été jalouse et fière, le privilège de non extrahendo. Le voyage et le séjour de la chambre chargée des assises étaient aux frais du parlement.

François I**" avait renoncé au duché de Milan par le traité de Cambrai; mais cette renonciation, dictée par la force ^ n'était pas sincère, et le roi cherchait le moyen de faire valoir ses droits. Dans ce temps-là même, le duc François Sforza étant mort sansenfans, l'empereur Charles-Quint se mit en possession du Milanais, et berça le roi de France de l'espoir de donner ce duché à l'un de ses fils. François P' résolut alors d'envahir les états du duc de Savoie, beau frère de l'empereur. Le duc fut obligé de sortir de Turin avec sa faibille et de se retirer à Verceil , après avoir feit embarquer sur le Pô son artillerie et ses meubles les plus précieux. Il envoya à Nice son épouse Béatrix avec son fils Emmanuel-Philibert, âgé de cinq ans. Pendant que les troupes françaises inondaient le Piémont, un autre corps d'armée s'avança dans les Alpes Maritimes par la vallée de Barcelonette , combinant sa marche avec la flotte provençale établie en croisière depuis Antibes jusqu'à Oneille, et menaçant de bloquer la ville de Nice. Charles-Quint, fier de son expédition d'Afrique où il venait de battre le célèbre Barberousse, général de Soliman, affectait une hauteur injurieuse à l'égard de François P*^. On connut bientôt ses mauvaises disposi-

tions par utie harangue pleine d'invectives qu'il fit à Rome contre le roi en plein consistoire. Peu après il leva tout-à-fait le masque, et la guerre se ralluma entre l'Empire et la France. Par un de ces cbangemens de fortune qui donnent tant de mobilité à la scène politique sur laquelle s'agitent tant d'intérêts divers y tant de passions ardentes , les Français perdirent en peu de jours tout le fruit de leurs premières victoires. Forcés d'abandonner le plat pays et la ville de Turin , ils se bornèrent à laisser des garnisons dans les principales forteresses. Le duc de Savoie reçut l'empereur dans la capitale de ses états, au milieu des acclamations de ses sujets. Là on tint un conseil de guerre pour fixer les opérations de la campagne, et l'on décida de tenter une seconde expédition en Provence , d'après l'ancien projet du connétable de Bourbon. Charles- Quint voulut marcher en personne à la tête de ses troupes y pour saisir de sa propre main l'ancienne couronne des rois d'Arles qui flattait son ambition. Toutefois, comme il fallait agir contre les Français qui restaient encore en Piémont , on résolut de laisser en Italie, avec la qualité de lieutenant-général de l'Empereur, le marquis de Saluces qui avait abandonné la cause de François V^ pour celle de son rival, et Gautier Lopez de Padilla, mestre de camp espagnol, reçut l'ordre de rester à Turin à la tête de huit mille hommes (i).

(i) Samuel Guichenon , Hist. Génér. de la Maison de Savoie , 1. 1 y p. 643 et suiv.

François P' se rendit à Lyon pour hâter les préparatifs de défense. Nonobstant la neutralité du pape Paul III , successeur de Clément VII , il établit à Avignon le quartier-général de l'armée française dont il donna le commandement au maréchal de Montmorency. Il envoya sur les lieux Poton Raifin/ sénéchal d'Agenois^ pour y asseoir le camp, et il ordonna au maréchal d'Aubigny de prendre les devants avec huit mille Suisses. Il confia le gouvernement de Marseille à Antoine de la Rochefoucauld qui avait sous ses ordres Montpesat, Villebone, Routières, la Roche du Maine^ Christophe Gasque, YastriSy Fontrailles, AubijoUx, capitaines de la première volée y comme parle un historien (i). Tarascon reçut une garnison de cinq cents hom** mes sous les ordres de Rabadenc. Ronneval fui chargé de la défense d'Arles. On essaya de mettre la ville d'Aix en état de soutenir un siège. Les habitans, encouragés par les consuls Ralthasar Rodulphe de Châteauneuf, Charles de Malespine de Montgestin , Philippe Rouissoni, et par l'assesseur Honoré Feraporte (2), travaillèrent avec ardeur à quelques fortifications. On ruina le faubourg Saint- Jean et l'église des Pères Servites. Le seigneur de Montejan, l'un des généraux de l'armée française, croyait que la ville pourrait résister aux attaques

(i) Gaufridiy liy. x.

(a) Archives de THôtel de Ville d'Aix , citées par Pitton , liv. iv.

des impériaux; d'autres pensèrent qu'elle n'était: pas tenable. Cet avis prévalut, et Ton abandonna les ouvrages commencés. Le pays organisa à ses frais une milice de quatre mille hommes, et le gouverneur Claude de Savoie, comte de Tende, eii eut le commandement. Il choisit pour ses principaux officiers le seigneur d'Urre, Jean de Pontevès, de Mas, de Villeneuve, et quelques autres gentilshommes provençaux qui allèrent camper aux environs de Grasse. Dans un beau mouvement de patriotisme, on résolut d'affamer toute la contrée du Var au Rhône pour enlever à l'ennemi des moyens de subsistance. Les seigneurs du Mas , de Calas, dé Carces, voulurent donner l'exemple en brûlant eux-mêmes leurs blés, en dispersant leurs denrées , en abattant leurs moulins et leurs fours , en' portant la destruction sur toutes leurs terres. Us eurent partout des imitateurs/ et d'horribles dévastations furent faites comme un immense sacrifice au bien public. Les habitans d'Âix mirent le feu à leurs provisions de bouche sur la place des Prêcheurs, et ne gardèrent que ce qui leur était , strictement nécessaire. Ceux du Luc et de Trets furent les seuls qui ne comprirent pas ce dévouement; mais leur égoïsme leur coûta bien cher. Un détachement de cinq cents hommes vint ravager le territoire du Luc , et le capitaine Bonneval livra Trets au pillage.

La flotte impériale, conduite par André Doria, ///. lO

le plus célèbre marin du seizième siècle , s'empara par capitulation de la place d'Ântibes et ravagea toute la cote jusqu'au voisinage de Marseille. La ville d'Hyères fiit seule épargnée , lamiral de Charles-Quint ayant pour elle une affection particulière. Quelques vaisseaux de Nice et de Gènes , qui accompagnaient cette armée navale , retournèrent chargés de butin.

C'était une invasion bien autrement redoutable que celle du connétable Charles de Bourbon. L'empereur avait cinquante mille hommes (i). Le ai juillet i536 il arriva à Nice, accompagné du duc de Savoie et d'une foule de princes et de généraux qui servaient sous ses ordres. Parmi eux on distinguait les ducs d' AlbC) de Bavière et de Brunswick , le prince de Salerne, Alfonse d'Avaloz^ marquis de Guast, Antoine de Leva , le comte de Horn , don Femand de Gonzague (a). Béatrix , duchesse de Savoie, et son jeune fils Emmanuel-Philibert allèrent à la rencontre de Charles-Quint, avec l'évêque, le gouverneur et les consuls de Nice. On présenta aux deux souverains les clés de la ville avec des couronnes

(i) Selon Mézerai, Tarinée impériale avait dix mille cavaliers et quarante mille fantassins , ( t. vu , p. i3i , édition d'Amsterdam. )

Suivant Samuel Guichenon, cette armée eut quarante-six mille cinq cents combattans, ainsi divisés : 22,000 allemands, 10,000 espagnols, ia,ooo italiens, et a,5oo hommes d'armes italiens, espagnols et flamands. ( Ouv. cité. )

(a) Muratori , Annal. Ital. — Paradin , Chronique de Savoie, liv. m.

de laurier, au milieu des plus bruyantes acclama* lions. L'armée campa sur les collines qui s'étendent en demî-cercle depuis Cimiez jusqu'au Var* Les régimens de la garde occupèrent les faubourgs de Nice, et l'intérieur de la ville fut destiné au logegement de la cour et des principaux généraux (i). Le a5 juillet 9 l'empereur ordonna le passage du Var , et ce passage se fit sans résistance. Érasme de Gralléan , à la tête d'un corps de volontaires où se firent inscrirent les premiers gentilshommes de Nice y conduisit l'avant^^garde en face du village de Garros. Le comte de Tende mit le feu à la ville de Grasse qu'il ne pouvait défendre ; Fréjus et Dra-» guignan se rendirent à la première sommation. BrignoUes et Saint*Maximin furent livrés au pillage. Gharles-Quint prit ensuite sa route sur Aix. Pendant toute cette marche , les bourgeois et les paysans qui étaient en armes sur les montagnes , ne cessèrent de harceler les impériaux , en tombant à Timproviste sur leurs derrières, et les impériaux brûlèrent des populations entières réfugiées^ dans les bois, sans les admettre à composition. Ginq gentilshommes provençaux , dignes d'une mémoire éternelle, Albod, Châteauneuf, Balb, Escragnole et Boniface , s'embusquèrent au village du Muy avec trente paysans et quinze soldats, dans une tour qui dominait un défilé où de-

(i) Durante, Hist. de Nice, t. ii, ch. ii.

vait passer rariuée ennemie, résolus à hire tbiïs ensemble une décharge de mousqueterie sur Tem-» pereur(i). Dans cette attente, ils virent s'avancer un groupe de seigneurs , au milieu desquels il y en avait un de grande apparence^ que les autres semblaient escorter. C'était un capitaine espagnol nommé Garcia Lazzio , monté sur un cheval de Naples et couvert d'un riche manteau d'écarlate. Tout indiquait que c'était Charles-Quint lui-même^ efiles hommes embusqués ne le connaissaient pas; Ces hommes tirèrent sur Lazzio et retendirent sur la place. L!empereur , qui se trouvait à quelques pas de distance, fit abattre la tour à..xoups de canon ^ et les cinquante provençaux: furent tous massacrés, victimes d'un dévoûment dans le genre antique.

Cbarles-Quint et le duc de Savoie firent leur en* trée dans la capitale de Provence, le 9 du mois d'août > avec un faste éblouissant. L'empereur portait sur sa cote d'arme un manteau de damas blanc^ Sa tête était couverte d'une toque surmontée de pluQtôs Qrangées, blanches et violettes. Il descen-r dit à' l'archevêché qu'il avait choisi pour loge-? ment (a). Le lendemaiii il se rendit avec toute sa cour à l'église métropolitaine de Saint-Sauveur, où il se fit couronner roi d'Arles et de Provence par

(i) Antonius de Arena. — Gaufridi , lîv. xi.

(a) Pittoiiy ouv. cité, liv. iv.

Jérôme d'Arsagis , éveque de Nice , qui l'avait accompagnés II voulut que ses troupes gardassent la plus sévère discipline et qu'elles eussent surtout du respect pour les choses saintes. Il plaça des corps^ de-garde aux portes des maisons religieuses, et fit pendre un soldat qui avait volé des vases sacrés. Malgré le bon ordre qui régnait à Aix , l'archevê* que, les consuls, la plupart des nobles et des bourgeois notables avaient pris la fuite. Le parlement ^vait aussi quitté la ville et s'était d'abord fixé à Tarascon. Croyant ensuite nécessaire^ à cause du succès des armes impériales, de se séparer des ennemis par la Durance, il alla s'établir à Avignon y mais le légat s'opposant à ce que cette cour exerçât ses fonctions dans une cité soumise au gouvernement pontifical , les magistrats furent contraints de se rendre au Pont-Saint*^sprit , d'où ils vinrent tenir leurs audiences en deçà du Rhône, dans uiie église du territoire de Montdragon qui fesait partie de la Provence (i). Pendant que les magistrats ée trouvaient ainsi éloignés de leur siège habituel, le duc de Savoie fit incendier le Palais de Justice (a), dans le dessein, dit-on, de détruire les chartes et les titres qui y étaient renfermés, et sur lesquels les rois de France, successeurs des souverains-comtes de

(i) Histoire manusc. du Parlement d*Aîx, à la bibliothèque pnbli- ' que de Marseille.

i^) Palatàum régis pulchrum hrulap'u aquense,

Ant. de Arena.

Provence, s'appuyaient pour réclamer le comté de Nice, la vallée de Barcelonette et la viguerie de Puget-Théniers. Le duc fut néanmoins trompé dans son espoir, car la partie la plus importante des archives avait déjà été placée hors des atteintes des incendiaires par les soins du maréchal de Montmorency, du président Barthélémy Chassanée , et du conseiller Fouquet Fabri , qui l'avaient transportée à la forteresse des Baux. .

L'empereur tint solennellement dans le palais comtal un lit de justice où il abolit les statuts et les privilèges du pays, les tribunaux et le corps municipal de la ville d'Aix. Il remplaça le parlement par un sénat composé de dix jurisconsultes qu'il avait amenés de Nice, et mit à la tête de cette compagnie un marseillais fugitif et rebelle, nommé Jean Carie, que le connétable de Bourbon , au service duquel il s'était dévoué, avait récompensé d'une charge de sénateur à Milan. La nouvelle cour souveraine , dès qu'elle fut installée, confisqua, par arrêt , les biens des malheureux habitans d'Aix que la terreur avait dispersés (i). Ala place du viguier,

(i) Parmi les condamnés on cite Feraporte , Bemnsaty, Descalîs, De Veteris , Seguiran , Ferrier, Millou , Peyronnet , Raynaud, De Gormis,De Colonia, Maurel> Nicolas Fabry, Joannis , Meigron , Aufridy, Bronel, Alby, Taiamar, Fabre, Bruis , Salle, Yincens, Canyin, Durai^d, Silyy, Donaud, Pognant, Genesy, Ponteyez, Fresquière, Hermitte, Âudric, Astier, Ruffy, Domicelly, Sieoilhon , Blegier, etc.

Charles-Quint créa un vicomte , et en donna Tem» ploi au bâtard de Barras qu'il ût aussi baron de l'Empire. U voulut que trois tribuns du peuple occupassent la charge des consuls-procureurs , et confia ce pouvoir tribunitien à Jean de Brignole ^ à Jean Martin et à Bos. Ensuite le monarque victorieux distribua les grands fiefs et les hautes charges. Il fit Antoine deLeva vicaire de l'Empire dans les Gaules, le duc d'Albe, vice-roi d'Arles , André Doria, amiral , Granvelle, chancelier, et Canoë, surintendant des finances. U donna le gouvernement de Marseille au marquis de Guast , celui du pays d'en deçà la Durance à Fernand Gonzague^ et le commandement de la contrée au delà de cette rivière au comte de Horn. U érigea aussi quatre duchés , quatre principautés et quatre marquisats. Les duchés furent les Iles d'Hyènes sous le nom d'Iles d'Autriche, Fréjus sous le nom de Charleville, BrignoUes sous celui de Nicopolis, et Forcalquier sous sa dénomination. Les principautés furent les Baux, les Martigues, Sault et Montelimar. Les marquisats : le Muy, le Luc, Tourves et Trets. Pour achever dignement celte parade impériale , un prêtre napolitain, nommé Capel, monta en chaire dans l'église de Saint-Sauveur , et prononça le panégyrique du prince en termes si magnifiques, qu'il le mit au-dessus de Constantin , de Justinien et de Charlemagne. Il le compara à Josué, traita le roi François P^ de Philistin , de Pharaon , et dit enfin

que la Provenoe était la terre promise. L'empereur donna l'archevêché d'Aix à ce prédicateur ridicule.

L'armée ennemie campait au plan d'Aillane^ près de la capitale , et déjà les vivres manquaient. Des détachemens fesaient des courses dans les lieux du voisinage , à Rians , Jouques , Peyroles , Meyrar^ gués y Trets^ Saint-Cannat^ Malemort; mais comme toutes les campagnes étaient dévastées, les impériaux revenaient toujours sans butin* Tous les moulins à blé depuis An tibes jusqu'à Aix et à Marseille avaient été renversés par les Provençaux. Un seul restait debout au village d'Auriol, et les ennemis le fesaient soigneusement garder par une compagnie d'hommes-d'armes. Montluc et Tavanes, officiers de la garnison de Marseille , se chargèrent de le détruire. S'étant mis à la tête d'une petite troupe de cent vingt volontaires, ils surprirent pendant la nuit les soldats préposés à la garde du moulin, tuèrent les uns, mirent les autres en fuite, brisèrent la machine , entraînèrent les pierres dans l'eau, et, sans avoir perdu un seul des leurs, ils retournèrent à Marseille par des chemins inaccessibles à la cavalerie qui aurait pu les poursuivre.

Le 19 du mois d'août, l'empereur accompagné du duc d'Albe, du marquis de Guast, de Fernand de Gonzague et du comte de Horn , partit du Plan d'Aillane et vint reconnaître le territoire et la ville de Marseille avec trois mille Espagnols, quatre mille Italiens et cinq mille liansquenets. Le prince

s'avança jusqu'à la plage àiArenc. Cette reconnais^ sauce fut pour lui de bien mauvais augure^ car il courut les plus grands dangers ^ et bien lui dit de S'estre troui^é derrière quelques vieilles murailles, il ne ien serait pas retourné comme il était venu (i). Ses troupes, maltraitées par le canon de la ville et par celui des galères françaises qui s^approchèrent pour balayer la plage , reprirent la route, du camp. Peu de temps après, le marquis de Guast et Paul de Saxe ne furent pas plus heureux du côté d'Arles où ils avaient conduit un. corps de cavalerie (2). De Guast , s'étant approché d'on moulin à vent pour examiner lui-même l'état de la place ^ fut aperçu par le seigneur de Bonneval et par le sénéchal d'Agenois qui se promenaient aux Arènes. Ceux-ci le désignèrent au seigneur de Yilliers, commandant de l'artillerie arlésienne, lequel braqua si à propos une couleuvrine , que sans que /edit marquis , voyant mettre le feu , se Jetât de côté y il fut tenu quHl en avait dans le corps (3). Fernand de Gonzague alla s'emparer du château de Lourmarin ; mais Jean de Pontevès , comte de Carces , l'en délogea bien vite. Unie troupe de gentilshommes Provençaux attaqua près de Roquevaire un convoi ennemi escorté par cinq cents cavaliers

(i) Louvet deBeauyais^ Hist. des Troubles de ProTence,!'" partie. (a) Saxi , Pontif. Arelat, , p. 386.

(3) Montaigne, Essais , liv. i, cïi. xii. — Mémoires de Guillaume de Bellay, liv. vu.

qu'il mit en pleine déroute. Soixante furent tués , et il y eut quatre-vingts prisonniers. A Senas et à Eyguières des détachemens impériaux essuyèrent aussi un échec. Il n y eut nulle part des actions décisives; mais des combats de tous les jours, mais des engagemens continuels. Les soldats isolés étaient massacrés; les communications se trouvaient interrompues. Les Provençaux firent à l'ennemi une guerre de partisans , guerre toujours plus funeste aux envahisseurs que celle qui peut se terminer par une bataille rangée.

Des maladies diverses , et surtout la dysàenterie exerçaient de grands ravages dans l'armée impé^ riale; la chaleur était suffocante. Antoine de Leva, un de ses généraux , mourut à Aix. Tout annonçait que l'expédition de Charles-Quint devait avoir des résultats aussi désastreux que celle du connétable de Bourbon. François P' réunissait à Avignon des forces considérables , et tous les paysans du pays s'étaient levés en masse. L'empereur connut enfin les dangers de sa position, et son conseil de guerre décida la retraite. Elle commença 1q 1 1 du mois de septembre dans le plus affreux désordre. L'artillerie et les équipages étaient abandonnés. L'armée impé* riale, harcelée dans sa marche par la population des campagnes, poursuivie par les troupes du comte de Tende, du comte de Garces, de Villeneuve et de la Molle, joncha de morts et de blessés la route qu'elle suivit d'Aix à Fréjus. Cette armée, naguère

si florissante , perdit les deux tiers de ses soldats. Elle fesait vraiment pitié^ tant elle était malheu* reuse. Et ce monarque fugitif qui n'échappa qu'à grand'peine aux coups des Provençaux qu'il s'était vanté de subjuguer facilement, pitié aussi pour lui, car c'est Théritier des Césars , c'est le possesseur des Espagnes, des Pays-Bas et des Deux-Siciles. Charles«Quint^ suivi du duc de Savoie, passa le Var le a4 septembre, s'arrêta quelques instans à Nice et se rendit ensuite à Monaco où les galères d'André Doria vinrent le prendre pour le conduire à Gènes.

François P^, accompagné de son fils le dauphin , du cardinal de Lorraine, et du maréchal de Montmorency, entra en Provence pour visiter les villes d'Arles et de Marseille. Il envoya à Aix le seigneur de Langey avec mission de faire tous ses efforts pour réparer les maux que cette capitale avait soufferts durant la dernière invasion. Son état était véritablement pitoyable. Les remparts et les principaux édifices avaient été détruits. On ne voyait partout que des scènes de douleur et de misère. Le grand nombre de cadavres laissés dans les rues y produisait une affreuse infection. Le commerce et l'industrie semblaient anéantis; le cours de la justice elle-même paraissait suspendu. Au reste j le sort dé la Provence entière n'était pas meilleur. Le deuil était universel; la souffrance commune.

Les états-généraux assemblés à Marseille au mois de janvier 1 537 ^^ ^ ^^^ ^^ '^^^^ ^^ février suivant,

députèrent au roi Balthasar de Gérente^ évéque 4^ Vencè, et Rogiers^ Tun des consuls-procureurs, pour obtenir quelque soulagement par une dimi* nution d'impôts. François P*", sourd à cette juste prière, écrivit aux états la lettre suivante datée de Lyon le 9 octobre de la même année, « Chers et « bien amés, nous avons entendu par l'évéque de <c Vence et par le sieur de Rogiers , vos commis et

a députés, les délibérations prises Ils nous ont

er semblablement remontré les ruines et pertes que ce vous avez souffertes par la venue de l'empereur a audit pays; et combien que notre vouloir soit y « avoir égard, et vous soulager et supporter, non « seulement au paiement des tailles, mais à tous (c autres endroits qui nous seront possibles , toutece fois au moyen des grands et urgents affaires que <c nous avons pour la défense et conservation de « notre royaume, il n'est possible pour cette heure €c de satisfaire à notre dit vouloir. Mais après qu'il a aura plu à Dieu nous mettre hors desdites affai- «c res, que sera dans brief, comme nous espérons, (c nous vous donnerons à connaître le désir que « nous avons de vous soulager, en sorte que vous « aurez cause à persévérer au bon vouloir que vous « avez toujours eu et avez envers nous. » Le dévouement des Provençaux méritait une autre réponse. Il est vrai que François P' avait ses embarras et ses peines. Ses finances étaient épuisées ; les plus durs sacrifices devenaient nécessaires. Tels sont toujours

les résultats de la guerre. La plus heureuse entraîne après elle des maux sans nombre, et les blessures qu'elle fait restent long-temps saignantes.

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