‹ Histoire de Provence (volume 4)Chapitre 56 sur 98 · B0 HISTOIRE · texte numérisé non relu

B0 HISTOIRE

«c que pour avoir abattu dans Rome l'aristocratie

te de la noUesse.

<c Mais vous, communes , écoutess celui qui <r porte vos applaudissemens dans son coeur sans « en être séduit. L'homme n'est fort que par Tu- « nion ; il n'est heureux que par la paix. Soyez % fermes , et non pas opiniâtres ; courageuses , et «c non pas tumultueuses; libres > mais non pas inff indisciplinées; sensibles , mais non pas enthou- « siastes. Ne vous arrêta qu^aux difficultés im- « portantes, et soyez alors inflexibles : mais dé- « daignez les contentions de l'amour-propre , et <K ne mettez jamais en balance l'homme et la a patrie.

« Pour moi qui, dans ma carrière publique, « n'ai jamais craint que d'avoir des torts , mais <c qui , enveloppé de ma conscience et armé de « mes principes, braverais l'univers; soit que mes a travaux et ma voix vous soutiennent dans Vas- ^ semblée nationale, soit que mes vœux seuls t< vous y accompagnent; de vaines clameurs, des ^ protestations injurieuses, des menaces ardentes, « toutes les convulsions en un mot des préjugés « expirans, ne m'en imposeront pas. £h! comtf ment s'arréterait-»il aujourd'hui dans sa course « civique celui qui le premier d^entre les français ^ a professé hautement ses opinions sur les af- « iaires nationales, dans un temps où les circons- « tances étaient bien moins urgentes et la tâche

a bien plus périlleuse ? Non j les outraiges ne a lasseront^as ma constance. J'ai été^ je suis, je a serai jusqu'au tombeau l'homme, de la consti- (K tu tion. Malheur aux ordres privilégiés , si c'est « là plutôt être l'homme du peuple , car les priet viléges finiront, mais le peuple est éternel. »

Cette harangue merveilleuse, la plus passionnée et la plus saisissante qu'il soit donné à la langue humaine de produire, fut lue et admirée dans la France entière. L'enthousiasme pour le grand ora* teur n'eut plds de bornes. Et cependant l'ombre menaçante du sanguinaire Marins, évoquée contre de nouveaux patriciens , n'annonçait-elle pas d'horribles jours de vengeance et de proscription? M'aurait-elle pas dû inspirer de pénibles pensées à tous ces démocrates qui se livraient encore aux rêves de la bienveillance ?

Bientôt toute la France fut en mouvement. Il s'agissait de procéder à l'élection des députés aux états-généraux. La plupart des écrits publiés à cette époque portaient le cachet de l'indépendance, de la vigueur et de l'audace. On en remarqua deux qui servirent de ralliement aux défenseurs de la cause populaire. L'un était l'essai sur lesprwiléges^ et l'autre avait pour titre : qtCest ce que le tiers* état ? un provençal, le célèbre abbé Sieyes (i), en était l'auteur.

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Mirabeau venait de partir pour Paris y mais son séjour n'y fut pas long. Ses agens lui écrivirent de se rendre le plus tôt possible en Provepce, où sa présence était nécessaire , et il céda facilement à leurs vœu^L. Le conseil municipal de Lambeâc, suivi des habitans notables , alla le recevoir et le complimenter à l'entrée de la ville, au bruit des boites et au son des cloches, «c Je vois, dit alors ce Mirabeau, comment les citoyens sont devenus « esclaves. La tyrannie s'est entée sur la reconcc naissance. » Le peuple voulait dételer sa voiture et la traîner; mais Mirabeau s'y opposa , disant que les hommes n'étaient pas faits pour porter un de leurs semblables. Arrivé à Saint-Cannat, il y trouva la même affluence et les mêmes transports. La ville d'Aix lui fit une réception solennelle, et jamais on ne vit une allégresse plus vive, un enthousiasme plus éclatant. Sa présence au théâtre fut saluée par des applaudissemens prolongés. De retour chez lui, on brûla un feu de joie devant sa porte, et la moitié de la ville fut illuminée.

Ce fut dans ces circonstances que les trois or* dres s'assemblèrent séparément pour la nomina«> tion des députés aux états*généraux, le tiers^tat par communes, le clergé par diocèses et dans les cités épiscopales , la noblesse dans les villes principales des sénéchaussées. Ces assemblées primaires, d'après le plan de Necker et des notables^ nommèrent respectivement des électeurs , lesquels

se rendirent aux villes respectives de leurs sénéchaussées et y formèrent les assemblées électorales qui se tinrent àÀix, Toulon , Draguignan, ForcaU quier , Arles et Marseille.

L'assemblée électorale de la sénéchaussée d'Aix nomma rarchevéque de Cussé de Boisgelin, et Cousin^ curé de Cucuron, pour le clergé ; d'André ^ conseiller 'au parlement, et de Clapiers , pour la noblesse. Ce dernier ne fut élu qu'après le refus de d'Albertas , premier président de la cour des comptes. Pour le tiers-état , le comte de Mirabeau, Audier-Massillon , lieutenant-général en la sénéchaussée, les avocats Bouche et Pochet. Dans la soirée du même jour, une foule immense parcourut la ville avec des torches en l'honneur de Mirabeau y et le proclama député au milieu des applaudissemens et des cris de joie.

La sénéchaussée de Toulon nomma Rigouard, curé de Solliés-Farlède , et Montjallard , curé de Barjols, pour le clergé; le marquis de Lapoype- Vertrieux , chef d'escadre , et de Vialis , maréchalde-camp, pour la noblesse; Meiffren, consul de Toulon ; Feraud , consul de Brignoles ; Jauroe , t)roDriétaire à Hvères . et l'avocat Ricard de Séalt.

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r^ideau , Mougins de Roquefort » maire de Grasse ^ et l'avocat Verdolin, pourrie tiers-état.

La sénéchaussée de Forcalquier choisit Gassen*-' di, curé de Barras, et Rolland, curé du Caire, pour le clergé; de Burle, lieutenant-général en la sénéchaussée de Sisteron , et d'Aymard , pour la noblesse ; Latil , maire de Sisteron, les avocats Bouche , Mévolhon et Solliers de Saignan.

La sénéchaussée d'Arles nomma Dulau, arche* vèque de cette ville , et le conseiller d*état Royer, abbé de la Noe, dans le diocèse d'Evreitx, pour le clergé; le marquis de Guilhelm- de Clermont-Lodève et le marquis de Fonchateau , pour la noblesse ; Boulouvard , négociant; Durand de Maillane, avocat, et Pélissier père, médecin, pour le tiers-état.

Les électeurs de la sénéchaussée de Marseille avaient principalement jeté les yeux sur le comte de Mirabeau, désigné à leurs suffrages par toutes les classes d'une population ardente , ennemie des distinctions nobiliaires , amoureuse des nouveautés politiques , passionnée pour l'égalité , pleine des souvenirs de son indépendance républicaine. Parmi ceux qui s'agitèrent le plus en faveur de cette illustre candidature on cita Martin fils d'André, Lieutaud, Thulis, Cbompré, Savournin, l'avocat BremondJulien, et l'abbé de Bausset, chanoine de Saint-Victor, Les électeurs voulaient aussi donner leurs voix à l'abbé Raynal , très-connu à

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Marseille où il avait vécu paisible après avoir été proscrit par le parlement de Paris , qui avait condamné son histoire philosophique du commerce des Européens dans les deux Indes. On répandit dans le public un écrit à la louange de cet écrivain. Mais Raynal, sentant le besoin du repos que la vieillesse commande , et croyant d'ailleurs n'avoir plus rien à laire pour sa renommée , refusa l'honneur de représenter Marseille aux états-généraux. Les députés nommés furentde Yilleneuve- Bargemont, comte de Saint-Victor , et Davin, chanoine de Saint-Martin y pour le clergé; de Cipières etdeSinéty, chevaliers de Saint-Louis > pour la noblesse ; Mirabeau , Lejean ^ Roussier , Liquier et Labbat, pour le tiers-état. Ces quatre derniers étaient négocians.

Pendant que les trois ordres procédaient à ces élections dans toutes les sénéchaussées de la Provence , la noblesse possédant fief, se séparant des^ nobles sans terre seigneuriale , tint à Aix une assemblée qui nomma députés aux états-généraux le duc de Bourbon, de Sabran , de Sade d'Eyguières, de Mazenod, de Forbin-Janson^ d'Arlatan de Lauris, d'Arbaud de Jouques , de Grimaldy , de Gagnes. Ces seigneurs étaient élus conformément au mode adopté en Provence pour la nomination des députés aux anciens états-généraux, mais ils l'étaient contrairement au dernier édit de convocation, d'après lequel les élections devaient se faire

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