IV
114 HISTOIRE comptes, des consuls-procureurs nés, des procureurs-joints , de quelques ecclésiastiques et des délégués du bureau des trésoriers généraux. Le chapitre de Saint-Sauveur dépouilla l'autel de gros chandeliers d'argent et les envoya à la monnaie; l'université fournit quatre mille livres; le corps des marchands dix mille;, les dames donnèrent leurs bagues et leurs joyaux; les officiers du parlement et les principaux citoyens , leur vaisselle. Les habitons de la ville d'Aix qui avaient abandonné leurs foyers furent condamnés à cinq cents francs d'amende. Parmi eux se trouvaient tous les magistrats du semestre, et l'on vendit les meubles des uns et des autres pour se payer de cette amende. Avec tout l'argent qu'on put se procurer, on leva plusieurs escadrons de cavalerie sous les ordres du conseiller de Glandevès, du baron de Saint-Marc, deLamanon,le Vernègues, Vauvenargues , Valbelle, Pourcelli, Gaillard, Chasteuil-Tressemanes, Majastre d'Arles et du baron de Castellane. On leva aussi sept régimens d'infanterie dont les com ma ndans étaient les présidens d'Oppède, Grimaldi-Régusse et de Gallifet, les conseillers Beanrocueil et Rascas du Canet, le baron d'Escalis de Bras et les consuls d'Aix. Les conseillers de ClumansetSegnier furent mis chacun à la téte d'une compagnie franche. Le comité nomma le comte de Carces général en chef de l'armée provinciale, et lui donna pour lieutenant François de Maugiron, gentilhomme du
Danphiné. Les enseignes colonelles portaient cette devise : Pro patriâ mori vwere est (i). D'Escalis de Bras investit la ville de Berre qui s'était prononcée en faveur du comte d'Alais , et s'en rendit bientôt maître.
Les provinces voisines étaient tranquilles. Cependant les états du Languedoc , assemblés à Montpellier sous la présidence de l'archevêque de Narbonne , eurent des sujets d'inquiétude. Ils craignirent que l'embrasement de la Provence ne s'étendit jusque chez eux ; et, pour prévenir ce danger , ils offrirent d'être médiateurs entre le parlement d'Aix et le comte d'Alais. Mais les deux factions se sentaient animées d'une haine trop vive pour la sacrifier à l'intérêt général. D'Alais ne voulut se relâcher d'aucune de ses prétentions, et le parlement, de son côté, refusa de consentir à des conditions raisonnables. Le désir d'une vengeance implacable étouffa tout sentiment de conciliation, et l'on ne respira que pour la guerre.
Le comte d'Alais se rendit à Marseille où son parti s'était renforcé. 11 y reçut une lettre du roi qui approuvait sa conduite depuis le traité fait par l'entremise du cardinal Bichi. Louis XIV lui disait ensuite : « Si , au préjudice de mes défenses, il se * trouve des gens qui assemblent des troupes dans
(i) Mourir pour la Patrie , c'est vivre. — Registre du parlement- — Pitton , loco cit.
Il G HISTOIRE
« la province sans mes commissions et vos ordres, « vous devez leur courir sus, comme criminels et « perturbateurs du repos public; ne voulant point « qu'on reconnaisse, dans l'étendue de votre charte ge autre autorité pour les armes que celle qu'elle
« vous donne Servez- vous de toutes les voies
« que vous aviserez pour empêcher qu'il ne se « passe rien qui puisse troubler la province, et a employer la force où elle sera nécessaire pour « réprimer la licence et châtier la rébellion. Sûr « que vous saurez bien mêler la rigueur à la pru- « dence, et vous en servir selon le besoin en toutes « rencontres, je me confie entièrement en vos « soins et en votre fidélité. »
D'Àlais, fort de l'approbation de son souverain, sortit de Marseille le 8 juillet à la tête d'un corps de cavalerie qu'il avait recruté dans les Cevennes et d'une petite colonne d'infanterie commandée par le chevalier de la Marcouze. 11 se dirigea vers Aubagne où il avait mandé les régiraens de Montbrun et de Saint- Au nai. Les troupes réunies sur ce point s'élevaient à trois mille cinq cents hommes. Le parlement d'Aix , se voyant menacé, rendit plusieurs arrêts par lesquels il ordonna que les troupes levées dans les contrées voisines sortiraient de Provence dans les trois jours; défendit à toutes les communautés de leur fournir des subsistances; enjoignit à tous ceux qui avaient pris les armes pour le gouverneur de les déposer incontinent, à
peine d'être poursuivis comme rebelles; le somma lui-même de licencier son armée, autrement déclara qu'il serait procédé contre lui suivant la rigueur des ordonnances.
D'Alais, bravant ces stériles arrêts et ces menaces impuissantes , prit le commandement des troupes campées à Aubagne, se présenta devant Trets qui lui ferma les portes, et vint s'établir à Gardanne d'où il envoya un héraut à Aix pour soni mer les habttans de déposer les armes* de se saisir des officiers des troupes parlementaires et de tous les chefs de la révolte, comme aussi pour enjoindre aux consuls de se démettre de leurs fonctions et de se rendre auprès de lui. Il déclarait dans ce message que si on obéissait sans tarder davantage, il n'entreprendrait rien contre la ville et son territoire; que même il intercéderait auprès du roi pour que le peuple obtînt le pardon de ses fautes; mais que si cette capitale aveuglée prolongeait sa résistance coupable, il saurait bien la ramener à son devoir et la frapper d'un châtiment exemplaire. Le comité général renvoya sans réponse le héraut du gouverneur, fit élever à la hâte quelques fortifications, et réunit dans la ville cinq mille hommes pour la défendre. Comme quelques pièces de canon , qu'on attendait de La Ciotat , n'arrivaient point , un menuisier offrit d'en foire de bois cerclés en fer. On accepta son offre avec empressement; mais ces canons crevèrent à la pre-
mière épreuve , et le menuisier ne remporta autre chose que la honte et avoir mal pensé (i).
Le baron de Rians , conseiller au parlement de Provence , se trouvait alors auprès de la Cour de France pour quelques affaires particulières. Il lui fit , au nom de sa compagnie et de tous ses compatriotes, de si chaudes protestations de fidélité, et lui traça un tableau si touchant des maux où la guerre civile allait plonger le pays , que ce monarque chargea d'Étampes de Valençai, conseiller d'état , de rétablir l'union entre le gouverneur et les parlementaires. Pendant que ce commissaire royal se rendait en Provence à petites journées , les troupes du comte d'Alais , dispersées aux environs de la ville d'Aix , portaient sur leurs pas le pillage, l'incendie et toutes les horreurs de la guerre civile. Le comte gémissait en secret de ces affreux malheurs; mais il cédait, malgré lui, aux passions implacables de quelques hommes ulcérés qui avaient à régler avec leurs ennemis un compte de vengeance et de sang ; et ces hommes , presque tous magistrats au semestre, blessés dans leur orgueil , froissés dans leurs intérêts , dépossédés violemment de leurs charges, qu'ils avaient payées fort cher , poussaient à toutes les violences une soldatesque avide et brutale. La terre de Rognes fut dévastée. Le territoire de Pélissane et celui de
(i) Phton , ibié.
plusieurs villages eurent le même sort. Meyrargues , seigneurie du conseiller de Valbelle» ne présenta plus que des ruines. Son château , attaqué par le marquis de Vignot , l'un des meilleurs officiers du comte d'Alais , se rendit à discrétion. Mais , contre la foi jurée, les vainqueurs le pillèrent et pendirent le commandant. Saint-Paul sur la Durance , qui avait pour seigneur le conseiller de Thomassin, fut d'abord livré au pillage et devint ensuite la proie des flammes.
Le peuple d'Aix se montrait tout aussi cruel. Un cadet nommé Beaumont, qui avait suivi le comte d'Alais, voulut rentrer dans la ville pour visiter ses parens ou pour servir d'espion. Reconnu à la porte des Frères Mineurs , il allait être mis en pièces par les soldats du poste , lorsque le capitaine , l'arrachant des mains de ces furieux , le fit conduire en prison sous l'escorte de quelques mousquetaires. A la rue de la Boucherie , Beaumont échappant à ses gardes se mit à fuir et se réfugia dans la maison d'une femme de sa connaissance. Aux cris des mousquetaires , les bouchers envahirent cette maison et poursuivirent jusque sur les toits le malheureux jeune homme. Deux d'entre eux l'égorgèrent avec leurs couteaux et le précipitèrent, respirant encore, dans la rue , ou là populace le déchira.
Enfin toutes les troupes parlementaires , jalouses de porter à leurs ennemis des coups plus hono-
rables , allèrent à leur rencontre dans la plaine de la Touloubre. Bientôt les deux armées furent en présence. Mais quand il fallut se mettre en bataille pour aller à la charge, les escadrons de cavalerie du baron de Saint-Marc et du baron de Bras se disputèrent l'honneur du premier poste. Pendant cette contestation , les parlementaires qui n'étaient pas soumis à une discipline rigoureuse , perdirent leur première ardeur, et il fallut battre en retraite. Peu après, le régiment de Grimaldi-Régusse fit une sortie et passa la Durance à gué pour défendre la terre d'Ansouis , seigneurie du baron de Bras. Mais les habitans de Pertuis fermèrent les portes à ce corps de troupes, lui tirèrent des coups de fusil du haut des remparts, et il se vit obligé de retourner à Aix sans atteindre le but de son expédition.
Sur ces entrefaites , d'Étampes de Valençay se présenta au parlement et lui remit une lettre de Louis XIV qui ordonnait à la compagnie de s'entendre avec le comte d'Alais pour mettre un terme à tous les troubles. D'Étampes transmit aussi au gouverneur les intentions du roi; mais d'Alais consultant toujours moins son cœur que des influences étrangères , refusa de signer un armistice , demanda cinquante mille écus de dédommagement à prendre sur les biens des révoltés, un régiment pour servir sous ses ordres , et quelques autres articles qu'on refusa de lui accorder. Louis XIV, fatigué
de toutes ces lenteurs , envoya à Àix le général Saint-Aignan avec un traité de paix auquel il voulait que les deux partis se conformassent , sous peine de désobéissance. Il exigeait que les troupes fussent licenciées de part et d'autre ; que le parlement , la cour des comptes , les autres compagnies et le conseil municipal d'Aix envoyassent des députés au comte d'Aiais pour lui donner des témoignages d'estime et pour le prier de tout oublier. Les arrêts et les ordonnances, rendus à l'occasion des troubles , étaient annulés; le roi se réservait le droit d'expédier des lettres d'évocation (i) pour ceux qui avaient suivi le parti du gouverneur. Du reste, il confirmait les franchises municipales, il garantissait la liberté des élections consulaires , et proclamait une amnistie générale.
Le parlement, pénétré de joie et de reconnaissance , déclara qu'il était prêt à obéir , et il écrivit au roi pour l'assurer de ses dispositions pacifiques. De son coté, le comte d'Aiais n'osa pas persévérer dans sa conduite hostile, et reçut bientôt avec bienveillance les députations des corps judiciaires et delà capitale. Le parlement licencia son armée,
(i) On appelait lettre d'évocation le droit que le monarque accordait à l'un des plaideurs de traduire son adversaire devant un antre tribunal qne celui dont la compétence était déjà déterminée par le domicile du défendeur ou par la nature du litige.
Ce droit était ici accordé aux partisans du comte d'Aiais pour cause de suspicion légitime contre le parlement de Provence.
et les troupes étrangères sortirent de la province ; mais ce ne fut pas sans y faire beaucoup de ravages , et d*Alais, retiré à Toulon, rendit une ordonnance qui permettait aux Provençaux de traiter en criminels tous les soldats qu'ils prendraient en flagrant délit. Ainsi fut terminée la guerre du Semestre , au mois de septembre 1649*
Vers la fin de la même année la peste pénétra dans Marseille, comme si la Provence ne pouvait échapper à un fléau que pour être frappée d'un autre. Le parlement enjoignit par arrêt aux habitans de cette ville , de se renfermer dans leur territoire , et rompit toute communication avec eux. Malgré ces mesures , la maladie contagieuse parvint à Aix par des femmes de mauvaise vie. Les corps judiciaires, selon leur lâche habitude en pareille occurrence , abandonnèrent leur siège. Le parlement se retira à Salon, la cour des comptes à Pertuis, la sénéchaussée à Pélissane (1). Les procureurs 4P pays abandonnant aussi leur poste, suivirent à Pertuis la cour des comptes , à l'exception du second consul Pélicot-Saint-Paul , au zèle duquel la police de la capitale fut confiée.
A Marseille la peste empêcha les élections consulaires qui devaient se faire au mois de janvier i65o. Le comte d'Alais s'était rendu maître des délibérations du conseil municipal par la grande
(1) Ces corps ne rentrèrent à Aix qu'au mois d'octobre i65i.
influence qu'il y avait acquise. Ses créatures en majorité dans le conseil , se voyaient en minorité dans la ville, parce qu'il y a toujours plus de fictions que de vérités dans le mouvement des assemblées délibérantes, comme dans une foule d'institutions politiques. D'Alais , jaloux de conserver son pouvoir à Marseille , y envoya son gendre le duc de Joyeuse, fils du duc de Guise, ancien gouverneur de Provence. Les Marseillais reçurent ce jeune prince avec affection et respect ; mais craignant que sa présence ne jetât le conseil municipal dans un asservissement plus grand encore, ils employèrent un singulier moyen pour l'éloigner. Us apostèrent des hommes chargés d'exagérer à ses domestiques les ravages de la contagion , et firent passer devant son hôtel tous les malades que l'on conduisait à l'hôpital et tous les morts que l'on portait au cimetière , qu'ib eussent été frappés du fléau pestilentiel ou de tout autre maladie. Le duc de Joyeuse , effrayé par la vue de tant d'objets sinistres, alla rejoindre son beau-père à Aix. En même temps le roi , voyant qu'on ne procédait pas à l'élection des consuls et de l'assesseur pour Tannée i65o, les nomma lui-même d'office. C'étaient François d'Arène , Charles de Mazenod , Antoine Grange et Pierre d'Ortigues. Le i4 mars, le peuple marseillais, indigné delà violation de ses droits politiques , prit les armes , s'empara de la Porte Royale, de l'abbaye de Saint-Victor, de la tour
124 HISTOIRE Saint- Jean, et du fort de Notre-Dame-de-la-Garde; il investit l'Hôtel-de- Ville , en chassa les consuls et l'assesseur nommés par le roi , proclama dans toutes les rues la dissolution du conseil municipal et la destitution des capitaines de quartiers, fit enfin tout ce qu'il voulut , sans pourtant se déshonorer par des actes de vengeance et de barbarie.
Une nombreuse assemblée des notables, présidée par l'évêque, élut consuls Nicolas de Félix, seigneur de laReynarde, Pierre Dupont et Jean-Baptiste Mazet, donna à Henri de Coutron le chaperon d'assesseur , choisit un autre conseil de ville et d'autres capitaines de quartiers. Les nouveaux consuls n'eurent rien de plus empressé que d'écrire au comte d'Alais pour lui faire agréer leur élection; en même temps ils députèrent auprès du roi un gentilhomme nommé Montolieu , pour le supplier de les maintenir dans l'exercice de leur magistrature , et ils envoyèrent à Aix deux autres gentilshommes de la maison Félix de la Reynarde, pour se mettre sous la protection du parlement. Cette cour souveraine et les procureurs du pays accueillirent favorablement la demande des consuls marseillais; mais le comte d'Alais se montra plus sévère. S'annonçant comme le vengeur de la royauté offensée , il marcha sur Marseille à la tête de six cents hommes et rencontra du côté de Roquevaire trois notables qui venaient le prier de ne rien entreprendre avant la réponse du roi au mes-
sage de Montolieu. D'Alais repoussa toutes ces représentations , continua sa route , et donna ordre à Mathan , capitaine de ses gardes , de le précéder à Marseille avec quelques cavaliers. Matban s'étant présenté à la Porte Royale , y fut tué par une décharge de mousqueterie ; ses cavaliers prirent la fuite, et le comte d'Alais comprenant alors qu'il ne pourrait pas réduire avec une poignée de soldats une ville populeuse et si bien préparée à se défendre , battit de suite en retraite. Sans doute il pouvait rassembler des forces plus considérables , mais la lutte pouvait aussi traîner en longueur, et l'attitude insurrectionnelle de Marseille pouvait rallumer dans la Provence entière les feux mal assoupis delà guerre civile. Le comte d'Alais, ne voulant pas tenter la fortune des armes , demanda sagement à la Cour de France une amnistie pour Marseille, et cette amnistie fut accordée par lettrespatentes du mois de mai.
Le gouverneur continua d'avoir un parti à Marseille , et les hommes de ce parti reconnaissant pour chef le marquis de Marignane , se donnèrent tout le mouvement que les minorités se donnent d'ordinaire , empressées qu'elles sont de suppléer au nombre qui leur manque par un redoublement d'audace et de clameurs. Caze, hardi capitaine du comte d'Alais, s'empara par surprise, avec quelques soldats , du fort de Notre-Dame-de-la-Garde. Les patriotes , pour exciter le peuple , tirent aussi-
tôt courir le bruit que la comte voulait livrer Marseille aux Espagnols, et que son complot venait de recevoir un commencement d'exécution. Tous les habitans volèrent encore aux armes , assiégèrent le fort et le reprirent bientôt. Ensuite ils députèrent au roi Antoine de Félix pour lui exprimer leur seutimens de fidélité et leurs sujets de plainte contre le gouverneur. D'un autre côté, le parlement d'Aix irrité de ce que le comte donnait des certificats à tous ceux qui en demandaient pour obtenir des évocations, en abusant de l'un des articles du traité de paix imposé par Louis XIV, déposa ses griefs au pied du trône, et sollicita surtout une réparation publique au sujet des termes injurieux employés par le gouverneur dans la rédaction de ses certificats. Le cardinal Mazarin, qui n'aimait pas le comte d'Alais , fut bien aise d'avoir l'occasion d'accélérer sa cbute , préparée de loin , en l'abandonnant à la faiblesse de son caractère et aux conjeils de ses amis. Au mois de septembre i65o , le roi le fit venir à Paris sans encore lui ôter sa charge, et en même temps il manda auprès de sa personne le comte de Carces , l'ancien chef du parti parlementaire , pour tenir la balance égale avant toute décision définitive. Le marquis d'Aiguebonne reçut le commandement provisoire de la Provence.
La première guerre de la Fronde était terminée; Mazarin conservait sa place et le parlement de Paris
son pouvoir. Mais de nouveaux troubles éclatèrent dans le royaume. Mazarin , cédant à Forage , fut obligé de quitter la France sans rien perdre de son crédit à la Cour. Le parlement de Paris mit sa tête à prix. Le parlement de Bordeaux s'unit à cette compagnie, qui jouait alors un rôle si actif sur la scène politique; et le parlement d'Aix , à qui celui de Paris avait envoyé son arrêt du 9 février i65i , rendit un arrêt semblable le a3 du même mois. Dans la chaleur de cette lutte, le comte d'Àlais offrit ses services aux princes du sang. Ses ennemis craignirent qu'à la faveur de leur protection il ne fut rétabli dans son gouvernement de Provence. Le parlement d'Aix députa au roi le président de Gallifet, et la ville lui envoya le baron de Saint-Marc , premier consul-procureur , pour s'opposer à son retour. Les partisans du comte s'agitèrent de leur côté» Le marquis de Trans , le comte de Luc et plusieurs autres gentilshommes se réunirent pour adresser des remontrances au roi contre le parlement de Provence. Le comte d'Alais voulant braver ses adversaires et leur donner en même temps une preuve de son crédit , obtint , à la fin du mois d'août, une évocation générale au parlement de Dijon pour tous ceux qui avaient servi sous ses drapeaux dans la guerre du Semestre.
Le président de Gallifet et le baron de Saint- Marc, désespérant alors du succès de leur mission, retournèrent à Aix. Mécontens de la Cour et du
cardinal Mazarin, ils se rangèrent au parti des princes, et se virent appuyés par le plus grand nombre des jeunes gens de la capitale, de Marseille et de quelques autres villes. On appela sabreurs les hommes de cette faction , parce que le baron de Saint-Marc portait un grand sabre , et menaçait souvent ses adversaires en disant : Je les sabrerai. Ceux qui se prononcèrent pour la cour eurent le nom de Canivets , ou Taille-plumes , parce qu'ils étaient beaucoup plus paisibles. On les appela aussi Mazarinistes. Le parlement d'Aix ne put conserver son repos au milieu de ces nouveaux fermens de discorde , et l'ambition rivale de deux de ses chefs augmenta ses agitations. Le premier président de Mesgrini , dégoûté de ses fonctions pénibles en ces temps orageux , pensait à s'en démettre pour finir ses jours dans une douce retraite. D'Oppède et Grimaldi de Régusse, qui aspiraient à le remplacer , comprirent qu'ils ne pouvaient pas réussir par les mêmes voies , et chacun d'eux se jeta dans une faction opposée. D'Oppède s'attacha au parti des princes. De Régusse, embrassant la cause du roi et de Mazarin , agit avec tant d'adresse et d'habileté , qu'il parvint en peu de temps à ramener la compagnie à ses opinions intéressées, cette même compagnie qui venait de faire parade de sentimens contraires , en lançant contre le premier ministre un arrêt de proscription. Voulant donner une preuve non équivoque de son retour ,
elle livra au roi des lettres que le duc d'Orléans et le prince de Condé lui avaient écrites pour la mettre dans leurs intérêts, et par cette démarche inattendue, par ce brusque revirement, elle courut même fortune que Mazarin*
Les principaux sabreurs S'étaient assemblés dans l'hôtel du président de La Roque > le 3 octobre 16Ô1 , à la suite d'une querelle particulière. Ils en sortirent pour aller à la place des Prêcheurs , où ils tirèrent en l'air quelques coups de pistolet qui mirent les passans en fuite. Mais le prieur Decormis , cannivet plein d'ardeur et de bravoure , s'arrêta tout court , jetant des regards de colère sur le baron de Saint - Marc , qui était à la tête du rassemblement. Les deux champions se menacèrent pendant quelque temps le pistolet à la main , sans qu'aucun des deux osât tirer. Les sabreurs passèrent sous le Palais de Justice , se dirigèrent ensuite vers l'Hôtel de Ville , et sen rendirent facilement les maîtres. Durant ce tumulte, la plupart des membres du parlement se réunirent dans la maison de l'avocat du Perler. Ils en sortirent avec leurs insignes et s'avancèrent en corps jusqu'à l'église de Sainte-Claire. Là le conseiller de Tresse* mânes de Chasteuil , qui fesait partie de la minorité opposée au premier ministre, quitta sa robe, prit l'épée et le chapeau de son laquais , et parcourut les rues pour soulever le peuple. Quelques bourgeois le suivirent ; mais les ouvriers dirent ne