COMMERCE ET INDUSTRIE
La cessation des Croisades et la chute des colonies chrétiennes en Orient portèrent un rude coup à la prospérité commerciale de Marseille. Cette ville ne trouva qu'un faible dédommagement dans le commerce qu'elle put faire en Sicile et à Naples, car ce commerce , assez borné, était troublé sans cesse par les flottes puissantes des rois d'Aragon , ennemis jurés des comtes de Provence. D'ailleurs le commerce maritime de Marseille avait vu s'élever des concurrens heureux contre lesquels toute lutte était impossible. Et en effet que pouvait cette v'dle contre Venise? Au quatorzième siècle la Répul^que Vénitienne avait un crédit immense , un pouvoir extraordinaire. Elle tenait dans ses mains presque tout le commerce des côtes de la Romanie. Candie et Négrepont lui appartenaient. Une partie de la Grèce et de l'Archipel fléchissait sous ses armes victorieuses. Elle dominait à l'embou-
(i) Statistique des Bondies-dv-Rhône» t. iii.
chure des fleuves de l'Adriatique. Sa formidable marine y sillonnant en tout sens la Méditerranée, fréquentait aussi les ports de la Flandre et de l'Angleterre (i). Son immense entrepôt engloutissait les trésors des autres nations, et sa banque, fondée, dit-on, dès le douzième siède, facilitait par ses billets toutes les affaires commerciales du monde (a). Gènes, qui avait devancé Venise dans ses établissemens au Levant et qui partageait avec elle l'important commerce de la mer Noire, n'atteignit jamais au même degré de splendeur, et finit même par succomber aux coups portés par sa rivale. Néanmoins , dans sa décadence, elle l'emportait encore sur Marseille, qui se voyait aussi éclipsée par Florence, par Pise et par Barcelone. On vit cette dernière , riche de toutes les institutions d'une cité du premier ordre , déployer au moyenâge une puissance maritime, un esprit commercial et industriel, qui portèrent au loin la gloire catalane (3).
La seconde maison d'Anjou se fit aimer en Provence ; cependant on cite d'elle peu de dispositions favorables au commerce. Les soucis d'une guerre ruineuse agitèrent constamment son règne. René
(i) Marin , Storia del Commercio de Fenexiani, t. ir à TX. — Daru f Hi«t. de Venise , 3* édit , t. m , lîy. ix.
(9) Depping , Hist. da Commerce entre le Lerant et HSnrope, etc., 1. 1 , ch. in.
(3) Id, ch. III et IV.
s'^força en vain de ranimer en Provence les af- £iires commerciales. H fit un traité avec la ville de Bonne sur la côte d'Afrique pour assurer la liberté de la navigation* Il accorda en 1472 un sauf-conduit à toutes les nations chrétiennes ou infidèles qui viendraient négocier à Marseille. Dans le préambule de cet édit il déclare que les Marseillais sont déchus de leur florissant état moins par leur £aute que par les caprices de la fortune (i). Il avait certes bien raison. Les Marseillais n'avaient rien négligé pour rendre la vie à leur commerce y et les nobles s'y livraient eux-mêmes sans déroger, tandis que la même industrie exercée en France eût sottement laissé sur leur nom une tache indélébile. La âmille de Candole, qui possédait en Provence onze fie& considérables, s'était enrichie à Marseille par le négoce , comme les Médicis à Florence. La maison de MontoHeu, qui remontait aux pre* miers temps de la chevalerie y donnait à sa for* tune la même origine (a).
Marseille laissait entrer, moyennant des droits modiques, la draperie de France^ la toilerie de Bourgogne, les maroquins, les savons, les ouvrages en fer, et d'autres produits des febriques étran-
(i) DeVilleneaTe, HUt. de René d'Anjou , t. in.
(1) FanrU de Saint-Vinoent, Mémoire tor l'éUt dn Commerce en Proyence, dans le moyeii4ge. — Marcfaetti, Ditoosrt fiir le Négoce des Gentilshommes de la yille de Ifaneilli;
gères. Elle continuait aussi d'importer son sucre du Lievant. On en fesait en Provence une grande consommation au quinzième siècle. René, lors du tournois donné à Tarascon , distribua aux dames du vin et des confitures faites avec des épices et du sucre. Ce prince essaya de naturaliser à Hyères la culture des cannes; mais elle n'y réussit pas à cause du mistral (i).
Le commerce des cuirs et des peaux préparées était toujours cultivé à Marseille. Le corps des tanneurs avait acquis des richesses. Ils firent dériver proche de Marseille les eaux de THuveaune^ d'abord pour leurs fabriques , ensuite pour l'utilité commune. La ville les aida dans cette entreprise, mais les premières dépenses restèrent à leur charge (a).
Marseille possédait des magasins de verreries à l'usage des provinces voisines. On en transportait une grande quantité en Espagne et une quantité moins grande dans les Échelles du Levant. René établit des fabriques de verres à deux lieues d'Apt, près de l'abbaye de Yalsainte et du village de Gault. H accorda des privilèges aux verriers qu'il avait faut venir du Haut-Dauphiné , les affranchit de toutes impositions , et se plaisait quelquefois à les voir travailler. De bons peintres, occupés à orner
(i) Pierre de Quiquenuiy de LatMus Promneim. (a) Fauris , ouy. dté.
les vitraux de couleurs vives et variées, perfectionnèrent cet art, déjà pratiqué en Provence dès le onzième siècle (i).
n y avait annuellement à Fréjus une foire renommée, qui pourtant ne pouvait pas rivaliser avec celle de Beaucaire. Montpellier aussi en tenait une où les marchands venaient en foule. Cette ville possédait les comptoirs du fameux Jacques Coeur, le plus riche négociant de la France au moyen -âge. U avait hit construire à Montpellier la Bourse du Commerce. Dix à douze galères lui appartenaient, et ce fut sur sa marine particulière qu'une ambassade française s'embarqua pour lltalie en i446. Les productions indigènes du Languedoc étaient à peu près les mêmes que celles de la Provence. Hais le Languedoc avait de plus une industrie importante qui Tenrichissait. On y &briquait des draps fins de toutes les teintes. On les embarquait au port de Cette, et les Catalans, les Yénitiens et les Génois les transportaient dans les diverses contrées de l'Europe , dans le Levant et surtout à Constantinople. La laine venait en partie de la Barbarie. La Provence en produisait d'une tuès-bonne qualité. U y avait des fabriques de draps à Marseille, à Arles et à Grasse. Ces draps, bien que
(i) Dans le quinzième ûècle et dans le seizième, quelques Marsetlkûsy entre antres le dominicain Guillaume, obtinrent des succès dans Tart de peindre sur yerre. Guillaume embellit les principales églises dltalie et de Prorence.
grossiers , ^ient pourtant recherchés par les étrangers, notamment par les Génois. On empêcha ces derniers de charger de draps leurs navires sur les côtes de Provence quand il y avait des vaisseaux marseillais et d'autres bâtimens provençaux prêts à charger (i).
L'usage des lettres de change était général en Provence dès le treizième siècle. Les italiens avaient des fiicteurs et des comptoirs à Avignon , où depuis la translation delà Cour de Rome s'étaient en outre établis plusieurs banquiers de Florence et d'autres parties de la péninsule italique. I3n statut d'Avignon £ait foi de la brutale avidité des marchands qui se disputaient les acheteurs , et il parait que la même âpreté au gain régnait partout en Provence. Ce statut bien curieux porte que le marchand ou son commis qui osera courir sur l'acheteur et étendre la main sur' lui pour l'entraîner dans sa boutique ou devant son établi , sera puni d'une amende dont l'accusateur aura la moitié (a).
La réunion de la Provence à la couronne en i48i améliora rapidement son commerce et son industrie au préjudice du Languedoc j jusque-là &vorisé par tous les rois de France. Quelque fertile que fut cette province, la disette l'affligea souvent,
(i) Dcpping, oav. cité y 1. 1, ch. yi. (a) Stat. ApmUm, iib, ly , rub, x , p. s52.
à cause de la mauvaise culture des terres et du peu de sûreté qui régnait dans les campagnes. Cette, Aigues-Mortes , Narbonne, Montpellier et Toulouse déchurent de leur bonheur. Marseille devint bientôt le principal port des côtes du royaume sur la Méditerranée (j), et le mouvement commercial du midi de la France se concentra dans son sein , qui ne pouvait pas perdre le germe de sa fécondité et de sa puissance. Ce germe précieux n'avait besoin que d'une circonstance favorable pour se développer à l'éclat du soleil^ et le pavillon Marseillais, sous la protection de la monarchie française , flotta encore avec honneur, avec indépendance.
MONNAIES (a).
Les monnaies des rois de France de la première et de la seconde race eurent cours en Provence. Ces princes, depuis Clotaire V^ jusqu'à Louis-le- Bègue indusivement, en firent battre à Arles, Avignon et Marseille.
Charles-le-Chauve, par une ordonnance de 854, fixa au nombre de neuf les villes où il voulait qu'à l'avenir on battit monnaie. On ne trouve dans ce
(i) To«loii n'-étak «leore qn'mi gro« boarg sans împoitanoe.
(9) Le savant niéflK>k« mannsorit de Faons - Saint - Vincent ( BiUiot. publique de Marseille) m'a principalement servi de §nide dans cette esquisse rapide.
nombre aucune ville provençale , mais il est vraisemblable que Charles dérc^ea bientôt à cette fixation (i).
La figure du denier d'argent de Boson est à peu près de la même fabrique que les monnaies de Charles-le-Chauve. U ne nous reste aucune monnaie des souvei'ains de Provence, depuis Boson jusqu'à Alfonse I** , qui ait été fi^ppée dans ce pays.
Les conquêtes de Charlemagne avaient rendu l'argent très-commun en France. Les malheurs que le royaume éprouva sous les successeurs de ce monarque, et surtout les dévastations des Normands, l'épuisèrent bientôt, de sorte que dans les siècles suivans rien n'était plus rare que les métaux précieux. On y contractait par échange comme aux premiers âges du monde.
Une charte de ïo34 (2^) mentionne plusieurs martïhés de cette espèce , au sujet de la dotation de l'église du bourg de Saint-Zacharie. Il y est dit que les prêtres de cette église avaient acquis, moyennant un cheval, la troisième partie d'un moulin situé sur l'Huveaune. Ils avaient aussi acheté
(i) Leblanc, en son Traité des Monnaies de France, p. xii, mentionne une monnaie de Gharles-le<-ChanTé, frappée à Arles. Sons le règne de Lonis-le-Bègoe on continiia de battre monnaie <liui% cette Tille.
(1) Belsonce, Hist des Éyéqoes de Marseille , 1. 1.
un Condaminey c'est-à-dire un champ franc de toute redevance (i), moyennant un cheval, un bœuf et deux cochons. Les plus riches seigneurs ne contractaient pas différemment.
Rien ne prouve plus la rareté de l'argent pendant les onzième et douzième . siècles , qu'une charte conservée dans les archives du chapitre de Marseille. C'est un acte d'acquisition de la moitié d'une vallée aux portes de la ville , £iit par ce chapitre, en 11189 pour le prix de soixante-dix sols melgoriens(2), qui nefesaient pas un marc et demi d'argent.
Les chartes du onzième siècle font mention des monnaies de l'empereur Othon-le-Grand ^ comme étant à peu près les seules qui eussent cours en Provence (3).
Plusieurs siècles s'écoulèrent sans qu'on frappât aucune monnaie dans ce pays; on se servit, pendant tout ce temps, des monnaies des provinces voisines , et surtout des deniers melgoriens et des raimondins.
La monnaie melgorienne fut ainsi appelée des comtes de Melgueil qui la fesaient baUre dans un diâteau de ce nom en Languedoc. Le titre en a beaucoup varié , parce qu'il n'était réglé que par l'intérêt et le caprice.
(i) Glossaire de Dncange , vtrho Comdamma.
(i)BeUimce,iiUdL
(3) Histoire maniitcrite de Tabbaye de Mont-Majour.
Les deniers raimondins ont été frappés au coin des comtes de Toulouse, qui possédaient le Gomté- Venaissin sous le titre de Marquisat de ProTence.
Guillaume4e-Jeune , dernier comte de Forcalquier , mort en i aog , fit frapper des espèces qui prirent son nom . Au commencement du quatorzième siècle, on se servait encore des deniers guiUdmins dans le comté de Forcalquier, ainsi que le prouve un acte d*hommage prêté, l'an i3io, à Tévêque d'Apt.
L'empereur Conrad III, en donnant à Raimonddes-Baux Tinvestiture de la Provence , lui donna aussi le droit débattre monnaie; mais il parait que Raimond^es-Baux ne fit aucun usage de cette concession.
C'est sous Alfonse I*"* qu'on commence avoir de la monnaie au coin des souverains-comtes del^ovence. Les deniers royaux couronnés sont les premières espèces qu'ils ont Êiit frapper. La plus ancienne charte où il en est fait mention est un acte de l'an 1184, par lequel Hunno, neveu du roi Alfonse , vendit pour deux ans aux recteurs de la confrérie du Saint-Esprit à Marseille, et moyennant la somme de dix mille sols royaux , les cavalcades que cette ville devait au comte de Provence.
Il y a aussi des oboles d' Alfonse P**. Ces pièces portent l'empreinte de la barbarie.
Il paraît , par une charte de Gui de Fos , archevêque d'Aix , que soixante sols royaux couronnés
▼abient ub marc d'argent en 1196. L'acte de vente du lieu de Chiteau-Gombert, fait en laoi , par Lambert d'Aubagne, à Raymond de Peyroles , prévôt de Téglise de Marseille y porte que le prix fut de cinq cents sols royaux couronnés, dont cinquante-huit valaient un marc d'argent fin (i).Dans Pacte de vente de la terre de Julîans , en 12149 les sols royaux sont évalués à soixante sols le marc (o)
Les deniers royaux frappés sous le règne d'Âlfonse I^ continuèrent d avoir cours sous les Raymonds-Bérengers, au coin desquels on n'en frappa point. La valeur de ces espèces eut des variations fréquentes.
Il est certain qu'on n'a frappé aucune monnaie d'or en Provence sous le règne de la maison de Barcelone.
La plus ancienne charte connue où il est Êiit mention d'espèces d'or est l'acte de fondation de l'église collégiale de Barjols par Rajambaud, abbé de Saint-Victor, en l'année 1061.
Dès le commencement du treizième siècle l'or et l'argent devinrent un peu plus communs , et l'on trouve des ventes faites en Provence moyennant des sommes considérables. En jaii UugiKS de Cavaillon vendit à l'archevêque d'Aix la terre de Peyroles pour le prix de trente-six raille sols
(i) ArchWei de VÉg lise de Marseille, (s) AfchÎTet de l'abbaye SainlvVictor.
royaux coaronnés (i). En iai6 Tordre de Saint- Jean-de-Jérusalem acheta des directes dans la ville et le territoire de Manosque pour la somme de deux mille oboles d'or et de cinq mille sols guillelmins(a)9 seules espèces qui fussent connues en Provence dans les onzième et douzième siècles. Ce ne fut que vers le milieu du treizième qu'on commença à y connaître les florins.
Les chapitres de paix accordèrent aux Marseillafis, en mS'jy le droit de régler la £Eibrication des monnaies comme ils le jugeraient à propos^ et il fut convenu que les espèces ne changeraient jamais de valeur. Seulement , par l'article 20 de ee traité fameux , Charles P*^ se réserva douze deniers menus marseillez par marc pour toute la monnaie qu'on fabriquerait à Marseille , tant en gros qu'en menus marseillez ^ et en espèces appelées moneta milliarensiumj qui étaient peut-être des oboles (3).
(i) Archiyes de l'Église d*Aix.
(1) Histoire mannsc. du grand pnenrë de Saint-Gilles.
(3) Aucune charte n'évalue les gros marseillez. Ils étaient Traisemblablement moins communs que les menus.
Les gros marseillez sont d'argent fin et pèsent Sa grains.
Le plus grand nombre de menus marseillez qui nous restent ont été frappés sous le règne de Charles I***. ,
Les menus marseillez furent beaucoup en usage pendant le i3* siècle. Us étaient de la valeur du denier royal courcHmé et pesaient 16 grains. Les oboles pesaient 6 grains. Vingt sols marseillez fesaient la livre royale, fl parait par une charte de laaS que trois
Dans les statuts municipaux de la ville d'Arles il n'est parlé d'aucune autre monnaie que des livres, sols et deniers raimondins. L'art. a5 donne à l'archevêque et aux consuls le droit de régler le cours des espèces, et il est défendu d'en introduire sans leur permission, à peine d'une amende de cent livres raimondines. L'art. ii5 prohibe dans les villages et châteaux de la dépendance d'Arles la circulation des monnaies qui n'avaient pas cours en ville.
11 paraît que la monnaie raimondine avait été successivement afi&iblie d'un quart depuis laSg jusqu'en 1^47, et d'un tiers depuis 1^47 jusqu'en ia53. Le prix de la monnaie tournois n'avait pas varié pendant tout ce temps. On taillait 58 tournois au marc d'argent.
Les archevêques d'Arles ont aussi fait battre monnaie à leur coin particulier, en vertu des concessions du roi Boson , de son filsLouis-l'Aveugle, de l'empereur Conrad II, de FrédéricI, du pape Anastase IV , de Frédéric n (i) ; et ils conservèrent ce droit plus long-temps qu'aucun des autres évéques de France , car ils en étaient encore en possession vers le milieu du seizième siècle. La &bri-
lîrret maneilUiset Ttlaîent une once d'or. Dans le même temps trois lirres royales ayaientla même yàleur. Par une conTention passée en i 169 entre Charles I*^ et les habitans de Marseille , quatorze deniers marsdllais sont éfalnés k douze deniers tonmois. ^
(i) Gatlia ChrisUana^ 1 1. — Saxi , PanAf. Artiat,^ p. 187 et a»6.
cation de leur monnaie était établie à Mondragon, et ils y avaient des officiers , comme on le voit par plusieurs monumens.
En Tannée i365 , l'empereur Charles IV permit à Farchevéque d'Avignon de fabriquer des monnaies d'or 9 d'argent et de cuivre à Noves et à Barbentane ; mais il parait que les chefs de l'église avignonaise n'usèrent pas de cette faculté. Les archevêques d'Embrun , investis du même droit par un diplôme de Conrad II, en 1 147» n'en firent que très-peu d'usage , et leurs espèces sont fort rares . Les monnaies des évéques de Valence étaient au contraire très-répandues en Provence* Il en est fait mention dans plusieurs actes du douzième siècle et du treizième (i). Le droit de battre monnaie avait été accordé par l'empereur Frédéric P"" à Eudes de Chaponai , évéque de Valence j dans une charte de l'an 1 157 .
D'après les principes du droit public observé à cette époque , les monnaies des seigneurs particuliers ne devaient avoir cours que dans leurs fie£s. Quant à celles des évéques , elles avaient quelquefois cours dans tout leur diocèse.
(i) Notamment dans an acte de Tente de Van iiqS, par lequel Ray nier de Thoard, ancien prévôt de TÉglise de Digne, yendit à Guillaume de Turries, abbé de Boscoduu , et à ses moines, nne terre située dans le territoire des Mées , moyennant la somme de i5oo sols Talentinois.
L'historien de la maison de Simiane (i) et un autre auteur (a) parlent d'une transaction passée en Ta5a entre la communauté d'Apt, Guirand et Bertrand Raybaud de Simiane j par laquelle il conste que ces deux seigneurs possédaient le droit de battre des espèces dans cette communauté , et d'y connaître du crime de fausse monnaie. Mais il est vraisemblable que la maison de Simiane n'a jamais £atit usage de ce droit dont il ne reste aucun vestige.
La vicomtesse Agnès de Cadenet , veuve de Bertrand y dans un acte d'hommage rendu en i ^45 à Béatrix, femme de Charles I*' , confessa etrecon^ nut avoir poui^oir et droit souverain défaire battre monnaie dor et d^ argent dans toute sa vicomte , et sur tous ses hommes et sujets (3). Il n'y a pas plus de trace des monnaies des vicomtes de Cadenet que de celles de la maison de Simiane.
On peut dire la même chose de la concession que l'empereur ChaHes IV fit en i346 à Gaucher Adhémar , vicomte de Grignan .
Sur la fin du treizième siècle et dans les premières années du quatorzième , sous le règne de Charles II, comte de Provence, on frappait i Saint-Remy des pièces de monnaie qui avaient
(i) Colambj, liv. ii , p. Sga.
(a) L'abbé Robert , État de Provence, t. m , p.
(3) CésarNofttradainti8,p. 119.
cours dans les provinces voisines. Philippe-le-Bel, roi de France, voulant proscrire les espèces étrangères , ordonna au sénéchal de Beaucaire de saisir toutes les monnaies fabriquées à Saint-Remy , qu'on avait introduites dans les sénéchaussées de Beaucaire et de Nîmes (i).
Charles II fit des réglemens touchant la fabrication des espèces ; il n'imita pas les excès monstrueux auxquels se livrèrent à ce sujet Philippe^le^ Bel et Edouard roi d'Angleterre , qui vivaient en même temps que lui. Sous son règne, les monnaies souffrirent peu d'altération , soit à Naples , soit en Provence. C'est un éloge qu'il partage avec tous les autres souverains-comtes. Quelle que fut l'urgence de leurs besoins, à l'occasion des malheureuses guerres d'Italie, ils n'eurent jamais recours à l'altération des monnaies pour se procurer des ressources passagères qui tournent toujours au grand dommage des peuples.
Le revenu modique dont jouissaient les comtes de Provence n'avait pu leur suffire , et ils s'étaient vus obligés de contracter des dettes considérables qu'ils ne purent jamais acquitter. Ce fut des papes -qu'ils reçurent les plus grands secours. On lit dans Baluze que Clément V fit remise à Charles n et à Robert de la somme de 366,ooo onces d'or que ces princes lui devaient pour les emprunts qu'ils
(i) Menard, HUt de Nimes, 1. 1, p. 4»i.
avaient bais de ses prédécesseurs. Dans ce siècle où l'argent était si rare, la cour de Rome attirait à die des sommes immenses de toutes les parties delà chrétienté.
Sous le règne de Jeanne F® on continuait de fabriquer des espèces à Saint-Remy (i). Plus tard , c'est-à-dire au quinzième siècle , il y avait deux hôtels de monnaie en Proyence ; Tun était à Âix , Fautre à Tarascon .
Vers la fin de ce quinzième siècle, peu avant la découverte de TAmérique , les métaux précieux étaient encore très-rares ; et comme le prix de Fusure s'élève toujours en raison directe de la rareté du numéraire en circulation (a) , l'intérêt de Targent parvint à un taux énorme ; il était souvent au vingt pour cent, et dans aucun état de l'Europe on ne le trouvait au-dessous de dix ou de douze (3).
Les variations rapides dans la valeur des objets de nécessité première engageaient les riches à conserver une quantité plus ou moins grande d'espèces métalliques. D'un autre côté les avanies et les spoliations auxquelles les juifs étaient sans cesse exposés , les obligeaient de cacher leurs trésors. La masse de la population se servait de monnaies
(i) Nottradamos , p. 4^y,
(a) Montesquieu, Esprit des Lois, t. ii, lir. xxii, ch. t et suiv. (3) Au quinzième siède, aTec la même quantité d'or on achetait six fois fluB que de nos jours de toute espèce de denrées.
de cuivre ^ ou soldait ses eugagemens en denrées et en travail manuel. Les bijoux , la vaisselle et les ornemens de prix ne pouvaient exister que chez les princes et dans les églises. On les fabriquait en Italie ) et les Lombards qui se livraient à une industrie lucrative , avaient dans leurs mains la plus grande partie des métaux précieux. Après l'Italie , les pays les plus riches étaient la Flandre et les villes anséatiques.
Plusieurs années s'écoulèrent après la réunion de la Provence à la couronne sans que l'on fabriquât des espèces au coin des rois de France. Il parait que l'on n'en battit que sous le règne de François P'.