CHAPITRE XXXI
Par ordre du roi le parlement d'Aix réunit Avignon au Comté de Provence. — Peu après cette ville est restituée à la Cour de Rome. — Scènes de scandale données par la haute ma« gistrature provençale. — Diverses opérations militaires des Français en lulie. — Leurs désastres dans cette contrée. — Les puissances coalisées décrètent Finyasion de la Provence.
— Le duc de Savoie et le prince Eugène passent le Yar et se dirigent sur Toulon. — Patriotisme des Provençaux. — Admirable conduite du comte de Grignan. — Les ennemis forment le siège de Toulon. — Belle défense de cette ville.
— Les Français enlèvent aox coalisés la forte position de Sainte-Ci^therine. — Mort du prince de Saxe-Gotha. — * Combats divers. — Le duc de Savoie, ayant épuisé toutes ses ressources , bat en retraite et repasse le Yar en désordre. — Paix générale et traité dlJtrecht.
Alors tout flédiissait sous rbeureux pouvoir de LcNiis XIY. Le pape lui-même, Alexandre YII, fut contraint de s*humilier devant les volontés abso^ lues du jeune monarque. Les gens du duc de Créqoi , ambassadeur de France à Rome , avaient
maltraité quelques soldats corses de la garde pontificalç. Ces violences n'étaient que trop ordinaires aux Français dont la pétulance et Taudace bravaient toute discipline en pays étranger. Les Corses furieux assiégèrent l'hôtel deTambassadeury et lui tuèrent quelques domestiques. À cette nouvelle, le roi demanda une réparation proportionnée àTofFense. La Cour de Rome, selon son usage, temporisa tant qu'elle put. Mais Louis XIV, impatient de venger rhonneur français, fit passer des troupes en Italie, et commanda au parlement de Provence de procéder à la saisie de la ville d'Avignon et du Comtat-Yenaissin.
Gantés, procureur général , examina les droits que le roi de France avait sur ce pays. Il se convainquit par ses recherches que les titres des souverains pontifes pouvaient être &cilement contestés. Sur les conclusions de ce magistrat, le parlement signifia au Pape , en la personne de Gaspard de Lascaris , son vice-légat à Avignon , d'exhiber des titres meilleurs, s'il en avait. De Lascaris ne répondît pas. Sur ces entrefaites, des puissances amies s'entremirent pour opérer un accommodement, et Louis XlVarrêta les poursuites qu'il avait commandées. Mais l'obstination de la cour de Rome à refuser toute satisfaction força de les reprendre. Par arrêt du a3 juillet i663 , le parlement d'Aix déclara «c que la ville d'Avignon ff et le Comtat-Venaissin n'avaient pu être aliénés
«c de Tancieti domaine des comtes de Provence, et « en conséquence ordonna qu'ils y seraient réu*^ « niS| et que S. M. en serait remise en possession « par des commissaires qui se transporteraient « sur les lieux , afin d'y recevoir le serment de <c fidélité des habitans et y constituer des juges ff pouradministrer la justice en première instance, « sauf l'appel au parlement. »
La force des armes ne fut pas nécessaire pour la prise de possession. Les commissaires nommés furent le baron d'Oppède , premier président, son cousin Melchior de Forbin-la-Roque , président à mortier, les conseillers Gautier, Villeneuve , TridiQud , Lombard, Perrier, Thomassin-d'Eynac , Seguieret Saint-Marc. Ces magistrats entrèrent Sans obstacle dans la ville d'Avignon. Le vice-légat fut contraint de s'éloigner , muni d'un sauf-conduit , pour qu'il pût traverser sans danger la Provence. Les commissaires prirent officiellement possession de la ville au nom de Louis XIV , et se rendirent ensuite à Carpentras , capitale du Comtat-Venaissin , pour y procéder à la même formalitë. Le Pape ayant ensuite donné au roi les satis- Custionsles plus éclatantes, la cour de Rome rentra en possession de ses domaines au mois d'août 1664» Mais le parlement d'Âix n'enregistra l'édit de restitution que sous la clause qu'il, ne pourrait fàuire à rinaliénabilité des droits du roi et de la couronne.
La même année, la peste se maniClesta à Totdon, et se répandit à Olioulles et à Cuers. L'administration prit les mesures les plus efficaces pour que le mal contagieux n'étendit pas ses ravages. Grâce à ces mesures , le fléau ne franchit pas les limites que la vigilance lui avait assignées.
Le duc de Mercœur, gouverneur de Provence , obtint 9 en 1667 , le chapeau de cardinal et s'empressa de se rendre à Paris, pour le reœvoir des mains du roi. Par une bizarrerie qui choquerait tout Je monde aujourd'hui, mais qui pour lors ne choquait personne , il réunit l'un des plus hauts commandemens politiques à la première dignité de l'Église. Il fut tout à la fois chef militaire et membre du sacré collège. En l'absence du gouverneur , l'administration de la province passait entre les mains du parlement. C'est ce qui était consacré par les habitudes les plus anciennes et par les exemples les plus multipliés» Cependant Louis XIV donna le gouvernement par intérim au premier président baron d'Oppède , et la corn* pagnie perdit pour toujours cette antique prérogative , sans pousser aucun murmure , sans £sdre la moindre représentation. Le duc de Mercoeur retourna bientôt en Provence ; mais il ne jouit pas long-temps de ses nouveaux honneurs , car le pays eut le malheur de le perdre en 1669 > ^^ '^ larmes du peuple arrosèrent les fleurs que les grands répandirent sur son tombeau.
DE raOYENCE. 191
L'autorité royale porta un coup plus rade au parlement de Provence , de même qu'aux autres parlemens du royaume. Le cardinal Mazarin était mort; et Louis XIV , gouvernant par lui-même , s'accommodait mal de l'opposition , cherchait à contenir tous les corps de l'état dans les limites rigoureuses de l'obéissance passive. Pour £siire de grandes et belles choses, il avait tout ce qu'il fallait j la volcMité et la puissance. Il pensait à tout réformer, finance, marine , police y église , discipline militaire , procédure civile , instraction criminelle. U ordonna, par un éditdei673, que jamais les parlemens ne fissent des remontrances que dans la huitaine de l'enregistrement. Ce droit de représentation , exercé dans sa plénitude , n'avait produit aucun bien ; et c'est lorsque le parle^ ment de Paris en a été dépouillé qu'ont été portées les meilleures lois , selon la remarque du chance* lier de Lamoignon. Quelle était la valeur politique d'un pouvoir contesté et mal défini? Quelle était l'utilité d'un corps tantôt fi-ondeur et mutin , tantôt silencieux et servile? Le parlement de Provence, n'abandonnant pas de bonne grâce l'un des privilèges qui lui étaient les plus chers, renvoya à des commissaires l'examen préalable de Tédit des Francs-fiefSy et en suspendit ainsi la vérification. IjC roi , irrité de cette résistance , se hâta de prononcer l'interdiction du président de Régusse, qui avait présidé l'assemblée où la résolution fiit prise.
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et du conaeiUer de Goordon, qui avait été rapporteur. Mais se laissant bientôt fléchir, il rendit ces deux magistrats à la liberté valeurs fonctions. De temps en temps la magistrature provençale , poussée par une vanité puérile, semblait prendre plaisir à donner au peuple des scènes scandaleuses qui portaient une grave atteinte à sa considération et réjouissaient ses ennemis. Aux fêtes de Noél 1677, le conseiller de Ballon se rendit à sa paroisse, et s'assit sur un banc que les trésoriers-généraux y possédaient. Quelques-uns de ces officiers arrivèrent en costume peu de temps après, et voulurent se placer au-dessus de lui. Cette prétention parut une insulte au conseiller , et il y résista avec hauteur. Mais les trésoriers insistèrent , le repoussèrent rudement et en vinrent jusqu'à lui donner un soufflet. De Ballon sortit tout ému , et se rendit chez le premier président, Arnoul-Marin, successeur du baron Forbin d'Oppède , mort le i3 septembre 1671. Marin, qm pour ri être pas né en Proveruce nen était pas moins vif{i\ courut à Tégiise suivi de quelques membres du parlement qui se trouvaient auprès de lui, interrompit le divin sacrifice , adressa aux trésoriers les apostrophes les plus violentes y leva sur eux un bâton dont il s'était armé , les força de prendre la fuite 9 et ordonna de mettre en pièces leur banc. Ensuite
(i) D^Heamiyy de Moissac , Ubt. Mânnsc du Parleme&t d'Abc.
il réunit à la hâte les membres de sa compagnie , fit décréter de prise de corps deux des trésoriers généraux, et envoya sur-le-champ la maréchaussée pour les saisir jusque dans leur domicile. Des rapports contradictoires arrivèrent aux pieds du trône , et Louis XIY chargea son intendant en Provence de faire une enquête sur cet étrange événement. Les trésoriers ayant présenté des excuses, le parlement d'Aix n'exigea pas d'autre réparation et l'affaire n'alla pas plus loin.
Une affaire plus grave et plus tumultueuse vint affliger les amis de la paix et fournir pâture à la malignité publique. En 1684 , le cardinal de Grimaldi y archevêque d'Aix , avait ordonné une procession générale pour la cessation de la sécheresse. Le parlement disputait à la cour des comptes le droit d'assister à cette procession. Néanmoins la cour des comptes se renditàla métropole de Saint- Sauveur, au moment où le parlement venait d'être introduit dans le chœur , dont les grilles avaient ensuite été fermées et confiées à la garde des archers de la ville. A cette vue , les membres de la cour des comptes firent éclater leur fureur. L'église retentit de leurs cris menaçans. L'un d'eux, Croze de Saintes, s'élance sur la grille, parvient au faite , appuyé sur le Crucifix qui le couronne un mousqueton qu'il avait enlevé à un archer y et couche en joue le premier président Arnoul-Marin, lequel s'étend à plat ventre sous les accoudoirs
des stalles pour échapper au feu de son ennemi. L'archevêque 9 invité par les gens du roiàfiiire cesser le scandale, ne se livra qu'à d'inutilesefForts, et fut enfin réduit à ajourner la procession. Alors le pariement songea à se retirer; mais l'acharnément de ses adversaires devait embarrasser sa marche et prolonger les désordres. Comme les parlementaires étaient entrés dans leurs carrosses ou dans leurs chaises à porteurs y les membres de la cour des comptes , retournant à pied , ne craignirent point de les attaquer , de leur lancer des pierres , et d'assouvir leur rage sur les laquais et les clievaux. Ayant rencontré le premier président à la rue des Trois43rmeaux j quelques-uns des plus furieux proposèrent de l'enlever. Marin , pour échapper au péril , saute à bas de sa chaise , et se met à courir jusqu'au Palais de Justice.
Le parlement s'y réunit aussitôt. Le parquet fut chargé de rédiger un i^apport et de l'envoyer incessamment à Louis XIV. Ce prince , en son conseil y ordonna à la cour des comptes d'assister en corps à unegrand'messequi devait être chantée à l'église de Saint-Sauveur, et de s'y placer, à titre de punition , dans les stalles basses. Le conseiller Croze de Saintes fut personnellement condamné à rester à deux genoux sur les marches de Tautel, avec un flambeau à la main , pour faire amende honorable. Le roi déclara en outre que la cour des comptes n'assisterait plus aux processions générales.
Louis XIY triomphait de tous côtés, plus par ses généraux que par lui-même. U reculait les frontières de son royaume, et sur mer comme sur terre il couvrait de gloire le nom français. Alger , foudroyé par l'une dç ses flottes, lui demanda merci. Tunis et Tripoli subirent le même sort, et le commerce marseillais cessa d'être inquiété par la piraterie. Gênes , alors faible république , ayant mécontenté un monarque victorieux que les nations les plus puissantes ne bravaient pas impunément, sentit aussi le poids de sa vengeance. Le 12 mai 1684, une formidable escadre partit des iles d'Hyères, sous le commandement du marquis de Seignelai, fils de Colbert. La plus grande partie de GêheSf la Superbe fût écrasée par les bombes, et il fallut que le doge apportât l'assurance de sa soumission, au milieu des magnificences de Versailles.
L'Allemagne, les Pays-Bas, les frontières d'Espagne et l'Italie furent tout à la fois le théâtre de la guerre. Le maréchal de Catinat, vrai philosophe et grand capitaine, gagna sur Victor-Amédée la bataille de Staffarde, en 1690. Cette victoire mit en son pouvoir la Savoie et la plupart des places du Piémont. Mais une guerre de chicane que le duc entendait fort bien dans un pays hérissé de montagnes, lui permit d'attendre les secours de l'Autriche. Le prince Eugène fit lever le siège de Coni , et l'armée française , battue en détail , fut contrainte de repasser les Alpes.
Cependant Catinat entreprit Tannée suivante de forcer le château de Nice. Plusieurs corps de troupes françaises arrivèrent successivement en Provence et vinrent grossir Tarmée du Var. Au commencement du mois de mars 169I1 Catinat arriva à Ai x et porta le 1 1 son quartier*général au village de Saint-Laurent. Son armée était forte de douze mille hommes d'élite. Ily avait un train considérable d'artillerie de siège avec deux compagnies de mineurs bombardiers. Une flottç de cinq vaisseaux de haut bord /de quatre frégates et de vingt galères, commandée par le vice-amiral comte d'£stréeS| reçut Tordre d'appuyer les opérations de Tarmée de terre. Quatre mille cinq cents hommes défendaient Nice. Le 12 mars, à la pointe du jour, trois cents cavaliers français passèrent le Var et mirent en fuite quelques miliciens qui occupaient le bord opposé. Catinat suivit de près avec le gros de son armée; il parut en personne devant la forteresse de Villefranche dans la matinée du 17, et le lendemain les batteries de siège commencèrent à jouer. La canonnade continua sans interruption; et le 20, la brèche étant devenue praticable, les Français montèrent à l'assaut. Le gouverneur fut obligé de capituler , et la garnison évacua la place avec les honneurs delà guerre. Montalban et Saint- Hospice se rendirent bientôt après.
Maître de ces trois places , Catinat porta toutes ses forces contre la ville de Nice qui capitula le
^6 mars. Le général français prit immédiatement ses mesures pour foudroyer le château. Les boulets et les bombes pleuvaient de toutes parts. Le ciel était embrasé. Le canon du château ripostait vivement; mais le feu des Français fit sauter deux magasins à poudre qui ensevelirent sous leurs débris une partie de la garnison. Le comte de Frussasque, commandant de la place , assembla un conseil de guerre, à la suite duquel il consentit à céder la place aux Français ^ et Catinat lui accorda une capitulation avantageuse qui fut signée le 3 avril 1691. Catinat 9 poursuivant le cours de ses succès, alla cueillir de nouveaux lauriers à Marsailles.
Victor-Amédée , fatigué d'une guerre ruineuse, se détacha de la ligue formée contre Louis XIV , et conclut à Turin sa paix particulière le ag août 1696. U consentit à donner sa fille au duc de Bourgogne comme un gage de réconciliation. Par ce traité la France s'obligea à évacuer immédiatement toutes les places qu'elle occupait en Savoie et en Piémont. Les troupes françaises qui tenaient garnison à Nice repassèrent le Var et rentrèrent en Provence.
IjA paix générale régnait lorsqu'arriva la mort de Charles II. Cet événement qui plaçait la couronne d'Espagne au front du duc d*Anjou , petitfils de Louis XIV, ébranla de nouveau l'Europe. Toutes les puissances s'émurent, et la guerre se rattuma plus vive que jamais. Victor-Amédée crut
que ses intérêts lui commandaient fie rompre avec la France et défaire cause commune avec les rois ennemis. Une armée française s'organisa en Provence. Le 3 mars 1705, le duc de la Feuillade passa le Var, suivant le même ordre de marche adopté quelques années auparavant par le maréchal de < latinat. Une flotte sortie du port de Toulon, sous les ordres du marquis de Roye, parut devant Nice. Un corps de six mille hommes , commandé par le chevalier de Simiane , fut aussitôt détaché du gros de l'armée pour prendre position sur la route de Sospellot^ et tenir en échec les milices des vallées. Sospello tomba au pouvoir de cette colonne. En même temps le marquis d'Usson marcha' sur Villefranche , et cette ville capitula le 10 mars. Les forts de Montalban et de Saint-Hospice imitèrent bientôt son exemple ^ et la flotte française , maitresse du port de Villefranche , y débarqua librement les munitions et les vivres. Alors le duc de la Feuillade fit investir Nice de tous côtés. La forteresse de cette ville , réparée par les ordres de Victor Amédée, avait repris son rang parmi les places du premier ordre et se trouvait sous le commandement du marquis de Carail , qui s'était fiait une réputation de bravoure. Les Français bombardèrent la ville , et le feu de leurs batteries vomit sur elle la destruction et la mort. Nice , n'en pouvant plus , capitula le 10 avril ; mais le marquis de Carail , retranché dads le château , protesta
qu'il n'en quitterait les remparts qu'à la dernière extrémité. Le duc de la Feuillade^ obligé de faire un mouvement en Piémont pour ^'opposer à la marche des impériaux, commandés par le prince Eugène ^ se mit en route par le col de Tende, ne laissant devant le château de .Nice qu'un corps d'observation sous les ordres du marquis d'Usson. Celui-ci fit sauter les remparts de la ville, et se retira sur les hauteursde Montalban pour y attendre les événemens. Ce fut alors que Ton convint de part et d'autre d'une suspension d'armes , valable seulement dans le. comté de Nice , et dont on limita la durée à tout le mois de novembre suivant. Sur ces entrefaites des troupes arrivaient en Provence. Seize bataillons , sous les ordres du duc deBerwick, passèrent le Var le 3o octobre, et vinrent $e joindre au corps- d'observation retranché à Montalban. Déjà le marquis d'Usson, ayant fait dénoncer la reprise des hostilités, était rentré dans la ville de Nice. Fidèle imitateur de Catinat , Berwick dressa ses batteries de siège sur les hauteurs de Saint-Charles. De Vauvré , intendant de la marine à Toulon , lui avait amené un parc considérable d'artillerie* Le feu des batteries recom* mença le 8 décembre , et pendant tout le mois on se canonna réciproquement avec une égale vivacité. Le 1*' janvier 1706 , une colonne de grena- [H ù çdiers, dirigée par le duc de Bervyrick en personne , ^
s'empara d'un ouvrage qui couvrait le front de la
placé du côtédu Paglion. Quelques pièces de canon tournées à bout portant contre le bastion supérieur ouvrirent trois brèches que les assiégés essayèrent en vain de réparer. Dans la journée du trois, deux régimens français montèrent à l'assaut et furent repoussés. Malgré ce revers , le duc de Berwick ordonna pour le lendemain une attaque générale. La garnison se trouvait affaiblie et découragée, la place ruinée presque entièrement. Dans cette situation , le marquis de Corail , forcé par ses ofHciers de se rendre , capitula le 4 janvier. La garnison sortit avec les honneurs de la guerre , et on la conduisit prisonnière en Provence. Le roi avait ordonné que Ton rasât la forteresse j et ses ordres furent rigoureusement exécutés.
Vendôme commandait alors l'armée dltalie. Louis XIV le remplaça bientôt par son neveu le duc d'Orléans, lequel n'ayant pu arrêter le prince Eugène, dont le génie militaire était en aide au duc de Savoie, se joignit à La Feuillade, qui fesait le siège de Turin. Il proposa de marcher à l'ennemi plutôt que de se laisser attaquer dans ses lignes. Le conseil de guerre convint que c'était le parti le plus prudent comme le plus honorable. Malheureusement la Cour avait décidé le contraire, et le maréchal de Marsin vint en montrer Tordre secret. Bientôt le prince Eugène et Victor-Amédée forcent les retranchemens. L'armée entière est mise
en pleine déroute. L'artillerie , les provisions , le bagage 9 la caisse militaire, tout reste au pouvoir de l'ennemi, qui devient maître du Milanais, du Piémont, du Mantouan et de Naples. C'était le 7 septembre 1706, et cette journée malheureuse couvrit la France de deuil.
Le royaume était vulnérable sur plusieurs points. Au mois de décembre , l'invasion de la Provence fut proposée et résolue à Londres. Anne , reine d'Angleterre, convoitait Toulon. Elle espérait , en s'y établissant^ ruiner la marine et le commerce de la France dans la Méditerranée. La Hollande était aussi jalouse d'humilier l'orgueil de Louis XIV , et la coalition tenait beaucoup à la prise de la plus forte place de nos provinces méridionales. Au mois d'avril 1707 , l'amiral Schowel commandant une j 7 C- "^ flotte anglo-hollandaise , forte de trente vaisseaux de ligne et de vingt-sept frégates, vint croiser sur les cotes , avec le dessein apparent de se ravitailler dans les ports d'Italie. Cette flotte avait à bord toute sorte de munitions , de la grosse artillerie , des pièces de campagne , des équipages de siège. En même temps le duc de Savoie , s'appuyant toujours sur Eugène, portait son armée à plus de quarante mille hommes. Il avait sous ses ordres les princes de Wurtemberg , de Darmstadt , de Saxe- Gotha , de Hesse-Cassel , et d'autres princes des états d'Allemagne, du Palatinat et de la Prusse, avec leur contingent de troupes. Le plus grand
secret cachait le but de ses préparatlfe menaçans, et la position de son armée ne l'indiquait en "aucune manière , car elle était divisée en trois corps, Tufi aux environs dePignerol, l'autre prèsdlvrée, et le troisième sous Coni.
Tantôt le bruit courait que les ennemis allaient forcer le pays de Suze et pénétrer dans le Dauphiné. Tantôt on disait que leur dessein était d'en* vahir la Franche-Comté par le val d'Aoste et la Savoie. Une autre fois c'était la Bresse qui semblait exposée à l'invasion ; et au milieu de ces rapports confus , de ces opinions contradictoires , la Provence n'était que rarement nommée. On ne fit rien pour^la défendre.
Ne sachant sur quel point éclaterait l'orage , Louis XIV rassembla des troupes le long de la cliaine des Alpes , de manière à les réunir là où les alliés dirigeraient leur principale attaque. Il donna le commandement de cette armée au maréchal de Tessé , qui venait d'éprouver des revers en Espagne 9 et il attendit ainsi les événemens.
Le lieutenant -général Castellane - Âdhémar , comte de Grignan , gendre de madame de Sévigné , commandait alors en Provence, en l'absence du duc de Vendôme i gouverneur titulaire. Il était âgé de soixante-quinze ans, mais la vieillesse n'enle^ vait rien à son étonnante activité , à son brûlant patriotisme. Il avait établi un service de correspondance secrète avec l'Italie , de sorte qu'il savait
ce qui se passait au quartier-général des alliés , et il envoyait à la cour de France courrier sur courrier pour lui donner l'éveil et pour demander des secours. Mais la Cour était sourde à ses avis pressans y à ses vives instances. Elle riait de ses terreurs 9 et l'imprévoyant Chamillart , ministre de la guerre y se moquait j avec quelques jeunes seigneurs, de ce bon vieux Grignan (i). Lô^gouverneur, toujours admirable de prévoyance et de sagesse j ne se rebutait point ^ parce qu'il connaissait le véritable état des choses. Un instant il fut écouté , et on allait prendre des mesures efficaces pour protéger la Provence , lorsque de fausses dépêches venues de la Savoie remirent tout en suspens. Ces dépêches apprenaient au ministère qu'une tête de colonne de l'armée des alliés s'était présentée au val d'Aoste et que des forces considérables se portaient sur le même point. Dès lors on envoya au maréchal de Tessé l'ordre de rester dans ses positions , afin de défendre la Franche- Comté.
Cenendant tout étant oréoaré nour l'invasion
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et vint camper sur les collines qui s'étendent du Paglion au Yar. En même temps la flotte combinée parut devant Sain t-Tropez.Le doute n'était plus permis. Toutes les incertitudes tombaient devant l'évidence. C'est bien sur la Provence que la ligue ennemie allait décharger sa colère. C'est à Toulon qu'elle en voulait surtout , à Toulon où brillait la puissance française. A l'aspect des périls , le comte de Grignan sentit redoubler son ardeur. Sous ses cheveux blanchis ses regards s'animèrent dii feu de la jeunesse. Il accourt à Toulon , ordonne à la noblesse de se rendre auprès de lui , forme les bourgeois en garde civique , communique à ceux qui l'entourent son généreux enthousiasme , se crée des ressources inattendues , fait partout des miracles de patriotisme et d'énergie. Comme par enchantement ^ la ville se trouve transformée en un camp de travailleurs. Hommes, femmes, enfans, tout met la main à l'œuvre. Toulonnais , gens de la banlieue , ouvriers de l'ai^enal, soldats de la marine , rivalisent de zèle, et la gaité provençale éclate au milieu d'eux en piquantes saillies , en patriotiques refrains. De Grignan les encourage tous de la voix, du geste et de l'exemple. Présent partout , il prend ses repas et donne ses audiences au milieu des ' fortifications. L'argent vint à manquer. La Cour n'en envoyait point, et les ressources de la municipalité de Toulon étaient épuisées. La province pouvait , il est vrai , fournir
' quelques secours pécuniaires. Mais il était difficile de se procurer les premiers fonds d'urgence. Que ùàt alors le comte de Grignan? l'infatigable et noble vieillard se rend à Marseille , envoie à l'hôtel des monnaies toute sa vaisselle , et n'épargne pas même celle de sa femme. Toute l'argenterie aux armes des Grignan et des Sévigné , convertie en pièces d'argent, va circuler dans les mains des ouvriers. Lebret , intendant de la province , suit ce bel exemple. Le parlement d'Aix, le commerce de Marseille , la ville d'Arles , les habitans de la Provence entière envoient des offrandes en numéraire, en vêtement; en denrées. L'élan est général et l'enthousiasme électrique. L'horreur de la domination étrangère soulève tous les cœurs. On cantonne dans les gorges d'OliouUes un bataillon de garde-côtes appuyé par un grand nombre de miliciens. Sous la direction de l'ingénieur Niquet , on fit un camp sur la hauteur de Sainte-Anne avec une double ligne de retranchemens , dont Tune commençait en avant de la demi-lune de la Porte Royale , et l'autre à la Courtine entre les bastions de la Fonderie et de Sainte-Ursule. Les deux lignes furent poussées, en s'élargissant, jusqu'à l'escarpement de la montagne de Faron.
La Cour désabusée autorisa le comte de Grignan à entreprendre tout ce qu'il jugerait convenable pour le salut de Toulon , et envoya le lieutenantgénéral marquis de Saint-Paters en qualité de com-
mandant supérieur delà place. Le maréchal de Tessé arriva sur ces entrefaîtes et témoigna son admiration en voyant tant d'activité dans les ouvrages de défense. Après avoir donné quelques ordres j il alla rejoindre son corps d'armée en Dauphiné. Toulon , hors d'état au commencement de juillet de soutenir un siège de trois jours y était déjà vers le quinze dans une situation imposante.
Mais il fallait une armée , et les ordres delà Cour retenaient les troupes du maréchal de Tessé dans leurs cantonnemens. Le camp de Ste.-Anne était vide, et pouvait être occupé par l'ennemi lui-même. Le temps pressait , carie duc de Savoie et le prince Eugène se disposaient à franchir le Var. Dans la nuit du lo au ii juillet^ le comte de Breïner s'avança sur les bords du fleuve avec une division de grenadiers hongrois. Deux ponfs volans construits l'un en face du village St.-Laurent, l'autre entre Gattieras et Garros , facilitèrent le passage de Tartillerie de campagne. Un corps de cavalerie , commandé par le prince d'Anhalt , se porta sur le village de Gannes (i).
Le marquis de Sailly , général français , avait été chaîné de défendre le passage du Var avec sept bataillons , deux régimens de cavalerie , un de dragons à pied , et les milices de Grasse et de St.- Paul sous les ordres de Grimaldy et Ghrestîen.
(i) Durante , hist. de Nice , t. m , chap. i.
Cette division se retira précipitamment sous le feu des colonnes ennemies et de la flotte combinée qui mouillait à l'embouchure du fleuve. Bientôt le gros de l'armée impériale se mit en marche en trois corps par les routes de Grasse, de Dragui^ gnan et de Fréjus.
Tout semblait perdu sans espoir. Mais Grignan, plein de calme, ne se découragea point. U se rendit à Âubagne où venait d'arriver le marquis de Broglie, envoyé par le maréchal de Tessé, pour annoncer que l'armée du Dauphiné, fatiguée de ne point recevoir des ordres de la cour, se mettait en mouvement et que l'une de ses divisions, commandée par le général Goesbriand, se portait à marches forcées sur Riez pour de là arriver à Toulon par Barjols, Brignolles,Guers et SoUiés. Or l'ennemi pouvait être rencontré dans le voisinage de ces deux derniers villages. Le comte deGrignan en fit l'observation. Le marquis de Broglie la trouva juste , et proposa aussitôt d'envoyer à la division Goesbriand l'ordre de faire route par Saint-Maximin , Saint-Zacharie , le Beau^set et OliouUes: ce nouvel itinéraire ne valait pas mieux que l'autre ; car il s'agissait avant tout de devancer les ennemis sous les murs de Toulon. De Grignan en fit encore la remarque à de Broglie , qui répliqua qu'il fallait pourtant suivre Tune ou l'autre route : « Non , Monsieur le Marquis, non, a répondit le vieux général , ni Tune ni l'autre.
ce Le camp retranché sous Toulon est vide. La a victoire appartiendra aux premiers occùpans , « et ce sera nous , j'en jure par mon épée. 11 rie oc sera pas dit que là prudence du comte de Gri« « gnan a échoué contre Taudace de monseigneur « le duc de Savoie. . . . Marquis de Broglie , voici « le relevé exact de tous les lieux de la Provence, a Portez^le de ma part au maréchal de Tessé , et « dites-lui que je le conjure, au nom de la patrie , « de ratifier Tordre que je vais dicter.»
Et se tournant vers son officier d'ordonnance : <c Chevalier Bernard, écrivez : Nous comte de Gri- (c gnan , commandant la province en l'absence de <c monseigneur le duc de Vendôme , gouverneur , « ordonnon3 à tous lieutenans-généraux , maré- « chaux-ès-camps et brigadiers de l'armée de <c Dauphiné, présens ou arrivant à Riez, de porter <c leurs troupes jusqu'à Tavernes, pour de là les « faire tirer droit sur Toulon, à travers les moncc tagnes , passant par Roquebrussane et la Charce treuse de Montrieux (i). »
A cela point d'objection . De Broglie et Bernard partirent en diligence , le premier pour le quartier-général du maréchal de Tessé, le second pour Riez , afin de joindre la division d'avant-garde et la diriger sur Tavernes. De Tessé approuva ce changement de route, et la marche de ses troupes s'exécuta avec une précision admirable.
(i) Laindet delà Londe. Ouvrage cité.
Le fà2 juillet , à trois heures après midi , un bruit de fan&res et de tambours retentit sur la route de la Valette. C'était le général Goesbriand , k la tête de quatorze bataillons couverts de sueur et de poussière , marchant au pas de charge , enseignes déployées. Dans les murs, hors des murs^ tout s anime d'une fie nouvelle, tout palpite d'enthousiasme; on se félicite , on s'embrasse avec une ivresse entraînante. On vole à la rencontre des soldats libérateurs; on s'empresse autour d'eux , chacun leur tend une main fraternelle. Les cris de f^ipe le Roi! vwe la France! sefont entendre au loin, répétés par l'écho des montagnes voisines. Dans cette foule émue, dans ce péle-méle d'hommes de toute condition , de tout rang et de tout costume , au milieu de cet appareil de guerre , de ces drapeaux flottans et de ces armes étincelantes, apparaît à cheval le comte de Grignan , digne héros de cette belle fête. Salut à lui ! Gloire à son iK>m ! Il est là contemplant son œuvre et recevant d'unanimes hommages. La joie rayonne sur son front vénérable, la plus pure de toutes les joies, celle qui noblement enflamme un cœur d'homme et de citoyen .
Victor Amédée avait établi à Fréjus son quartier général. Ce prince y reçut avec bienveillance le baron de Chateauneuf , député de Grasse , et lui adressa cette question : a Y a-t-il dans le pays « beaucoup de gentilshommes de m<Mi parti? » — /^. i4
a Point j répondit Cfaateauneuf. » — « Comment, <c répliqua Victor Âmédée , je sais pourtant que a la noblesse n'est point contente , et je ne doute <c pas qu'elle ne soit bien aise de me voir arriver a en Provence. Elle et le peuple sont surchargés (c d'impôts 9 et cela seul doit leur £siire souhaiter <c le changement.» A quoi le baron de Chateauneuf répondit : <c Prince , en Provence , dans la maua vaise circonstance où nous sommes, nous nous <K souvenons encore de deux choses , fidélité au et roi y amour à la patrie. La cause des impôts et (c l'usage qu'on en £siit en ôtent toute l'amertume, a et s'il faut un jour donner tout notre bien, toute « notre existence , nous les donnerons sans murce mure.» Gela dit, le baron de Chateauneuf fat congédié (i).
Le duc de Savoie arriva à Pignans le»a3 juillet , et y apprit qu'il avait été primé à Toulon. Comme il calculait la marche des troupes françaises sur les journées ordinaires , il ne pouvait croire à leur entrée au camp de Sainte- Anne. Il avait beau consulter les cartes , interroger les gens du pays , il ne comprenait rien à la marche précipitée de la division Goesbriand. Et quand il sut que le commandant de la Provence avait tracé cette route jusqu'alors inconnue , il dit au prince Eugène : Ce vieux Grignan nous a gagné de vitesse. En
(i) Relation publiée à Turin en 1708.
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DE PBOVEKCE. 211
même temps il réunit en conseil de guerre tous les chefs de son armée. On y débattit longuement le parti qu'il convenait de prendre. Eugène opina pour la retraite. Les princes de Hesse et de Wurtemberg furent du même avis. Mais le duc de Saxe* Gotha émit une opinion contraire , et Yictor- Amédée trancha la question y en disant qu'il était décidé à continuer l'entreprise , et qu'il prenait sur son compte tout ce qui pourrait en arriver. L'escadre combinée , après s'être emparée d^ Iles d'Hyères, vint mouillera une petite distance de Toulon , et y débarqua le matériel de siège. Un péril imprévu se présenta bientôt. La division Goesbriand ne suffisait pas pour défendre les li* gnes , et le maréchal de Tessé , au moment où il allait concentrer son armée sous la ville , reçut des ministres l'ordre de la diviser en trois corps , de diriger le premier sur Toulon , et c'est ce qui était déjà fait ; d'établir le second sur la Durance près de Pertuis , et d'échelonner le troisième sur les bords du Rhône. Le maréchal, prêta obéir , vint montrer cet ordre au comte de Grignan; mais celui-ci n'hésita pas à dire qu'il prenait sur luimême la responsabilité d'une désobéissance qui seule pouvait assurer le salut de Toulon , l'un des boulevarts du royaume. Comme le maréchal hésitait , de Grignan déclara qu'il ne '^voulait pas devenir complice d'une trahison envers de braves habitansy et qu'il allait se retirer. Tant de fermeté
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remporta, et Tordre du ministère îut mis de côté. Le lendemain au soir, iiS juillet , une seconde di«* vision aux ordres du comte de Dillon arriva au camp de Sainte-Anne , et s'y plaça en seconde ligne. Restaient encore la division Médavi, campée sur les bords de la Durance, et quelques bataillons épars. Mais le maréchal de Tessé se chargea luimême d'aller presser leur arrivée (i).
Dès lors Toulon n'eut plus rien à craindre. On avait joint les deux lignes du camp de Sainte-Anne par un retranchement en forme d'ouvrage couronné, afin de couvrir les batteries. La marine formait douze brigades de trois cents hommes chacune dont huit étaient chargées de l'artillerie, et quatre de la garnison intérieure de la place. Un vaisseau de quatre-vingts canons , le Saint' Philippe , mouillé du côté de Missiessy, battait la plaine entre les hauteurs de Malbosquet et la ville, et découvrait jusqu'à la gorge Saint- Antoine. Un autre de même rang, le Tonnant, échoué en avant de la Ponche^Rimade^ battait la plaine de ce côté, depuis la hauteur de Sainte-Catherine jusqu'à celle de la Malgue. Sur la route de la Valette , on avait coupé les arbres des deux côtés de la chaussée pour découvrir au loin les mouvemens de l'ennemi. Dans l'intérieur de la ville on avait placé des barriques pleines d'eau devant chaque maison,
(i) Laindet de la Londe.
et des ouvriers s'étaient établis sur divers points pour porter secours en cas d'incendie. Des hom* mes âgés, munis de bayarts, s'étaient voués au transport des blessés , et des femmes préparaient des linges à pansement. L'argent ne manquait plus. Une assemblée générale des nobles et des bourgeois, tenue à l'Hôtel de Ville y avait pourvu par de généreuses offrandes. Bonnin de Chalucet, évéque de Toulon , déposa entre les mains des consuls la somme de quinze cents hyrespour sub^ ifenirj dit le registre des délibérations^ aux besoins de la mauvcùse circonstance causée par t entrée en Provence de monseigneur le duc de Sai^oie , à qui Dieu pardonne. Burgues de Missiessy , membre du conseil municipal , contribua pour cinq cents livres , et son exemple eut de nombreux imitateurs.
L'attitude de la Provence entière était des plus imposantes. ÂAix, la noblesse et le parlement montaient la garde dans les rangs des compagnies bourgeoises. Arles avait formé quatre bataillons de milice de quatre cents hommes chacun , sous le commandement de Montfort , fils du premier consul. D'Aubagne à Toulon , les milices cantonnales sillonnaient les routes. Marseille offrait un aspect militaire. Cette ville opulente avait organisé un corps ^de neuf mille sept cents hommes d'infanterie , sans compter quatre compagnies de mousquetaires composées de jeunes gens des meil-
leures familles. Oa avait aussi levé un escadron de cent vingt cavaliers, dont la plupart avaient déjà servi. Il y avait en outre six mille paysans armés dans les environs de Marseille (i). En général ils étaient tous debout en Provence, et ils harcelaient Tennerai avec une bravoure qui tenait de Taudace. Ceux du Yal, petit village près de BrignoUes, attaquèrent et défirent une colonne d'Allemands et de Piéniontais (a). Centcinquantehussards de Brandebourg étant venus à Méounes, cinq paysans seulement, qui s'y étaient retranchés, soutinrent leurs efforts, en tuèrent huit, et forcèrent lesautresàse retirer. Mais les hussards revinreut en plus grand nombre , et n'ayant plus trouvé les cinq paysans , ils mirent le feu au village (3). Un gros parti piémontais s'étant ayancépour occuper Signes, où il n'y avait qu'une compagnie de grenadiers français, les habitans de ce village coururent aux armes , reçurent les alliés avec vigueur , les repoussèrent , blessèrent le major qui les commandait , et le firent prisonnier avec plusieurs de ses soldats. Les paysans d'Auribeau qui , en côtoyant les bois , avaient tué deux ou trois cents ennemis, furent acculés dans leur village par trois mille hommes. Leur vicaire en tête ils fermèrent les
(i) Devize , Relation du Siège de Toulon. (a) Notes du chevalier Bernard.
(3) Deyize. Ouvrage cité.
portes et soutinrent un siège de plusieurs heures. Les ennemis se retirèrent , de guerre lasse contre cette poignée de villageois intrépides (i). Au Cannety aune demi-lieue de Gagnes, le vicaire Ardisson se mit à la tète de quelques paroissiens, s'élança sur les soldats ennemis qui commettaient d'horribles désordres, et parvint à les repousser. Mais ceux-ci revinrent plus nombreux à la charge, et le brave Ardisson les reçut avec une rare bravoure sur la placedeFÉgliscMais accablé de toutes parts, il tomba criblé de blessures (2).
Tels étaient les sentimens patriotiques des Provençaux ; telles étaient leurs dispositions belliqueuses. U était facile de voir que le duc de Savoie n'en aurait pas bon marché , et que son expédition tournerait mal.
Ce prince venait d'établir son camp sur deux lignes , la droite au village de la Valette , la gauche à la mer. Le 29 juillet , il ordonna au comte de Coningsek et au baron de Rebender d'attaquer le fort Sainte-Catherine , commandé par le général Yillars, et par les brigadiers de Tessé (3) et Guerchois , pendant que le prince de Saxe-Gotha et le général Zinjungen , qui devaient arriver par la crête de Faron , seraient engagés avec le poste
avancé d'Artigues , défendu par le marquis de Broglie. A huit heures du matin, le feu commença sur les deux points à la fois , et les ennemis furent obligés de se retirer après quelques heures de combat. Yictor-Amédée fit appuyer ses premières colonnes par quatre mille grenadiers aux ordres du prince de Wurtemberg , et le feu recommença avec une nouvelle ardeur de part et d'autre. L'affaire dura toute la journée, et les ennemis battirent encore en retraite. Le lendemain ils renouvelèrent l'attaque avec trois mille hommes de plus. Ils se rendirent maîtres du poste d'Artigues , que le général Goesbriand avait ordonné d'abandonner ; mais ils échouèrent une troisième fois devant la hauteur de Sainte-Catherine. En même temps la flotte anglo-hollandaise débarquait des troupes sur la côte. Les généraux français, voyant combien il serait difficile de défendre toutes les batteries , les désarmèrent toutes , à l'exception de celles de la plage et de l'oratoire Saint-Elme. Enfin le duc de Savoie , voulant à tout prix s'emparer de Ste- Catherine dont il sentait l'imporUnce , prépara une quatrième attaque. Trois colonnes commandées par le prince de Hesse-Cassel , le comte de Larocque et le marquis de Salles , abordèrent ensemble , par trois points dififérens , le Plateau et la Chapelle. La garnison française se défendit avec courage. Mais forcée de céder au nombre, elle se retira en bon ordre. Ce premier succès coûta cher
aux alliés : car ils eurent beaucoup de morts, et le prince de Hesse-Cassel fut blessé grièvement.
Après une tentative infructueuse contre le camp retranché du côté de Saint-Antoine , le duc de Savoie et le prince Eugène tirèrent à trois cents toises de Toulon , depuis le fort Ste-M arguerite , jusqu'à La Malgue^une ligne de contre-Vallation, le long de laquelle ils établirent quatre batteries y dont la dernière était dirigée contre le fort Saint- Louis. De leur côté les assiégés se livrèrent à de nouveaux travaux de défense. Sur ces entrefaites , le maréchal de Tessé , après avoir envoyé dans la plaine de Saint-Maximin le général Médavi, avec six bataillons et quarante-deux escadrons^ et laissé trois régimens de dragons au Beausset , ^rriva luimême à la tête de dix-huit bataillons qu'il campa eli troisième ligne entre Missiessy et Saint-Antoine où il établit son quartier-général.
Sous le feu de la place , les assiégeans perfectionnèrent leur parallèle et poussèrent des boyaux derrière leurs batteries , dont ils augmentèrent le nombre sur une foule de points. Solidement étabUs à Sainte-Catherine, ils ne voulurent pas jouer dans une bataille le sort de l'expédition. Leur plan était de réduire la place en détruisant les maisons par le boulet et par la bombe. Pour échapper à ce péril , le maréchal de Tessé , le comte de Grignan et les autres chefs de l'armée française résolurent de prendre l'offensive, d'enlever à l'ennemi
sa forte position de Sainte-Catherine , de le chasser de tous ses retranchemens et de raser tous ses ouvrages. Le projet était hardi et l'exécution difficile. Mais rien ne pouvait effrayer nos soldats , qui demandaient une occasion pour signaler leur courage.
C'était dans la nuit du quatorze au quinze août, et voici comment le maréchal de Tessé disposa l'attaque. Quatorze mille hommes de toutes armes, auxquels s'étaient joints des bourgeois , des' ouvriers et des paysans, se formèrent eu quatre colonnes dans le camp de Sainte Anne. Celle que commandait le lieutenant^néral Comte de Dillon sortit la première avec six canons portés à dos de mulet. Elle était composée des brigades du Lyonnais et de la Fare, et devait parvenir à la crête de la montagne de Faron, par un chemin qu'indiqua un bourgeois toulonnais nommé Léraud, lequel s'était engagé à servir de guide. D'un autre côté, le brigadier de Cadrieux s'embarqua à minuit avec six compagnies de grenadiers et six piquets de la garnison, pour s'emparer de la batterie que les ennemis avaient élevée à la Malgue. Pendant qu'ils portaient sur ce point leurs principales forces, Dillon, parvenu au sommet de Faron, dont il avait enlevé la redoute, l'annonça au maréchal de Tessé par trois fusées volantes. A ce signal convenu, les tMis autres colonnes sortirent des retjranchemens de Sainte-Anne. Le comte Caraccioli, maréchal de
camp , coDimandait la première ; Goesbriand conduisait la seconde ; le comte de Tessé, fils du maréchal , avait la troisième sous ses ordres , et le maréchal lui-même^ qu'on voyait partoutmi sa présence était nécessaire, réglait par ses ordres le mouvement de ces troupes pleines d'ardeur^ impatientes de vaincre.
Le général Goesbriand commença le mouvement , renversa tout ce qui se trouvait devant lui, arriva sur la hauteur de Sainte-Catherine au milieu d'une grêle de balles, et se rendit maître de la chapelle. Le comte de Tessé, coupant par les vignes et les oliviers enttç ce poste et Faron, tomba à la tête de sa colonne sur quatre bataillons pié* montais qu'il défit complètement Caraccioli attaqua les ennemis dans leur parallèle défendue par des murailles , derrière lesquelles ils tinrent plus d'une heure. Mais les ayant pris avec un feu supérieur, il les mit en pleine déroute. La résistance fut plus vive à l'endroit que le prince de Saxe-Gotha défendait, entre la chapelle et le pont de l'Eygoutier. Ce jeune prince, d'un esprit orné , d'une figure agréable et d'une taille imposante, se défendit avec un courage digne d'une meilleure fortune. Les officiers et les soldats qui combattaient sous ses ordres furent tous tués, pris ou blessés. Enfin ne voyant plus autour de lui qu'une quarantaine d'homme% il s'écria : mes chers cùniSy mourorm en gens d'honneur^ et ne souffrons pas qu^on dise
que le prince de Saxe^Gotha a été chassé de son poste. Un moment après il tomba mort sur la plaoe^ de deux coups de fusil qu'il reçut Tun à la tête au dessous de Toeil gauche, l'autre dans la poitrine au dessous de la mamelle droite. L'Empereur d'Allemagne, dont il était l'un des lieutenansgénéraux , l'Angleterre et la Hollande qui connaissaient son mérite, payèrent à sa mémoire un juste tribut de regrets.
Le duc de Savoie avait envoyé au secours du prince de Saxe-Gotha quatre bataillons , qui arrivèrent trop tard pour lui sauver la vie. Toutefois l'action recommença de p^ft et d'autre avec beaucoup de vivacité, et l'affaire devint générale. L'artillerie française venait de s'augmenter de six pièces envoyées sur des traineaux disposés en affûts par le commandant de la marine. De Court de Bruyères, capitaine de vaisseau, les fit servir avantageusement contre les ennemis qui se réfugièrent derrière leurs murailles. De Broglie et CaraccioU firent une brèche , y montèrent la baïonnette au bout du fusil, tombèrent sur les ennemis, en taillèrent en pièces le plus grand nombre, mirent en fuite les autres, rasèrent les retrancheroens, détruisirent les plate-formes, brûlèrent les batteries, les gabions, les fascines et les madriers qui se trouvaient sur la montagne, puis ils rentrèrent dans le camp de Sainte-Anne. Les Toulonnais élpient animés d'une fureur si grande, qu'on vit dos femmes,
une bouteille à la main, suivre nos soldats pour leur donner à boire. Des en£Eins suivaient aussi , achevant à coups de pierre les ennemis blessés. Le même jour le brigadier Barville et le colonel de Nisas attaquèrent avec sept bataillons le prince Eugène au château de Dardennes, le délogèrent de cette position y lui tuèrent cinq on six cents soldats et le chassèrent ensuite des hauteurs du Revest. Douze cents hommes de l'armée française périrent dans cette journée mémorable, qui sauva Toulon et la Provence entière. Généraux , officiers , soldats, marins, miliciens, bourgeois de toute fortune, artisans de toute sorte, firent admirablement leur devoir ; tous ie couvrirent d'une gloire immortelle.
lie lendemain, l'armée des alliés demeura , sans £aire un mouvement , à la Valette et au pont de l'Eygoutier, où elle avait conservé quelques batteries, de l'autre côté du canal. Le duc de Savoie et le prince Eugène, tout étourdis de leur défaite qui leur avait fait perdre le fruit de leurs travaux , mirent leur espoir dans la flotte. L'amiral Schowel était resté jusqu'alors dans l'inaction, parce que les forts Sainte-Marguerite et Saint-Louis le tenaient au large. Le 6 août, Victor- Amédée en ordonna le siège. Deux mille cinq cents hommes s'approchèrent de Sainte-Marguerite , ouvrirent la tranchée et établirent une forte batterie, laquelle battit en ruine les murs de ce château. De Grenonville , ca-
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pitaine de frégate^ qui en était le oommandaDt^ se défendit avec bravoure pendant dix jours , après lesquels , voyant tous ses canons démontés, manquant d'eau et de munitions^ il se vit contraint de capituler. A la même époque^ Daillon, capitaine au régiment du Vexin, et Cauvières de Saint-Philippe, lieutenant de frégate , abandonnèrent le fort Saint- Louis, entièrement ruiné par l'artillerie ennemie , etse retirèrent à la grosse Tour. Alors la flotte combinée, manœuvrant librement, débarqua ce qui lui restait des équipages de siège. Victor-Amédée et le prince Eugène, d'accord avec l'amiral Schov^l, se préparèrent à bombarder Toulon par terre et par mer.
Des m ortiers placés derrière l'Eygoutier jetèrent dans la ville une innombrable quantité de bombes. Le bombardement commença le 17 août et ne discontinua point jusques au ai. Ce jour-là, à onze heures du matin, six galiotes anglaises vinrent mouiller au pied du fort Saint-Louis et bombardèrent de leur côté le port et la ville. En même temps cinquante-deux vaisseaux formèrent une ligne d'embossage depuis Sepet jusques au fort de Sainte-Marguerite, et battirent à la fois toute l'entrée de la rade. Six cents maisons furent endommagées par ce feu continuel , par cette pluie horrible de boulets et de bombes (i), plusieurs furent
(i) Une bombe étant tombée à la rue des Arbres , creva k rendrait même où se trouyait une pauvre femme, laquelle fut emportée
ruinées entièrement, et deux vaisseaux, leTonnant et le Fortuné, devinrent la proie des flammes. Les habitans de Toulon, encouragés par l'exemple de leurs consuls Joseph Flamenq, Ferand, Marin, et de leurs autres magistrats, rivalisèrent de zèle, de dévoùment et de courage. L'évéque Bonnin de Ghalucet travailla avec soin à mettre tous les pauvres en sûreté, se distingua par ses bonnes œuvres et brilla de toute la splendeur de ses vertus apostoliques, (i)
Les alliés avaient épuisé leurs ressources et fait leurs derniers efforts. Le duc de Savoie, mécontent et découragé, ne recevait pas des Anglais les subsides qu'ils lui avaient promis pour cette expédition. Son armée abattue par la chaleur , afl*aiblie par les maladies , démoralisée par la victoire des français et par la résistance de la place, manquait de vivres et ne pouvait continuer ses travaux. Elle avait déjà perdu quatorze mille hommes, tandis que
par on éckt sur le toit d'une maisoii de quatre étages. Cette femme (ju'oii trouva morte le lendemain avait le bas des cuisses meurtri et fracassé. Elle était aussi blessée au bas ventre , mais elle ne l'était point au-des&us de la ceinture. Une partie de son tablier resta accrochée à une branche d'arbre à travers laquelle l'éclat de la bombe r avait emportée. (Journal du Siège de Toulon par Ferand , second consul de cette ville en 1707 ).
(i) Extrait d'une lettre de l'abbé Viany, prieur de Saint-Jean , d'Âix. Journal de Ferand.
des renforts arrinàentau maréchal de Teseé. Une batterie s'établissait à la Malgue, sous le commandement du brave capitaine de vaisseau de Court de Bruyères et inquiétait les galiotes à bombes. Vietor-Amédée f désespérant du succès de son entreprise, assembla un conseil de guerre et proposa de lever le siège. L'avis ayant passé, le duc embar^ qua ses blessés et ses malades avec une partie de son matériel, fit sauter le fort Sainte-Mai^;uerite et donna le signal delà retraite. Le aa août, son armée se mit en marche sur cinq colonnes et prit la route qu'elle avait tenue en venant à Toulon . Le duc de Savoie formait Tarrière-garde avec soixante escadrons. Ces troupes, fiiyant en désordre , brûlaient les fourrages, gâtaient les provisions qu'elles ne pouvaient emporter, corrompaient les eaux, mettaient en contribution les villes et les villages situés sur la route. Un détachement de six cents hommes ayant paru devant la ville de Grasse , une des portes lui fut livrée. Mais les habitans furieux se barricadèrent dans les rues ; les femmes même voulurent avoir part à la défense commune , et cette résistance donna le temps au comte de Sailly et au prince de Robecq d'arriver avec un détachement de cavalerie et de chasser les ennemis. Les paysans provençaux , exaspérés des mauvais traitemens qu'on leur avait fait subir, tombèrent sur les fuyards et se livrèrent à des représailles cruelles : les galiotes anglaises levèrent l'ancre et rallie-
rent la flotte ^ qui elle-même retourna aux îles dHyères. Le ay du même mois^ Victor-Amédée repassa le Var. C'en était fait de cette invasion qui s'annonçait si fière et si terrible.
L'armée des alliés , ne s'arrétanrpas dans les montagnes du comté de Nice, franchit rapidement le col de Tende. En sortant de Provence, elle avait jeté trois compagnies dans la forteresse d'Antibes. Cette faible garnison capitula le ii septembre. En même temps, le maréchal de Tessé s'avança parla vallée de Barcelonette avec trente-six bataillons, et couvrit les hauteurs des Alpes , traçant un arc de cercle dont le centre était à Briançon , la droite à la vallée d'Entraunes , la gauche aux montagnes de la Maurienne. Dans cette position il tint les ennemis en échec. Le isi septembre, le marquis de Mont-Georges passa le Var à la tête des dragons d'Hautefort. Les consuls de Nice allèrent au-devant de lui, pour le conjurer d'épargner la ville. Il &llut payer dans les vingt-quatre heures une contribution de guerre de cent mille francs . Comme la caisse communale se trouvait épuisée, une commission fut chargée de répartir cette somme parmi les plus riches propriétaires. Ceux qui rfavaient point d'argent livrèrent des marchandises et des denrées que des négocians provençaux achetèrent à vil prix. Les Français se rendirent maîtres de tout le comté de Nice. Le gouvernement de Louis XrV se préparait à pousser ses avantages en IV. i5
Italie. Déjà le maréchal de Yillars s'était emparé du duché de Savoie. Déjà il avait forcé les passages de Fenestrelles , d'Eziles et de Suse. Mais la chute des neiges et l'excessive rigueur du froid pendant l'hiver de 1709^ suspendirent les hostilités de part et d'autre. Cet hiver , l'un des plus désastreux dont l'histoire fusse mention , ruina en Provence tout espoir de récolte ; les oliviers succombèrent, la vigne perdit sa sève , les champs se couvrirent de deuil , et dans les villes la misère fut grande.
Toutes les calamités de la guerre sedéchainèrept sur la France épuisée. Le comte de Thaun, général autrichien, pénétra dans la vallée de Barcelonnette et poussa nos troupes jusques sous les murs d'Embrun. Mais le duc de Berwick, étant accouru de ce coté, obligea l'ennemi à battre en retraite. En Flandre et sur les bords du Rhin, la fortune trahit la bravoure française» se plut à, nous causer des déplaisirs mortels. Yillars, vainqueur à Denain, eut la. gloire de sauver l'état. Cependant Louis XIV, dans ses vieux jours, se voyait accablé de malheurs domestiques , et la fatale succession d'ispagne n'avait fait couler que trop de sang. H y avait lassitude chez toutes les puissances belligérantes. Après tant de tcuipétes , peuples et rois aspiraient au repos. T^a paix , si désirée et si nécessaire , fut enfin signée à Utrecht , le 1 1 avril 1713 , entre la France , TEspag^e, la Savoie , le
DE PRÔTEIfCE. 227
Portugal y la Prusse , la Hollande et l'Angleterre. Là cour de Yienfne ne voulut point entrer dans cette négociation. Mais de nouvelles conférences s'étant ouvertes à Rastadt ^ toutes les difficultés furent aplanies ; l'empereur Charles VI signa la paix à son tour le 6 mars 1 7 1 4^ et l'Europe respira librement. '
Par un article du traité d'Utrecht^ Barcelonnette « et la vallée de son nom , qui s'étaient données à la maison de Savoie y en i388 , furent cédées à la France. Un arrêt du conseil d'état , à la date du f) décembre 17149 les réunit au gouvernement 17 < A général de Provence , et le roi y établit un commandant particulier. Cette vallée^ réputée terre adjacente , n'eut rien de commAn avec le corps de la Province , et n'envoya point de représentans aux assemUées générales des communautés (i).
(i) En 1709 , Louis XIV ayaît réuni à sa couronne la principauté d'Orange et l'avait placée sous le gouyemement de Provence.
Par le traité d'Utredit, cette principauté demeura défimtivenent à la France , et en 1714 le roi la donna à Loub Armand de Bowrbon , prince de Gonti , sous la réserve de la souveraineté et de l*hominagi.
En 1781 , la principauté d'Orange cessa d'être un état particulier et lut unU an Danphiné.
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