‹ Histoire de Provence (volume 4)Chapitre 58 sur 98 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

Les états de Provence reprennent leurs séances. — Nouveaux débâts touchant les charges publiques. — Clôture de la dernière sesaloo. — OuTerture des états-généraux du royaiune.

— Destruction du régime féodal. — Anéantissement de la constitution provençale. — Situation politique de Marseille.

— Entrée du comte de Caramau dans cette ville. — Changemens opérés. — Lutte entre la garde bourgeoise et le peuple. — Malheureux événement delà Toarrette. — Pillage de la maison de l'échevin Laflèche. — Entrée des tronpes à Marseille.-*- Insurrection à Toulon. — Les révoltés s^emparent du çoaunandant*géaéral de la, marine et résistent au gouvernement. — Suites de cette affaire. — Division du territoire français en départemens. — Nouveaux troubles à Marseille. — Prise des forts. — Meurtre du major de Bausset. — Assemblée à Brignoles. — Événemens divers. — Dernière séance du parlement d'Aix. — Diseours de Pascalis. — Réponse du président de C^bre. — Toutes les insrtitutions provinciales sont détruites , et la Provence n'existe plus.

Lj% ai avril 1789, les états de Provence, suspendus depuis le 3i janvier précédent , reprirent leurs séances à ta requête des commissaires du

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roi 9 lesquels demandaient la délibération sur une partie des impôts qui n'avaient pas été votés. Les députés des communes renouvelèrent leurs protestations contre la légalité de rassemblée, et Ton agita encore la question touchant la contribution proportionnelle des trois ordres aux cliarges publiques. Un membre du tiers rappela les déclarations des deux premiers ordres faites dans les sénéchaussées et admettant le principe de Tégalité en matière d'impôt; il parla aussi d'une délibération des possédant fief dans leur comité particulier du 27 mars. Cette délibération contenait le même vœu. L'évêquede Fréjus, président en l'absence de l'archevêque d'Aix , qui venait de partir pour assister à l'ouverture des états-généraux , annonça que le clergé contribuerait désormais , sans privilèges ni exemption , à toutes impositions royales, communes et municipales du pays. L'assesseur Roman-Tributiis réclama l'insertion de ce dire au procès verbal.

Ce fut alors qu'un possédant fief expliqua les intentions de son ordre. Suivant lui, ceux qui dans le comité du 27 mars avaient adopté le vœu de la contribution proportionnelle y persisteraient, et on s'en rapporterait à la sagesse du roi pour la solution des autres questions. Les seigneurs firent bientôt connaître aux états une nouvelle délibération qui .confirmait celle du 27 mars, sauf et réservé l'intérêt individuel des absens et des con-

tredisanSy sans d'ailleurs lesnommer, de sorte que chacun pouvait se ranger dans cette dernière classe 9 et Tacte de délibération devenait dérisoire. Cependant la majorité des possédant fief s'y retrancha avec constance. Une très-faible minorité d'hommes plus justes ou plus prudens manifesta d'autres principes. D'Albertas-Albertas, tant pour lui que pour d'Albertas-Gémenos, son père, Lecamus de Puypin , Sebastiani de Champelos , Gautier d'Artigues et Dauphin de Trebillane déclarèrent consentir à Tencadastrement de leurs biens nobles, à compter du moment fixé par le tiers. Aussitôt un grand nombre de seigneurs abandonnèrent l'assemblée; ceux qui restaient demandèrent de déli* bérer par ordre, mais ils ne purent l'obtenir. Les députés des communes , qui avaient gardé leurs places , mirent tout leur espoir dans un sytème de désorganisation complète. Unedéputation au roi, la nomination des procureurs joints pour chaque ordre furent aussitôt rejetées que proposées, et la dernière session des états de Provence fut close le a8 avril au soir.

Le 5 mai , le roi ouvrit les états-généraux du royaume. Deux provençaux, le comte de Mirabeau et l'abbé Sieyes (i) exercèrent une grande influence sur cette assemblée si belle de talens, de bonne foi et de patriotisme, mais trop spéculative

dans ses travaux qui embrassaient la France entière et son avenir , trop absolue dans ses principes de régénération politique et sociale. Qui ne connaît les événemens mémorables de cette époque de destruction et d'enfantement ? L'ordre du tiers^ état se déclare assemblée nationale, les deux ordres privilégiés se réunissent à lui , et les représentansde la France acquièrent ainsi Ja toute puissance législative et constituante. On rompt avec le passé; le peuple se lève et la bastille s'écroule; tout s'ébranle , tout se précipite ; la monarchie tombe pièce à pièce. Dans la nuit du 4 août , l'assemblée détruisit tout ce qui restait du régime féodal et décréta l'égalité des droits, au milieu d'une ivresse entraînante et d'un enthousiasme électrique. Les membres du clergé et de la noblesse s'empresse* rent de renoncer à toutes leurs prérogatives, et les députés des communes vinrent à leur tonr faire leurs offrandes. Comme ils ne pouvaient immoler des privilèges personnels, ils sacrifièrent ceux des provinces et des villes, disant qu'ils ne voulaient plus aucune espèce de distinction parmi les roem* bres de la grande famille française , et toutes les constitutions particulières devant se fondre dans la constitution générale du royaume. En ce mo* ment solennel, les députés provençaux s'avancè*> rent au milieu de la salle et répudièrent les privilèges et les franchises de leur province. Ainsi tomba l'ancienne constitution du comté de Provence,

Forcalquier et terres adjacentes. Fondée sur le droit féodal et sur des principes exceptionnels, elle devait s'anéantir devant l'empire du droit commun et d'une législation uniforme.

La nation provençale, travaillée par l'amour des nouveautés les plus séduisantes , continuait de se livrer aux mouvemens désordonnés d'une démocratie sans expérience et sans frein. Les passions populaires bouillonnaient surtout à Marseille , comme elles bouillonnent toujours au sein des grandes masses dans des momens de crise, car toutes les choses qui se font d'entrainement se trouvent là , et il y a en abondance des élémens de perturbation. Depuis le jour où la maison du fermier Rebufel fut livrée au pillage, les rangs de la garde bourgeoise de Marseille s'étaient grossis de tous les jeunes gens de famille, partisans des institutions nouvelles. Cette garde avait demandé la réforme des abus introduits dans le régime municipal, la destruction du monopole des fermes et un système d'impositions plus équitable. Le conseil de ville , entraîné par la force des circonstances, changea dès lors sa constitution politique, en s'adjoignant des citoyens de toutes les classes et des députés de toutes les corporations. Le prix du pain etde la viande fut diminué, et l'on nomma une commission de surveillance , composée d'un noble non^ possédant fief, d'un négociant , d'un chevalier de Saint-Louis, d'un courtier de com-

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